‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 51 sur 486 · A M. D'INFREVILLE · texte numérisé non relu

A M. D'INFREVILLE

INTENDANT DE M \ HI M: A TOljLOIS.

(Copie portant : /).• la main de Colbert. )

Paris, 90 février 1669.

Je vous envoyé deux mémoires, l'un contenant le nombre des troupequi doivent estre embarquées pour le secours de Candie1, l'autre, celuy des armes et munitions de guerre. C'est sur quoy il faut que vous travailliez à présent avec tout le soin et toute l'application que désire une entreprise de cette qualité.

La première chose qui est à considérer est la qualité du vaisseau que vous armez à Toulon et de ceux qui doivent s'y rendre de Ponant, pour connoistre au vray -combien ils peuvent porter chacun d'officiers et de soldats des troupes de terre, outre leurs équipages, compris mesme les bruslots et tous les autres hastimens décharge; et, lorsque vous aurez bien examiné ce point , il est nécessaire que vous en fassiez un mémoire et que vous me l'envoyiez.

En cas que les vaisseaux de guerre, bruslots et autres bastimens do charge ne suffisent pas, il faut que vous vous assuriez en Provence, soit par achat, soit par nolis, du reste des bastimens qui vous seront nécessaires ; à quoy il n'y a pas un moment à perdre. Et faites en sorte qu'il \ ayl toujours un ou deux bastimens au delà de ce qui vous est nécessaire 2.

En mesme temps que vous aurez examiné et que vous vous serez assuré de tout ce qui concerne les bastimens pour emharquer lesdites troupes et munitions, il faut pensera s'assurer des vivres et do la subsistance d'un si grand nombre d'hommes. Pour cet effet, il faut que vous examiniez prompteraent, avec les capitaines qui sont au delà, s'ils veulent se charger de cette subsistance, et, en ce cas, il faut traiter avec eux promptement et leur ordonner de se pourvoir de vivres. Je crois que vous vous souviendrez qu'en 16Û6, 1667 et i648, les capitaines des vaisseaux se chargèrent de la nourriture des officiers et soldats qu'ils passèrent pour l'attaque

' Louis XIV avait décidé d'envoyer un secours considérable aux Vénitiens assiégés dans Candie par le* Turcs.

' Colbert écrivait au même sept jours après : «Vous avei à embarquer près de 7,000 hommes, tout compris. Les vaisseaux du roy, suivant ce dont M. te dur de Beaufort esl con-

venu , en peuvent porter jusqu'au nombre d • 6,46o, en sorte qu'il ne vous sera nécessaire de vaisseaux nolisés que pour porter 5 ou 800 hommes ; mais , comme il faut toujours en avoir pour quelque nombre davantage, vous pouvei en noliser pour 1,000 ou 1,300...» ( Ay>. e»ne. fa mar. fol. 19.)

J'Orbilello 1 et Porto-Longone *. En ce cas, il faut convenir avec eux de ce qui sera donné par jour à chacun soldat en traitant de mesme les caporaux et appointés, et donnant une ration et demie à chacun sergent. Il me *>mble qu'en 16/47 on donna h sols 6 deniers pour chacune ration de soldat aux capitaines des vaisseaux.

A l'égard des officiers, les capitaines les traitoient à leur table à raison de 30 sols par jour chacun, les capitaines, enseignes et lieutenans, l'un portant l'autre. C'est à vous à conclure avec les capitaines desdits vaisseaux ao meilleur marché qu'il se pourra. Mais en cas que les capitaines ne veuillent point traiter, il faut au moins qu'ils se chargent de nourrir les capitaines à leur table , et convenir avec eux du prix de leur nourriture par jour, ainsy qu'il est dit cv-dessus. En ce cas, il faut que vous trouviez un mujiitionnaire qui se charge de faire la fourniture entière aux soldats sur le pied de 5 à 6,000 rations par jour. Vous voyez assez de quelle conséquence cela est, pour ne pas perdre un moment à conclure les traités qui sont à faire, et à obliger, soit les capitaines de vaisseau qui s'en chargeront, soit le munition naire . à acheter promptement les bleds et faire faire tous les biscuits qui seront nécessaires pour une si grande et si considérable fourniture. Et par le premier ordinaire, sans faute , je vous feray remettre partie du fonds qui vous sera nécessaire pour les avances.

U faudra observer que, comme le voyage est grand et que les vents sont incertains, ainsy qu'il a bien paru parla longueur du voyage des deux escadres de Constantinople et de Candie, et mesme qu'il se faut préparer a tous les événemens, tant pour faire la provision des vivres pendant le temps que ces troupes demeureront à Candie que pour leur retour, il sera nécessaire d'avoir des tartanes ou autres bastimens de charge pour pourvoir les troupes de tout ce dont elles auront besoin, et mesme de faire des ^tablissemens en Sicile, Malte et autres isles de la république de Venise •M de l'Archipel, y tenir des commis, et y faire des achats pour ne point manquer à la subsistance d'un corps si considérable. Mais comme ce dernier article ne presse point, je vous en écrirav encore et donneray tous les ordres nécessaires pour faire ces establissemens.

A l'égard des armes et des munitions de guerre, je crois qu'elles se pourront facilement charger sur les vaisseaux; en tous cas, vous pourrez prendre quelques bastimens de charge.

Pour la quantité de pain, biscuit, viandes et autres vivres qui pourront

' En Toscan*'. «'en rendirent m.ttres en t M6 ; M* les F.spa

1 Vn d« port* d* Hle «TRIhe. Le* Français «rnol» If» reprirent en 1 65o.

estre donnés à chaque soldat, il faut les régler sur le pied du soldat des équipages des vaisseaux , ou quelque peu moins.

Envoyez-moy un mémoire exact des vivres qui se fournissent par chacun jour à un matelot et à un soldat d'équipage des vaisseaux du roy , et la différence que l'on met entre tous les officiers d'un vaisseau à l'égard des vivres, afin que je m'en puisse servir à faire un traité général, si j'en trouve l'occasion.

Ne manquez pas de me rendre réponse précise sur tous les articles de cette lettre.

Outre les vaisseaux et bastimens de charge, vous pouvez mesme Jaire estât de quinze galères que M. Arnoul a ordre de faire armer pour la mesme expédition.

Pour les vivres, comme vous pouvez avoir besoin de Marseille, car il faut faire travailler partout aux biscuits, vous pouvez tenir correspondance avec M. Arnoul , qui vous aydera en tout suivant l'ordre que je iuy en donne de la part du Roy.

( Areh. do la Mnr. Dtptches concernant la marine, 1669. M. ».)

De... 9 a février 1669.

J'ay reçu vostre dépesche du i h de ce mois sur la proposition que vous me faites de faire venir des charpentiers hollandois. Je vous avoue que j'ay de la peine de voir que, depuis tant de temps que nous faisons bastir un si grand nombre de si grands vaisseaux et que nous payons si régulièrement et si ponctuellement, nous n'ayons pu accoustumer les charpentiers françois à servir le Roy avec autant de liberté et de volonté que les marchands, ni mesme en avoir autant qu'il nous est nécessaire, vu qu'assurément ce défaut de volonté ne provient que du défaut des gens de cette profession en assez grand nombre, tant pour le Roy que pour les marchands; et nous n'avons rien de si important pour nostre marine que de bien establir les choses, en sorte que le service de Sa Majesté soit aussy recherché que celuy des marchands. A vous dire vray , il me semble que nous avons assez de moyens pour cela.

J'écriray dès aujourd'huy à Pélicot1, pour voir s'il pourra avoir un bon

1 Marchand français établi à Amsterdam entièrement chargé de l'achat des bois et de et ru des correspondants de Colbert, parti- l'enrôlement des ouvriers charpentiers. Cette

maisUr charpentier avec quarante familles, aux conditions que vous me marquez. Mais, à mon sens, il sera assez difficile de trouver un homme qui ayt seulement la conduite de ces quarante charpentiers, sans avoir en me&ne temps le soin du bastiment de quelques vaisseaux. Si nous avons an bon maistre charpentier hollandois, il donnera un bon exemple pour

F économie et le mesnage des bois; en quoy les Hollandois sont constamment

plu* habiles que nous. . .

( Arch. de la Mar. Dépêche» concernant la marin*, 1669. fol. 5. )

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