‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 56 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Paris, 16 mars 1669.

J'ay reçu la lettre que vous m'avez écrite du 5 de ce mois. Je ne doute pa> que vous n'apportiez toute la diligence possible à la construction des l^Ures neuves: prenez garde seulement que vous en ayez toujours une

en paquet, el que vos raaislres de hache soyent en pratique de la bastir et mettre en mer en vingt-quatre heures, s'il est possible.

Je vous ay desjà écrit que M. le comte de Vivonne avoit esté pourvu de la charge de général des galères par la démission de M. le mareschal de Créqui1, en sorte qu'à son retour il prendra possession de cette charge, et ce sera à luy de donner au Roy ses avis pour le temps du départ de* galères et pour leur jonction avec les vaisseaux ou les rendez-vous.

Il est certain que l'establissement des bonnevoglies sur le* galères du roy sera d'une grande utilité, et si vous pouvez dans ce premier voyage en avoir ao ou 3o pour chaque galère, il ne faut pas manquer de le faire. Pour cet effet, je me remets entièrement à vous pour convenir du prix de ces bonnevoglies, ensemble des conditions et de la manière qu'ils serviront; observez seulement qu'il faut que la navigation soit seure, c'est-àdire qu'ils ne puissent pas déserter.

M. le comte de Vivonne devant monter la Capitane, toutes les galères ont à présent leurs capitaines; c'est à vous seulement de prendre garde qu'elles soyent toutes égales de chiourmc et de légèreté, s'il est possible; et, pour cet effet, si vous en avez de neuves, vtfus devez les substituer aux vieilles, qui sont trop pesantes.

11 n'est point nécessaire que vous fournissiez aucunes armes à M. d'infreville, ni mesme toutes les autres choses qu'il vous a demandées; l'erreur dans laquelle il est tombé à ce sujet vient de ce que, luy ayant envoyé un mémoire de M. le marquis de Louvois contenant les armes et munition* qu'il a fait acheter pour l'équipage du corps qui passe en Candie, avec ordre audit sieur d'Infreville de pourvoir à l'embarquement du tout, soit en réservant place dans les vaisseaux, soit en nolisant quelques autres bastimens pour leur embarquement, il a bien voulu se charger, sans aucune nécessité et sans ordre, d'acheter et de ramasser par tous moyens les mesmes armes et munitions que l'artillerie doit fournir; et, comme je luy écris sur cette erreur par cet ordinaire, je ne crois pas qu'il vous presse davantage de luy donner ce que vous pouvez avoir dans vos magasins.

1 La nomination du comte de Vivonne était Colberl lui disait de non côté , le a8 avril mi*

du 1 1 mars. Louis XIV lui écrivait quatre jours tant : "Je ne doute point que, sous voslre com-

après : « Comme vostre absence pour le bien de

i service ne vous permet pas de prester le de France reprendre leur ancienne réputation ,

serment entre mes mains, j'ay bien voulu vous non-seulement pour les affaires de guerre, mai.» en accorder la dispense, ne doutant pas que encore pour leur faire faire, en toutes saisons.

vostre icle et vostre affection à mon service ne des navigations aussy hardies qu'a redoublent en recevant une marque si conside- autres nations de l'Europe . . . » ( !>q>. corne. 1rs

rable de mon estime et de ma confiance. ■ ( Dép. ft(d. fol. y i .) CMC. la gai fol. 54.)

Examinez soigneusement tout ce qui concerne la manufacture de savon , et faites-moy sçavoir ce que vous en apprendrez.

Pour ce qui est des vaisseaux de la compagnie de M. le cardinal de VeudAme'Jl ne faut point songer à les prendre pour le Roy; au contraire, portez-le au commerce autant qu'il sera possible, estant bien plus important pour le service du roy d'augmenter ledit commerce que les forces maritimes de Sa Majesté.

Je vous prie de vous appliquer à bien connoistre et appuyer fortement la compagnie de Chauvigny2 pour le Levant, vu qu'il me semble qu'elle commence bien pour faire un commerce considérable.

Si le traité du sieur Alavoine avec le garde-magasin n'est point encore fait, je ne suis point d'avis que vous le fassiez, n'estant pas juste de donner 3,5oo livres presque pour rien à un homme qui a si mal servy. Il faut que vous laissiez travailler le sieur Ghalons à la construction de son vaisseau , n'y ayant pas d'apparence d'augmenter à présent les officiers de marine.

J'expédieray l'ordre du roy à M. le comte de Vivonne de ne souffrir aucun volontaire sur les galères.

Il est nécessaire que vous communiquiez à M. le duc de Beaufort tout ce que vous sçavez d'Alger, afin que, en suite de la conférence que vous aurez avec luy et de ses avis, le Roy puisse prendre la résolution de rompre avec cette ville-là ou de continuer dans la bonne correspondance establie par les traités.

Vous m'auriez fait plaisir de m'envoyer la copie des lettres que vous avez reçues du consul d'Alger, pour estre mieux informé des sentimens de ceux qui gouvernent cette ville-là.

Je vous envoyé un troisième mémoire des provisions qui sont nécessaires à mon frère pour son embarquement, pour joindre aux deux autres que je vous ay cy-devant adressés5. Je vous prie d'exécuter ponctuellement tout ce qui y est contenu, en prenant garde surtout que ces provisions soyent de bonne qualité.

Je vous adresse les brevets des capitaines, lieutenans et sous-lieutenans des galères remplis des noms des mesmes officiers que l'année dernière. M. de Vivonne estant à présent en mer, vous les pouvez distribuer et, lorsqu'il sera arrivé, ils feront ainsy qu'il est accoustumé, soit pour prendre son attache, soit pour prester le serment en ses mains. Je remettray de-

(Voir page 3o,

■ Voir H, Û67, pièce n*4i.

1 Voir pièce n° 57 , page 10a.

main matin ès mains de M. te duc de Mortemart 1 les provisions du comte de Vivonne de la charge de capitaine général des galères: je crois qu'il les enverra par un courrier exprès.

Faites-moy sçavoir exactement la conduite que ledit Comte tiendra dans cette charge.

(Arrb. de la Mar. Dépêche, concernant /« galrrt* . 1669, fol. 5i.)

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