INSTRUCTION AU SIEUR BRODART
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE LA MARINE1
(Copie portant : De la main de ColberL )
Paris, i5 avril 1669.
Le Roy ayant résolu de faire embarquer à l'avenir sur toutes ses armées navales et sur chacune escadre de ses vaisseaux qui sera mise en mer, un commissaire général avec quelques commissaires particuliers pour y faire les fonctions de leurs charges, Sa Majesté a résolu de donner la présente instruction au sieur Brodart, commissaire général de la marine, qu'elle a a choisy pour s'embarquer sur l'armée qu'elle met en mer en Provence sous le nom et l'instante prière du pape, pour le secours de Candie2.
Sa Majesté veut qu'aussytost que ledit sieur Brodart sera arrivé à Toulon, il fasse choix, de concert avec le sieur d'Infreville, intendant de la justice, police et finances en la marine, de deux commissaires particuliers , pour s'embarquer avec luy et vaquer aux fonctions de leurs charges ;
Qu'à mesure que les capitaines auront levé leurs équipages, il enrôle et Mgnale les matelots et soldats dont ils seront composés ;
ma lion, et en6n tout ce qui peut ayder à augmenter vos connoissances sur cette matière, afin qu'à vostre retour nous puissions nous en entretenir et convenir de conditions raisonnables pour celte fourniture; vous recommandant surtout de ne donner lieu à personne de pénétrer que vous y pensez . . . t (Dtp. eonc. ta mar. fol. 1 16.)
1 Commissaire général de ta marine à Toulon en 1666, à Marseille en 1670, au Havre en 1671. Intendant générai des galères à Marseille, en 167.J, il passa à Toulon, en 1679, où il fut remplacé par de Vauvré, cl revint à Marseille en 1680. Brodart se retira du service le 3o juin 1686.
* II parait que celte mission ne souriait pas trop au sieur Brodart, qui alléguait l'état de sa santé. Colbert lui écrivait le 17 mai suivant :
«Je ne sçais pas de quelle qualité est le mal que vous souffrez à la mer, mais, s'il csl tel que vous n'y puissiez servir, vous avez eu grand tort de ne pas m'en avertir, parce que j'aurois cberché à vous douner quelque autre employ plu» conforme à voslre santé. A présent il n'y a point de remède. - (Uttren à ffw/mf.)
quVIle soit retranchée à mesure qu'il dimitera, car il seroit fasebeux qu'une partie des * (lemeurast inutile, et se perdist pour en *toirpris pour plus de monde et pour un plus ioog temps qu'il ne faut.
à leur subsistance pur le retour, les capitaines des vaisseaux doivent 'voir sept mois de victuailles dans leur bord pour leur équipage et pour six semaines de •raj«?t aux troupes, je ne vois pas qu'elles en
mieux que de faire cette fourniture , ce qu'ils f-xirront aysément si elles ne demeurent que *o semâmes ou deux mois dans l'isle. Mais si eiVs y faisoienl un plus long séjour, on roit en ce cas y pourvoir d'ailleurs oous aurons assez de tempe.
«Cependant, comme j'ay dessein de faire un tarte général pour la fourniture des vivres qui smasjt cy-apres embarques sur tous les vais— «•ux do roy, soit pour les équipages, soit l*>or 1rs troupes, tant en Levantqu'en Ponant, examinez bien, pendant le voyage que vous / f.iif", li.iis (.•> ui«'Mi;«j;riNi .nsdesrapiuÛM 1, de quelle manière s'en en sera la
Qu'il tienne la main à ce que la solde et les vivres ne courent que du jour que les équipages seront complets et embarqués sur les vaisseaux , et que les matelots et soldats n'auront plus à mettre pied à terre;
Qu'il visite avec soin les vivres qui seront embarqués par les capitaines, prenne garde qu'ils soyent de bonne qualité; en telle sorte que, les équipages estant bien nourris, ils se puissent garantir des maladies qu'ils con tractent parce défaut;
Qu'immédiatement avant le départ de l'armée, et lorsque les vaisseaux seront sous voile, il fasse une revue exacte de tous les en prenant toutes les précautions nécessaires pour empescher les volans, et que les capitaines ne se prestent réciproquement partie de leurs hommes;
Qu'aussytostque cette première revue sera faite, il en envoyé les extrait* à Sa Majesté.
Dans la suite du voyage, Sa Majesté veut que tous les mois il fasse une nouvelle revue sur les vaisseaux , autant que le temps et la mer le pourront permettre, et qu'il les luy envoyé soigneusement par toutes les voyes qui se présenteront. En cas que, dans les revues, il trouve des passe-volans ou des hommes des équipages des autres vaisseaux. Sa Majesté veut qu'il les fasse arrester et tienne la main à ce que le conseil de marine les punisse suivant la rigueur des ordonnances.
Sa Majesté veut a ussy que, dans tout le cours du voyage, il visite souvent tous les vaisseaux de l'armée, voye faire la distribution des vivres aux équipages, observe s'ils seront de bonne qualité et s'il en sera délivré la quantité réglée pour la nourriture de chaque homme, de quelle sorte chaque capitaine traitera son équipage, pour du tout en dresser les procèsverbaux qu'il enverra à Sa Majesté.
Ledit commissaire tiendra la main à ce que 1 écrivain de vaisseau fasse bien les fonctions de sa charge, tienne un bon inventaire de l'armement entier du vaisseau, et un journal de toutes les consommations des vivres, munitions de guerre, agrès et apparaux de rechange, et généralement de tout ce qui sera contenu en son inventaire, afin d'en pouvoir rendre un compte exact et fidèle lors du désarmement.
Lorsque les vaisseaux arriveront dans les ports où ils doivent estre désarmés, ledit commissaire général fera faire une revue exacte de tous les équipages, avant qu'un soldat ni matelot puisse mettre pied à terre ; et, sur toutes ces revues, Sa Majesté veut que les payemens soyent faits, et, les décomptes réglés;
Qu'il soit présent aux désarmemens de tous les vaisseaux et tienne la
nain à ce que les écrivains rendent bon et fidèle compte de toutes les consommations ;
Qu'après le désarmement, il envoyé à Sa Majesté les extraits de toutes les revues qui n'auront point esté envoyées, ensemble un procès-verbal en ibrégé de tout ce qui se sera passé sur chacun vaisseau, tant à l'égard du nombre et qualité des matelots et soldats, de l'application des capitaines à bien traiter, bien nourrir et entretenir un bon équipage, qu'à l'égard des
Brodart doit estre informé que le Roy a ordonné que sur i, outre les officiers ordinaires qui le commandent, il sera à l'avenir, un capitaine, un lieutenant et un enseigne (lesquels ne doivent estre payés qu'en cas de service actuel Mir les vaisseaux), l'intention de Sa Majesté estant qu'il les employé dans ses revues, afin qu'elle puisse connoistre si l'ordre qu'elle a donné sur ce ponctuellement observé.
( Arcb. de la Mar. Ordres du rot pour la marine, 1669 , fol. ao. )