LOUIS XIV AU DUC DE BEAU FORT
AMIRAL DE FRANCE
(Copie portant : De la main de Colbert)
Paris, 19 avril 1669.
Mon cousin, j'ay vu par les lettres que vous avez écrites à Colbert, les 5 et 8 de ce mois, le bon estât auquel sont mes vaisseaux destinés au secours de Candie , dont je suis très-satisfait. Le sieur Gabaret estant party des rades de la Rochelle le 9 de ce mois, j'ay encore lieu d'espérer qu'ils arriveront à Toulon assez à temps pour vous joindre ; et en ce cas j'estime, ainsy que je vous l'ay desjà écrit, que vous laissiez mes vaisseaux que je vous ay permis de prendre à tiers d'équipages, afin que je m'en puisse rv Lr ïïîc t trc en 1 1 1 c r u ri c n ^) u vc 1 1 c ^oci cl rt- »
Je suis bien satisfait d'apprendre ce que vous faites à l'égard du commerce et des matelots ponantois qui sont depuis plusieurs années sur mes vaisseaux. Vous sçavez que ce sont les deux points les plus importans sur lesquels peut estre fondée l'augmentation de la navigation dans mon royaume, et qui peuvent le plus contribuer à celle de mes forces maritimes. C'est [MMjrquoy vous ne sçauriez rien faire qui me soit plus agréable et en mesme temps plus avantageux que de favoriser le commerce en toutes choses, et de tenir sévèrement la main à ce que les capitaines traitent bien les male-
lots sur leur bord, leur donnent congé après le temps de leur service expiré, et ne leur fassent pas perdre la meilleure partie de leur solde, sous prétexte de meschantes denrées et marchandises qu'ils leur font fournir dans leurs nécessités.
Je suis bien ayse de voir vos sentimens sur ce que vous écrivez devoir estre fait pour rendre à l'avenir la levée des équipages plus facile.
Les difficultés qui se rencontrent de toutes parts à ta levée des équipages de mes vaisseaux sont telles qu'il est impossible que je puisse penser à faire de grands arméniens, si je ne trouve moyen de changer la mauvaise disposition et l'aversion presque insurmontable qu'ont les gens de mer de s'engager au service de mes vaisseaux. Le mauvais traitement qu'ils disent recevoir du capitaine fait une telle impression sur leurs esprits, qu'ils aiment mieux courir toutes sortes de risques pour éviter d'estre trouvés lorsque les levées se font. C'est ce qui m'oblige de vous dire qu'il faut que vous donniez toute vostre application pour découvrir ceux des capitaines qui maltraitent leurs équipages, pour en faire une telle punition que les autres en deviennent plus sages. Cependant je vous sçais beaucoup do gré du congé que vous faites donner à tous les matelots ponantois qui ont servy longtemps sur mes vaisseaux . .
(Arch. de la Mar. Ordre* aV roi /xmr Ut marxm, 1669, fol. 47.)