A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint Germain, 3 ma, 1669.
J'ay reçu vos deux lettres des ao et a 3 du mois passé. Le Roy a forf approuvé la résolution que M. le comte de Vivonne a prise, avec l'avis de
' Voir, pour les difficultés que présentai l l'enrôlement des matelots, pièce vT 5 1 et notes. — Colbert écrivait, le 8 mars précédent, au duc de Beaufort :
«Sa Majesté m'ordonne de vous dire que vous ne pouvez rien faire de plus avantageux pour son service que de tenir toujours sévèrement la main à ce que les capitaines traitent bien leurs équipages et qu'ils les payent ponctuellement de tout ce qui leur sera deu lors des désanneinens, afin qu'autant qu'il sera possible, le service de Sa Majesté sur ses vaisseaux devienne volontaire, ou au moins de retran-
cher les causes de l'aversion que les gens de mer ont de s'enrôler.
wSa Majesté désire de plu» que vous donuiex congé au plus grand nombre qu'il se pourra de matelots ponantois qui sont sur les vaisseaux des escadres de Candie et de Constanlinopie, y en ayant beaucoup d'entre eux qui sont sur les vaisseaux de Sa Majesté depuis deux, trois et quatre ans, n'y ayant rien qui les dégouste tant du service qu'un si long séjour et la force que l'on employé pour les retenir. . . * (D*p. ronc. In wwir. fol ht.)
tous les officiers des galères , de n'en mener que treize au voyage avec les trois galiotes, et de laisser les deux autres, que vous ne devez pas manquer de faire naviguer pendant cet esté le long des costes pour accoustumer la chiourme.
Je n ay rien à vous dire sur les mesures que vous devez prendre pour faire en sorte que les galères ne manquent point de vivres pendant ce royage, estant bien persuadé que vous n'oublierez rien pour cela, et que l'on peut s'en reposer entièrement sur vous.
Vous m'écrivez par vostre lettre du 9 du mois passé que les derniers forçats conduits par Richalet sont bons; cela ne suffit pas, et il est nécessaire que vous me mandiez ponctuellement le jour qu'ils sont arrivés, et mesme que vous m'en envoyiez un rôle exact.
Le sieur Thibaud du Patis qui a esté encore employé à la conduite d une autre cbaisne m'écrit qu'il marche avec cent et tant de bons hommes, en sorte qu'il y a quelque lieu d'espérer qu'avec les Turcs que vous ferez acheter de toutes parts nous pourrons parvenir à avoir 1 7 galères pour l'année prochaine, et c'est à quoy il faut travailler perpétuellement. Je suis bien persuadé que M. le Général 1 ne manquera pas d'amasser le plus de Turcs qu'il pourra dans ce voyage, et Sa Majesté écrit sur le mesme sujet à M. te duc de Beaufort.
A l'égard des vaisseaux de nolis , je vous avoue que je suis bien mal satisfait de ne recevoir aucun éclaircissement sur une matière si importante, n'ayant pas manqué un seul ordinaire d'en écrire fortement à M. (Tlnfreville. Il me semble qu'il auroit esté bien facile de faire un projet de tout ce qu'il y avoit à embarquer, et en mesme temps du nombre des vaisseaux qui estoient nécessaires pour cela. J'avois envoyé le mémoire de toutes les munitions de l'artillerie, et avoit dis en mesme temps qu'il falloit embarquer pour six semaines ou deux mois de farines, biscuits et chairs salées, pour 6 à 7,000 rations par jour; qu'à l'égard des officiers généraui il falloit 3 ou hoo tonneaux au plus, et pour les officiers des troupes, sur le pied de 1,300 compris les mousquetaires, ko tonneaux pour l'équipage de chacun, ce qui compose A,4oo quintaux et environ 990 tonneaux. Vous jugez bien qu'en y ajoustant ce que je puis omettre il estoit facile de faire ce projet , et de voir au vrav le nombre des vaisseaux qui estoient nécessaires. S'il y a encore quelque chose à faire sur ce point, vous pouvez suppléer aux ordres qui vous peuvent manquer de ma pari, pourvu que œla se fasse avec l'économie que vous observez.
' L- romle de Vivotine, généra! de» galère».
m MAK1NE
Vous me flattez un peu trop agréablement quaad vous me dites que nous pourrons avoir dans peu vingt galères de gens de force et dû de liberté. Je vous avoue que mon esprit naturellement se porte davantage à diminuer ce qu'il a pour le rendre certain, que d'espérer ce qu'il n'a pas encore et ce qui est fort douteux. Travaillons à avoir quinze galère* quand nous n'en avons que quatorze, et ensuite nous travaillerons à la seizième , et vous verrez que cette manière sera bien plus solide et plus certaine.
A l'égard des canons d'extraordinaire que les capitaines des galères demandent, si vous en trouvez à Toulon, à la bonne heure; mais j'en doute fort.
11 faudra penser à en faire fondre l'hyver prochain.
Je verray les procédures qui ont esté faites par l'officier de l'amirauté d'Aigues-Mortes, sur les barques d'Alger qui ont échoué à la coste de Languedoc et les 10U Turcs qui ont esté pris, et je vous feray sçavoir ce qui en résultera.
Je ne doute pas que vous ne trouviez à vous ajuster avec le sieur Jacquier pour les vivres dont vous avez fait provision.
Je vous ay fait sçavoir mes sentimens sur le sujet des maisons qu'il faudra abattre pour le fort Saint-Jean; il est nécessaire que vous observiez qu'il ne faut pas les acheter sur le pied du revenu porté par les baux, mais seulement sur le pied des acquisitions, dont il faut faire rapporter les contrats, et sur le pied des partages dans les familles, estant nécessaire et juste de prendre ses précautions pour erapescher que le Roy ne les achète au delà de leur juste valeur.
J'ay fait les fonds contenus aux articles de Testât que vous m'avez envoyé, qui n'avoient point esté faits par lestât général, en sorte que vous aurez à présent tout ce que vous avez demandé.
Je vous recommande toujours de vous mettre en estât d'achever le fort SainUlean cette année s'il est possible, de continuer les ouvrages de l'arsenal, d'avancer toutes vos constructions, et de faire amas de toutes les marchandises nécessaires pour bien remplir vos magasins.
Je suis bien ayse d'apprendre par vostre lettre que vous trouvez une quantité considérable de bois à vendre. Pourvu que vous fassiez vos achats sans précipitation et avec toute l'économie que vous pourrez pratiquer, vous ne sçaurez me faire un plus grand plaisir que de me demander beaucoup de fonds, pour en faire de grands amas dans vos magasins, en sork* que nous ayons toujours pour bastir quatre vaisseaux en réserve, et que vous en puissiez faire baslir tous les ans deux bons et deux bruslots. J'ay
bien de l'impatience d'apprendre que vous ayez mis les quilles en place pour commencer les deux premiers l.
Puisque vous avez en quelque sorte promis à Martin2 de luy faire donner 1,000 écus de son brevet, je crois que vous pouvez conclure avec luy; aussytost que vous m'aurez envoyé le traité, j'expédieray le brevet pour le sieur Alavoine.
J'ay bien de l'impatience d'apprendre que l'on ayt commencé le travail de l'agrandissement de la ville de Marseille, l'establissement de la franchise 3, et le curage du port : ce sont trois ouvrages également importons el pressés.
L'action du .sieur Larson m'a paru assez belle pour en faire lecture au Roy, et Sa Majesté l'a fort approuvée. 11 seroit à souhaiter que les marchands connussent par là les avantages qu'ils peuvent tirer de l'assistance et de la protection du Roy, et que cela les conviast d'attendre les escortes de Sa Majesté pour leur commerce.
Je ne sçais si le chevalier de Clerville touche encore des appointemens sur le fonds des travaux de Marseille; faites-moy sçavoir s'il les prétend et s'il vous les demande, parce que je ne crois pas que vous les deviez faire payer sans avoir un ordre du roy.
(Areb. de la Mar. Dépêche* concernant \e* galère* , ^69, fol. 91)