MÉMOIRE POUR LE SIEUR TRURERT
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE LA MARINE
( Copie portant : De la Num de ColberL)
Saint^ermai 3 may 1669.
Le sieur Trubert ayant reçu ordre de partir de Toulon pour venir en Bourgogne , Sa Majesté désire qu'après avoir reçu le présent mémoire, qui luy sera donné par le sieur Duguay , premier président en la chambre des comptes de Bourgogne, il voye et examine avec luy Testât de tous les bois <|ui ont esté achetés depuis trois ou quatre années, et ceux qui restent,
• Le »! juillet, il lui écrivait encore : que parmy celle grande quantité de bois que
«Je suis bien ayse que vous ayex fait un mar- vous achelex il ne s'en trouve pas de propre
rbé de mille pieds d'arbres tirés de la forest de pour faire des quilles pour les vaisseaux.. . »
Lagnier*, en Provence. Je vous envoyé la lettre (flljjp, conc. let gai. fol. i36.)
du Roy qui vous ordonne d'acheter lesdits ar- 1 Garde magasin de l'arsenal de Marseille,
bre», laquelle vous avex demandée pour vos Ire qui vendit sa charge 3,ooo livres à Alavoine.
dérharg*»; mais je vous avoue que je suis étonné 1 Voir II , 796 , pièce n* v.
• Il s'agit de la forêt de Lagneresc 011 Ugnèrrs . siluôr dans la romnninr dAmpn>, près DraRuifînan
soit qu'ils soyent débités, soit qu'ils soyent encore sur pied, et fasse un mémoire de la quantité des pièces de toute nature pour pouvoir estre assuré du nombre des vaisseaux qui en pourront estre bastis; et qu'il s'informe des autres bois qui sont dans ladite province, qui pourraient estre achetés dans la suite du temps par Sa Majesté, sans toutefois faire aucune démonstration de les vouloir acheter à présent.
Il visitera les forests où se coupent les bois achetés par Sa Majesté, examinera l'économie qui s'observe en leur coupe, verra si tout ce qui peut estre du mesnage des deniers de Sa Majesté y est observé, soit en la coupe ou débit du bois, pour empescher qu'il ne s'en perde, et que les pièces soyent prises selon la qualité et forme des arbres; S'il ne peut estre rien espargné sur le débit ;
Si l'on retire tous les avantages du bois inutile,
troncs et arbres rabougris et de nul service ;
S'il se tient un contrôle exact de toutes les pièces, en sorte qu'il ne s'en puisse perdre aucune, tant sur le pied que depuis qu'ils sont abattus, débités, voiturés sur le bord, mis en radeau, pour estre conduits sur la Saône et sur le Rhône jusqu'à Arles, et de là à Toulon. Voir si les contrôles du débit, de l'embarquement sur la Saône, de celuy qui se fait en Arles et de la décharge dans les magasins de Toulon, se rapportent de telle sorte que le Roy ne puisse estre volé ni trompé, tant sur la quantité que sur la qualité des pièces; et le sieur Trubert doit considérer ce point comme le plus important de sa commission.
Il examinera de plus si les voitures qui se font depuis le lieu du débit jusque sur la Saône, depuis la Saône jusqu'à Arles, et depuis Arles jusqu'à Toulon, sont faites avec tout le bon mesnage qui se doit apporter dans toutes ces entreprises qui doivent durer longtemps.
Il examinera également la conduite des commissaires Saint-Georges père et fils1, des charpentiers , et de' tous les autres employés à ladite coupe; et, sur le tout, il donnera son avis audit sieur Duguay, et se rendra ensuite près de Sa Majesté pour luy rendre compte de tout ce qu'il aura fait en ce voyage.
( Arch. de la Mar. Ordres du roi pour la marine, 1669, fol. 54.)
1 Joseph Sain l- Georges, commissaire ordi- réintégré en 1673. Révoqué en avril 1 684 , naire pour l'exploitation des forêts de Bonr- il mourut en 170 t. gogne, en 1 666. Il se retira en 1669, et fut
INTENDANT A ROCHEFORT
Paris, 10 roay 1669.
Je suis bien ayse d'apprendre, par vostre lettre du premier de ce mois, que le chevalier de Clerville ayt esté à Rochefort et qu'il ayt rectifié vos travaux. J'espère que cette année vous avancerez beaucoup vos principaux ouvrages, particulièrement la forme à l'angloise et tous les autres qui peuvent vous faciliter la construction et le radoub des vaisseaux, vu qu'il n'y a rien à quoy vous deviez donner plus d'application, espérant aussy que, dans le voyage que vous ferez à Bordeaux, vous achèverez de résoudre avec M. Pellot 1 et ledit chevalier tout ce qui peut concerner la navigation de la rivière de Bordeaux et le commerce dans toutes les costcs de Guyenne.
C'est un grand avantage pour la marine du roy que les charpentiers hollandois qui vous sont arrivés depuis peu soyent plus habiles, plus économes et entendent mieux le débit du bois que les françois, puisque, nonseulement ils vous serviront plus utilement, mais mesme pourront apprendre les autres, qui est, à mon sens, le principal avantage qu'on en puisse retirer.
Je crois que pour cela vous devez mettre auprès d'eux le plus d'apprentis et de jeunes ouvriers que vous pourrez; et il faut y donner d'autant plus d'application que le défaut naturel de nostre nation sera toujours la dissipation et le peu de mesnage et d'économie dans le travail, et que nous rie pouvons surmonter cette mauvaise disposition de la nature qu'avec beaucoup de soin et d'estude.
(Arch. de la Mu*. Dépécht$ coHCfruont la nutrint, 1669, fol.
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Sainl-Germain , 1 1 may 1669.'
Je dois vous avertir que le Roy a esté étonné d'apprendre, par les lettres que je reçois tous les ordinaires de Brest, que vous n'avez pas encore mis à la voile. Vous sçavez assez combien le séjour dans les ports déplaist à Sa Majesté, et qu'il n'y a rien que les capitaines doivent si soigneusement «Witer. Je ne fais donc plus de doute qu'ayant vostre équipage au complet,
1 Mot» inUwlant » Ront™.*.
vous n'ayez mis à la voile pour vous rendre à La Rochelle avec les deux autres vaisseaux, en cas qu'ils ayent esté en estât.
Il me semble que vous auriez pu vous dispenser de ce voyage à La Rochelle , vu que tous les capitaines qui arment en Charente souhaitent toujours eslre hors des pertuis, et que la difficulté d'en sortir est ce que l'on a toujours opposé à l'eslablissement de Charente, en sorte que je vois que vous allez en un lieu où tous les autres évitent d aller, et d'où ils souhaitent fort d'estre sortis lorsqu'ils y sont.
Prenez garde que le temps de vos victuailles ne se consomme pour la plus grande partie dans le port de Brest et dans ce voyage1.
H n'y a pas grande instruction à vous donner sur le service que Sa Ma-
vostre navigation s'estende depuis Ouessant jusqu'au cap Saint- Vincent5, et que vous donniez tous les mois de vos nouvelles à Brest ou à La Rochelle.
( A.rch. de la Mar. Dépéeket concernant la marine, i 669 , foi. m 8.)