A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Saint-Germain , a5 may 1669.
J'ay esté bien ayse d'apprendre, par vostre lettre du 1 1 de ce mois, que les galères estoient sur le point de partir en très-bon estât, et je ne doute pas quelles ne le soyent à présent.
Il auroit esté peut-estre plus avantageux pour le service et pour la gloire du roy que M. le comte de Vivonne eusl mené 1 4 galères avec luy. Mais, puisqu'il a estimé n'en devoir mener que i3, il faut croire qu'il a eu de bonnes raisons pour cela.
Vous apprendrez par l'ordre du roy cy-joint la résolution que Sa Majesté a prise de faire mettre à la chaisne les 106 Turcs qui ont esté pris sur les costes du Languedoc; la conduite que ceux d'Alger ont tenue et tiennent encore tous les jours estant telle que Sa Majesté ne peut pas s'empescher de leur faire la guerre, sans toutefois qu'il soit nécessaire d'en faire une déclaration publique.
Vous devez faire un mémoire exact de tout ce qu'ils ont pris aux sujets du roy, au préjudice des traités qui ont esté faits avec eux, duquel mémoire vous m'enverrez une copie, et en mesme temps une autre au consul qui est en Alger, avec ordre d'en demander la restitution au nom de Sa Majesté; et au cas qu'ils ayent reçu avis que les io4 Turcs auront esté mis à la chaisne, et qu'ils luy en parlent, vous luy donnerez ordre de leur dire que Sa Majesté avoit fait préparer un bastiment pour les renvoyer; mais qu'ayant vu le peu de justice qu'ils ont fait à ses sujets en leur refusant la restitution de tout ce qui leur avoit esté pris, elle a changé de volonté et les a fait mettre a la chaisne; et il pourra en mesme temps les assurer qu'aussytost qu'ils auront satisfait à ce que Sa Majesté désire d'eux, elle les fera délivrer; cependant il sera bon que vous avertissiez tous les marchands de Marseille qu'ils prennent garde à leurs vaisseaux.
Vous ne pouvez rien faire de plus agréable au Roy que de presser les constructions des nouvelles galères; et surtout prenez garde de ne vous servir que de bon bois et bien sec, et faites en sorte que vous en ayez une telle provision dans vos magasins que vous les puissiez bastir promptement, estant certain que les bastimens de mer sont beaucoup meilleurs quand ils sont achevés promptement. Je vous dis la mesme chose pour les vaisseaux que vous avez ordre de faire bastir : il faut faire vos provisions de
bois en grande quantité, mesme, s'il se peut, auparavant que de commencer, afin que vos charpentiers n'attendent rien dès lors qu'ils auront mis la quille en place. J'écris par tous les ordinaires au sieur Dalliez de se mettre en estât de vous fournir le bois nécessaire pour bastir tous les ans deui vaisseaux; faites, de vostre part, toutes sortes de diligences pour en amasser en grande quantité, et mandez-moy positivement en quel temps vous estimez pouvoir commencer.
Pressez toujours, en ce qui pourra dépendre de vous, la compagnie de M. le cardinal de Vendôme d'avancer les bastimens qu'elle a commencés, d'autant que le Roy aura toujours plus d'avantage que ses sujets bastissent, que s'il bastissoit luy-mesme ; mais s'il se trouvoit que cette compagnie ne pust réussir dans le dessein qu'elle a formé, en ce cas seulement il faudrait prendre pour le Roy le vaisseau qu'elle a fait commencer et tout le bois et les provisions qu'elle a, au meilleur prix qu'il vous seroit possible.
J'approuve ce que vous avez fait à l'égard du vaisseau de M. le comte de Vivonne; mais il est nécessaire que vous me fassiez sçavoir de quelle qualité et de quel port est ce vaisseau , pour connoistre à quoy il peut estre bon , avant que de prendre la résolution de l'acheter pour le Roy, n'estant pas à propos de nous charger de mauvaise marchandise.
A l'égard des canons que vous voulez faire fondre à Toulon pour les galères, vous devez observer qu'il faut se contenter à présent de ce qui est absolument nécessaire, d'autant que nous avons un grand besoin d'avoir un beaucoup plus grand nombre de canons pour les vaisseaux que celuy que nous avons; mais si ceux de six livres vous sont absolument nécessaires, en ce cas seulement vous pouvez vous entendre avec M. d'Infreville.
Je ne doute point que vous ne trouviez des difficultés à surmonter dans l'estimation que vous avez à faire, tant de la commanderie de Saint-Jean que des autres maisons qui vous sont nécessaires pour l'esplanade du fort que vous faites construire; mais pourvu que vous m'en écriviez en détail, je vous enverray des ordres si précis, et à M. le Premier Président, que vous les pourrez facilement surmonter. Je vous prie de bien considérer cette affaire; et comme ces estimations sont très- importantes, et qu'il est de grande conséquence qu'elles se fassent exactement, vous ne devez point vous relascher de la règle que je vous ay donnée.
Je vérifieray les fonds qui ont esté faits pour ledit fort, et feray de nouveau celuy de 60,000 livres que vous demandez. Prenez garde que cette somme soit bien et utilement employée, et que ledit fort soit achevé retle année, s'il est possible.
Puisque M. le chevalier de Clerville a toujours pris ses appointerons jusqu'à présent, il faut les luy laisser recevoir encore pour cette année, et, l'année prochaine, j'y pourvoiray d'une autre manière.
Je parleray au député de Marseille qui est icy, et l'obligeray de me rendra compte de ce qui se passe pour l'agrandissement de cette ville.
Je ne sçais pas pourquoy vous ne m'écrivez point par quelle raison M. do Beaufort vous a demandé la nourriture des Turcs qui ont échoué sur les costes de Languedoc^ et je vous avoue que je ne sçais pas pourquoy il se seroit avancé de les nourrir, vu que l'ordre ordinaire estoit de les laisser nourrir par les provinces où ils ont séjourné.
A présent que M. le Général est sur les lieux, vous pouvez luy parler du chevalier Duchon, et luy dire vos sentimens sur son sujet; et, comme il iù d'autre vue dans l'esprit que ae bien servir le Roy, je ne doute pas qu'il ne convienne facilement des bons sujets que vous luy proposerez.
Je feray nommer au Roy les deux galères qui restent à nommer, et vous feray sçavoir les noms que Sa Majesté leur aura donnés.
Je crois que vous pouvez à présent vous mettre en estât de baslir h Bénie.
(Arch. do la Mur. Inclus* ronctrnant te* galère,, 1669, fol. 110.)