‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 7 sur 486 · LES CLASSES · texte numérisé non relu

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d'exemple? Qu'on en juge : ie a a novembre 1669.il recommandait à l'intendant de Brest de faire très exactement l'enrôlement des matelots, ceux-ci donnant volontiers trois ou quatre pistoies pour s'exempter du service. Dans d'autres lettres, il se plaint d'agents qui en Bretagne trafiquent de ces sortes d'exemptions et par suite de la liberté de* geii* de mer1. La ville de Bayonne aurait mieux aimé fournir cent matelots que de se soumettre à l'enrôlement; Golbert refusa par ie motif que partout, dans les autres provinces, les matelots venoient d'eux-mêmes se faire enrôler, et que, si les habitants de Bayonne savaient le bien qui leur en reviendrait, ils n'hésiteraient pas. Si, au contraire, ils ne changeaient de conduite, le Boi saurait bien se faire obéir. Mais les Bayonnais s'obstinèrent et il fallut, un mois après, ordonner à l'intendant de les mettre à la raison. Tout près d'eux, le pays de Labour s'était soulevé aussi contre l'enrôlement des matelots; on ne lui pardonna qu'à la condition d'en fournir deux cents. En Provence, malgré les exemples cités par Colbert, il n'y avait rien moins que de l'empressement, et il dut menacer de la colère du Boi les officiers mariniers et matelots de la seconde classe qui ne rallieraient pas dans le temps voulu les vaisseaux en armement à Toulon.

Ces mauvaises dispositions multipliées et persistantes contribuèrent sans doute à l'hésitation exprimée dans une lettre du 28 décembre 1671 sur la convenance de conserver le régime des classes. Près de trois ans s'écoulent, et la même pensée revient dans un important mémoire du 6 mai 167/1. La guerre de 1672 avait eu lieu dans l'intervalle, et, les moyens légaux n'ayant pas suffi à compléter les équipages, le ministre s'était vu forcé, pour échapper aux reproches de mauvaise foi et de lenteur que ne ménageaient pas les amiraux anglais, attendant vainement la flotte française, de recourir, comme ses prédécesseurs, aux moyens violents. C'est alors que ses agents avaient fait main basse sur tous les marins de la côte et des rivières, menaçant de mort les récalcitrants, et rendant les femmes responsables de la désertion de leurs maris, (r Comme nous n'avons rien de plus important dans nostre marine, dit Colbert dans

1 L'intendant de Brest lui-même, Sacchi Séjourné, fut poursuivi et condamné pour «•«• fait après la mort de Colbert.

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ce mémoire, que de penser continuellement à faciliter la levée des équipages des vaisseaux que le roy met en mer, et que l'enrôlement des matelots ne produit pas l'effet que l'on en avoit attendu, il est nécessaire que vous examiniez avec grand soin pendant cet esté tous les expédiens qui se pourroient pratiquer pour rendre cette levée plus certaine et plus facile. . . Voicy une pensée qui m est venue: ce seroit, au lieu de prendre par classe, de lever tous les matelots qui voudroient s'engager pour toujours au service du roy, et en lever jusqu'au j nombre de 12 à i,5oo et mesme jusqu'à 2,000 en chacun des trois principaux arsenaux de marine, sçavoir : Rochefort, Brest et Toulon. Toutes les fois que le roy en armeroit grand nombre, il faudroit lever le surplus, à quoy l'on travailleront, soit volontairement, soit par la fermeture des ports ». s Peu de temps après, le 2 5 juillet 167/», Colbert expliquait de nouveau son projet, comprenant une demi-solde pour les matelots qu'il prétendait garder pendant les mois d'hiver. 11 parlait même d'entretenir dans les ports, en les logeant et leur donnant un quart ou un tiers de solde, i,5oo ou 2,000 matelots qu'on pourrait utiliser comme ouvriers et qui seraient rétribués à l'égal de ceux de leur métier, cr 11 ne s'agissait de rien moins, dit à ce sujet un ancien officier de marine, que d'entretenir en permanence dans les ports 1 1 ,000 matelots toujours à la solde de l'État, et de considérer comme une réserve pour les armements extraordinaires le personnel des classes, incapable à lui seul de fournir des équipages 2. n

C'est là, en effet, c'est dans ces sages combinaisons que semblait résider la solution du problème. Comment ne fut-elle qu'entrevue, et quels obstacles s'opposèrent à la réalisation des desseins du grand ministre? La suppression de la demi-solde, par suite de la situation des finances, et, d'autre part, l'impossibilité de payer les 1 o à 1 2,000 matelots jugés nécessaires, furent vraisemblablement les causes de cet insuccès. On comprend que la correspondance de Colbert soit sobre d'explications sur de pareils motifs. Ce qui, par contre, en ressort clairement, ce sont les embarras continuels que lui occasionnent

1 Ce mémoire fut adressé simultané- 1 Le personnel de la marine mili-

mentaux intendants de Toulon , de Roche- taire, etc. par M. de Crisenoy. fort ol dp Brest.

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les classes , les oppositions que son système rencontre de toutes parts et les hésitations qu'elles font naître en son esprit. 11 persévéra pourtant jusqu'à la fin dans ses idées; mais le marquis de Seignelay, qui n'avait pas les mêmes engagements et que les moindres obstacles irritaient, ne s'astreignit sur ce point à aucune règle. L'ordonnance générale sur la marine, du i5 avril 1689, ne parla même plus de la demi-solde précédemment stipulée et qu'on n'avait payée que très-exceptionnellement. En même temps, Seignelay soumettait à l'enrôlement les patrons de barque, les passeurs de bacs, et les riverains de tous les grands cours d'eau , comme la Garonne , la Dordogne.

Bientôt les guerres de 1 689 et de 1690 ramenèrent les anciennes pratiques. Les ports furent de nouveau fermés; le roi déclara que tous les matelots devaient leurs services à l'Etat, et, si quelques-uns d'entre eux purent s'embarquer sur les bâtiments marchands, ce ne rat qu'avec l'agrément exprès du ministre. Voilà ce qu'était devenu le système des classes en 1690, après vingt ans d'essais. Coibert lui-même avait enfreint ses règlements lors de la guerre de t 67 a ; ni Seignelay ni ses successeurs ne les respectèrent plus que lui. Toutes les fois qu'une lutte sérieuse s'engageait, elle imposait ses exigences, toujours les mêmes. On se figure le rôle de l'administration en face de ces violations continuelles de la règle qu'elle était chargée de faire exécuter. Les réformes de détail se succédaient sans atteindre le but désiré. Las enfin de cette contradiction constante entre la loi et le fait, le gouvernement modifia profondément, par l'ordonnance du 3i octobre 178/i, le régime du recrutement de la flotte. La nouveauté, le point capital de cette ordonnance, c'est que les services des gens de mer furent , moyennant divers avantages accordés à titre de compensation, acquis en tout temps et par préférence à l'Etat dans un intérêt général, toutes les fois que l'Etat les réclamerait. Si la difficulté du recrutement se trouvait ainsi résolue, le nœud était plutôt tranché que dénoué. La loi du 3 brumaire an IV, qui a reproduit, à quelques modifications près, fordonnance de 1786, a été plus d'une fois attaquée comme contraire au développement de l'industrie maritime. D'un autre côté, le système de l'inscription est défendu par des hommes très-auto-

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risés, qui le considèrent comme indispensable à l'existence même de la marine militaire et à la sécurité de la France. Que pouvait faire le gouvernement placé, dans une question aussi grave, entre deux courants opposés? Animé, à l'égard de nos braves marins, d'une bienveillance incontestée, il observe, étudie, et, chaque fois qu'il le croit possible sans danger, améliore la situation que leur a faite la loi de l'an IV. C'est ce qui a eu lieu par divers décrets rendus en 1808, en 1 833, en 1860 et 1861. Tout récemment encore (2 a octobre 1 863) , un décret nouveau a modifié cette situation dans un esprit libéral et progressif qu'on ne saurait trop louer1. La condition des populations maritimes inspire évidemment à tous les plus vives, les plus légitimes sympathies. Espérons qu elles pourront un jour, grâce au développement de la marine à vapeur, profiter, sans nul incouvénient pour les grands intérêts qu'elles sont appelées à sauvegarder, des avantages du droit commun et de la liberté du travail.

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On peut juger si les précautions prises pour fortifier et régulariser les cadres de la flotte devaient disposer à l'indulgence envers les matelots français engagés à l'étranger. Non-seulement les commandants avaient ordre de les ramener dans les ports du royaume, où ils étaient passibles de la peine de mort, ils devaient y ramener aussi les navires construits en France, marchant sous notre pavillon, mais appartenant à des étrangers, et montés, en tout ou en partie, par des nationaux. D'un autre côté, plus les liens qui rattachaient le marin à l'État devenaient étroits, et plus Golbert s'étudiait à le dédommager de sa servitude. > Vous ne sçauriez rien faire qui me soit plus agréable, faisait-il dire par Louis XIV au duc de Beaufort ( 1 9 avril 1669), que de favoriser le commerce en toutes choses, et de tenir sévèrement la main à ce que les capitaines

1 Enfin une décision impériale du a5 juin i864, rendue sur la proposition de S. Exc. M. le comte de Chasseloup- Laubat . ministre de In mnrine et des co~

Ion ies, a dispensé' de la levée les marins de nos possessions du nord de l'Afrique faisant la pêche du corail et le cabotage.

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traiteut bien les matelots sur leur bord, leur donnant congé après le temps de leur service expiré, et ne leur fassent pas perdre la meilleure partie de leur solde, sous prétexte de meschantes denrées et marchandises qu'ils leur font fournir dans leurs nécessités. » Colbert attendait de ces bons traitements plusieurs résultats avantageux : un enrôlement plus facile, un service plus dévoué. <r Observe!, disait-il, à propos d'un combat soutenu par l'escorte d'un convoi des Indes orientales, que, si l'officier avoit esté plus maistre de son équipage, il auroit fait une plus belle action.» Le mode de nourriture à cette époque ne j usl i liait que trop la crainte exprimée par Louis XIV au duc de Beaufort. Un contrôle mal organisé laissait, sur ce point capital, les capitaines omnipotents, et ils en abusaient pour imposer à leurs hommes des denrées mauvaises ou inutiles. Quand, en 1669, l'expédition de Candie fut résolue, le ministre chargea un munitionnaire de faire embarquer, après vérification des quantités et des qualités, les provisions de bouche nécessaires aux officiers et soldats transportés par la flotte. Il espérait cependant que les capitaines pourvoiraient à leur propre nourriture; à leur défaut, le munitionnaire avait ordre de s'en charger. Lu traité renouvelé en 1678 prouve qu'à cette époque un munitionnaire général fournissait en même temps les vivres de l'armée et de la marine; mais le nouveau système était sans doute attaqué, car Colbert invitait l'intendant de Toulon à s'informer si les matelots se plaignaient, si leurs plaintes étaient fondées, «et en mesme temps de quelle sorte en usoient les capitaines lorsqu'ils fournissoient des vivres à leurs équipages. » Il avait cru remarquer que la ration des cbiourmes dépassait les besoins. Persuadé que les forçats prenaient l'excédant en argent, il donna ordre de réduire les rations de biscuit, vin et autres denrées, et de prévenir toute nouvelle connivence entre eux et le munitionnaire.

Ces recommendations témoignent du soin apporté par le secrétaire d'État de la marine au contrôle des dépenses. Sa correspondance en fournit mille autres preuves. Quand, à la fin de 1670, la Botte eut été mise sur le pied que l'on a vu, et qu'il n'y eut plus qu'à J entretenir, il invita l'intendant de Rochefort à restreindre la dépense qu'on n'avait pas ménagée jusqu'alors, paire qu'il n'y avoit

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rien de fait. Que de (ois on le voit stimuler ses agents à donner l'exemple de l'économie! Dans les luttes de peuple à peuple, la victoire (c'est un fait aujourd'hui démontré) finit par rester au plus riche. Colbert sentit le prémier cette vérité fondamentale, qu'il formula en axiome, écrivant (20 février 1671): s qu'en fait de guerre, celuy qui la peut faire à meilleur marché dure toujours plus longtemps et est par conséquent supérieur. i> Il fallait donc, disait-il , s'appliquer à dépenser moins que les Anglais et les Hollandais. Les approches de la guerre de 1 672 rendirent Louis XIV et son ministre encore plus sévères. <r Le Roy, écrivait ce dernier le 7 novembre 167 1, estant à présent dans l'intention d une grande entreprise, est plus exact que jamais à voir le détail de ses recettes et dépenses, et nous ne devons jamais espérer qu'il puisse donner aucun supplément de fonds quand une fois la dépense générale est réglée. »

La surveillance de l'emploi des fonds a toujours constitué la partie la plus délicate du département de la marine, et l'on sait toutes les précautions qui ont été prises pour la rendre moins incertaine. Exact à transmettre aux intendants des ports les sommes qu'il leur avait fait allouer, Colbert ne l'était pas moins à contrôler les dépenses, et l'aridité de ce soin ne fut jamais pour lui une raison de s'en dispenser. L'intendant des galères de Marseille avait fait construire deux bâtiments qui, évalués à a5,ooo livres chacun, coûtèrent le triple. Bien que sa probité éloignât tout soupçon, il fut rudement averti de ne pas recommencer, crll est difficile, écrivait le ministre à un autre intendant qui avait employé un fournisseur mal lamé, de rien ajouter à une imprudence de cette qualité ; c'est à vous d'y prende garde, v Un gentilhomme d'une des premières familles de Provence, le chevalier de La Reynarde, contrôleur général des galères, fut révoqué, puis réintégré par faveur, puis renvoyé de nouveau, et cette fois irrévocablement. L'intendant des galères avait accepté la moitié du bénéfice de la fourniture des poudres, qui lui valut, en huit ans, 60,000 écus, employés, disait-il, à construire des magasins dans l'arsenal de Marseille. Si bien établie que fût sa fidélité, Colbert trouva le procédé fort étrange, se contentant néanmoins de mettre, en regard du rapport qui le lui signalait: fr Cette moitié de poudre ne vaut rien.*

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Les travaux de Rochefort ayant paru trop coûteux, il nomma d autorité de nouveaux entrepreneurs. En même temps il écrivait à l'intendant, qui avait fourni des comptes obscurs sur l'entretien des vaisseaux affectés au service des Indes orientales : <r Ou le trésorier a encore entre ses mains 2io,683 livres, ou vous avez diverty cette somme. t> — Que répondrait-on au Roi si ses vaisseaux venaient à périr faute de subsistance et de solde? a Je vous avoue, ajoutaitil, que cette affaire me touche si fort et me paroist d'une telle considération que je ne puis pas me persuader que vous ayez fait une faute qui tire de si grandes conséquences. r> L'inventaire de l'arsenal de Toulon, où l'on veuait de constater un déficit d'environ 600 milliers de poudre, donnait lieu peu de temps après à un avertissement non moins sévère. « Considérez, disait Colbert à l'intendant, de quelle importance cela est, et si le roy peut estre servy de telle sorte; faites-vous rendre compte de toutes les poudres qui ont esté dans les magasins depuis cinq ou six ans, et vous serez honteux d'avoir si mal fait vostre inventaire, d Quelques jours après (27 septembre 167/1), cet intendant recevait l'ordre de rechercher si les vaisseaux armés depuis deux ans n'avaient pas volé la moitié de leurs poudres. Dans la même lettre, le ministre lui recommandait de se tenir en garde contre les capitaines de vaisseau et les officiers de port, qui, habitués à tirer profit de tout ce qui avait encore quelque valeur, étaient toujours disposés à renouveler leurs agrès ou le matériel du bord.

Mais comment, dans un service pareil, échapper toujours à la mauvaise foi et à la friponnerie des fournisseurs et des subalternes ? Trop confiant, à ce qu'il semble, dans ses agents, dont plusieurs furent poursuivis et punis après sa mort, Colbert fut lui-même dénoncé, le 1 U février 1680, par Louvois, tout-puissant alors, à loccasion de marchés où un père minime de Toulon aurait eu des parts illégitimes, k Personne, disait Louvois, n'osoit avertir .Mr Colbert ni Msr Seignelay, de crainte de se faire des affaires avec le susdit père." Ces insinuations perfides rappellent, en la confirma/^, la scène où Colbert releva noblement les reproches du Roi au sujet de la cherté des grilles de Versailles, opposée au bon marrhé des travaux que le secrétaire d'État de la guerre faisait exé-

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cuter. Quand madame de Maintenon nous raconte qu'il refusa de lire au lit de mort une lettre du Roi, pour mieux penser à Dieu, et qu'on songe au prestige de la royauté à cette époque, au culte que lui avait voué Colbert, il est impossible de ne pas voir dans ce refus le ressentiment des soupçons dont sa probité avait été l'objet, et combien son cœur en avait été ulcéré.

Le nombre des officiers de marine suspendus ou cassés par Colbert fut tellement considérable qu'il faut bien croire à un désordre extrême pendant l'époque antérieure. On verra bientôt comment il récompensait le courage, l'esprit d'entreprise, l'audace qui fait tenter les grandes choses. Par contre, le relâchement, les susceptibilités, les jalousies mesquines, ce qu'il appelait les/WwtiUcrie» d'honneur, l'indiscipline enfin, avaient en lui un censeur impitoyable. <r Je vous conjure, écrivait-il à l'intendant des galères (février 1666), de vous prévaloir de la confiance des officiers pour couper la racine de ce meschant esprit d'intrigue et de cabale qui est parmy eux1.* Rien, dans les armées ou sur les flottes, n'est funeste comme les mauvais exemples partis de haut. Les lils de famille qui s'engageaient dans la marine en ayant donné de détestables, il ordonna de restreindre le nombre des volontaires à deux par vaisseau, et en lit mettre plusieurs à terre, notamment le marquis de Manicamp, connu par ses débauches. Un capitaine avait abandonné en mer un navire faisant le service de Guinée, qu'il était chargé d'escorter. C'était, aux yeux de Colbert, <run crime irrémissible. * Cependant il lui lit grâce, mais non sans difficulté, et il écrivit à fintendant que «ce seroit la dernière faute en marine que le Roy pardonneroit. n Quelque temps après, un autre capitaine recommençait. Désolé de ces fautes redoublées, dont les coupables semblaient même n'avoir pas conscience, Colbert voulut cette fois frapper de manière à maintenir les olliciers dans l'ordre et la règle. L'intendant de Rochefort aurait volontiers incliné à la

1 Deux chefs d'escadre, Cabaret et ChAteau-Renault, avaient eu un démêlé au sujet d'une question de préséance. <;n|berl donna tort à Château -Renault, le plus jeune «les deux . bien «pie Irès-bril-

lant officier et plus utile que Cabaret, et en même temps leur signifia de se comporter à l'avenir de telle sorte que le service n'eut pas h souffrir île leurs dillicullés.

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douceur à l'égard des capitaines qui couchaient à terre. (Tétait là, an contraire, suivant Colbert, le propre dune marine faible, mal ré^re, sans discipline. C'est ainsi qu'on avait perdu le vaisseau le Rouen, et de même qu'un commandant ne pouvait coucher hors de la citadelle qu'avec la permission du roi , de même les capitaines de taisseau devaient coucher à bord. Pour une faute qui entraînait d'aussi funestes conséquences, la peine de mort même ne lui paraissait pas exorbitante.

Abandonnée à la faiblesse ou à la vénalité des olïiciers des ports, la justice des cours d'amirauté était depuis longtemps entachée de mille abus. Le maître des requêtes d'Herbigny fut envoyé sur les lieux pour les réprimer et préparer un nouveau règlement. Punir rarement, et, lorsqu'il le fallait, d'une manière publique et retentissante, tel était le système de Colbert. Fidèle à ces principes, il recommandait à d'Herbigny de ne pas informer sur tous les désordres, mats, s'il en rencontrait de tels qu'il y eût lieu de faire un exemple, de ne pas reculer. En 1671, un capitaine et son enseigne s'étaient battus en duel. Désireux d'étouffer l'affaire parce que c'étaient deux gentilshommes, l'intendant n'en avait parlé que vaguement; il fut mement réprimandé. Des officiers des galères s'étaient permis, sous prétexte d'insuffisance de vivres, de protester contre un ordre de leur commandant; ils furent interdits. Quant à ces capitaines de vaisseau qui, usant d'une vieille tolérance, embarquaient pour leur usage quantité de vivres et d'objets inutiles, l'ordre leur fut donné de se réduire au strict nécessaire. A plus forte raison leur fut-il défendu de transporter, comme avaient fait plusieurs d'entre eux, aucune marchandise pour en trafiquer. Les susceptibilités entre les officiers de marine et les habitants des grands ports datent de loin, et elles étaient fréquentes sous Louis XIV, surtout à Toulon. Appelé à se prononcer, le ministre donnait toujours satisfaction aux citoyens; mais, prétendaient-ils excéder leurs droits, ils ♦ taient abandonnés à leur tour. Un agent du Havre, ayant ménagé quelques officiers coupables de violences, ne fut pas épargné, cr II faut assurément, lui écrivit-il, qu'ils soyent persuadés qu'il n'y a point de justice dans le royaume, ou qu'ils seront soutenus, quelque mauvaise action qu'ils fassent. Vous les pouvez assurer que

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le Roy saura bien les réprimer. •* Un vice honteux semblait vouloir envahir la flotte; l'action des aumôniers ayant été impuissante, il ordonna à l'intendant de Toulon de sévir sans pitié. Une autre fois il lui recommandait de veiller à ce que les commis des vivres obtinssent à bord la considération, sans laquelle ils ne pouvaient être utiles, rr II faut, disait-il encore, que les officiers s'accoustument à traiter honnestement les écrivains, sans espérance qu'ils les obligeront à changer de galère, r,

Un intendant de marine entre tous, celui de Toulon, provoqua des observations fréquentes qui se terminèrent par une disgrâce. Longtemps toléré, parce qu'il était le fils d'un ancien intendant des galères très-considéré, et qu'il avait été élevé avec le marquis de Seignelay, Pierre Arnoul épuisa à la fin la patience du ministre, rr Comme je vous avertis de vos fautes quand vous faites mal, lui écrivait-il le 16 mai 1676, et que je vous loue aussy quand vous faites bien, cela doit vous exciter à vous corriger et à faire toujours de mieux en mieux. » Bientôt de nouvelles négligences dans le service d'Arnoul furent signalées et devinrent de plus en plus graves. On se plaignait surtout de la mauvaise qualité des mâts et des radoubs. La correspondance se ressent de ces impressions, et l'on y voit se former de loin l'oràge qui devait éclater plus tard. rrLe cœur me saigne, lui écrit Golbert en 1677, au sujet de la détérioration rapide de quelques vaisseaux, de voir un trésor de cette qualité, qui a cousté tant de peine, de soins et de dépenses, qui fait une partie considérable de la gloire et de la puissance du plus florissant règne qui ayt esté depuis le commencement de la monarchie, entre les mains d'un homme qui s'en soit aussy mal acquitté que vous avez fait; et soyez assuré qu'il n'y aura plus d'excuse à l'avenir, non-seulement pour un fait aussy grand, mais mesme en toutes les autres parties qui concernent la conservation des vaisseaux du roy. *

Ce ton paternel, mais ferme du ministre, aurait dû faire réfléchir Arnoul; il n'en fut rien. Il y avait sans doute alors entre eux quelque malentendu. Tout d'ailleurs semblait tourner contre lui, et les explications qu'il donnait produisaient un effet directement opposé au but. rr Je ne sais pas de quelle qualité est le pays où vous estes, lui écrivait Colbert le 22 février 1678. parce que j'avois toujours ou \

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