COMMANDANT EN CHEF LE CORPS EXPÉDITIONNAIRE DE CANDIE
Saint-Germain, 18 juin 16G9.
La lettre que vous avez pris la peine de m'écrire la veille de vostre départ m'a esté rendue; et, quoyque l'armée navale soit à la mer, il y a desjà quelquesjoursa,ct que vous ne pourrez guère recevoir de mes lettres qu'en Candie par les premiers bastimens qui y seront envoyés de Provence, je ne scaurois toutefois différer de vous tesmoigner la joyc que je ressens de vous voir en estât d'acquérir beaucoup de gloire à la teste d'un corps dont la bonne volonté paroist par tant de marques que vous devez en avoir une grande satisfaction et une assurance presque certaine de réussir dans une entreprise qui regarde également l'avantage de l'Eglise et la grandeur du Roy; estant certain que toute l'Europe est aujourd'huy dans l'attente du
1 Le ai du même mois , Colberl renouvelai l vu que nous avons grand besoin d'augmenter
à M. de Pomponne ces instructions : dans le royaume te nombre de ces sorte* de
fie vous prie de suivre la proposition que gens.. . r> (Depping, Corretp. adw. III ,
je vous ay faite concernant les ouvrier» et ma- 1 La flotte commandée par 1«» duc de
teints catholiques qui sont en Hollande, et de Beaufort, partie de Toulon le f> juin, j.-la
l'aire tout ce qui se pourra |>our la faire réussir, l'ancre en vue de Candie le as.
ET OALÈKES. 135
succès de celte mesme entreprise qui, sans contredit, est la plus considérable qui ayt jamais esté tentée par les roys de France ni par aucun autre rov chrestien.
Mais, comme ce succès dépend principalement de l'union entre les chefs i|ui a paru estre si bien establie de vostre part, le Roy se promet de vostre prudence et de vostre bonne conduite qu'elle sera toujours maintenue, en sorte que Sa Majesté espère du bonheur de ses armes employées à un dessein si pieux et de la bonté de ses troupes, que cette action ne sera pas une des moins glorieuses qu'elle a dcsjà faites et qu'elle continuera de faire pendant tout son règne.
J'ay écrit en Provence pour obliger les procureurs du pays à faire baslir des huttes et baraques dans la péninsule qui ferme le port de Toulon, afin dj débarquer commodément les troupes au retour de Candie, vous assurant à l'avance que, soit qu'ils y contribuent ou non, le lieu sera préparé pour recevoir l'armée en quarantaine, suivant l'avis que vous avez pris la peine de m'en donner1. Cependant je ne dois pas finir ces lignes sans vous dire que mon frère2, en s'embarquant, m'a donné part de toutes les marques d'estime et d'amitié qu'il recevoit de vous en tous rencontres. Vous nous ferez justice si vous estes persuadé que nous ferons toujours l'un et I autre nostre possible pour les bien reconnoistre.
( Arch. do la Mar. Dépéclm concernant la marine, 1669, fol. ao4 )