A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
SaintrGermain, 16 aousl 1G69.
J'apprends , par vostre dernière lettre, qui est sans date, que vous faites travailler vostre fils aux réparations des places fortes de Provence. Encore que je ne désapprouve pas que vous l'ayez envoyé pour ce travail , je vous (liray néanmoins qu'il est très-important que vous le fassiez partir sans aucun retardement, vu qu'il me semble qu'il n'a pas trop de temps pour visiter tous les lieux où vous devez l'envoyer.
Je suis de vostre avis sur le sujet du fort Saint-Jean, et j'approuve la pensée que vous avez de ne l'achever que dans l'année prochaine ; je vous prie seulement d'avancer les ouvrages dans celle-cy autant qu'il vous sera possible, sans néanmoins les trop presser.
J'ay vu le rôle des invalides que vous m'avez envoyé; je vous avoue que je trouve qu'il comprend une grande partie de nos forçats. J'examineray ce rôle avec les avis qui sont contenus dans vostre lettre, sur ce que vous estimez que l'on peut faire des forçats de chacune des cinq classes1 dans lesquelles vous les avez distribués, pour expédier ensuite les ordres du Roy nécessaires pour mettre en liberté ceux à qui Sa Majesté résoudra de la donner. Il est nécessaire seulement que vous observiez bien sur cette matière qu'il faut, préférablement à toutes choses, conserver tout ce qui pourra servir à la chiourme de nos galères.
Puisque vous n'estimez pas qu'il soit utile de faire des formes en Provence pour les vaisseaux comme l'on en fait en Charente , il n'y faut point penser, m*en remettant entièrement à vous; continuez seulement à faire travailler avec vostre application ordinaire à celles que vous faites pour les galères, qui sont assurément d'une très-grande utilité.
Je suis bien ayse d'apprendre que vous fassiez travailler a l'estuve des cables, et j'approuve que vous fassiez venir de Hollande un cordier comme celuy de Toulon. Si vous m'aviez expliqué quelle assurance il demande avant que de quitter son pays , je vous aurois répondu plus précisément sur la demande que vous me faites ; cependant vous pouvez luy mander sans difficulté qu'il peut partir dans une entière confiance de recevoir en France toutes sortes de bons traitemens.
M. le Premier Président2 se remet à vous pour le curage du port. Je veux
1 Voir la leilre suivante. — * Henri de Forbin-Meynier, baron d'Oppède. (Voir II, 379, n^e 3.)
croire que vous employerez si bien l'autorité que le Roy vous a commise sur ce travail, que vous mettrez dans peu de temps le port de Marseille dans un estât bien différent de celuy auquel il est à présent. Je vous prie de me mander en détail tous les mois la quantité de pontons que vous y employerez, et le nombre de batelées de vase qu'ils osteront.
Je ne suis point surpris de l'accident qui est arrivé au capitaine Grimault de la Ciotat, dont la polacre a esté prise par les galères de Tunis, et il arrivera de pareils inconvéniens à ceux de Marseille qui feront leur commerce sans escorte et qui nesçauront pas profiter de ta puissante protection que Sa Majesté donne audit commerce.
Je suis étonné que vous ne me mandiez rien des deux vaisseaux que vous devez bastir. Je vous avoue que j'ay bien de l'impatience d'apprendre que vous les ayez commencés, i'écris, par cet ordinaire, à M. d'InfreviHe de donner ordre que l'on cherche parmy les bois qui ont esté voiturés en Arles, s'il s'en trouvera de propres pour faire des quilles, et, en ce cas, de vous en envoyer huit pièces pour les deux dont vous avez besoin; et, ■après que vous les aurez reçues, vous aurez soin , s'il vous plaist, de les faire placer par le sieur Dalliez.
Si vous pouvez trouver quelque autre moyen pour avoir les dont vous avez besoin, je vous prie de vous en servir; sinon il faut les prendre et commencer vos deux vaisseaux.
( Areh. de la Mar. Dépêche nmctrMnt le* galèr*». 1669, fol. il*.)