A M. ARNOUL
INTENDANT DBS GALÈRES A MARSEILLE
Paris, 18 octobre 1669.
J'ay reçu vostre lettre du 5 de ce mois; je vous avoue que je ne sçaurois assez m'étonner que vous n'ayez point encore de quilles pour les vaisseaux que vous devez bastir, depuis le temps que vous en cherchez, et il rae semble que, pour ne point retarder leur construction, vous auriez pu en demander à M. d'Infreville, à condition de les luy remplacer après que vous en auriez recouvré d'ailleurs. Je vous prie de faire, pour cet effet, toutes sortes de diligences, afin que je puisse avoir bientost la satisfaction d'apprendre que vous aurez commencé ces deux vaisseaux, ne dontaot pas que, dans la suite, vous ne preniez si bien vos précautions que vous ne manquiez jamais d'aucun bois.
Comme, par les entretiens que vous avez eus avec M. de La Bretesche, vous estes bien informé de quelle légèreté et de quel gabarit doivent <*stre les vaisseaux dont on peut se servir pour faire la guerre aux corsaires, j'estime qu'il sera fort à propos, lorsque vous aurez fait amas d'une grande quantité de bois, que vous vous mettiez en estât d'en bastir deux qui puissent servir à cet usage, et en mesme temps de bruslots, en cas que l'on soit obligé de leur faire une plus grande guerre. J'approuve tous les préparatifs que vous avez faits pour le retour des galères, et je suis bien ayse d'apprendre que vous avez mis toutes choses en estât de les recevoir, sans que rien leur puisse manquer, soit qu'elles fassent quarantaine ou non Observez, s'il vous plaist, au cas qu'elles en fassent, de faire en sorte de l'abréger autant qu'il se pourra, pour éviter la grande dépense; et si vous ; qu'il soit nécessaire de faire quelque supplément de fonds pour lenr
ratant la proposition que <
Wois. Sa Majesté se promet que vous ne ren- •lr?i pas le bord sans avoir fait quelque action Je ligueur et d'éclat qui fasse vivement ressentir à ce* barbares la punition de leur manque <fe foy aux traités faits avec eux, et qui les retienne pour longtemps d'oser plus y contre-
* Il me souvient que le capitaine Gombault * i»oit proposé quelques moyens d'aller brasier ta >ai*»eaux d'Alger dans leur portavanl qu'on leur eust accordé la paix, et mesme qu'il fit
1654. Mort à la
un voyage à Alger pour aller reconnoistre la disposition des lieux , pour l'exécution de ce dessein. J'estime qu'il seroil bon, comme c'est un officier expérimenté et qui connoistee port, qu'il conférast avec vous sur cette matière ; et en cas que vous jugiex ses moyens bons, vous pourrez vous en servir ...» ( Dép. conc. la mar. fol. 63o.) — Par la seule présence de ses forces, le marquis de Martel obligea la ville à renouveler la paix et à rendre les esclaves français.
1 Voir pièces ncl 100 et 101.
ta.
subsistance, vous pouvez m'en envoyer un estât et je ne manqueray pas aussytost d'y pourvoir.
J'attends avec grande impatience les mémoires de M. le Général sur la guerre que l'on peut faire avec les galères, et en quelles saisons, estanl certain qu'il faut faire l'impossible pour leur faire faire plus de navigation que n'en font les autres galères de l'Europe , afin que les nostres puissent avoir sur elles toutes sortes d'avantages.
Le Roy a pris résolution de faire la guerre aux corsaires d'Alger, et pour cet effet Sa Majesté a envoyé ses ordres à M. le marquis de Martel , de sr mettre en mer avec douze vaisseaux qu'elle a résolu d'y tenir toujours pour les empescher de continuer leur piraterie.
La proposition que vous faites de lever un régiment sous le nom de régiment des galères peut eslre bonne, et je ne manqueray pas de l'examiner; mais je ne serois point d'avis de faire les capitaines des galères, capitaines de ce régiment. Je vous prie d'examiner soigneusement tout ce qui se peut faire pour éviter tous les inconvéniens qui en pourroient arriver, et de m'en donner vos avis; et comme l'exécution de cette proposition peut estre avantageuse à ce corps, vous pouvez mcsme exciter M. \t Général d'y penser et l'entretenir sur ce sujet; mais vous observerez, s'il vous plaist, que vous devez seulement vous informer de ses sentimens sur cette pensée, pour me les faire sçavoir, sans qu'il soit nécessaire de luy découvrir les vostres.
Il est certain que le transport que l'on continue de faire en Levant des meschantes espèces est un abus considérable auquel il est important de remédier1 ; il est nécessaire que vous confériez avec M. d'Oppède des moyens de l'empescher, et après que vous m'aurez fait sçavoir vos sentimens sur ce sujet, j'expédieray les ordres nécessaires en conformité.
Je proposerayau Roy, à son retour, le chevalier Duchon 2 pour la lieutenance de la galère la Thérèse ou de la Galante.
Je vous recommande toujours de travailler avec la mesme application à l'augmentation du corps des galères que vous sçavez estre de grande importance, de faire en sorte d'achever au plus tost le fort Saint-Jean, et d'avancer avec le plus de diligence qu'il se pourra les ouvrages de l'arsenal.
L'archevesque arménien , auquel le Roy a accordé des lettres patenta pour l'establissement d'une imprimerie en langue arménienne à Marseille, ayant consommé en Hollande le peu de fonds qu'il avoit pour faire préparer les instrumens propres pour ladite imprimerie, m'a présenté un
1 Voir H, A 55, note. en 1676. chef d'escadre on 1706. Mort 1
* Lieutenant de galère en 1670, capitaine Marseille, le 3i juillet 1715.
place! pour pouvoir eslre payé d'une somme de t,5oo livres qu'il dit luy appartenir, laquelle est au commerce de Marseille, sous le nom de Melcbior Nazar, marchand arménien. Je vous prie de vous employer auprès des députés dudit commerce pour le faire payer de cette somme, et, au cas qu'il s'y rencontras! quelque difficulté, d'en parler à M. d'Oppède et de concerter avec luy les moyens de le faire payer. Si mesrae pour cela vous estimiez qu'il fust nécessaire d'un ordre du roy, sur l'avis que vous m'en donneriez, je le ferois expédier, estant important de favoriser autant qu'il se pourra ledit archevesque dans l'establissement qu'il doit faire. Comme il demande aussy une maison pour y establir ladite imprimerie, examinez si on pourroit luy en accorder quelqu'une.
( Arch. de la Mar. Dépêche, concernant le, gaUrm, 1669 , fol. 176.)
INTENDANT A ROCHEFORT
(Minute autographe.)
Paris, 18 octobre 1669.
Vous avez eu avis de Bordeaux qu'un vaisseau marchand a rencontré prèsdel'isle d'Ouessant des corsaires turcs. Cet accident, avec la nécessité
11! y a d'avoir quelques vaisseaux à la barre de Cadix lorsque les galions «>u la flotte de Neuve-Espagne qui sont attendus tous les jours arriveront, m'oblige de demeurer dans la première résolution que j'avois prise de mettre en merle plus tost qu'il sera possible une nouvelle escadre de six vaisseaux. C'est pourquoy je vous prie d'y travailler sans aucune perte de temps, et mettez-les en mer, s'il est possible , au premier jour de décembre prochain.
Les corsaires d'Alger courront sans difficulté sur les François, et ainsy il faut mettre en mer la nouvelle escadre sans perdre de temps.
Je seray bien ayse que le sieur Hubert s'engage à la munition des armées navales. Par tout ce que je vois, c'est une affaire qu'il ne faut pas remettre, pour osteraux capitaines une trop grande application au calcul.
Vous ne sçauriez vous imaginer ce que j'apprends des vilenies des capitaines de l'armée de Candie.
H faut estre fort exact à faire les revues et à ne rien passer aux capitaines que sur les extraits, et tenir des commissaires sur chacune escadre.
Préparez-vous à montrer vos comptes à la fin de cette année et à faire un inventaire général de tous vos magasins.
Il est pareillement nécessaire que vous travailliez à un projet de règlc-
ment général de tous les vaisseaux, tant pour le nombre d'hommes des équipages que pour celuy des canons, afin que nous ne surchargions jamais trop nos vaisseaux.
Je seray bien aysc d'avoir aussy vostre sentiment sur tout ce qui concerne l'habileté des officiers. Il faut travailler à l'avenir à appeler des gens de qualité dans la marine1.
11 ne faut point que vous vous occupiez à Tachât de chanvres, n'estant pas à propos de multiplier ces achats. Je vous en enverray des échantillons dès demain . . .
( Bibl. Imp. Mss. Colbtrt et Seiffwtay, S. F. ■'.ni a , IV, cote 4 , pièce 9 , M. ig-)