‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 98 sur 486 · A M. ARNOIL · texte numérisé non relu

A M. ARNOIL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Paris, a novembre 1669.

L'arrivée de l'ambassadeur turc nous obligera peut-estre à entrer dans le détail des mauvais traiteraens que les François ont reçus à la Porte et

' Noël Menessier, d'abord aide -écrivain à Toulon, en i648, puis commissaire ordinaire •le marine à Rocbefort. Rayé des états en 1 67 1 .

1 CohVrl écrivait, le s3 août précédent, à •le Tenon :

'Si le sieur du Quesne continue ses difficulté* *, il pourra bien demeurer quelque icraps sans emplov. Ce n'est pas que, comme il est «Mûrement fort babile et des plusexpé- 1 intentés capitaines que nous ayons dans nostre 'narine , il ne faille souffrir quelque ebose de luy .

"Je vais travailler à faire un traité général

* Colbert de Terron n'était pas le seul à se plaindre de du Quesne; l'intendant de marine do Toulon, M. de U Guellc avait souvent eu lieu de le signaler à Colbert, à qui il écrivait le i4 octobre 1664 : «C'est no ju«émst.< dans la marine , à force d'estro habile. 1» ( i4rrn. de l'Art françai» , 1 856 , 4* livraison , p. *o 1 J Me de M. Margry.)

pour la fourniture des vivres aux vaisseaux, ce qui nous délivrera, une fois pour toutes, de la tyrannie de la mauvaise conduite, tant dtidit du Quesne que des autres officiers de marine. A l'égard de toutes les chicanes qu'il vous fait sur les différentes classes des vaisseaux , comme vous connoissex assurément aussy bien que luy la rivière de Charente, la résolution <|tie vous prendre! sur ce point sera approuvée de Sa Majesté. . . » (Dep. conc. la mar. fol. 336.) — Voir page ta6, note 1.

dans les Escbelles de Levant , depuis le retour de M. de La Haye et mcsme auparavant 1 ; c'est pourquoy il est nécessaire que vous parliez de ma part aux députés du commerce de Marseille, et que vous tiriez d'eux promplement des mémoires de tout ce qu'ils sçavent pour me les envoyer, aOn que je puisse en parler et travailler à mettre nostre commerce en estât de ne plus recevoir d'avanies , s'il est possible.

Il sera bon aussy que vous vous informiez de la conduite de l'ambassadeur à Constantinople , de quelle sorte il traite les marchands, quels droits luy sont dus, s'il se contente ou non de ce qui luy est légitimement deu, et enfin si toutes les plaintes que les marchands font contre luy ont quelque apparence de vérrté ou non. Envoyez-inoy promptement le détail de ce que vous en apprendrez.

Vous sçavez que le commerce de Marseille avoit accoustumé de donner i,5 09 livres au secrétaire d'Estat, à cause de la protection qu'il en recevoit. Dans le changement que le Roy a fait des départemens, Sa Majesté a déclaré que cette somme suivroit le commerce, qui m'a esté donné. Taschez de pénétrer, sans vous déclarer de rien , de quelle sorte les députés du commerce ont résolu d'en user.

Je vous prie de me faire sçavoir quels sont ces députés du commerce, en quel nombre et de quel corps ils sont tirés, quelle relation ils ont avec l'Hostelde ville, comment ils sont élus, pour combien de temps ils le sont, et quelle autorité et juridiction ils ont.

(Arcli. delà Mor. Depéclui concernant la galères , i66;>, fol. i83.)

INTENDANT A ROCHEFORT

Paris, h novembre i6(îo.

Pour réponse à vostre lettre du 28, quoyque vous soyez persuadé de l'approbation de M. le mareschal de Bellefonds, vous aurez peine à vous sauver de sa critique.

J'attendray Testât, en forme de table, de tous les vaisseaux du roy avec leurs équipages et artillerie divisée par canons de fonte et de fer; et, après l'avoir confronté avec celuy qui viendra de Toulon, j'en formeray un au Roy qui sera fixe pour toujours.

Le sieur d'Estival2 offre d'aller à Alger avec le sieur de Martel pour

1 Voir II, 691, pièce n° 64 el noies. vaisseau en 1667, tué dans la bataille navale

: Henri d'Estival, de Saintes, capitaine de du ai août 1673.

faire l'essay de sa proposition de jeter de son vaisseau des feux d'artifice dans ceux qui seront dans le port. Vous luy ferez fournir ce qu'il demande suivant la copie de son mémoire que je vous envoyé, et je vous enverray, par le premier ordinaire, le fonds pour son équipage, sur le pied de fio hommes qu'il demande. Il seroit bien ayse d'avoir pour lieutenans sur son vaisseau les sieurs Chabert1 et Girard2; mandez-moy s'ils n'ont pas d'autre employ qui les en empesche; il faut tascber de luy donner tout ce qu'il demande pour faciliter l'exécution d'une si belle entreprise.

J'ay bien de l'impatience d'apprendre que l'escadre de Gabaret soit partie. Considérez qu'il devroit estre party dès le commencement de septembre, et il ne l'est pas encore au commencement de novembre. Je crois que vous luy aurez bien recommandé de se saisir de tous les vaisseaux estrangers qui aborderont aux Isles ou qui navigueront autour, et mcsme de les couler à fond , s'il est possible. Surtout il faudra pourvoir à luy envoyer des vivres, et qu'il ne revienne point sans un ordre exprès du Roy.

Je fais expédier toutes les provisions des officiers, et ma pensée seroit de former des olliciers fixes aussy bien que des matelots pour les équipages de chaque vaisseau; de séparer tous les officiers de Ponant pour les mettre ensemble, et ceux de Levant aussy ensemble séparément. Je voudrois mesme mettre toujours ensemble, autant qu'il se pourroit, un bon capitaine gentilhomme, un lieutenant et un enseigne de mesme, avec Irois oOiciers matelots en second, le tout d'un mesme pays ou amis, en sorte qu'ils puissent bien s'accommoder ensemble. Bien entendu que, toutes les fois que le service du roy le désireroit , l'on mettroit le matelot en premier et le gentilhomme en second. Sa Majesté entretiendroit toujours 60 capitaines, 60 lieutenans et 60 enseignes; duquel nombre il faudroit qu'il y en eust toujours dans les ports, qui ne seront payés que suivant le service actuel qu'ils rendront, soit dans les ports, soit sur les vaisseaux, et sur le pied des revues qui en seront faites tous les mois; et comme il faut tenir les olliciers et équipages de douze ou quinze vaisseaux en Levant, et le reste dans les différens ports de Ponant, il me reste une difficulté sur laquelle je seray bien ayse d'avoir vostre avis : sçavoir, s'il faut mettre en Levant les officiers de Levant, et en Ponant les officiers de Ponant.

Si on les transporte de Ponant en Levant, il est certain qu'ils seront bien assidus dans les ports; et au contraire, si on les laisse dans leur pays, on court risque que, lorsqu'ils ne seront point à la mer, ils seront toujours

1 Michel Chabert, enseigne en 1667, heu~ * Claude Girard, lieutenant de vaisseau en

tonaotdetaisfteau en 1670, capitaine en 1679, 1668, »e retira du service, par suite d'aliénarbei d'earadre en 1707. Morl le 1" juin 1711. tion mentale, en 1675.

chez eux; mais aussy, estant proche de leurs maisons, ils auront beaucoup plus de commodités pour le service. J'altendray vostre avis avant de prendre résolution pour en faire les expéditions...

(Arcb.de ItHtr. Dépècke$ concernant la marine, 1669. fol. 47J.)

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