‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 100 sur 411 · îo,388,i · texte numérisé non relu

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Xki' sorte qu'en ces quatre années seulement il se trouva 890 millions de livres consommés en comptans passés sous le prétexte de soutenir tous les «articles du roy.

Celte prodigieuse somme fait bien connoistre clairement qu'il ne faut pas chercher ailleurs la source de tous les désordres. Et comme cette prodigieuse dépense, outre celle qui a esté faite par les mains des comptables pendant ces mesmes années, a attiré non-seulement la consommation des revenus ordinaires, mais mesme l'aliénation des mesmes revenus, il est I^ien nécessaire de faire mention du détail de ces aliénations, pour bien

<:onnoistre le véritable estât auquel les finances estoient réduites.

Par les estats des fermes et des recettes générales qui ont esté examinés

^soigneusement par ordre du Roy, il s'est trouvé :

Doavetles aliénations faites , en gages , augmentations et antres chai*gC8 sur les estats des finances, 3,8oo,ooo livres, dont il

se paye un quartier de quelques-unes , et deux quartiers des

autres, cy 1,376, 655'

igages , augmentations et autres charges sur les estats des fermes. 398,188 1 1' 1 o'

droits de ùk deniers pour livre sur toute la taille, aliénés et attribués aux contrôleurs des tailles Aoo,ooo

augmentations de gages aux compagnies souveraine&et autres :

^^abelles 3â7,3oo'

iinq grosses fermes a7a,568 5'

Intrées Q86,5/io 6

lonvoy de Bordeaux 178,000 ^ 1,776,673 1 1

^^abelles du f^yonnois 1 98,600

CSabelles de Languedoc 91 5,978

Oabelles de Provence et Dauphiné. . . . ^^97*687

A reporter. . . 3,751,317 9 10

Report 3,751,817^ a' 10*

En rentes sur THostcl de ville de Paris ,

1 million de livres sur les tailles , dont

il se paye 35o,ooo^

1,9/15,000 livres sur les tailles, dont il

se paye. 6û5,ooo

Sur les gabelles, il se paye 3/j6,a6g

Cinq grosses fermes 1,^5,998 ) /i,656,o43 * 10

Entrées 1,01 a, 45 1 4* lo**

Aydes 358,ooo

Convoy de Bordeaux 34,473 16

Gabelles du Lyonnois 43,875

Parties casuelles 870,000

En aydes aliénées en i653 et i656 600,000

En divers autres droits d'aydes oliénés en diverses parties i36,ooo

Pour le ftste du parisis aliéné en 1 655 1 4o,ooo

Les 35 sols par muid de vin, lo sols par muid de cidre et bière, 6 sols 3 deniers par muid de poiré, avec les 1 2 deniers

des aydes et autres fermes aliénées en i658 i4o,ooo

La ferme du droit domanial de la marque du fer, parisis , 1 3 sols

et 6 deniers 5o,ooo

La ferme du poisson 380,000

La ferme du contrôle des papiers et bières 1 5 0,000

La ferme des 9 livres 1 8 sols de Picardie , sol pour pot , et droits

de sortie par les provinces de Champagne et Soissons i5o,ooo

Le doublement du marc d'or i5o,ooo

La moitié des octrois des villes 600,000

Pour ce qui restoit h aliéner du parisis de i654 et i655 5o,ooo

Toutes les forests de Normandie et autres du royaume, dont le revenu annuel pouvoit monter à 800,000

Les divers droits sur le sceau , greffe du Conseil et autres revenus. 100,000

En gages d'officiers de la Cour des aydes de Cahors 35, 000

En affranchissemens et anoblissemens de terres rurales en Dau-

' phiné et généralité de Montanban 11 0,000

Somme totale des revenus du roy aliénés*. . . 14,998,359 4

Quoyque cette prodigieuse dissipation ne fust pas si clairement connue^ néanmoins la notoriété en estoit si publique, les désordres et les malversations si extrêmes, qu'une infinité de fois M. le cardinal Mazarin y auroit apporté le seul remède qui luy restoit après avoir inutilement tenté ceux de la douceur, son esprit plein de bonté et d'humanité ne pouvant se ré-

* Le chiffre que nous reproduisons est le ré- prinnlivcment 10,998,359' û'. L^addîtion sultal d'une surcharjie; le manuscrit portait donne 11,398,359*3*8'*.

soudre à en venir aux plus violens qu'à la dernière extrémité. Aussy une infinité de fois luy avoit-il fait connoistre ses désordres et ses profusions, et qu'il ne pouvoit soutenir une si mauvaise conduite, et l'avoit fortement excité à la changer. Souvent le sieur Fouquet, comme s'il vouloit profiter de sa bonté naturelle , luy avoit avoué une partie de la vérité , luy avoit fait des protestations de changer entièrement de conduite, et en avoit mesme donné quelques marques extérieures; mais rioclination au mal estant invincible, ses rechutes estoient si promptes qu'elles faisoient connoistre qu'il n'avoit jamais eu l'intention de changer.

La mort du sieur Servien estant survenue en lôSg, le sieur Cardinal examina longtemps quel remède il apporteroit aux finances, parce que rinutilité dudit Servien ayant fait passer toute l'autorité de cette fonction audit Fouquet, la mort du premier donnoit un prétexte spécieux pour mettre un autre surintendant, soit pour estre premier et au-dessus du sieur Fouquet, soit pour estre en second. Le sieur Cardinal trouvant beaucoup de difficultés au choix qu'il devoit faire , prit W résolution de se réserver la signature pour tenir perpétuellement en bride, et servir luymesme de contrôle aux fonctions de la surintendance. Après s'en estre déclaré, avant que d'en venir à l'exécution, ayant fait diverses réflexions :

Qu'il ne pourroit jamais retenir l'horrible corruption du Surintendant;

Que son esprit consommé et fertile en expédiens pour continuer sa mauvaise conduite et sa dissipation auroit toujours celuy des nécessités de TEstat pour luy faire passer tout ce qu'il auroit résolu ;

Que sa signature autoriseroit ses malversations présentes et mesme les passées;

Et enfin la meilleure, la plus forte et celle qui le fit déterminer à luy donner toute l'autorité en le laissant seul surintendant fut, qu'ayant commencé la négociation de la paix de laquelle il avoit des espérances presque certaines, en donnant cette marque de grande confiance au Surintendant après avoir inutilement tenté tous les autres expédiens, peut-estre celuy-cy pourroit-il réussir. En tous cas, la guerre cessant, il pourroit, aussyiosi après la conclusion de la paix , donner une partie de son temps à la réformation de tous ces désordres.

Après s'estre déclaré de cette résolution, il partit, au mois de juin de la mesme année 1669, pour se rendre sur les frontières d'Espagne pour signer, avec don Louis de Haro^ le traité de la paix et celuy du mariage da Roy. Mais les diverses difficultés que les Espagnols firent naistre sur quelques points dont les deux ministres s'estoient réservé la décision ayant

' Voir t. I, /ji8,note/4.

retardé cette signature beaucoup plus longtemps qu'il ne croyoit, voyant que l'année 1660 ailoit commencer, et qu'elle seroit en mesme temps consommée sans avoir apporté aucun changement à l'administration des finances, il se résolut de faire venir auprès de luy le sieur Fouquet, oà estant arrivé, et l'y ayant tenu près de trois mois, il luy découvrit encore tout ce qu'il sçavoit de sa mauvaise conduite, et luy fit voir sa perte certaine, s'il ne la changeoit. Après une infinité de prétextes et d'assurances de changement, luy ayant expliqué ses intentions sur tout ce qui estoit à faire pour commencer la réformation des abus qu'il s'estoit proposée, le mariage du Roy ayant esté remis au printemps de l'année 1660, et l'obligeant de demeurer pendant l'hyver dans les provinces de Languedoc et de Provence , il le congédia , satisfait d'avoir fait cette dernière tentative, quoyque sans espérance d'y voir aucun effet ^

Aussytost que le Surintendant fut arrivé à Paris, qu'il se vit délivré de la crainte de sa perte, et qu'il crut avoir bien persuadé le sieur Cardinal, il ne s'appliqua à autre chose qu'à luy donner de belles apparences et continuer en effet sa mauvaise conduite. Pour cet effet, dans le renouvellement des fermes qu'il eut ordre de faire à cause de la paix, il fit voir de grandes augmentations qui par la suite se trouvèrent presque toutes imaginées, attendu que les grandes indemnités nouvelles qu'il donnoit aux fermiers égaloient toutes ces prétendues augmentations. Après avoir donné' cette apparence, persuadé qu'elle sufiisoit et qu'il pou voit, sous cette couleur, continuer sa conduite passée, non-seulement il la continua par ses remises, par les intérests et généralement par les moyens qu'il avoit pratiqués, mais ce qui surprit tout le monde fut que, au lieu que pendant la paix on croyoit voir retirer insensiblement toutes les prodigieuses aliénations qui avoient esté faites sous prétexte des nécessités de la guerre, on vit au contraire diverses nouvelles aliénations des plus clairs revenus de l'Estat, sçavoir : 1,300,000 livres de rentes sur l'Hostel de ville de Paris aliénées sur les tailles, du mois de... 1660; 1 million de livres sur les mesmes tailles incontinent après; 1,200,000 livres d'augmentations de gages sur les gabelles de Dauphiné, et quelques autres de moindre conséquence.

Ces aliénations nouvelles, faites dans un temps de paix, firent connoistre à toute la France que l'Estat courroit grand risque de se perdre par les finances s'il n'y estoit promptement remédié; et M. le cardinal Mazarin, qui, le premier, connut cette vérité, se résolut d'y apporter le remède aussytost qu'il seroit de retour à Paris. MaLs, la maladie dont il est mort

* Voir, 1. 1, les lettres de Colberl à Mazarin n*' 22/1 et 981 ; et à TAppendice, n"* XII et XIIÏ , h*8 lettres de Fouqiiet et de Mazarin.

Tayant pris à Fontainebleau le & juillet, s'estant rendu à Vincennes et ensuite à Paris , sa maladie , quoyqu*elle luy laissast des relasches assez considérables , ne luy en laissa jamais assez pour pouvoir donner Tapplication nécessaire à une matière si importante. Ce fut le seul déplaisir important <pi'il tesmoigna avoir pendant toute sa maladie, ayant répété beaucoup de fois à ses plus confidens qu'il mourroit content s'il avoit plu à Dieu luy donner quinze jours de santé et de force pour mettre ordre à cette nature d'affaires qui estoit la plus importante de TEstat, et laquelle il laissoit duM la dernière confusion. Trois jours avant sa mort, il consulta son confesseur et deux de ses particuliers serviteurs, s'il estoit obligé en conscience de donner conseil au Roy de chasser le sieur Fouquet. Mais luy aysFnt esté représenté que ses cabales et ses intrigues , tous les amis qu'il avoit jusque dans la cour, dans les places, dans les compagnies souveraines, par le moyen des deniers du roy et des aliénations de toutes sortes qu'il leur avoit distribués, la place de Belle-Isle que l'on estimoit desjà imprenable avec une bonne garnison qu'il y entretenoit, quelques autres isles et places le long des costes de Bretagne , estoient capables , dans l'incertitude de la résolution que le Roy prendroit pour la conduite de ses affaires , et dans la foiblesse d'une administration nouvelle , de donner quelque fascheux mouvement à l'Estat , il prit la résolution de déclarer an Roy le détail de la mauvaise conduite du sieur Fouquet et de luy conseiller en mesme temps de prendre de grandes précautions contre luy, de le veiller de près et de luy déclarer tous ses crimes , et luy faire connoistre que, s'il changeoit de conduite. Sa Majesté ne laisseroit pas de se serrir de luy.

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