CHAPITRE V
ÉtabliMement de la Chambre de justice (novembre 1661 ); personnes qui la composent — Sîr tuaUon déplorable du commerce intérieur. — Le commerce extérieur abandonné aux HoUandattl — État précaire de la manne marchatide. — Vérification des dettes des communes, des pÀges et des titres sur lesquels ils éAaient établis. --^ Assiduité du Roi aux séancss du G«iseiL — Pr^ de rétablissement du commerce et des manufactures. — Triste état de la marine; mesures ^ verses tendant à la relever. — Traités de commerce avec la Hollande, la Suède et le Danemark. — Naissance du Dauphin (i** novembre 16O1 ). — Remise des restes des tailesjiisqti*en 1667. — Àrbats de blé à Tétran^. — Autre remise de 3 millions de livres sur les tailieida i663. — Legouvememeûl cherche à empêcher les accaj^ments et les désordres occaâofiDés par la cherté des subsistances. — Etat des dépenses pour 166s.
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Le choix des oiEciers des ccmipagnies souveraines, pour composer Je Chambre de justice, estant de tràs*grande conséquence pour FEstat «el pour les affaires des finances. Sa Majesté se fit donner les listes de toatea les compagnies dont ils dévoient esire tirés, s'infonna soigneusement par diverses voyes , et sans découvrir à quel dessein , de tous les présideos dtt mesmes compagnies, et ensuite, après avoir pris toutes les inicnnaÉraiia pendant trois mois entiers pour se déterminer, son . choix a paru si juste
de pot- de- vin sur la ferme des gabelles, en A Mademoiselle de Fouilloox,
(iQiiiie: pour se marier. 5o,ooo écns.
, „ . . , A la Beyne, le reste de la
A la Reyne mère 10,000 pistoles. ^„^^ ^^ g^^,^^^ y^^,
A Monsiear 5,ooo
A Madame 5,ooo (Bibl. Irap. Mb». Si -P. S79W)
^e toute la France est demeurée d'accord que c'estoient les plus bon* nestet gens et les plus habiles et les plus gens de bien de toute )a robe,
Le chanoelier de France pour chef, qui en fit seulement l'ouverture et ensuite laissa présider M. do LamotgnonS premier président du parlement cie Paris;
M. de Nesmond^ second président du mesme parlement; M* Pbelypeaux', président de la Chambre des comptes; MM. Poncet^ Boucherat, Lefèvre d'Ormesson, Voysin et Bénard de ïlésé^V «ttaistres des requestes ;
MMr de Renard , de BriUac, Catinat^ et Fayet, conseillers au parlement ^e Paris;
MM. Passoft^ et Ghoart, du Grand Conseil; Cuissot, qui a succédé à ^boart, mort; de Bossu*le-Iau et de Moussy, de la Chambre des comptes; MM. Le Féron et de Beausson , de la Cour des aydes; M. Mazeneau, du parlement de Toulouse; M. Verdier, de Bordeaux; M. Le Cornier de Sainte-Hélène, de Rouen; MM. Rafolis, Roquesante, de Provence;
M. Francon, de Dauphiné, auquel, après sa mort, a succédé La Baulme.;
M. Ayraolt, de Bretagne; M. de La Toison, de Bourgogne; M. Noguez, de Pan ; M. Letellier, de Metz , auquel , par sa retraite , a succédé Fcrriol.
Cette Chambre , ainsy composée , ne commença à tenir sa séance que le 1 6 décembre de la mesme année 1 66 1 .
' Tontes ces choses se passoient pendant les mois d'octobre et novembre que dura le séjour du Roy à Fontainebleau. Pendant tout ce temps-là, Sa Majesté, qui avoit toujours l'esprit appliqué, non-seulement à ce qui concemoilie restablissement de ses affaires, mais mesme à tout ce qui pouvoit procurer quelque soulagement h ses peuples , avoit souvent délibéré dans son GoMeii, outre celuy qu'elle leur donnoit par la diminution considérable ém ÛBpmtions prescrites , de leur remettre les restes des tailles. Mais, Iny ayant esté représenté que rien n'avoit esté trouvé jusqu'alors si préjudidabie au recouvrement de ses deniers que ces sortes de remises , parce que ses peuples qui payoient règlement et soigneusement n'en profitoient point
' Voirt. !, 393, note i. fils fut contrôleur général, puis chancelier.
• Voir 1. 1, 998, note 1. * Voir t. I, 371 , note 1.
' Pbeljpeaux de Pontcharirain , président * Voir L 1 , 3 1 3 , note 1 .
dt la Chambre des comptes depuis i65o. Son '^ Voir t. I, 3a6, note 9.
à» FINANCES,
(il n'y avoh que les maKntentionnés/et qui ne payoient que par la fore&i qui , nonnseuiement se confirmoient dani^ leur opiniastretë , mais meane attiroient les autres par l'avantage qu'ils y recevoient). Sa Majesté se t^ésoliit d'attendre quelque grande occasion , qui fust de telle qualité qu'elle ne pnÀ tirer à conc^uencè , pour faire cette rémise. ' i
N'estant pas content de chercher les moyens de procurer du soulagement à ses peuples, le Roy voulut encore agir avec la mesme application pour leur procurer des avantages; et, considérant que le moyen de restàbiir l'abondance et la richesse parmy ses sujets ne pouvoit provenir que du re^ tablissement des manufactures au dedans du royaume et du commette «6 dedans et au dehors, après s'estre informé soigneusement de tout le défidi, il trouva :
Que le commerce au dedans, qui ne consiste qu'en la communication des villes les unes avec les autres et le transport facile des marchandiaes , estoit entièrement ruiné (les villes se trouvant abismées de dettes contractées pendant les guerres et les désordres des administrations passées , leurs principaux habitans employoient tout leur tetnps et leur industrie à se^ garantir des contraintes rigoureuses que l'on exerçoit contre eux, et à plaida les uns contre les autres pour des recours de garantie à cause des sommes qu'ils estoient souvent obligés, par emprisonnement de leurs personnes ^ de payer pour leur communauté);
Que le transport des marchandises estoit presque ruiné par la quantité des péages qui avoient esté establis sous divers prétextes;
Que toutes les manufactures, qui estoient autrefois si grandes au dedans du royaume, estoient entièrement abolies, les Hollandois et les Aii^ glois les ayant presque toutes attirées par divers mauvais moyens au dedàiia de leur Estât, à la réserve des seules manufactures de soyes qui subsistoient encore à Lyon et Tours, quoyque notablement diminuées.
Pour le commerce au dehors, il n'estoit plus connu, pour ainsy dm,* dans le royaume , que par les Hollandois , qui venoient prendre dans noi ports toutes les marchandises sup^ues, et qui nous apportoient toutaa celles dont nous pouvions avoir besoin ; en sorte qu'il ne se trouva pas , paâr la recherche que Sa Majesté en fit faire, qu'en trois cents lieues de ooaleg de la mer Océane et en plus de cent lieu^ de la mer Méditemmée, ii y cust deux cents vaisseaux de tout port appartenant à ses sujets, et fl se trouva plus de six mille matelots qui servoient les estrangers. Ce d^lo^ rabie estât du commerce, qu'aucun autre prince avant celuy-cy ne S^est avisé de connoistre, estant clairement connu et au dedans et au dehors. Sa Majesté connoissant bien que, n'ayant point de navires dans ses Estata,
;'estoit le seul moyen d'y attirer l'abondance, se résolut d'y donner toute >a protection et d'en faire une niatièi*e ordinaire de ses conseils.
Pour commencer, elle nomma des conseillers de ses conseils; et, par les arrests qu'elle donna elle-mesme , elle ordonna aux maistres des re- ]uestes dans les provinces de travailler à la vérification de toutes les dettes ies communes, de tous les |)éages et de tous les titres sur lesquels ils esloient estabiis.
Elle donna des commissions particulières pour la liquidation des dettes des communautés de Bourgogne et de celles de Languedoc, k laquelle slle voulut que M. le Prince et M. le prince de Gonti, gouverneurs de ces provinces, travaillassent en personne pour d'autant mieux faire connoistre aux peuples combien Sa Majesté avoit cette matière à cœur, ce qu'ils exécutèrent fort heureusement et fort utilement pour les peuples de ces provinces.
Elle a voulu que tous les procès-verbaux de liquidation fussent rapportés devant elle, pour prononcer elle-mesme avec l'avis de son conseil sur 1^ validité ou l'invalidité de ces dettes.
Elle a voulu observer la mesme chose à l'égard des péages estabiis sur ies rivières; et, après un rapport long et ennuyeux à tout autre, elle a supprimé, par quelques arrests donnés dans le cours de cinq ou six mois, tous les péages des rivières de Garonne , Dordogne , Charente , Loire , Seine , Somme, Marne, Oise, Saône et Rhône, dont les titres estoient vicieux, en sorte qu!elle a rendu les grandes rivières navigables et estably par ce moyen le transport des marchandises au dedans du royaume.
L'on ne peut pas omettre en cet endroit une chose surprenante et [ligne de l'admiration de tous les siècles à venir : que ce prince (tel qu'il ^i facile de le connoistre par ces mémoires, par conséquent d'un tempérament exquis, contre ce que l'on remarque en la nature que ces tempéramens rares et excellens sont sujets et adonnés aux plaisirs , par conséquent mi toujours de grands emportomens), en vingt mois de temps qu'il y a qu'il tient règlement ses conseils des finances du royaume et n'entend parler que de matières fascheuses, difficiles à entendre, qui n'ont aucun 3;ou8t et ne peuvent donner aucune satisfaction à l'esprit d'un grand prince , n'a jamais tesmoigné aucune impatience de les tenir, n'a jamais (nanqué aux heures précises qu'il a données; et, souvent ceux qui ont l'hoiineur d'en estre l'ayant fait attendre , n'a jamais tesmoigné ni impatience ni mécontentement; et toutes les fois qu'aucuns d'eux se sont laissés ^'échapper à quelque digression inutile, il n'a jamais manqué de les ramener avec la douceur qui luy est naturelle et de faire reprendre le fil
des discours de ses affaires.