II. A
Poar suivre le discours de ce qui coocenie le commerce, i|.r«»l4.,& voir ce que Ton a fait pour ie restablissement des manu&cture^ et du wint^ merce. * W^
Pour les manufactures, comnie c'est une matière difficile et àlaqiifAai pour réussir, il faut beaucoup de temps, Sa Majesté y donne tous les JQW nécessaires pour y disposer les esprits de ses peuples et leur, eq donnur les moyens. - !> r^i
Pour le commerce au dehors, ayant reconnu que, sa puissance sw qi^f estant entièrement anéantie, il falioit de nécessité commencer par le.f)Mr tablissement de ses forces maritimes, pour donner courage s^ ses p^Ufit^ et aux principaux marchands de son royaume d'acheter et de fairellNi^ des vaisseaux et s'adonner tout de bon à la marine ; <>. ,.j.->.
Pour cet effet. Sa Majesté, ayant fait examiner Testât de ses vai6sei|u<:«t de ses galères , a trouvé : que depuis dix ans l'on n'avoit jamais vu en laer plus de deux ou trois vaisseaux de guerre françois; tous les magasins < 40 marine entièrement dénués de toutes choses; tous les vaisseaux réduitsiA vingt ou vingt-deux, plusieurs mesme hors d'estat de servir, ayant presque péry dans le port sans servir, faute de radoub ; les capitaines inexpérimcintés par une si longue cessation; les meilleurs matelots et une infinité d'witK0f passés au service des estrangers, fauto de trouver de fem[ioy en FnuMef
A l'égard des galères : toute la chiourme réduite à huit ou nepf cents forçats , la plupart malades et affoiblis de la misère qu'ik nvyMflirt soufferte les années passées; six meschans corps de galères, tous les wU^s coulés à fond dans le port de Toulon; enfin, cette nature d'afiaires«.'#fî laquelle réside la meilleure partie de la gloire du prince et le req>eot #t la vénération de son nom dans les pays estrangers, réduite au plus; pitoyaUe estet que l'on se puisse imaginer.
Ce qui ayant esté clairement reconnu par le Roy, il donna aussy ordres et les fonds nécessaires pour le restablissement de l'une et Faiitve de ces deux puissances. Pour cet effet, il ordonna un radoub généiud'>(ie tous ses vaisseaux. Il fit venir de Hollande et envoya en Suède pour y acheter non-seulement toutes les marchandises nécessaires au radofih^ bastiment des vaisseaux, mais mesme deux cents milliers de cuivre {(our en faire des fontes de canon considérables et se mettre en estât insemr blement de mettre de puissantes armées en mer.
En mesme temps , il a fait couper des bois dans les forests de Bourgogne et Bretagne, et a commencé è faire bastir des vaisseaux à Toulon et à Brest.
Pour les galères, il a donné ses ordres pour acheter tous les esdavgp
i\m se trou voient à Malte, et en a fait écrire fortement au grand maistre de cette religion-là. Il a donné ses ordres à ses procureurs généraux dans les compagnies souveraines, à ce qu'ils fissent les instances pour faire condamner aux galères tous les coupables à mort, et il a fait condamner et cx>nduire aux mesmes galères les coupables de la sédition qui est arrivée danâ le Boulonnois au mois de may 1669^; ensuite tous les faux-sauniers condamnés par les oflSciers des greniers à sel du royaume. En sorte que, par ce soin et cette application , Sa Majesté a mis dans ses galères plus de mille bons hommes en moins d'une année de temps. Et pour faire voir à toute l'Europe qu'elle vouloit restablir les forces maritimes, et à ses sujets qu'elle vouloit puissamment protéger leur commerce, elle mit en mer, pendant les six premiers mois de l'année 1663, quatorze vaisseaux de guerre qui tinrent la mer Méditerranée, pendant tout ce temps, libre de ciMTsaires; et ensuite, ayant rendu le bord' et désarmé à Toulon, elle en mit aossytost six autres qui ont tenu la mer pendant le reste de l'année, et quelques galères qui y ont demeuré jusqu'au mois d'octobre.
Les principaux ordres qu'elle a donnés à ses vaisseaux et galères sont d'attaquer tous les corsaires , d'escorter tous les vaisseaux marchands appartenant à ses sujets, en quelque lieu qu'ils veuillent aller. En donnant ces ordres, Sa Majesté observa d'en donner avis h toutes les villes maritimes, ensemble des rendez-vous de ses vaisseaux, a(in qu'elles sçachent que leurs vaisseaux sont escortés et conduits en seureté.
En i663, Sa Majesté, avec les mesmes ordres, a mis neuf vaisseaux en mer, divisés en trois escadres, l'une dans la mer Océane et les deux autres dans la Méditerranée, et six galères qui y demeureront pendant tout l'esté.
L'année suivante , Sa Majesté a résolu de tenir douze vaisseaux en quatre escadres : la première pour croiser depuis DunkerquQ jusqu'au cap Finistère; la seconde depuis ce cap jusqu'au détroit; la troisième depuis le détroit jusqu'aux isles de Corse et de Sardaigne; et la quatrième depuis ces isles jusques dans le Levant.
Outre ces douze vaisseaux, elle a résolu pendant l'esté de la mesme année de tenir huit galères dans la Méditerranée.
Et enfin, pour ne rien oublier de tout ce qui est en son pouvoir pour procurer des avantages à ses peuples, elle a donné ordre à tons ses am-
' On trouve dans la Corretpondmneê a/Ami- mauvais estai; car ils sont tout nus, la plupart •OUI Louù XIV , II, 886 et 897, malades, et il en meurt presque tous les jours.
des détails sur cette sédition, qui ne fit pas Maisjo crois que, quand ils auront pris Tair, ils moins de 694 victimes. Un des agents de Col- se porteront mieux.» bert hiî écrivit à ce sujet : tIIs sont en 1res- ' Rendre le bord, revenir au port.
bassadeurs de protéger puissamment, en son nom, tons les marchands françois, et, en mesme temps, en a fait donner part à toutes les viH« maritimes.
Elle a soutenu fortement contre les Hollandois, dans le traité qu eile^a fait avec eux , l'imposition de cinquante sols par tonneau sur tous les vaisseaux estrangers^ afin que, par cette diflFërence et l'avantage que ses sujets recevroient d'estre déchargés de ce droit, ils fussent plus fortement conviés à bastir et acheter des vaisseaux pour leur compte. Elle a fait des traités de commerce avec la Suède et le Danemark, dans lesquels elle^n procuré de grands avantages à ses sujets trafiquant dans ces royaumes, et a mesme voulu leur en montrer l'exemple en envoyant porter des marchandises en Suède, sur deux de ses vaisseaux, en ayant tiré d'autres du pays en échange. Toutes ces dépenses et toutes ces peines n'ont pias esté infructueuses, puisque Sa Majesté a eu la satisfaction de voir quarante*» cinq vaisseaux neufs se bastir sur les costes de Normandie et de Bretagne, et ses sujets reprendre une nouvelle erre et une nouvelle force sur le fait du commerce, voyant ses ordres ponctuellement exécutés partout^ et se confiant entièrement en sa promesse et en sa protection royale.
Toutes ces choses ainsy projetées, et la plus grande partie heureusement exécutée, [Dieu] dans le mesme temps continuant de verser ses bénédictions sur la personne sacrée de Sa Majesté, par la naissance d'un Dan^ phin, elle résolut d'en aller remercier la Vierge mère de Dieu par un voyage qu'elle résolut de faire à Chartres avec les Reynes, avant que de s'en venir à Paris; et, pour cet effet. Leurs Majestés partirent de Fontainebleau le 39 novembre de la mesme année (1661), et ne revinrent à Paris <|ue le /i du mois de décembre suivant.
A l'ouverture du premier conseil des finances. Sa Majesté dit quatre rhoses fort considérables :
La première , (ju'après avoir fait réflexion aux raisons qui luy avoient (»slé représentées pour empescher la remise des tailles à ses peuples jus-^ (lu'en 1657, elle croyoit que cette grâce ne tireroit à aucune mauvaise consé(|uence, estant accordée en considération de la naissance d'un Dauphin, et (|u ainsy elle désiroit que les arrests nécessaires en. fussent expédiés.
La seconde, (|ue, voyant la stérilité des bleds dans son royaume et prévoyant la misère du pauvre peuple pendant toute l'année, elle avoit résolu de faire «cliefer des bleds en Pologne, en Hollande, en Sicile, en Afrique
' Voir In (llin>nolo(;io , 1. 1, onnëe 1659.
et partout ailleurs où il s'en trouveroit pour en pouvoir fournir la province de Normandie, la ville de Rouen , celle de Paris et toutes les provinces de la rivière de Loire, et qu'elle aimoit mieux retrancher toutes ses dépenses, mesme celles de sa maison, que de manquer à son peuple en une si importante occasion. Et, en effet, Sa Majesté en fit acheter et distribuer en si grande quantité que, depuis le premier jour do février 1669 jusqu'après la récolte , non-seulement elle a fait distribuer ces bleds à toutes les communautés et à tous les particuliers de Paris et des environs qui en ont demandé, mais mesme elle a fait distribuer trente et quarante mille livres de pain par jour. La mesme chose a esté faite dans la ville de Rouen et dans celles de la rivière de Loire. Et cela avec une telle abondance qu'il eo est encore resté dans les villes de Paris, Rouen et Tours, seize mille setiers qui n'ont pas esté débités à cause de la récolte. El il faut demeurer d'accord que le Roy n'a eu personne à imiter auparavant luy en une action si pieuse, si charitable et qui a tant marqué sa bonté paternelle pour ses peuples; et mesme il seroit facile de se persuader qu'une action si extraordinaire ne sera point imitée après luy ; aussy luy a-t-elle attiré les bénédictions du ciel en telle abondance que jamais roy n'a esté si respecté dans toute l'Europe que Sa Majesté l'est à présent.
La troisième, qu'elle avoit résolu de remettre 3 millions de livres à ses peuples sur les tailles de l'année suivante.
Et la quatrième, que, n'y ayant rien de si important dans un temj)s de nécessité et de famine comme celuy-là que de régler la police des villes , pour empescher que les marchands de bleds , boulangers et autres artisans ne profitassent indtiement de la misère des peuples, et sçachant qu'il y avoit peu de police dans Paris, elle estoit résolue d'en faire faire une générale en sa présence, afin de l'autoriser fortement, et ensuite qu'elle espéroit que l'exemple de la capitale seroit suivy par toutes les autres villes du royaume.
Toutes ces choses ainsy dites et ensuite ponctuellement exécutées continuèrent d'establir une grande opinion de ce prince, laquelle passoit insensiblement dans les esprits du dedans du royaume et ensuite aux estrangers.
Au commencement de l'année 1 66q , Sa Majesté fit faire un estât général de toute la dépense de son Estât pendant c(Ule année , laquelle se trouva monter à 35 millions de livres, sçavoir :
Pour les dépenses des maisons royales 7,000,000'
Pour renlretènenient des troupes 8,000,000
Pour le régiment des gardas françoises . 1,000,000
A reporter 16,000,000
BfliNWt tt^éMMfOff
Ptmr le régiment de» gUNles iaisMf. ;.....«..;*... ^ « . i^AMiMi^.
Pour les deux compi^pies de mousquetaires. » . ..3iB09(flM> ;
Pour les chevau'légera de la garde ^ • . . • sisOjOop^
Pour rentretènement de toutes les garnisons et officiers des provincdi. . 9,oob,boiJ^
Pour les appointemens et pensions des officiers de la couronne et grands '■''*'•• ^**
(aciers de la maison du Roy 4o#jji^îd^'
Pour les appointemens des officiers du Conseil. • . . , i t^fltMwMO.
Pour les d^enses de la marine. ..; t«iQ|f9|0C|f|^
Pour les dépenses des galères , 6c|0,oço
Pour les dépenses de Tartillerie ' 900,000 ■
Pour les fortifications des places 6è'À;o<f6^
Pour les bastimens «^èdO^ddif
Pour les extraordinaires de la mirisoD delà Reyne mère io^%Mi\
Pour les extraordinaires de la maison de Monsieur. Ifaa^apo
Pour les extraordinaires de la maison de la Reyne .?oo,o^^.
Pour les voyages particuliers, extraordinaires et inopinés 9,ooo^éé.o
Pour Fextraordinaire de Fargenterie en présens, meubles, ete i^SboVtfiStt-
Pour les dépenses imprévues S^^SntOM*
Total 35,000,000
Outre cette dépense pour l'année courante, il y aToit ençojre^plu^ do 1 5 millions de dettes des dépenses de la précédente à acquitter, ce qui f)9|^ doit les affaires très-difficiles à soutenir. Néanmoins l'application du. .J^!|y^ son autorité et la vénération que l'on conunençoit d'avoir "powtbfj^ ^^^ICr mentant tous les jours , surmontèrent toutes les difficultés et lay dôlîpipfïift moyen de sortir d'une si fascheuse année.