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les subventions pour leurs besoins personnels, et se plaignaient ensuite de n'ôlre pas secourus, tr Je vous ay donné des associés qui • ont supporté toute vostre perte, écrit Colbert, le 96 octobre, au sieur Levau, qui avait fondé une manufacture de fer-blanc; je vous ay de plus donné un débit très-avantageux de voslre fer, en sorte qu'il se trouveroit que vous auriez l'argent que le Roy vous a donné pour acheter la terre de Beaurnont et pour faire vos establisseraens, que vous auriez reçu de grandes assistances de vos associés et un prix considérable de vostre fer, et qu'après tout Sa Majesté n'auroit pas de fer-blanc, v L'infatigable ministre avait fondé à Beauvais, en 166/i, une manufacture royale de tapisseries, et il avait gratifié le sieur Louis Hinard, marchand tapissier et bourgeois de Paris, «rl'un des plus habiles au fait de ladite fabrique, i) de 3o,ooo livres une fois données et d'un prêt de pareille somme, sans compter d'autres avantages. Les résultats n'ayant pas immédiatement répondu aux espérances, le sieur Hinard, de se plaindre, et Colbert d'écrire (6 novembre 1670) à un inspecteur général des manufactures : ffVous trouverez à Beauvais le sîeur Hinard, toujours affamé et désirant de nouvelles grâces. Il faut examiner à fond la conduite de cette manufacture ; et mesme je vois, par toutes les apparences du monde, qu'elle périra, parce qu'il a toujours voulu et veut encore vendre ses tapisseries trop cher.-» L'intendant d'Orléans avait exprimé la crainte qu'une manufacture de bas ne nuisît à l'agriculture, ff Au contraire, lui répondit Colbert, n'y ayant rien qui serve tant à augmenter les peuples que les différens moyens de gagner leur vie ; reposez-vous sur moy que le Roy et les peuples s'en trouveront bien. 7) Il disait une autre fois (lettre du 17 octobre 167/1) que rien n'était plus favorable à une ville que le grand nombre des établissements industriels, tout le monde n'ayant pas les mêmes intérêts, et d'ailleurs, le tricot convenant à de pauvres gens, les serges, les toiles et les points de France à d'autres ; outre que, par suite de la concurrence, les maîtres ne feraient plus la loi aux ouvriers. En même temps il s'étudiait également à répandre la culture du lin, afin d'augmenter le nombre des manufactures de
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toiles, favorisant du même coup rindnslrie nationale et Tagriculture. Dans ce but, il s'engageait à acheter, pour le service de la marine, toutes les toiles qui lui seraient proposées. Une manufacture de draps établie à Garcassonne lui donnait des craintes. La lettre qu'il écrivit à ce sujet à l'intendant de Montpellier, le îî octobre 1671, montre comment il entendait la protection :
«r II est impossible d'éviter que ces sortes d'establissemens ne reçoivent différens changemens de temps en temps ; et si ceux qui les soutiennent n'ont pas l'industrie, lorsqu'une consommation leur manque, d'en trouver d'autres, il n'y a point d'autorité et d'assistance qui puisse suppléer à ce défaut. La suspension du commerce du Levant ne peut pas durer longtemps, et il suffît pour le surplus que le royaume consomme une grande quantité de ces étoffes, en sorte que, pourvu qu'on les fasse bonnes, ils en trouveront facilement le débit. Mais il n'y a point d'autre expédient en ces sortes de matières, et vous devez observer que les marchands ne s'appliquent jamais à surmonter par leur propre industrie les diffîcultés qu'ils rencontrent dans leur commerce, tant qu'ils espèrent de trouver des moyens plus faciles par l'autorité du roy ; c'est pour cela qu'ils ont recours à vous, pour tirer quelque avantage de toute manière, en faisant craindre le dépérissement entier de leur manufacture, -n
La fabrique de Carcassonne ne croula pas ; mais elle eut recours, pour augmenter ses bénéfices, à une fraude souvent imputée à l'industrie française : elle expédia dans le Levant des draps mal apprêtés et mal teints. De pareilles tromperies pouvaient faire au commerce un tort irréparable ; Golbert le comprit, et-il écrivit, le *>.8 décembre 1 67 1 , au trésorier des États du Languedoc : cr Comme cette mauvaise qualité a décrié les draps de France, pendant que ceux des autres nations ont acquis de la réputation, et qu'il est de la dernière conséquence de faire perdre, aux négocians des Eschellcs la mauvaise opinion qu'ils ont conçue de nos draps, il est nécessaire que vous vous appliquiez fortement à connoistre les moyens qui peuvent rectifier cette manufacture, afin qu'à l'avenir il ne soit envoyé an\ Kscholles aucuns draps (|ui ne soyent d'une
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très-bonne qualité. . . r» Plus fard (5 aoAt 1 678), il défendit pour le même motif la fabrication des chapeaux demi-castor, qui coniproinetlait le commerce des chapeaux de castor, dont la Hollande tendait à s'emparer.
En recommandant à l'intendant de Rouen, le 3i mai 1680, de donner tous ses soins aux manufactures de Louviers et d'Elbeuf , Colbert lui faisait remarquer qu'il entrait en France beaucoup de draps d'Angleterre et de Hollande, et qu'il frestoit très-avantageux à l'Estat de fabriquer au dedans du royaume des marchandises qui viennent du dehors. •» Ses principes furent invariables à cet égard depuis 1667. Assurément il fallait prendre garde de tarir les sources du travail à l'intérieur ; cependant n'y avait-il pas péril à repousser d'une manière absolue le travail importé de l'étranger sous forme de produits? crLa misère des peuples, mandait-il le a8 novembre 1680 à l'intendant de Poitiers, ne consiste pas aux impositions qu'ils payent au roy, mais seulement dans la différence qu'il y a du travail d'une, province à l'autre, parce qu'ils sont à Vayse dès lors qu'ils veulent travailler. •» Cette maxime un peu fiscale était vraie au fond, en admettant néanmoins que les tarifs prohibitifs n'empochassent pas les Anglais et les Hollandais de venir prendre les vins que nous leur vendions auparavant. On a vu quel mépris faisait Colbert des habitants de Poitiers pour n'avoir voulu fonder aucun établissement industriel. Son aversion pour l'oisiveté et la fainéantise apparaît à chaque instant. Les abbayes et monastères étaient depuis un temps immémorial dans l'usage de distribuer des aumônes aux pauvres de la contrée ; c'est ainsi que la cbarité, avec les plus pures intentions du monde, engendrait la paresse et la pauvreté. Au lieu de cela, Colbert voulait qu'on fît gagner aux pauvres le pain qu'ils recevaient, et qu'on leur donnât des laines à filer. Plusieurs de ses lettres à l'intendant de Rouen déposent de sa sollicitude incessante et ingénieuse sur ce point capital.
â3 octobre 1680. — frLa distribution des laines aux pauvres par
l«^ abbayes, l'establissement et l'augmentation des manufactures,
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INDUSTRIE. cxLix
laissé libre, que tous les édits contraires fussent révoqués, s^ns qu'à lavenir il pût être octroyé aucunes lettres de maîtrise ni rendu aucun édit Gscal à raison des arts et métiers ; que les marchands et artisans n'eussent rien à payer pour les réceptions et banquets, • ni pour tenir boutique, sous peine de concussion de la part des officiers de justice, maîtres jurés et visiteurs de marchandises. Si les vœux des Etats généraux de 161 4 n'avaient pas été réalisés, du moins, depuis cette époque jusqu'à la mort de Mazarin, la législation sur les maîtrises avait été appliquée avec Ime grande tolérance. Qu'il en fût résulté des abus , que des étoffes eussent été reconnues défectueuses, des teintures mauvaises, cela n'avait rien de surprenant ni de bien dangereux. La compensation de ce mal était d'avancer l'éducation des populations et de les habituer à juger «par ellesmêmes des choses au lieu de compter partout et toujours sur l'intervention du gouvernement.
Ce côté élevé et vraiment supérieur de la question échappa à €olbert. Ne voyant que le mauvais effet des défectuosités et des tromperies sur le débit de nos marchandises à l'étranger, il organisa en corporations, moyennant finance, toutes les industries qui étaient encore libres, restreignit le nombre des apprentis, imposa «évèrement la confection du chef-d'œuvre et immobilisa, au défariment des ouvriers pauvres, l'industrie française dans un certain nombre de familles bourgeoises. La première application de ce système date de 1666. Suivant l'édit du 128 août, cries manufactures de serge d'Aumale, en Normandie, s'étoient tellement reiaschéés que les ouvriers ayant eu une Oiptière liberté de faire leurs étoffes de plusieurs grandeurs et largeurs, selon leur caprice, le débit en avoit notablement diminué, à cause de leur défêetaosité, au grand préjudice du général et du particulier.. . Et attendu, porte l'article 1", qu'il n'y a aucune maistrise, ce qui a causé la confusion et le désordre, il en sera estably une pojiir former un corps de métier, sous le bon plaisir de Sa Majesté, t» Un autre édit du mois d'août 1669 généralise le reproche et porte que irles ouvriers des manufactures d'or, d'argent, soye, laine, fil
CL INTRODUCTION
et (les teintures et blanchissages s'estant beaucoup relaschés, et leurs ouvrages ne se trouvant plus de la qualité requise, des statuts et règlemens ont esté dressés pour les restablir dans leur plus • grande perfection, -n Les statuts déterminant la longueur, largeur et quab'té des étoffes comprenaient cinquante-neuf articles, qui devinrent la charte de l'industrie. Les draps de Rouen, Darnetal, Dieppe; les serges de Beauvais, Neuilly, Dreux, Orléans, etc. auront, y était-il dit, une aune de large, et la pièce, de vingt à vingt et une aunes; les draps de Châteauroux, une aune de large et onze aunes de long; ceux de Saint-Lubin^ et de Gisors, une aune et un seizième de large entre les lisières, et vingt-huit à trente aunes de long. Recommandations analogues pour les ratines, serges rases, serges façon de Londres, serges drapées et camelots, baracans, étamines, droguets, tiretaines, etc. Quatre mois après la publication des statuts, tous les anciens métiers devaient être iwnpus et reconstruits conformément aux largeurs voulues, sous peine de trois livres d'amende par métier. Les articles lij à 5o réglaient la durée des apprentissages, les réceptions à la maîtrise et les facilités accordées aux fds ou veuves de maîtres. L'article 53 donnera une idée des minutieux détails où le système de réglementation entraînait Gplbert : «rNe pourra eslre employé aucunes graisses appelées flambart, pour l'ensimage des draps et serges; mais seulement du saindoux de porc du plus blanc. Et ne pourront les tondeurs se servir de cardes, pour coucher lesdits draps et serges, ni en tenir en leurs maisons, mais se serviront de chardons, à peine de douze livres d'amende pour chacune contravention.*»
Les lettres patentes par lesquelles Louis XIV approuva ces statuts, demeurés célèbres, portaient qu'il y avait été déterminé «rpar le désir de remédier aux abus qui se commettoient depuis plusieurs années, aux longueurs, largeurs, force et bonté des draps, serges et autres étoffes de laine et de fd , et de rendre uniformes toutes celles do inesnio sorte, nom et qualité, en quelque lieu qu'elles fussent
^ SniiH (loulo te liatiionu do ce nom. coniniune de I^iivicrs (Eure).
INDUSTRIE. cLi
fabriquées, tant pour en augmenter le débit dedans et dehors le royaume, que pour empescher le public d'estre trompé. t7
Ainsi, pour détruire quelques abus dont le public aurait fini par faire justice, le gouvernement, cédant à une impulsion fatale, ouvrait la porte à des abus cent fois plus graves , emprisonnait l'industrie dans un dédale de formalités coûteuses, par les visites continuelles auxquelles il la soumettait, et lui occasionnait des pertes de temps considérables. Nous verrons plus loin qu'il contrariait aussi les goûts des acheteurs eux-mêmes, qui auraient bien eu le droit d'être consultés. Est-il nécessaire d'ajouter que la remise en vigueur des privilèges dont jouissaient les corporations ouvrières était une entrave funeste à l'exercice de la plus naturelle, la plus juste et la plus indispensable de toutes les libertés , la liberté du travail ?
Les admirateurs de Colbert n'ont vu dans ces règlements que ia volonté de perfectionner à tout prix l'industrie française, afin que ses produits fussent partout recherchés pour leur solidité autant que pour leur beauté. 11 en donna assurément une nouvelle preuve en faisant préparer et en publiant, sous la date du 18 mars 1671, une instruction générale pour la teinture des laines. Cette iustruction, qui ne contenait pas moins de douze parties et de trois cent dix-sept articles très-développés, parut sous le patronage du lieutenant général de police La Reynie, l'un des plus actifs instruments de Colbert. Elle était précédée d'une longue introduction, un peu emphatique, qui avait du reste, comme les moindres choses où intervenait le gouvernement, un air grandiose et magistral.
(t Si les manufactures de soye , laine et fil , sont celles qui servent le plus à entretenir et faire valoir le commerce, la Teinture, qui leur doune cette belle variété de couleurs qui les fait aimer et imiter ce qu'il y a de plus beau dans la nature, est l'^lmc sans laquelle ce corps n'auroit que bien peu de vie. . . Toutes les choses visibles se distinguent ou se rendent désirables par la couleur ; el il ne faut pas seulement que les couleurs soyenl belles pour donner le cours au commerce des étoffes, mais il faut encore qu'*elles soyenl
cLii INTRODL'CTIO.V
bonnes, afin que leur durée égale celle des marchandises où elles s'appliquent. La nature nous en fait voir la «lifférence et nous doit servir d'exemple, car si elle ne donne qu'une foible couleur aux fleurs, qui passent en peu de temps, elle n'en use pas de même à l'endroit des herbes, des métaux et des pierres précieuses, oii elle donne la teinture la plus forte et la couleur proportioimée à leur durée. . . r»
Le système était donc créé de toutes pièces, et on allait le voir à l'œuvre. Le pire des mesures extrêmes, c'est de provoquer des excès de zèle parfois irrésistibles. En 1666, les fabricants de Carcassonne auraient voulu que, si r aucun manufacturier ou autre abusoit de la marque dune autre ville ou faisoit appli({uer la sienne à un drap estranger, il fust mis au carcan pendant six heures au milieu de la place publique, avec un écriteau portant la fausseté par luy commise.-: Colbert eut alors le bon goût de substituer une amende de 100 livres à cette pénalité orientale. Ses règlements sur les dimensions des étofles datent du mois d'août iCiGg. \ peiiHî publiés, ils avaient donné lieu à des résistances nombreuses, qui se révèlent à chaque page de sa correspondance. Mécontent des échevins d'Amiens (3 septembre 1670), il charge lintendant de les inviter à v tenir la main. rLe Hov, dit-il, ayant donné Tordre de confisquer les marchandises qui n'y seront pas i*unformos, les ouvriers récalcitrans seront punis de leur mauvaise lov.^ A la même époque, les intendants de Tours, d'Orléans, • 1 Vleuçon, reçoivent des injonctions semblables. Au gouverneur le L\on, il écrit: rr Vous scaurez que les marchands ne pensent lua leur soulagement et à la facilité de leur débit; je vous prie 0 >urmonter, par vostre autorité, les difficultés qu'ils pourront 'Ijoiler ù cet establissement. ri Les résistances continuant et ga- -4ui du terrain, des pénalités plus rigoureuses furent jugées né- -5!*4ttts l ri intendant zélé rendit une ordonnance dans ce sens ^ -lUftUkl à Colbert, qui lui répondit, le i3 novembre 1670 : n — ......... ,|||^« vous avez résolue avec les maire et échevins
^* ouipescher la continuation des contraventions aux
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statuts et règlemens des manufactures est fort bonne, et je ne doute pas que la honte que les façonniers auroient de voir leur nom et la pièce défectueuse attachés à un poteau ne contribue beaucoup à leur faire exécuter lesdils statuts et règlemens. v Allant plus loin, le 17 février [suivant, Golbert envoyait aux maires et échevins du royaume un édit portant que cries étoffes manufacturées en France qui seroient défectueuses et non conformes aux rè^emens, seroient exposées sur un poteau de la hauteur de 9 pieds, avec un écriteau contenant les nom et surnom du marchand ou de l'ouvrier trouvé en faute; qu'après avoir esté ainsy exposées pendant quarante-huit heures, ces marchandises seroient coupées, déchirées, bruslées ou confisquées, suivant ce qui auroit esté ordonné ; qu'en cas de récidive le marchand ou l'ouvrier seroient biasmés en pleine assemblée du corps, outre l'exposition de leurs marchandises ; et enfin qu'à la troisième fois ils seroient mis el attaches audit carcan pendant deux heures y avec des échantillons des tnarchandises sur eux confisquées. . . -n Mais ces rigueurs odieuses ne produisirent pas l'effet qu'on en attendait. La violence même de la loi l'empôcha d'être appliquée, et les échevins refusèrent, avec raison , de mettre au carcan des hommes dont tout le crime était de faire des étoffes recherchées par le public. L'intendant du Languedoc ayant signalé le mauvais vouloir de sa province, Colbert lui répondit, le i3 mars 1671 : cfJ'ay toujours trouvé les manufacturiers opiniastres à demeurer dans leurs erreurs et dans les abus qu'ils commettent. Mais, lorsqu'on a employé l'autorité pour leur faire exécuter les nouveaux règlemens, ils ont vu sensiblement augmenter leurs manufactures. . . v C'est là son argument favori ; et quand il veut stimuler le gouverneur et les échevins de Lyon, toujours rebelles à cette réglementation, il répète que partout (même dans les villes où les règlements excitent le plus de réclamations) ils s'exécutent au grand avantage des fabricants. Les malintentionnés y comme on disait alors, ayant fait courir le bruit que les commis des manufactures allaient être supprimés, Golbert écrivit à tous les intendants, le 5 mai 1676, que
cLiv INTRODUCTION.
Sa Majesté tient plus que jamais à ce que ces règlements si utiles au bien de son service soient fidèlement observés. Mais il a beau faire, l'industrie que ce régime gêne et tracasse ne cesse de se débattre. Elle a protesté dès les premiers jours; en 1682, elle proteste encore; et le ministre, que cette résistance prolongée n'éclaire pas, écrit, le 28 janvier, à l'intendant de Languedoc : crTous les marchands veulent avoir une liberté entière dans tout ce qui concerne le trafic, particulièrement dans les manufactures, dont ils veulent toujours retrancher les longueurs, largeui*s et fabriques par des considérations d'un petit gain qu'ils font et qui tend à la ruine entière des manufactures, dont le principal consiste, dans un Estât aussy florissant et aussy grand que celuy-cy, à les faire toujours égales en bonté, largeur et longueur.-» Plus tard encore (17 septembre 1 682 ), il recommande à l'intendant d'Amiens de tenir sévèrement la main à l'exécution des règlements sur les manufactures, fret d'estre sur ce sujet fort en garde contre les marchands, qui ne se soucient jamais du bien général , pourvu qu'ils y trouvent un petit profit particulier, -n
Le procès-verbal de l'assemblée provinciale de la moyenne et basse Normandie en 1788 contient un rapport sur le commerce, dont l'auteur signalait à l'assemblée un fait qui lui avait paru singulier :
cr Plusieurs fabricans de Mortagne, négligeant de se conformer aux anciens règlemens, se permettent d'employer moins de matière dans la fabrication de chaque pièce de toile. Ces inconvéniens peuvent faire craindre que les consommateurs ne se dégoûtent, et le plus grand nombre solliciteroit une surveillance plus active de la part des inspecteurs des manufactures; mais en même temps t7 paroit que le débit nen a jamais été porté plus haut, et que les demandes se multiplient pour ainsi dire à mesure que la fabrique perd de son ancienne exactitude. Nous ne vous expliquerons pas ce phénomène, qui paroit si contraire au système réglementaire ^ n
* Extrait cite dans un article de blécs provinciales de la France. ( Revue des M. Léonce de Lavergne sur, les Assem- Deux-Mondes du 1 5 janvier 1862.)
IINDUSTRIE. cLv
Ce phénomène, que Colbert n'avait pas compris et qu'on ne comprenait pas davantage un siècle après lui, provenait de causes bien simples : la mobilité du goût français et la juste préférence donnée par le public à des étoffes d'une qualité inférieure peut-être, mais plus variées, plus agréables et moins chères.
On peut donc assurer qu'au lieu de favoriser le développement de l'industrie, les fameux statuts et règlements de 1669 lui avaient porté un préjudice sensible. L'opposition qu'ils rencontrèrent à leur début ne fit qu'augmenter avec le temps. Si les corporations n'excitaient pas les mêmes plaintes, c'est que les opprimés étaient trop petits pour se faire entendre, car elles étaient encore plus oppressives. Cependant le prestige de Colbert était tel dans l'administration qu'à l'époque où Turgot voulut les abolir les récriminations violentes qu'il souleva parmi les intéressés trouvèrent de l'écho dans le public, et le parlement eut le tort, qui ne sera jamais oublié, d'y mêler sa voix. «rLes communautés d'arts et métiers, s'écriait l'avocat général Séguier, loin d'être nuisibles au commerce, en sont plutôt l'âme et le soutien, puisqu'elles nous assurent la préférence sur les fabriques étrangères. La liberté indéfinie fera bientôt évanouir cette perfection , qui est seule la cause de la préférence que nous avons obtenue. Le commerce deviendra languissant, il retombera dans finertie, dont Colbert, ce ministre si sage, si laborieux, si prévoyant, a eu tant de peine à le faire sortira . .n
On vient de voir pourtant quel démenti l'expérience donnait en 1788 au système réglementaire. Près d'un siècle auparavant (en 1701), l'élévation du tarif de 1667, aggravé il est vrai en 1687, avait été vivement attaquée par les hommes le mieux en possession d'en apprécier les effets. Le Gouvernement venait de réunir à Paris un conseil général du commerce, auquel assistaient douze délégués des principales villes du royaume. Un seul dans le nombre, celui de Rouen, se prononça formellement en faveur des restrictions absolues et de l'exclusion des marchandises étran-
* Recueil des Lois françaises , etc. mars 1776.
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gères, à l'aide de hauts tarifs. Tous les autres furent d'avis de faciliter les échanges internationaux.
— «rSi nous n avions en France, dit le délégué de Dunkerque, que des manufactures, il seroit avantageux à TEtat d'interdire l'entrée de celles des étrangei^ ; mais nous avons un nombre infini de denrées superflues que nous ne pouvons consommer sans le secours des étrangers, comme du vin, de l'eau-de-vie , etc. eicn
— cr Si les droits imposés à l'entrée sur les marchandises étran-r gères étoient moins forts et mieux réglés, faisait observer à son tour le délégué de Nantes , les produits en seroient beaucoup plus considérables, parce que la fraude cesseroit et que le commerce se multiplieroit. C'est un principe incontestable dont on a la preuve, puisqu'on voit que les nouveaux droits ne rendent pas. . . -n
D'après le délégué de Lille, on pouvait bien soutenir une industrie nouvelle au moment de ses débuts; rr mais quand elle ne savoit ni s'établir ni subsister avec un droit de 1 2 à 1 5 p. o/o , elle devoit être considérée comme voulant s'enrichir aux dépens du public. . . v
cf Enfui, disait le délégué de Lyon, il faut revenir de la maxime de M. Coibert, qui prétendoit que la France pouvoit se passer de tout le monde. C'étoit aller contre la nature et les décrets de la Providence , qui a distribué ses dons à chaque peuple pour les obliger h entretenir entre eux un commerce réciproque. Ce ne seroit plus un commerce que de fournir nos denrées et nos manufactures aux étrangers et de ne tirer d'eux que de l'argent ^ . .-n
Les titres de Coibert à l'admiration publique sont si éclatants, reiiHtMuble de son administration est remarquable à tant d'égards, (|ue \a critique sur les quelques points très-rares oil elle a paru juHle nr saurait amoindrir cette grande figure. Des contemporains l'ont urcusé d'avoir fondé une multitude d'établissements indus- IrirlH r/Mi cotUoient plus quils ne valoient et qui ne lui survécurent \u\h'^. IN'ul-tMre (udbert voulut-il créer à la fois un trop grand
INoiiH uvtuiH iUmuéi *lo lonps extraits lecteur en France depuis le miniêtère de Col- Iftn ni|i|M»riH tlf'H ili^lt^Riu^H (lu commerce en bert jusqu'à la révolution dei8ù8, chap. iv. 1 711 1 (liiiiH iioln» lliëtoire du système pro- * Mémoires de Choisy, liv. IL
INDUSTRIE
nombre de manufactures dans des pays x|ui n y étaient pas également propres ; il est certain que beaucoup d'entre elles croulèrent quand, après sa mort, les charges du budget ne permirent plus de les subventionner MWais c'est l'influence de Louvois, c'est la révocation de l'édit de Nantes, c'est enfin la guerre pour la succession d^pagne, si facile à éviter, qui entraînèrent leur ruine ^. Il manqua à Colbert, pour jouir du spectacle de leur prospérité, une vie plus longue et des circonstances moins défavorables. Cette part faite au malheur des temps et à l'ignorance de quelques principes économiques dont les sociétés modernes entrevoient à peine les clartés fécondes , quel patriotique désir d'accroître les sources de la prospérité nationale et de placer la France au premier rang! Quelle noble ardeur pour le progrès ! Quelle sagacité pour démêler, au milieu de l'erreur universelle, que le travail est la richesse des nations, tandis que l'aumône inintelligente engendre le paupérisme et la misère ! Quelle sage tolérance enfin pour les dissidences reli-
' L*opinion publique ne s'y trompait pas et sentait combien la vie de Colbert était nécessaire à la durée de son œuvre. Guy Patin écrivait à Falconet (Lettre DCGCxxv, 3 juin 1671) :
frlJne colique bilieuse a retenu pour quelques jours M. Colbert comme il étoit en chemin d'aller trouver le Roi à Dunkerque. On en a demandé ici quelques consultes à divers médecins , mais il n'a pas été nommé. Chaque médecin a eu un louîs d'or. On dit que, si M. Colbert vient à mourir, il faut dire adieu à toutes les manufactures qu'il a fait établir en France, tant pour les tapisseries et bas de soie que pour ceux d'estame qui se font en plusieurs lieux de France, ce qui fait travailler beaucoup de petit peuple en diverses provinces. « •
^ On a vu tous les efforts qu'il avait tent^ pour traverser cette influence et
pour modérer les ambitions de Louis XIV. Le passage suivant d'une lettre de madame de Sévigné explique indirectement pounpioi il échoua :
(rLa Royauté est établie au delà de ce que vous pouvez vous imaginer : on ne se lève plus et on ne regarde personne. L'autre jour, une pauvre mère toute en pleurs, qui a perdu le plus joli garçon du monde , demandoit sa charge à Sa Majesté; Elle passa. Ensuite, et toute à genoux, cette pauvre madame de Foulac se traîna à ses pieds , lui demandant avec des cris et de» sanglots qu'EUe eût pitié d'elle ; Elle passa sans s'arrêter.'»
Si la belle-mère d'un gouverneur de province osait écrire de la sorte en 1 678 , que ne devait-on pas dire dans l'intimité de certains salons , quelques années après , alors que les hauteurs de Louis XIV se furent accrues avec l'âge ?
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gieuses qui, dans les dernières années de sa vie, étaient devenues, grâce aux manœuvres intéressées de Louvois, la grande affaire de l'État !
Cette tolérance de Colberl envers les protestants et même envers les Juifs perce souvent dans ses lettres. Nous n'en citerons qu'un exemple, qui se rapporte à un fabricant dont le nom est resté célèbre dans l'industrie, le Hollandais Van Robais. Il avait fondé à Abbeville une manufacture de draps fins, façon d'Espagne et de Hollande. La sollicitude avec laquelle Colbert, qui l'avait fait venir, suit sa carrière et écarte à chaque pas les difficultés, est vraiment touchante. «J'apprends, écrit-il, le 16 octobre 1671, à l'évêque d'Amiens, que les entrepreneurs de la manufacture d'Abbeville ont congédié leur ministre par déférence qu'ils ont eue à la remontrance que je leur fis en ladite ville. Cependant ils se plaignent fort que le prestre Marcel , capucin, continue à les presser par trop. Je suis bien ayse de vous en donner avis, afin qu'il vous plaise de modérer le zèle de ce bon religieux, et qu'il se contente d'agir à l'égard de ces gens-là ainsy que tous les religieux du royaume agissent à l'égard des huguenots ^ -n Quand, en 1 682 , la pression contre les protestants prit un caractère de violence qui touchait à la persécution, Colbert écrivit à l'intendant d'Amiens, le 17 septembre : ^ie vous avoue que je serois bien, ayse que vous puissiez parvenir îi convertir Van Robais. Comme c'est un fort bon homme, ce seroit un grand bien qu'il fust de noslre religion , parce qu'il est capable d'establir si fortement la manufacture des draps à Abbeville, qu'elle s'establiroit ensuite dans le royaume et porteroit un très-grand préjudice aux fabriques de Hollande et d'Angleterre, et un grand avantage aux sujets du roy.^i Puis, trois mois après (^3 décembre) : ff Je vous conjure de mettre toujours en pratique tous les expédiens ijtie vous croirez capables de convertir ledit Van Robais et sa fa-
mille '^T»
On comprend, aces recommandations réitérées, que la cause de
Arcliiv(»s (le ln Marino. Heffistrè des ' En 168/i, les ouvriers de Van Ro-
(lèpMu'H , ifjyi. bais ayant menace de quilter la France,
INDUSTRIE
eux
la tolérance succombe el que la révocation de l'édit de Nantes approche. EUe suivit en effet de bien près la mort de Colbert, dont elJe compromit l'œuvre, en faisant du même coup à notre industrie, à la France entière, par la dispersion des manufacturiers les plus riches et les plus habiles, un mal qui n'a pas été réparé.
^intendant de la province, M. de Chauvelin « fut chargé par le Roi de se rendre k Abbc^vill^ et d'a88ui*er Van Robais que
les ordres relatifs à la religion ne regardaient ni lui, ni sa famille, ni ses ou-
vners.