‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 17 sur 411 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

COMMERCE

Coll>crl, chargé du commerce, s'y dévoue tout entier et lui ouvre une nouvelle ère. — Réorganisation de la compagnie des Indes occidentales ; formation de celle des Indes orientales ; sacrifices inutiles pour les soutenir. — Compagnies du Sénégal et de la Guinée pour la traite des noirs. — Compagnie du Levant. — Compagnie des Pyrénées pour les bois de marine, at du Nord pour faire concurrence aux Hollandais. — Franchise de Marseille ; son coounerce et diverses questions y relatives. — Entrepôts , acquits-à-caution ; législation commerciale. — Négociations infructueuses avec TAngleterre. — Relations avec TEspagne. — Mauvais esprit des marchands. — Encouragements aux constructions navales. — Coupement des vins; transit , escortes, péages, sels, sucres et céréales. — Efforts soutenus pour assurer la protection et Tafiranchissement du commerce.

Les imperfections mêmes qui peuvent être signalées dans le système industriel de Colbert témoignent de son ardent désir de multiplier les éléments du travail et d'augmenter aiijsi la prospérité du royaume. L'ensemble des mesures qu'il prit pendant vingttrois ans pour favoriser le commerce intérieur et extérieur sera toujours un de ses plus beaux titres de gloire. Si sur quelques points les résultats ne répondirent pas aux espérances, c'est que le succès était impossible. On lui a reproché ^ les privilèges accordés aux diverses compagnies qu'il fonda pour l'exploitation du commerce des Indes, du Levant, du Sénégal, du Nord, des Pyrénées. Ces privilèges furent en effet excessifs au début; mais, dès qu'il eut vu le danger, Colbert les réduisit sensiblement. Sa sollicitude pour tout ce qui, en France et à l'étranger, pouvait mettre l(»H nationaux à même de lutter avec la Hollande et l'Angleterre, fut toile que la lecture de sa volumineuse correspondance est seule c«p»l)l(î (l'on donner une idée. Forcé de nous borner, nous avons dft Hacrifier un grand nombre de lettres où l'on sentait palpiter en (|ij(;l(|ije sorte cette passion du bien public qui fit sa force et qui répimdit Umt d'éclat sur le règne de Louis XIV. rrLe Roy, disait un

' KorlionniiiN; <lo 1661 à \6H3, passim.

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jour Colbert au marquis de Seignelay, veut que toutes les mers soyent nettoyées de pirates, que fous les marchands soyent escortés, favorisés et protégés dans leur commerce. C'est à quoy mon fils doit s'appliquer. Il faut qu'il s«nte aussy vivement tous les désordres qui arriveront dans le commerce et toutes les pertes que feront tous les marchands, comme si elles luy estoient personnelles ^ . . r^

C'est parce que Colbert s'intéressa aux affaires de l'Etat comme aux siennes propres, qu'il put accomplir de si grandes choses. Les premières années de son administration avaient été absorbées par le procès de Fouquet et la réorganisation des finances; ce ne fut qu'en i664 qui! songea particulièrement au commerce. Le 26 août, Louis XIV adressa aux échevins et habitants de Marseille une lettre évidemment émanée de Colbert, leur recommandant d'avoir recours à lui pour tout ce qui concernait leurs intérêts. Il les prévenait que des sommes importantes avaient déjà été et seraient annuellement dépensées pour la protection des nouvelles manufactures et des grandes compagnies, le rachat des péages, la réparation des chemins, l'achat et la construction de navires. 11 ajoutait que tous les armateurs au long cours recevraient une indemnité par tonneau de fret, à l'aller comme au retour, enfin qu'il avait donné l'ordre de loger commodément, à la cour ou à sa suite, tous les marchands qui y auraient affaire ou leurs délégués^.

Des lettres semblables annoncèrent aux magistrats des principales villes une nouvelle ère commerciale. Ln édit du 28 mai

' Nous donnerons dans la section Marine le mémoire où se trouvent ces nobles paroles.

* Ces dispositions furent ratifiées par un arrêt du conseil de commerce du i> di^mbre i66'i, portant que tous les ans les marchands do chacune des dixhuit villes les plus importantes du royaume éliraient deux d'entre eux, et que le Roi choisirait trois des premiers élus pour les représenter pendant un an, soit à la cour, soit à sa suite . tenir correspondance avec

les marchands des villes de leur circonscription et l'informer de tout ce qu'il fauchait faire pour l'auijmentation du commerce. — A l'égard des autres élus, ils devaient s'assembler par tiers, le 90 juin de chaque année, tlans les trois villes que le Koi désignerait, pour examiner l'état du commerce et des manufactures, et adresser le procès-verbal de leur réunion à Colbert, etc. etc. (Archives des Finances. Edils, ordonnances, arrêts, volume X.)

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i664 avait reconstitué la compagnie des Indes occidentales sur d'autres bases et l'on attendait les meilleurs effets des privilèges qui lui avaient été accordés ^ La création de la compagnie des Indes orientales suivit de près (août i66i) et eut un grand retentissement. Il s'agissait de susciter aux Hollandais une concurrence sérieuse sur un point où ils paraissaient inexpugnables. Rien ue fut négligé. Trois compagnies ayant déjà échoué, l'entreprise était d'autant plus difficile; mais les répugnances du public n'arrêtèr,ent pas Colbert. D'après ses instructions, un membre de l'Académie française. Charpentier^, fut chargé d'expliquer au public la cause de ces mécomptes, et il s'en acquitta habilement. Il étabht que ce résultat ne pouvait être attribué qu'à une série de fausses mesures et surtout au manque de fonds, inconvénient grave qui ne se présenterait plus, puisque, le Roi s'inléressant à la nouvelle compagnie avec la moitié du royaume, elle aurait plus d'argent à ses débuts que n'en avait eu la compagnie hollandaise. Il était rare, au surplus, qu'une entreprise de ce genre prospérât du premier coup. L'Espagne en avait fait l'expérience, et la Hollande elle-même n'avait réussi qu'à une quatrième tentative. D'ailleurs, le succàs était d'autant plus certain désormais, que Madagascar, où la compagnie se proposait de placer le centre de ses opérations, l'emportait sur Batavia, soit pour la facilité du trafic, soit pour l'agrément du climat, soit pour la sûreté des colons, les habitants étant fort hoTiasses et faisant paraître beaucoup de dispositions à recevoir l'Evangile, à l'opposé de ceux de Java, qui étaient vaillants, aguerris, très-attachés à l'islamisme et pleins de mépris pour les chrétiens.

Cet appel au public fut bientôt suivi de lettres du Roi aux syn-

' La compagnie obtint la faculté de fermes , depuis le nord du Canada jus-

faire exclusivement le commerce dans qu'à la Virginie et la Floiidc, en y com-

toutes les Indes occidentales, à Gayenne prenant toute la côte d'Afrique, du Gap-

et sur toute la terre ferme d' Amérique, Vert au cap de Bonne-Espérance, de la rivière de l'Amazone à rOrénoque, ' François Charpentier, né à Paris en

au Canada, dans TAcadie, aux îles de 1620. Membre en i65i et ensuite di-

Terre-Neuve et autres îles et terres recteur de l'Académie. Mort en 170a.

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dics,, consuls, maires et (^chevins de toutes les villes un peu importantes, et de recommandations pressantes aux grands fonctionnaires de Paris et des provinces. Mais, plus les instances de la cour et des ministres étaient fortes, moins ceux à qui elles s'adressaient montraient de propension à courir les chances delà nouvelle compagnie. On avait d'abord cru que six millions sufliraient ; on ne tarda pas à reconnaître qu'il en faudrait quinze. L'embarras était de les trouver. Les membres du conseil d'Etat et du parlement furent naturellement les premiers auxquels on s'adressa. Le chancelier Séguier souscrivit pour 5 0,000 livres. Un conseiller d'Etat ayant refusé sous prétexte du remboursement des rentes, le Chancelier le regarda de travers et lui dit à l'oreille de signer, ce qu'il fit, mais en grondant. Un autre ayant signé pour 1,000 livres seulement, Colbert, rapporte Olivier d'Ormesson dans son Journal, rrs'en moqua et dit que cela ne se faisoit pas pour la considération de l'argent; de sorte qu'il mit 3, 000 livres, mais avec peine. i^

Si les résistances étaient telles à Paris, sous les yeux mêmes du Roi, que devait-on attendre des provinces? Une lettre adressée le 20 novembre i664 par Colbert aux présidents et tréwsoriers généraux à Bourges, prouve qu'il avait mis tout en œuvre pour que la France entière s'intéressât à l'entreprise projetée. 11 les prévenait que le Roi, les Reines, le Dauphin, les princes du sang, toutes les personnes de qualité du royaume, et à leur exemple les cours souveraines et une infinité de gens de toute sorte de professions, avaient pris intérêt dans la compagnie, sur la connaissance infaillible des grands avantages qui s'y trouveraient. Désireuse de profiler d'une si belle occasion de bien mériter envers Dieu (le principal dessein étant de porter les lumières de l'Evangile dans ces •pays éloignés), Sa Majesté croyait en outre faire une œuvre des plus utiles au public en avançant un million et en se chargeant de toute la perte, s'il y en avait dans les commencements. (rEn mon particulier, disait enfin Colbert, estant si bien persuadé de tous ces avantages, je ne sçaurois m'empescher de vous en conjurer instamment. t> Malgn» tout, ni les parlements, ni les municipalités, ni les

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fonctionnaires des provinces ne répondirent à Fappel. Vers la Gn de Tannée, le premier président de Bordeaux annonça le mauvais vouloir qu'il rencontrait dans cette ville. Quelques personnes consentaient bien à souscrire pour 5,ooo livres, mais à condition qu*on leur donnerait. le droit de bourgeoisie. De son côté, le premier président du parlement de Bourgogne mandait à Colbert : «Je fais valoir autant que je peux Tordre qui m'est donné par Sa Majesté de luy envoyer, avec la liste de ceux qui y prendront part, les noms de ceux qui ne voudront pas «s'y intéresser, ce qui obligera plusieurs qui n'y auroient rien mis de s'y engager \v

Quoi qu'il en soit, un édit du. mois d'août i66/i avait institué la compagnie. Le fonds social, Gxéà i5 millions, fut divisé en actions de 1,000 livres payables par tiers. Le Roi avait porté sa souscription à 3 millions, qui ne devaient pas produire intérêt, et sur lesquels, s'il y avait lieu, les pertes des dix premières années seraient imputées. La compagnie était autorisée à naviguer et à négocier à Texclusion de tous autres, pendant cinqurfnte ans, depuis le cap de Bonne-Espérance jusque dans les Indes et mers orientales, et dans toutes les mers du Sud. L'édit lui concédait à perpétuité, en toute propriété, justice et seigneurie, toutes les places qu'elle pourrail conquérir sur les ennemis ou les indigènes, avec tous droits sur les mines d'or, d'argent, cuivre et plomb, droit d'esclavage et autres impliquant souveraineté. L'État devait en outre lui fournir i\ prix coûtant le sel dont elle aurait besoin et lui payer 5o livres par tonneau pour toutes les marchandises de France, et la moitié en sus pour celles en retour. 11 ne lui imposait d'autres charges qm» (le faire biltir des églises à Madagascar et dans tous les lieux d(» sa domination, d'y entretenir un nombre suffisant d'ecclésiasliqnrH, rnlin d'instituer des tribunaux où la justice serait rendue rrraluit^îment au nom du roi, en se conformant aux lois du royauuie ♦•I au Coulamwr de Parts.

(les (Irrnières conditions, en opposition complète avec la liberté

' l)^|i|iinf^, (iotrt'tipomldnce administraUvcsous Louis XIV, III, 363, note.

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si judicieusement laissée aux colonies hollandaises de se gouverner d'après des lois appropriées à leur état social, furent la ruine de la compagnie. Soumettre au Cmitumier de Paris, à trois ou quatre mille lieues de la métropole, des gens indisciplinés, leur imposer les pratiques religieuses, les lois, les mœurs de la mère patrie, était-ce praticable ? Les règlements particuliers adoptés par les directeurs de la compagnie pour la police de Madagascar ne firent qu'ajouter aux difficultés. Un de ces règlements portait que le blasphème par récidive serait puni de six heures de carcan ; que nul Français ne pourrait se marier à une indigène si elle n'était pas instruite dans la religion chrétienne, catholique, apostolique et romaine; que le duel serait puni par le gibet, sur le mort comme sur le vif, et par la confiscation des biens.

Malgré les encouragements de toute sorte offerts par la compagnie, le nombre des colons fut toujours insuffisant. La production en souffrit, et l'expérience prouva une fois de plus que la lutte avec les Hollandais n'était pas possible. Dans une instruction du 16 mars 1669 à l'ambassadeur français à Lisbonne, Colbert exposait les avantages qu'aurait le Portugal, en raison de ses possessions de l'Inde, à faire cause commune avec la France. S'attachant à faire ressortir l'énorme puissance de la compagnie hollandaise, il évaluait ses importations en Europe à 1 0 ou l 'i millions, et ses navires à plus de i5o, sans compter des armées de terre de dix à douze mille hommes et 4o à 5o vaisseaux de guerre pour la protection de son commerce. Quand, au mois d'août de l'année suivante, il apprit par M. de Pomponne qu'elle allait distribuer l\o p. 0/0 à ses actionnaires, ce lui fut un crève-cœur des plus pénibles. A toutes les causes d'insuccès que nous avons énumérécs, s'en joignit une autre non moins grave : le mauvais choix des agents. Le 2 octobre 1670, Colbert écrivait au gouverneur de Lyon pour avoir son avis particulier sur un négociant de cette ville qu'il songeait à envoyer dans les Indes comme directeur, ceux qu'on y avait mis jusqu'alors n'ayant eu ni l'intelligence, ni la probité, ni la modération, ni l'esprit nécessaires. L'année d'après, la situation n'était pas meilleure.

cLifi INTRODUCTION.

T Je sais bien fascbé d'apprendre, écrit Colbert à Berryer l'un des sonreillants on censeurs de la compagnie, que la vente des marchandises ne se fait pas bien. Je vous avoue qu'il faut avoir beaucoup de force pour résister au malheur de cette compagnie. Mais il &ut s armer Àe fermeté et de constance pour la soutenir jusqu'à ce que son commerce devienne plus avantageux. Ce n'est pas un de ses moindres malheurs que le retardement de ses deux autres vaisseaux, qui de^foient estre arrivés à présent?) En résumé, tout alla de mal en pis, malgré Tabandon de U millions que le Roi avait fini par avancer. Au bout de onxe ans, la compagnie était en perte de 6 millions et demi : et pendant un siècle qu'elle se traîna péniblement . elle n eut que de rares éclairs de prospérité. Moins heureuse encore, celle des Indes occidentales avait perdu en dix ans 3,5^3,000 livres. Forcée de liquider, elle abandonna à Louis XIV, contre la remise dune créance de i,3oo,ooo livres, tous les établissements quelle avait fondés.

Cinq autres compagnies également créées par Colbert, celles du St^m^î»!, de la Guinée, du Levant, des Pyrénées et du Nord, éprouvi^rent le même sort. Lue prime de 1 o livres par nègre offerte aux artuateiirs libres pour fournir à la compagnie des Indes occidentah^ les brîis uinressiures à l'exploitation de ses possessions n'ayant piXHiuit aucun etïet, Colbert établit en 1678 Ja compagnie du Sént^jal en lui {îarantissanl une prime de 1 3 livres et le privilège ovclusif de la traite. Cependant, en 1670 , une seconde compagnie, dite ^e tiumèe, fut chargée de porter tous les ans 800 nègres aux ooliMÙt\<; mais elle nVxtVuta pas ses engagements, et son privilège lil ivtour À la ctnnpgnio <lu Sénégal , qui eut dès lors 2,000 nègres à liiinsportor avtH* la prime de i3 livres.

1.0 oonnueive tlu Levant ne pouvait échapper à l'action de Colliorl, LonjjloMjps privilégit^ dans ces parages, grâce au traité conclu par KraiKois b**, les Finançais avaient dû peu à peu partager avec loji \ ouilious, les Vnglais, les Génois et les Hollandais les avantages \\[\o los rapilulalions do 103;") leur avaient exclusivement réservés. lo> ijuorros ilo roligion du xm'^ siècle, les guerres civiles du xvn*".

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firent. perdre h la France l'influence qu'elle avait eue dans le Levant, et, quand Colbert parvint au ministère, le commerce qu'elle y faisait précédemment était singulièrement amoindri. Le vent soufflait aux grandes compagnies ; Colbert proposa au Roi (i (îOg) d'en établir une pour l'Orient, mais sans privilège exclusif, les Marseillais ayant eu de tout temps la liberté d'y trafiquer. Le fonds social devait être de 3 millions, dont le Roi prêterait le quart sans intérêt pendant six années. Avec de pareils soutiens, la compagnie fut bientôt constituée. Quelques années auparavant (i665), Colbert avait fait révoquer la faculté dont jouissaient les consuls à l'étranger, de déléguer leurs fonctions et de désigner leur successeur, abus énorme qui n'avait pas peu contribué à la décadence du commerce levantin; mais cette réforme ne le rétablit pas immédiatement, et la compagnie fut loin d'obtenir le succès qu'on avait espéré. Colbert pourtant y donnait tous ses soins. Peu confiant dans la probité commerciale des Marseillais, il avait voulu que les principaux marchands de Lyon et de Paris s'y intéressassent, cr Je vous prie, écrivait-il à l'un des directeurs le 9 janvier 1 670 , de considérer cette affaire comme une des plus importantes du royaume, et en laquelle, par conséquent, je prends le plus de part, me promettant que vous y donnerez une application égale, en sorte qu'elle réussira suivant mes souhaits.?) Peu de temps après, il avait fait décider que, tous les trois ans, six jeunes gens seraient envoyés chez les capucins de Smyrne et de Constantinople pour y apprendre la langue du pays. Mais, loin de s'améliorer, la situation des commerçants français dans le Levant avait empiré. Un nouvel ambassadeur avait été mal accueilli. crA son arrivée, dit Colbert (20 août 1671), il a esté maltraité . . . Ses audiences se sont passées avec mépris et sans avoir égard à la dignité du Roy. Le Grand Vizir lijy a bien offert le renouvellement des capitulations, mais sans y rien changer, ce qu'il n'a pas voulu accepter. . .-n Sur la menace du rappel de l'ambassadeur, la Porte s'émut, et des capitulations plus favorables furent signées. Cependant la compagnie languissait, faute de fonds. Pour se dédommager, elle imagina d'expédier en Portugal des brocarts d'or et

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d'argent faux. On connaît la sévérité des instructions de Golbert au sujet de la qualité des étofl'es. 11 tança vertement les directeurs : crVous sçavez comment on en use en Levant en de pareils rencontres. S'ils jouent de ces tours aux Turcs, la compagnie court risque de souffrir les plus cruelles avanies qu'ils fassent supporter aux chrestiens. -n

Fondée en prévision de la guerre avec la Hollande, pour Tapprovisionnement en bois de mâture et de construction qu'on craignait de ne pouvoir plus tirer du Nord, la compagnie des Pyrénées n'eut qu'une courte durée, frj'ay reconnu clairement, dit Golbert lui-môme (90 septembre 1679), que cette compagnie languit et ne produit pas l'effet nécessaire pour le bien de l'Estat, et en particulier des provinces d'où elle peut tirer des masts, bois et autres marchandises nécessaires pour la marine, par le défaut de protection suffisante qui luy manque, tî 11 recommandait en conséquence au premier président de Toulouse de s'adonner tout entier à cette affaire; de bien faire connaître, par ses discours et son application, que le Roi voulait qu'elle réussît, et de ne pas craindre d'intimider ceux qui la traverseraient directement ou indirectement. Ces recommandations furent sans doute inefficaces, car la compagnie des Pyrénées fut la plus obscure de toutes. Celle du Nord eut une existence moins effacée. Sa création remontait également à cette année 1 669, particulièrement féconde en établissements et règlements de de toutes sortes. Le préambule était empreint d'un certain cachet de grandeur commun aux documents analogues, cr Gomme le commerce, disait le Roi, est le moyen le plus propre pour concilier les différentes nations et entretenir les esprits les plus opposés dans une bonne et mutuelle correspondance, qu'il apporte et répand Tabondance par les voycs les plus innocentes, rend les peuples heureux et les Estats plus florissans; aussy n'avons-nous rien omis de ce qui a dépendu de nostre autorité et de nos soins pour obliger nos sujets de s'y appli([uer et de le porter jusqu'aux nations les plus éloignées. Et, d'autant que celuy du Nord peut produire de grands avantages réciproques , nous avons estimé à propos d'exciter nos

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sujets à s*associer pour l'entreprendre et de leur accorder à cet ellet des grâ(îes et privilèges considérables. . .-n Au nombre des immunités qui furent accordées à la compagnie du Nord, figurait une prime de 3 livres par barrique d'eau-de-vie, et de U livres par tonneau de marchandise, sans compter la prime de construction ou d'achat de navires à l'étranger fixée par l'arrêt du 5 décembre i664. Conformément à ce qui s'était fait pour d'autres compagnies, les gentilshommes étaient admis à souscrire sans déroger, à la condition toutefois que leur souscription s'élèverait au moins à 2,000 livres ^ Par une faveur exceptionnelle, les fonctionnaires souscripteurs de 20,000 livres étaient dispensés de la résidence. Enfin le Roi s'engageait à y mettre pour son compte le tiers de la somme quelle aurait recueillie, et il consentait à ce que les pertes qu'elle pourrait éprouver pendant les six premières années fussent prélevées sur ce fonds.

Quand la compagnie fut installée, Colbert en suivit les opérations avec un double intérêt dont sa correspondance fournit les preuves. Désirant l'aflaiblissement de la Hollande pour le moins autant que la grandeur de la France, tantôt il recommande aux directeurs de se faire toujours représenter par des nationaux, au besoin par des indigènes, mais jamais par des Hollandais, cr estant impossible que ceux-cy ne les trahissent pas avec le temps , -n tantôt il les engage à perfectionner le sel qu'ils porteront dans le Nord,

' Un édit do 1699 avait dëjà autorisé la noblesse à faire le commerce de mer sans dërog^er. H on parut un nouveau au mois d'août 1669. Le préambule portait : r Comme le commerce, et particulièrement celuy qin' se fait par mer, est la source féconde qui apporte l'abondance dans les Estats et la répand sur les sujets à proportion de leur industrie et de leur travail, et qu'il n'y a point de moyen pour acquérir du bien qui soit plus innocent et plus légitime, aussy a-t-il toujours esté on fjrande considération

parmy les nations les mieiLv policées, et univei*sellemcnt bien reçu, comme une des plus honnestes occupations de la vie civile. . . n Voici maintenant le dispositif : rr Voulons et nous plaist que tous gentilshommes puissent , par eux ou par pei*sonnes interposées, entrer en société et prendre part dans les vaisseaux marchands, denrées et marchandises d'iceux, sans que, pour raison de ce, ils soyent censés déroger h noblesse, pourvu toutefois qu'ils no vendent pas en détail. . .-^

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afin de faire concurrence au sel de Portugal, moins bon que le nôtre, mais plus blanc, rr C'est, ajoute-t-il, le plus grand service que lesdits directeurs puissent rendre à TEstat. ?) Les Hollandais, afin de ruiner à tout prix la nouvelle compagnie, encombraient le marché des articles du Nord. Pour consoler les directeurs, Colbert leur écrit (ii septembre 1669) que le roi prendra pour la marine, à un taux raisonnable, toutes les marchandises qu'ils tireront du Nord. Le moyen de succès le plus assuré était d'ailleurs, suivant lui, de vendre nos produits très-bon marché, même à perte s'il le fallait, dans les commencements, sauf à se rattraper plus tard. Cependant, tant de soins et de faveurs furent stériles, et les directeurs, au moment fixé pour la distribution, se trouvèrent dans l'impossibilité de donner 4 p. 0/0 à des actionnaires qu'on avait, suivant l'usage, bercés d'espérances fabuleuses. Contrarié de cette impuissance, Colbert écrivit aux directeurs le 28 janvier 1671 : rrJe ne trouve pas les raisons que vous alléguez pour empescher la répartition de 4 p. 0/0 assez fortes; j'estime, au contraire, qu'il faut toujours faire gouster quelque profit à ceux qui ont mis des fonds dans vostre compagnie, n'y ayant rien peuteslre qui porte davantage les personnes qui ne sont pas accoustumées au commerce à s'y appliquer, que cette distribution, t) Subterfuge inutile! La compagnie du Nord ne réussit pas plus que les autres; et quand, un an après, commença la guerre avec la Hollande, elle lomba pour ne plus se relever ^

Une de nos plus grandes cités, dont la prospérité a pris dans ces derniers temps un si prodigieux essor, la ville de Marseille, fut sans cesse présente à la pensée de Colbert. Perçant les voiles de l'avenir, comprenant le rôle que son admirable situation l'appelait à jouer, il ne négligeait rien pour développer son commerce. Une série de mesures eut pour but de la débarrasser des entraves qui la gênaient et d'étendre son horizon. Un droit dit de cottiino était

* La note relative à la compagnie du Elle s'applique à la compagnie des Indes Non! (lettre n* 53) doit être supprimc^e. occidentales.

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perçu, non-seulement à Marseille, mais dans le Levant, sur tous les navires qui faisaient le commerce des Echelles, pour payer les exactions des autorités turques et diverses dépenses locales; ce droit, Colbert essaya pendant vingt ans de le supprimer, mais en vain. D'un autre côté, l'organisation des consulats fourmillait d'abus. Les consuls ne résidaient pas, et les fermiers qu'ils avaient choisis, commerçant pour leur compte, frappaient arbitrairement d'un droit de deux à trois mille piastres les navires qui osaient leur faire concurrence. Un arrêt du 12 décembre i664 fit cesser un état de choses aussi scandaleux. Cinq ans après (16 mars 1669), des instructions détaillées indiquèrent nettement aux consuls leurs devoirs et la nature des renseignements que le gouvernement attendait d'eux. Le terrain étant ainsi préparé, Colbert fit décréter la franchise du port de Marseille. Deux autres ports français, ceux de Dunkerque et de Rayonne, obtinrent la môme faveur; mais c'est surtout à Marseille qu'elle devait avoir une grande portée. L'édit avait été dressé par le premier président d'Oppède, qui fut aussi intendant de la province jusqu'à sa mort, et dans lequel Colbert avait une confiance très-méritée. Il aurait voulu pouvoir le publier plus tôt; mais, disait-il au président d'Oppède le 28 janvier 1669, en lui renvoyant le projet pour faire un dernier appel à ses observations : «r La longueur de mon indisposition et l'acca^ blement d'autres affaires où je me suis trouvé depuis ma convalescence, ne m'ont pas permis de me satisfaire plus tost sur ce point. 7) L'édit parut enfin en mars 1669. Le préambule constatait que cette franchise de tous droits avait été précédemment accordée au port de Marseille, mais qu'elle était devenue illusoire par l'établissement successif de plusieurs droits locaux dont le roi ne touchait pas un denier. Par suite, les ports étrangers avaient attiré à eux une notable partie du commerce que Marseille faisait autrefois. L'édit supprimait tous ces droits et accordait divers privilèges aux étrangers qui viendraient s'y établir. Il prescrivait en outre de relever exactement les mouvements du port.

On aurait pu croire que cet acte, qui devait faire la fortune de

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Marseille, y serait accueilli avec reconnaissance. Ce fut tout le contraire. II troublait les habitudes, il sapait les abus, et, d'après une loi inévitable, il rencontra de l'opposition. Colbert ne s'y arrêta pas; le 3o mai 1669, il écrivit au président d'Oppède qu'il se réjouissait de la promulgation de Tédit, malgré les diflicultés faites par les habitants de Marseille, qui comprenaient enfin tries grands avantages que cette franchise leur pourrait produire dans la suite des temps. -n Cependant le cotttm^ se levait toujours pour le traitement de l'ambassadeur à Constantinople et les gages des officiers du commerce; mais Colbert recommandait fortement de s'appliquer à le supprimer rrafin que la franchise de tous droits conviast les estrangers à rendre le port de Marseille le plus fameux de toute la Méditerranée, n

Ce port en eflet ne tarda pas à prospérer aux dépens de ses rivaux, rr C'est un grand avantage, mandait Colbert au président d'Oppède le 16 octobre 1671, que les marchands abandonnent Livourne et que les Arméniens apportent leurs soyes à Marseille. Je vous prie de leur donner toute la protection que l'autorité de vostrc charge vous permettra, et de les garantir de toutes les chicanes des habitans de ladite ville. . . n Colbert n'exagérait-il pas un peu les habitudes routinières et la manie d'opposition des Marseillais? Imbus de l'ancien esprit municipal, ennemis des gi^nes nouvelles et de règlements qu'ils n avaient pas faits, atteints dans tous les sens par l'intervention royale, ils la supportaient impatiemment alors même qu'elle pouvait être favorable aux intérêts de la communauté. Colbert au contraire, ne voyant que le bien général, s'irritait des moindres obstacles qu'ils y apportaient. crSi la ville de Marseille, écrivait-il ù l'intendant le i3 janvier 1678, estoit telle qu'elle devroit estre, elle seroit en estât de s'attirer pres([ue tout le commerce du Levant, et mesme d'y attirer toutes les marchandises des Indes, ainsy qu'elle faisoit autrefois. Mais connne les esprits des marchands de cette ville sont fort déréglés, qu'il n'y a ni police ni bonne foy parmy eux, et qu'elle est extrêmement chargée de ses impositions prévenues d'ini million de IViponnerios de ses

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consuls et échevins, elle a besoin cVune aussy forte application que la vostre pour la mettre en estât de profiter d'une conjoncture aussy favorable. T Dans la même année (8 septembre) et plus tard (20 novembre 1681), il bl^^me les Marseillais de s opposer, par esprit de jalousie, à l'établissement des Juifs. Quant à lui, plus avancé que son temps, l'esprit libre de préjugés, il aurait voulu qu'on les tolérât, au moins quand les Français étaient incapables de les remplacer. Mais il fallait sur ce point ménager l'opinion, toute-puissante ; et c'est ce que le ministre faisait assez adroitement quand il observait crque l'establissement des Juifs n'avoit jamais esté défendu pour le commerce, parce que, d'ordinaire, il augmentoit partout où ils estoient, mais seulement pour la religion; et, comme il n'esloit à présent question que de commerce, il ne falloit point écouler les propositions faites contre lesdits Juifs, -n

Une autre question de premier ordre aux yeux de Colbert excitait fréquemment sa mauvaise humeur contre les négociants marseillais. Au lieu de s'ingénier, comme les Anglais et les Hollandais, à ne porter dans le Levant que des marchandises en payement de celles qu'ils en tiraient, ils trouvaient plus facile d'y envoyer des espèces. Colbert leur reprochait à ce sujet, le 29 mars 1679, de ne vivre qu'au jour le jour, de ne regarder qu'au profit présent et d'abuser de la liberté qu'on leur avait laissée jusqu'alors d'exporter tout l'argent qu'ils avaient voulu , contrairement à la loi fondamentale de tous lés Etats, qui défendait cette exportation sous peine de mort. Ils provoquaient amsi, disait-il, la fabrication d'espèces fausses et des désordres dont tout le royaume se ressentait; le seul moyen de couper court à ce trafic et d'obliger à payer en marchandises, c'était de visiter au départ les navires destinés pour l'Orient.

Enfin les armateurs s'obstinaient à partir seuls, à leurs risques et périls, quand leur chargement était complet, plutôt que d'attendre les escortes du gouvernement, cr A cet égard, disait Colbert à l'intendant, vous pouvez faire réflexion sur l'humeur des Marseillois qui perdent toujours, par les prises (jue font tous les ans

COMMERCE

Conimeiit indiquer, ne fût-ce que par lin mot, toutes les mesures utiles au commerce qui marquèrent cette période de la vie de Colbert? Création d'entrepôts à Tintérieur et dans les grands ports, acquitsà--caution, code du commerce, négociations d'un traité avec l'Angleterre, ordonnance pour l'uniformité des poids et mesures dans tous les ports et arsenaux delà marine, etc. L'ordonnance du mois de septembre i664 avait, sinon créé, du moins organisé le systèoie des entrepôts; la déclaration du mois de février 1670 le perfectionna. La lettre d'envoi aux maires et échevins la résume bien : trA l'avenir, tous négocians, tant françois qu'estrangers , pourront se servir de tous les ports du royaume comme d'une estape générale, pour y tenir toutes sortes de marchandises, afin de les vendre et transporter ainsy qu'ils l'estimeront à propos, en se faisant mesme rendre les droits qui auroient esté payés, -n Les acquits-à-caution rendirent dans l'intérieur du royaume, pour les vins et autres denrées du cru soumises aux droits, des services analogues à ceux des entrepôts. L'ordonnance générale du commerce, de mars 1678, fut un autre bienfait. Ce qui en prouve la valeur, c'est que cent trente-quatre ans après sa promulgation, les rédacteurs du code actuel la prirent pour modèle. Comme toutes les ordonnances de l'époque, elle se fit remarquer par la rigueur des pénalités. Une ordonnance de 1699 portait que les banqueroutiers frauduleux seraient punis extraordinairement * ; celle de

* La p^nalitë avait souvent varie à cet ëgard. Une déclaration du 1 0 octobre 1 536 condamne les banqueroutiers frauduleux à Tamende honorable , punition corporelle , apposition au carcan et pilori. L'ordonnance d'Orlëans , de i56o, dit «rqu'ils seront punis extraordinairement et capitalement.T) Celle de Blois, de iSyg, porte: (r extraordinairement et exemplairement.»

Un édit du li juin 1609 décréta de nouveau la peine de mort; enfin Tarticle i53 do Tordonnance de janvier 1629 était ainsi conçu : «jLes banqueroutiers frau-

duleux seront punis extraordinairement. yi L'ordonnance de 1 673 . en spécifiant encore la peine de mort, était donc une véritable ajjgravation.

On lit dans le Traité des faillites et banqueroutes, par Esnault , SS 9 , note , et 678 :

ff Avant l'ordonnance du 23 mars 1 673 , les banqueroutiers frauduleux étoient notés d'infamie et voués au pilori et aux galères. Cette ordonnance ne trouva pas la mort trop dure pour leur crime et leur décréta le dernier supplice. Déjà cette peine résultait des ordonnances anté-

cLxxvi INTRODUCTION.

mars 1678 les punit de înorl. On a altribui"' cet excès de dureb'^ à linfluence du conseiller Pussort, qui fut prépondérante dans la révision de tous les codes; el Ton a dit, pour le justifier, que c'était l'esprit du temps. Les cœurs s'élaient-ils donc endurcis peudant un demi-siècle de lumières? Ne voyons là que ce qui s'y trouve en réalité, la domination d'un caractère, et ne faisons pas l'injure aux écrivains de Port-Roval, à La Fontaine et a Molière, d avoir amené de tels résultats. Colbert lui-même avait écrit, le 16 septembre 167a, à l'intendant de Bordeaux au sujet de quelques banqueroutes qui venaient d'affliger cette ville : et Ce sont des éelipses qui arrivent dans le cours ordinaire du commerce, qu'il faut de nécessité laisser passer, en y apportant, toutefois les remèdes que la prudence bumaine peut suggérer, r Pensait-il alors que le remède devrait, dans certains cas, être la peine de mort?

Les négociations d'un traité de connnerce avec l'Angleterre furent en 1G69 et 1G70 l'objet d'une corresjmndance fort suivie, qui n'aboutit pas. Aussitôt ([ue son frère, Colbert de Croissy, était arrivé h Londres en qualité d'ambassadeur, il lui avait recommandé de s'informer de tout ce qui concernait le commerce, avec circonspection cependant, pour ne pas donner l'éveil aux Hollandais. Un projet de traité que Colbert de Croissy avait soumis à son (1ère donna lieu à ce dernier de lui faire connaître ses vues fondamentales, à savoir : l'égalité absolue de traitement à l'égard des sujets des deux pa\s, et la liberté aux deux rois d'établir sur l'introduction des nuircbandises étrangères telle imposition que bon leur semblerait, pour\u que les nationaux y fussent également soumis. Ine prétention injuste des Anglais rendit, sur ces entrefaites, les négociations dilliciles. Ils s'étaient avisés d'augmenter rétroactivement le droit sur les eaux-de-vie importées depuis 1 ()(>(>. Ce fut en vain

-icuivs, uiilijfivs parle temps, tjui yovait tumha sur ce |)oiiit. comme elle, en dé-

^uUailue. rumine im \ienl tle le voir, le suëtiule. Au \\ni' siècle, on ne soumet-

iMÎui'i. IcN ^{tilèivs el le hannissemeut. tait plus les ban(]uoix>uliecs frauduleux

l'ixioiuiaiio' de itiylJ In remit iikmu'Mî- ipi au cairan. aux [[,ilènN el au bnnm's-

iiivMM*iii •'•» ^i)*;ueur'. mais hienlnt rlle semen* . . . *

COMMERCE. cLxwn

que Colbert réclama. L'irrilatioii des Anjjlais venait, indépendanîinent du mauvais effet produit par le tarif de 1 667, de ce que leurs draps étant soumis, à l'entrée en France, aux mêmes visites que les draps français en vertu des règlements de 1669, ceux dont la qualité paraissait insuffisante étaient repoussés. Mais le ministre tenait essentiellement à l'exécution de ces règlements. D'après lui (lettre du lû septembre 1670), il était inutile de travailler au perfectionnemetitdenos marchandises, si les marchandises étrangères reconnues défectueuses pouvaient entrer dans le royaume. C'est ainsi qu'une intention excellente en soi suscitait des embarras inextricables et retombait, par représailles, sur les producteurs des vins français. Six mois après, les Anglais ayant menacé d'interdire absolument l'entrée de nos eaux-de-vie, Colbert, qui n'imaginait pas qu'ils pussent y renoncer et qui comptait sur la fraude pour leur en fournir, répondit à son frère : (r Jusqu'à présent, quelque effort que les estrangers ayent fait pour se passer de nos vins et eaux-de-vie, nous ne voyons pas qu'ils y ayent réussy. 17 Lutte malheureuse contre le courant naturel des échanges et dont les campagnes françaises devaient à la fin payer les frais! Cependant Colbert de Croissy ne négligeait rien pour amener la conclusion d'un traité. Des pièces nombreuses et inq)ortantes feront voir les phases diverses de cette négociation laborieuse, les prétentions des parties et les procédés diplomatiques de l'époque, (r Sur le fait du traité de commerce, écrivit Colbert* à son frère, le 2 5 avril 1672, le Roy ne peut rien faire davantage que ce qui est contenu au mémoire que vous avei reçu; et vous en trouverez les raisons si fortes que, à moins de changer la face de l'Estat et renverser des establissemens faites depuis longtemps, le roy d'Angleterre se doit contenter, d'autant plus que le Roy luy accorde ce qui est solide et essentiel, qui est la décharge des inq)ositions sur les manufactures d Angleterre. ^ La concession dont il s'agit était l'abandon de la disposition du tarif de 1G67 (|ui avait doublé les droits sur les produits manufacturés étrangers; mais ce (juc l'Angleterre voulait surtout, c'était l'exemption des visites quant à la qualité. Or autant valait

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