‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 18 sur 411 · II. L · texte numérisé non relu

II. L

cLuviii INTRODUCTION.

demander à Coibert rabolition do règlenienl de 16G9, cette pierre angalaîre de son système. Il tint ferme, et les négociations avor-» tèrent.

Le commerce d'Espagne passait, à son point de vne, bien avant celui d'Angleterre. Cette préférence s'explique aisément Dès le mois de septembre i663, il priait l'ambassadeur français à Madrid de Tinformer de l'arrivée de la flotte des Indes et si nos marchands auraient chargé beaucoup de barres ou lingots, <rafîn, disait-il, de pouvoir satisfaire à la curiosité du Roy, qui n'a jamais tant de plaisir que quand je suis assez heureux de luy porter quelques bonnes nouvelles de nostre commerce. ^ Fasciné en quelque sorte par For des bides . il ne parlait guère que de galions dans ses nomr breuses lettres aux ambassadeurs, aux consuls et à tous ses agents.

Le 6 avril 1670, après avoir gourmande un commissaire de la marine au Havre de ce qu'il ne l'avait pas prévenu de l'arrivée dans ce port de deux vaisseaux de Cadix portant un million d'or et d'ar^ }(ent« il ajoutait : crNe manquez donc pas, à l'avenir, de me tenir informé de ce qui pourra arriver en de pareilles occasions, et surtout de me mander le nombre et les qualités des marchandises qui auront esté chargées sur ces deux vaisseaux. ^n Puis encore, le 26 octobre i^>79 : (T J'attends des nouvelles de ce qui se sera passé à la décharge des galions et des vaisseaux de la flotte, ne doutant pas qur vous n'ayez tenu fortement la main à ce que les François ayent <*slé autant et plus favorablement traitée que toutes les autres na^ tious. ^

Dans un mémoire adressé à Coibert en 1669, lé marquis de Villars, ambassadeur en Espagne, constatait que la France envoyait dans ce pays une notable quantité de soieries do Touts^ biNiuroiip {]{} toilos, de mercerie et de quincaillerie; il attribuait la Hiluiilioii déji\ mauvaise de TËspagne à l'élévation des impôlsy auji iiifiiivaiH IraiU'tmonts laits aux étrangers et au désordre incroyable (\t*h monnaies. Une instruction de Coibert à cet ambassadeur, du I il mai 1 i)7<)i rontiont sur les transactions commerciales entre led. i\i'U% pays d'inlérosvsants détails. rrPlus chacun Estai a de commerce

COMMERCE. cLxxix

avec les Espaj^nols, disait CoJbcrt, plus il a abondance d'argent. -n Quant à Li,France, elle se procurait l'argent de l'Espagne de trois manières : par les ouvriers du Limousin et de l'Auvergne qui, après y avoir travaillé une partie de l'année, rapportaient chez eux ce qu'ils avaient gagné; par le commerce des mulets et de marchandises de toute sorte fabriquées en France; par d'autres marchandises expédiées aux Indes orientales sur les galions d'Espagne, et en échange desquelles on s'appliquait à ne recevoir que de l'or ou de* l'argent. Le commerce <ivec les Indes espagnoles étant interdit aux étrangers sous peine de conQscation, il s'agissait de s'arranger de manière à tromper la surveillance des juges et officiers, locaux, ce que rendait assez facile leur vénalité. En résumé, toutes les instructions de Colbert aux ambassadeurs, et toutes les lettres qu'il leur adressait ainsi qu'aux consuls, avaient pour objet d'attirer en France la plus grande somme possible de l'or et de l'argent apportés des Indes par les flottes espagnoles. On comprend donc que, s'appuyant sur la législation en vigueur, il menaçât de confiscation les armateurs de Marseille qui envoyaient des espèces dans le Levant. Il y a lieu de remarquer toutefois que le commerce des métaux précieux était, avant lui, interdit de ville à ville, de province à province, et qu'il avait eu le bon esprit, après avoir consulté les marchands et les maîtres des monnaies, de faire rendre par le conseil d'Etat, Ici G septembre i663, un arrêt qui autorisait le trafic et négoce des matières d'or et d'argent à l'intérieur.

Tant d'activité et d'application auraient produit des merveilles si Colbert eût été moins contrarié par les circonstances et mieux secondé par les hommes. Les expédients auxquels il avait été réduit pour subvenir aux dépenses de la gueri'e et les troubles qui en résultèrent ont été exposés. L'inertie et l'ignorance, quand ce n'était pas le mauvais vouloir de ceux mêmes dont il cherchait à développer la prospérité, paralysèrent souvent ses intentions et provoquèrent son impatience. Que de fois il reprocha aux habitants de Poitiera de croupir dans la misère plutAt que de fonder quelque manufacture (pii leur aurait donné l'aisance par le travail! Auxerre

cLxxx INTRODUCTION.

et SCS magistrats encoururent souvent le môme reproche. De leur côté, les négociants de Marseille furent fréquemment taxés de mauvaise foi pour leurs procédés commerciaux dans le Levant. Une autre fois, 6 octobre 1670, il accusait les Bretons d'être «r grands trompeurs, surtout ceux de Nantes, n Les Normands à leur tour n'étaient guère mieux traités, et quant aux Lillois, qui s'étaient plaints de la diminution de leur commerce, Colbert disait à l'intendant (janvier '1670) qu'il fallait bien se garder de les croire, «les éclaircissemens des marchands estant meslés de leurs petits intérests particuliers qui ne tendoient ni au bien général du commerce, ni à celuy de l'Estat. T — crie vous diray, ajoutait-il, que lorsque je m'informe à tous les marchands du rovaume de Testât du commerce, ils soutiennent tous qu'il est entièrement ruiné; mais quand je viens à considérer que le Roy a diminué d'un tiers les entrées et sorties du royaume (tarif de septembre i664), qu'il a augmenté la ferme de ces droits d'un tiers et plus, et que les fermiers, non-seulement ne demandent aucune diminution, mais mesme demeurent d'accord qu'ils gagnent, j'en tire une preuve démonstrative, et qui ne peut estre contredite, que le commerce augmente considérablement en France , nonobstant tout ce que les marchands peuvent dire au contraire, -n

Parmi les moyens de multiplier et d'étendre les affaires, aucun, suivant Colbert, ne devait être plus eflicace que Taccroissement de la marine marchande. Un arrêt du conseil de commerce du 5 dé^ cembre 1 664 , après avoir rappelé que les gentilshommes pouvaient, conformément à l'ordonnance de 16*29, ^^' 'î^^'^î' ^^^ commerce de mer sans déroger, assura aux constructeurs de navires de cent tonneaux et au-dessus une prime de cent sous par tonneau ; un navire acheté à l'étranger donnait droit à la prime de h livres. Les négociants de Bordeaux profitèrent souvent de ces faveurs. Colbert recommandait d'ailleurs à l'intendant de les distribuer avec un certain éclat, rr afin que des grâces si extraordinaires conviassent de bastir et de s'adonner au commerce maritime, n L'enlèvement, par les étrangers, des grands vins de la contrée, était un autre point capital dont son attention ne se détonrnail jamais, ce C'est cela seul.

COMMERCE. cLxxxi

écrivail-il à l'intendant le i() octobre 1670, qui apporte le plus ou moins d'argent dans le royaume. ti Maxime aussi juste que féconde que Colbcrl, tout en la sacrifiant dans les démêlés conmierciaux avec la Hollande, était forcé de proclamer! Une question délicate, et qui est encore en suspens, celle du coupement des vins, lui avait été déférée. En 1670, il était davis que rien n'empêchait les marchands de Bordeaux d'accommoder eux-mêmes leurs vins comme oD le faisait en Hollande, avant de les expédier dans le Nord, offrant môme, en cas que ce fût un secret des Hollandais, de* faire venir à* Bordeaux les plus experts en cet art. crMais, ajoutait-il, le frelatement ne fait qu'alïaiblir nos vins; toutes les coslesde la mer Baltique s'en plaignent; si le vin leur estoit porté tel qu'il croist, il est certain que sa bonté ruineroit entièrement le commerce desdits Hoilandois. 7) La môme question ayant été de nouveau agitée treize ans après, Colbert avait d'abord défendu, puis autorisé ces coupemenls, qu'il finit par hiterdire d'une manière absolue. Lee extraits suivants de sa correspondance indiquent ses fluctuations.

i3 janvief* î683. — «r Sur les condamnations d'amendes prononcées par les jurats faisant la police, contre les marchands qui transvasoient les vins de haut pays et les meslangeoient avec de petits vins, il n'y a presque rien de plus impoilant dans l'Estat que d'empescher ces sortes d'abus et de maintenir dans leur bonté naturelle les vins de ce pays-là, qui sont d'un prix inestimable au royaume par la nécessité en laquelle senties estrangers de s'en servir, -n

18 janvier. — (rL'intérest des marchands consiste à faire un grand débit; ainsy, pourvu que ce coupement satisfasse au gousl de la Hollande et de l'Angleterre, ces marchands ponrroicnt, en ce cas, avoir plus de raison que les jurats. 11

4 mars. — crEn ce qui concerne le coupement des vins, comme cette matière est à présent fort éclaircie, le parlement peut, sans difficulté, faire le règlement que vous estimerez nécessaire pour ea>pescherce coupement ^ . . -^

* La (jhâni|)af[ne oï In lU)iii'|»o|»nc n*on\o\ai(iil-i'llcs pas encore à rétraiiifcr

r.Lxxxii INTRODUCTION.

La préoccupation do Colbert pour Je grand commerce <Ie mer écjate dans les nombreuses lettres qu'il écrit pour garantir, par des escortes régulières, les navires marchands contre les corsaires barbarcsques, ou contre les Hollandais et les Anglais pendant les guerres maritimes. On a vu ce que les armateurs marseillais pensaient de ces escortes. Un capitaine de vaisseau chargé de convoyer quelques navires marchands, s'était avisé de les molester. Colbert le prévint que sa conduite était si contraire aux intentions du Roi qu'on avait songé à le faire arrêter, et il l'engagea à ne pas recommencer. Quand la guerre avec la Hollande fut imminente, il invita l'intendant de Bordeaux à examiner s'il fallait laisser les armateurs continuer leurs expéditions à leui*s risques et périls, s'il valait mieux les interdire absolument comme venaient de faire les Hollandais, ou enfin s'il n'ét^tit pas préférable d'empêcher les navires de sortir deys ports autrement qu'avec des escortes qui seraient fournies à époques fixes par l'Etat. Le système des escortes prévalut, mais il occasionnait des dépenses considérables auxquelles le ministre voulut faire contribuer ceux qui en profitaient. Invités à armer deux navires, les marchands de Saint-Malo offrirent pour s'en (hspenscr une somme de 45 à 5o,ooo livres. Colbert ne les tint pas <|uittes à si bon marché et demanda le double. Sur leur refus, il les ([ualifia de cr bourgeois et marchands fort grossiers, t> qui m» tcMUiient ])as même leur parole, et crpour les rendre plus sages tî il lit main-basse sur les octrois de la ville et ferma tous les ports de la Bretagne. En présence de tels procédés, il n'y avait qu'à se sounMîttre; les Malouins cédèrent, et Colbert leur écrivit que le Boi leur pardonnait, sous la condition qu'à l'avenir ils feraient de nicilhîunî grAce ce ([ui serait demandé dans leur intérêt.

Coll)(>rt cependant ne laissait échapper aucune occasion de faire tonilx'r \{*.H licîiîs dont il avait trouvé le commerce garrotté. S'il n'avilit t(»nu qu'à lui, il n'aurait pas laissé trace des douanes intéricnres ; mais la jalousie et l'entôlement les maintinrent dans quel-

li'iir» viriM , «iijoiird'luii recherchés (hins le aucune mention de connnci'ce dans la coriii/indi* «♦ïifier? Il ïiVsI . en Ions cas, fai( rcspondance de ColljcrL

upplicable qu'aux deux

li'ii}). Il fut plus heureux

it-il, "SuppriDier tous,

|ilii3 important à l'Ëstat

grand commerce du

ui't^iit également au bien

dans l'avenir du canal de

l de Toulouse, le Q7 mai

m sen serviraient. « Pour cet effet,

stiiu iiti donner tous les mois un

ujiii (jiizettc, et faire en sorte que

pi ilii bas Laiifjuedoc et de la Guyenne

,l'.-ne et en Hollande. d Les yeux fixés

iii5 cesse quols produits on pouvait y

n'avait pas, à partir de 1667,

<-\i prétendant vendre sans acheter I

1 ''crivaitau résident français à Stockholm

i\ tiiiiiistres de Suède que, «rayant les uns

iliïs denrées et marchandises qui se trou-

r ,1 France et en Suode, il estoit d'une utifité

1 échange dii'cctement sans passer par les iiii recommandait également de faire accepter . lieu du sel d'Espagne et de Portugal. Les mêmes ■liaient faites en 1(170 et renouvelées les années iJcnt français à Genève. Les Suisses s'élant plaints 'tnçais fondaient par la pluie : crGe n'est pas chose répondit Colbert, que. ie sel se fonde par la pluie vu qu'aucim sel, de quelijue qualité qu'il soit, n'y .l'oyalt le sel de France meilleur et moins corrosif que i.spagne, de Portugal et de tous les pays méridionaux; ■ i il manquait de blancheur; maïs on pouvait, en perfec- . les moyens de fabrication , lui donner cette qualité. Les iiiotils qui lui faisaient désirer de voir nos sels exportés à .Égcr existaient pour les sucres rallinés. Quand il vint au pou-

cLMiiv INTRODUCTION.

voir, la France ne possédait pas une seule raffinerie. «rTous les sucres des Hes, dit-H (12 juillet 1669), alloient en Hollande pour y estre raffinés; nous n'avions de sucres raffinés que parla Hollande, l'Angleterre et le Portugal, t) Neuf mois après tout était changé, et Colbert pouvait féliciter la compagnie du Nord de faire raflmer en France tous les sucres qu'elle envoyait dans ce pays. A la véritéf une surtaxe de 12 p. 0/0 avait été mise sur les sucres étrangers et n'était pas supportée sans plaintes; Colbert répondait, en prenant la ville de Bordeaux pour exemple, que c'était le seul moyen d'avoir des raffineries en France et de porter les sujets du roi au comraeixîe des lies. En 1671 enfin, désirant donner un nouvel encouragement à cette industrie, il exonéra de tous droits d'entrée et de sortie les sucres des raffineries françaises.

Un autre commerce, celui des céréales, si naturel à la France et qui lui aurait doublement profité, fut réduit à rien par de vaines terreui's sur lesquelles le raisonnement n'avait pas prise. Les imagi* nations étaient encore sous le coup de ces affreuses disettes qui désolèrent les dernières années de Mazarin et les premières de Colbert, et dont le souvenir pesa plus d'un siècle sur l'administration irançaise. Tandis que, sous le ministère de Sully, la faculté d'exporter les blés avait été la règle, elle futTexception sous celui de Colbert. Dans la période des quatorze années (1669-1683) sur lesquelles on a des renseiguemenls certains, huit arrêts autorisèrent l'expoi^ lalion moyennant un droit de 21Î livres par muid (18 hect. 72), cinq nu)yennant la moitié ou le quart de ce droit, et huit en franchise; huit autres prohibèrent la sortie. Les autorisations ne furent UénrraleuHMil accordées que pour trois ou six mois, très-rarement |HMir uiuui^ {)\\v pouvaient les cultivateurs et les commerçants en l'an» <h' rv[\{} p<>rle qui n'était ni ouverte ni fermée? Que pensaientiIh il iinn h''j;islalion aussi capricieuse? Colbert lui-même va nous riipprrihjn». fr|,(»s bleds, écrivait-il le i3 septembre 1669, n'ayant iiiiniii dphit, rnix qui out du bien ne peuvent rien tirer de leurs

' llifitiinr lit (iulhrrl, v\m\) xii.

COMMERCE. cLxxxv

revenus, ce qui, par un enchaisnement certain, enipeschc la consommation et diminue très-sensiblement tout le commerce, v Quelques mois après, il reconnaissait que le débit des blés était trèsavantageux cren ce qu'il pourroit apporter beaucoup d'argent. t7 D'autres lettres, du as mars 1672 et du mois d'avril suivant, à rintendant de Bourgogne, font voir clairement que Colbert n'ignorait pas les bienfaits de la libre circulation, crll n'y a rien de plus important que de remédier à la disette de la Provence et du Languedoc, et d'attirer par ce moyen de l'argent dans les provinces de Bourgogne et de Champagne. Ti A plus forte raison recommandait -il la liberté des transactions quand la disette se faisait sentir à l'étranger. La récolte de 1 678 ayant été abondante, il écrivait, le 1 6 mars 1 676, à l'intendant de Bordeaux : crA l'égard de la sortie des bleds, il y en a une si grande quantité dans le royaume, que Sa Majesté n'a pas estimé à propos de l'empesclier; ainsy vous pouvez en laisser une entière liberté, tj A la lin de l'année, par suite d'expédi^tions au dehors, les craintes recommencent. Eniin, le 6 juillet 1675, un arrêt du conseil .ayant défendu la sortie, Colbert écrivit quelques jours après à l'intendant de Bordeaux pour lui dire d'en suspendre la publication. Heureusement l'intendant avait pris sur lui de prévenir ses ordres, et il répondit que le beau temps qui continuait crseroit sans doute une nouvelle obligation pour le Roy de laisser la liberté de chercher de l'argent dans les pays estrangers par la vente des grains qu'il y avoit de trop... que ce secours dcvenoit d'autant plus nécessaire que la campagne estoit entièrement épuisée d'argent, et que, nonobstant les contraintes exercées parles receveurs des tailles, la difficulté des recouvremens augmcnloit tous les jours par l'impuissance des redevables. iî Cinq ans après, nous retrouvons les mômes irrésolutions. Un arrêt du commencement de juin 1680 avait autorisé l'exportation. En l'envoyant, le i3, à l'intendant de Rouen, Colbert lui recommande de le faire publier; mais il ajoute : cr pourvu que la fertilité vous paroisse si certaine qu'il n'y ayt rien à craindre pour la nourriture et subsistance des peuples, parce que, si vous trouviez le contraire, vous pourriez m'en doimer

cLxxxvi INTRODUCTION.

avis. 7) Hésitations fatales, qui ruinaient Tagriculture, déconcertaient la spéculation et engendraient le mal qu'il s'agissaii de prévenir! Ajoutons que l'importation était alors toujours permise, moyennant des droits insigniGants; on ne connaissait pas encore les taxes prohibitives sur les subsistances. Ces taxes, de nos jours si obstinément défendues, mais enfin supprimées, étaient d'invention moderne (181 5). Que seraient devenues en effet les populations sous l'ancien régime si, pendant que l'exportation était soumise à tant d'm* certitudes, l'importation eût été contrariée par des tarifs mobiles qui eussent inévitablement éloigné les blés étrangers?

ffll faut, disait un jour Colbert (26 novembre 1670), se contenter en ce monde de faire le bien, sans le pousser jusqu'à l'ex^ tréme. -n Celui qui sentait les injures faites aux marchands comme si elles lui étaient personnelles pouvait bien opposer à l'impatience (l'autrui de sages maximes; mais on comprend combien il devait lui en coûter de renoncer à la réalisation d'une réforme dont ii attendait d'heureux résultats. Deux fois pourtant il mesura les obstacles et recula, ne se trouvant pas assez fort pour les vaincre : ce fut à l'occasion des douanes intérieures, qu'il se résigna à conserver dans un tiers des provinces, et de l'uniformité des poids et mesures, qu'il se contenta, faute de mieux, d'introduire dans les arsenaux. Ajournement regrettable à coup sûr; mais en voyant les résistances que la routine a opposées, pendant des siècles, à ces améliorations, on se demande si Colbert, et Louis XIV lui-même, auraient réussi à les faire accepter.

Pour le commerce extéiicur, ennemi des entraves qui ne faisaient pas partie intégrante de son système, ii aurait voulu que la plus. grande liberté fût laissée aux marchands, r Je suis un peu contrarié, écrivait-il le ai juin 1669, de tout ce qui peut gesner le commerce, qui doit estre extrêmement libre, t^ Et une autre fois, le 1*^^ sej)lenil)re 1671 : cr II y a dix ans entiers que Sa Majesté travfiill(îc\ estîihiir dans son royaume une liberté entière de conmierce (»t ouvrir ses poris à toutes les nations pour l'augmenter. . . La lin <l(» vostn» commission est d'augmenter cette liberté, en déli-

COMMERCE. cLxxivii

vra lit tous ceux qui naviguent et qui font commerce dans les ports c[u l'oyaume de toutes les vexations qu'ils peuvent soulFrir. . . t) Ëiiliii, sur le même sujet : cr Le commerce, universellement, consiste en I3 liberté à toutes personnes d'acheter et vendre, et en la multiplicité des acheteurs. Tout ce qui tend à restreindre la liberté et le nombre des marchands ne peut rien valoir, t^ Des entrepreneurs 4ror Glé à Lyon auraient voulu qu'on les garantît de la concurl'eiice étrangère au moyen de visites domiciliaires faites chez les marchands. Colbert, d'un ton qui rappelle son indignation à propos des fouilles personnelles pratiquées à la frontière, répondit, le so décembre 1670, que ces sortes de visites troublaient extrêmement le commerce, désespéraient les marchands, et qu'il ne (allait s'en servir qu'à la dernière extrémité. Mais si les marchands avaient toute sa protection, ils étaient loin d'avoir sa qonliance. Toujours en garde contre l'étroitesse de l'esprit mercantile, il recommandait qu'on se méfiât de leurs renseignements. (rLes grands raisonnemens que font les marchands de la perte entière do leur commerce et de leurs manufactures, disait-il le 27 avril 1679 à l'intendant de Lille, sont des lieux communs dont ils se servent en toutes occasions pour se maintenir dans leurs coustumes et usages, encore mesme qu'ils soyent mauvais et qu'ils leur soyent plus préjudiciables qu'avantageux. fl Allant plus loin encore, il avait été un

jour (20 janvier 167g) sur le point de punir les marchands de nouen, qui crsans ordre, sans miswsion aucune, s'estoient avisés de 'l*x»sser des mémoires qui ne tendoient tous qu'à oster ou diminuer les droits du rov.T

Oans ces derniers mots, il y avait du contrôleur général. Col-

^^^•t, en effet, en encourageant l'industrie et le commerce, visait

toujours à faciliter la reîitréedes droits du voij, crSa Majesté, disait-

'* aux intendants, le 28 avril 1679, veut de plus que vous exann-

^*^x Testât auquel sont le commerce et les manufactures de la

ff^néralité; ensemble la nourriture et le nombre des bestiaux, et

1^0 vous considériez ces trois points comme les sources fécondes

^ ^ù les peuples tirent de l'argent, non-seulement pour leur sub-

cLxxxviii INTRODUCTION.

sistancc, mais mesine pour payer leurs impositiom.y) Cette part faite aux nécessités de la position, son dévouement au bien pul)lic, son ardeur à défendre les intérêts généraux, n'ont peut-être jamais été égalés. Fuyant tout ce qui était capable de le divertir des affaires, auxquelles il consacrait seize heures chaque jour; décontenançant les importuns par son aspect rigide*, toujours en quête des hommes de mérite et d action, exigeant et difficile, mais ne mesurant pas les faveurs à ceux qui servaient bien; juste autant que sévère, redouté des courtisans, qui ne Tabordaient qu'en tremblant; haï du peuple à cause des affaires extraordinaires, admiré en silence par un petit nombre d'agents qui savaient le bien qu'il faisait et ce que le bien coûte à faire, il améliorait et réformait peu à peu, mais sans cesse, les diverses parties de l'administration, à l'exception de la guerre, tout entière aux mains de son puissant rival ^. Après avoir énuméré déjà tant d'améliorations réalisées et d'abus réformés, nous ne sommes pas encore à la moitié de notre tâche; il nous reste à montrer, par sa correspondance môme, ce qu'il fit pour la marine, le phis beau fleuron de sa couronne, pour l'administration provinciale, les travaux publics de toutes sortes, les forêts, l'agriculture et les haras, les académies, les lettres et les beaux-arts.

> Vir manuorcus , ilisail Guy Palin. luëiiioire au Koi du 23 juillet 16G6 (/4a-

On snit (Hio iiiiuianic de Sëvijfud i'appe- nexcs), les l'éformes qu'il avait proposées

Inil te \ord, h ce sujet.

* On voira copemlant, dans son grand

AINNKXKS

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