A M. DE MARILLAC
INTENDANT A POITIERS
Saint-Germaid, ai janvier 1683.
Pour réponse à vostre lettre du 6 de ce mois , les difficultés que vous trouvez sur la jauge de tous les fusts des vins qui se débitent dans le Poitou,
méritent assurément ane application particulière pour r^ler la contenance de ces ^usls^ Je sçais bien que cette difficulté peut donner matière à beaucoup de vexations de la part des commis establis pour la recette des droits d'aydes; mais aussy il sera bien difficile de parvenir à un bon règlement sur ce sujet autrement qu'en réglant la contenance de tous les fusts d'une province et la rendant uniforme par un règlement général de police, qui pourroit estre enregistré dans le parlement et dans la Cour des aydes, et ensuite exécuté dans toute la province. Il faudroit pour cela examiner quel seroit le fust le plus commode pour les peuples, afin de le rendre universel dans toute la province, et bien régler combien de pintes (mesure de Paris) il contiendroit, afin de proportionner les droits sur le pied du muid (mesure de Paris). S'il y avoit des raisons qui pussent eoH pescher cette uniformité de fust, il faudroit, au moins, le rendre le plus universel qu'il seroit possible, parce que si, dans chacun canton, il se trouve des fusts difl*érens , il est impossible que les difl*érentes jauges qui en seront faites en toutes occasions, et pour lesquelles il faudra avoir recours aux élus et aux experts, il est, dis-je, impossible que cela ne cause toujours de grandes difficultés, tant à la perception des droits du roy qu'au payement qui en doit estre fait par les peuples, et, par consé^ quent, que les mesmes abus commis par ceux qui sont employés au recouvrement de ces droits ne continuent. Je sçais bien que l'on ne peut pas empescher que les fusts des autres provinces soyent différons; mais comme l'on pourroit rendre de mesme les fusts des autres provinces uniformes, sans toutefois s'assujétir à les rendre partout égaux , vu qu'il faudroit s'accommoder en quelque sorte à l'usage de chaque province, il est certain que cette uniformité seroit d'un grand soulagement et pour la justice et pour ce qui regarde les droits du roy. Je vous prie d'examiner ce point avec soin et d'estre persuadé que l'on ne peut trop s'appliquer à présent à tout ce qui peut regarderie soulagement des peuples; mais qu'il faut concilier ce soulagement avec la facilité et la seureté du recouvrement des droits du roy.
A l'égard du soulagement que vous avez accordé sur l'imposition des tailles aux nouveaux convertis, et des taxes d'office que vous avez faites
* L^article 60 de Tordonnance de juillet 1 68 1 autorisait les commis des aides à jauger les futailles. Les droits étaient perçus sur le piod du muid de Paris, contenant trente-six setiers de huit pintes. Les abus signalés par Golbert provenaient du manque d'uniformité dans la contenance des fats. On avait tenté
plusieurs fois et toujours inutilement d\ remédier ; on essaya encore , en 1 688 , d'amener les principaux propriétaires, marchands et tonneliers à s'accorder pour établir la véritable contenance des fûts dans chaque province ; mais ce projet n'eut pas de suite , et le désordre alla même en augmentant. (EncycL méthod. Fin.)
sur les huguenots, je me remets à ce que je vous en ay écrit par mes précédentes ^
( Bibl. Imp. Mss. Mélangt» CUârambauU, vol. &3i , fol. 99.)