‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 28 sur 411 · LE SOIN DE SES AFFAIRES · texte numérisé non relu

LE SOIN DE SES AFFAIRES

Pour commencer par Tltalie, comme le lieu où réBide le père commaBde rÉgiise, je vous diray, mon fils, que le pape séant alora au siège de saint Pierre, appelé Alexandre septième^, qui avoit assisté en qualité de nonce extraordinaire en l'assemblée de Munster, avoit, par succession de temps^conçu une telle aversion contre le cardinal Mazarin qu elle rejaillissoit en toutes Qeca«* sions sur mes affaires ; cl, quoyque la mort dudit cardinal dust vraysemblaUe-r ment avoir calmé son esprit et le remettre dans les sentimens de père, i cette aversion n a pas laissé de continuer longtemps et mesme de produire de très* fascheux effets que vous apprendrez par la suite, dans laquelle vous trouverez toujours que mes sentimens et ma conduite correspondront à ia qualité de-fib aisné de TEglise, que les roys mes prédécesseurs m'ont transmise depuis tant de siècles; c'est-à-dire toujours porté à m'unir étroitement avec le père commun dos clirestiens et à luy donner des marques de ma parfaite soumission k la sainte Église ma mère, et de mon obéissance fdiale envers luy.

I^e roy d'Espagne' (à cause de ses Estats d'Italie) estoit tellement occupé à sa conqueste de Portugal, qu'il ne pou voit former aucun autre dessein.

La république de Venise estoit en guerre avec le Grand Seigneur ^ depuis vingt ans, etquoyqu'elle fust attaquée par toutes les forces ottomanes, par mer et mesme par terre, dans le royaume de Candie, elle ne laissoit pas de résister fort glorieusement.

Le grnnd-ducde Florence^ no peusoit qu'à policer son Estât et jouir de la vie.

L<^ duc de Savoie^ estoit toujours entre les mains de IVIadame Royale, ma

• W'um (|iH} la première partie de ce mé- sur les finances cle 1661 à i665 qni forment

moins pn'pan* |)ar (iolbert pour Louis XIV, la deuxième partie du présent mémoire, en se

ii\t\m{muu' i\ \a »cci'um AJfah-en génértUes t noiiS' demandanl si elles n'avaient pas élé dictées *

III* rroyonM pn» devoir le scinder. par Louis XIV. {Mémodreê, tttc* I,. ]«tr^iie-

On verra, dans colto première piirlie, que tion, 11.)

r'ifil I^HiJH \IV <|ui s'adresse au Dauphin, son ^ Voir 1, â6â.

(lin. O inom'aii d'histoire ne figure pas dans ^ Philippe IV. (Voir I, 618.)

\f% inMlniriiim» au DaujfhiH, ^ Mnbouiet iV. (Voir page ^^i*).* •

DaiiH Hoii («dilion des Mètwùrf de Louis \IV '•' Ferdinand II de Médici»,. no eiik>.ii6io,

fmitr Vmâinirtinn Hu Dauphin, M. Charles duc de Florence de i6âi (î i6^0i,.«fpof|ue de

Dri'VM il roiihUili'! nviT lieuucoup de sa^cité sa mort.

(|iii< (iollx ri avait dû fournir des notes pour ** Charles-Emmaauel IJ ^ né en t63A«doc

ti*!* .M<-iiioin«; il a même publié, daprès une de Savoie en iG38. Mort en '1676. io|iii' de lit nihiiolliè(pi«> im|M*nale, les notes

FlINANCES.

tante *, et tous deux estoieiit dans les sentimens de demeurer fermes dans mon alliance, qui leur avoit esté ïixrt utile.

La république de Gênes, les ducs de Mautouc ^, de Parme *^, et autres princes dltalie ne peuvent tenir aucun poste marquant dans les affaires de ce monde par eux-mesmes, et sont toujours ou meslés, ou suivant le party de Tune des deux couronnes de France ou d'Espagne.

Le roy d'Espagne avoit à faire la conquesle du Portugal qui ne luy permettoit pas de penser à aucune autre affaire, joint que son âge de cinquante-cinq ans, ses incommodités, la grande jeunesse du prince son iils'^, ne luy permettoienl pa$ de prendre aucun antre pensée que celle d'entretenir la paix af ce moy et colttrer mon amitié avec grand soin.

Le roy d^Anglcterre^ estoit nouvellement estably dans son royaume, qui avoit signalé sa révolte par le parricide du feu roy son père, en sorte qu'il estoit assez occupé i affermir la nouvelle obéissance que ses peuples luy avoient jarée*'

L'Empereur^ estoit nouvellement éin, jeune, peu capable, et encore moins porté au travail ; gouverné par le comte de Porcia, en qui l'on ne voyoit pas d'asses grandes qualités pour restablir par sa vertu le préjudice que son maistre «voit reçu par la capitulation que les Electeurs de l'Empire l'avoient obligé de Xaire lors de son élection, laquelle avoit extraordinairement restreint son autorité.

Presque tous les princes de l'Empire, et particulièrement les Electeurs, estoient mal avec l'Empereur, par la raison de ladite capitulation, joint (lue j'avots commencé du vivant du cardinal Mazarin une alliance avec les Electeurs de Mayence, Cologne, duc de Neuboui'g, Brunswick, landgrave de Hesse et autres, pour la manutention et entière exécution du traité de Munster.

Les HoUandois estoient occupés de leur commerce et avoient envoyé une ambassade extraordinaire envers moy pour renouveler les anciens traités ^.

Le roy de Danemark^ nepensoit qu'à restablir les désordres de la dernière giierrequ'il avoit soutenue contre les Suédois, dans laquelle il avoit perdu trois petites provinces c^ntiguës à la Suède ^.

> 'Gbrbtine de Fnmce, fille de Henri IV el de Mane de Médicis, nëe en 1 606 , ronriée en 1619a Victor-Amédéc II, duc de Savoie. 4 la mort de ce prince (1637), elle fui régente au nom de son fils Charles-Emmanuel II.

' Charles de Gontague , II* du nom , duc de MaiHoue, né en 1639. Mort le lA aoiU i665.

^ Ranmce Farnèse, II* du nom, duc de Panne, né en i63o, succéda à son père en 1^/1. Mort le 8 décembre 1696.

* Charles U. (Voir page 699.)

^ Charles II. (Voir I, !i6o.)

* LëopoWr. (Voirl, 3/i2.)

^ 11 s'agit sans doute ici du traité d'alliance offensive el défensive signé le 37 avril 1663 , el pour la signature duquel quatre ambassadeurs extraordinaires vinreuta Paris: le baron de Ghenl, Guillaume Boreel, Juste Huyberl, conseiller de la ville de Zuricksie, et Conrad Van Reuniugen , conseiller de la ville d'Amsterdam.

* Frédéric 111. (Voir page 417.

^ Srhoncn, HaJlan, le Bleking et le l>ailliage de Drontlieim.

CCMV

ANNEXES

Les Suédois , après avoir perdu leur roy ^ , ne pensoient qu'à se conserver et affermir ses dernières conquesies et à maintenir leurs affaires pendant )a minorité de leur jeune roy^.

La Pologne estoit occupée à la grande affaire de la succession, laquelle devaut revenir souvent dans la suite de ce discours, il sera bon de vous en dire succinctement le détail.

Le royaume est toujours gouverné par son roy, qui est électif, et J)àr la république, qui est composée du sénat pour le gouvernement ordinaire du royaume; et, pour les affaires importantes, les diètes s^as^mblentpa^rautori té etie mandat du roy. Ces diètes sont composées de la seule noblesse du royatttne; divisée en trois classes différentes, sçavoir : TEglise, les oiBcîers de la cbùronne, et le sénat et les nonces, qui sont des députés de la noblesse dé chacun pâlatinat du royaume.

Le roy qui règne à présent est de la maison de Casimir ' et dernier de la race des Jagellons. Il s'est marié, après la mort du feu roy de Pologne* son frère, à sa veuve Louise-Marie, née princesse de Mantoue^, dont îe mariage fut célébré en ma cour en i645.

Cette princesse gouverne absolument le roy son mary ; et comme elle a beaucoup d'esprit et de conduite, et mesme que la Pologne est obligée à sa fermeté et à sa vertu de l'avoir sauvée de l'invasion faite par le roy de Suède en 1 667, elle a formé le dessein de porter à la succession du royaume, du vivant mesme du roy. son mai-y, mon cousin le duc d'Enghien®, à condition qu*îl épouseroit sa nièce ^, fille de la princesse Anne de Gonzague sa sœur, femme d'un prince palatin *.

Et comme ce dessein est très-avantageux à mon royaume, les commencemens avoient esté fortement appuyés du vivant dudit Cardinal; mais comme il estoit presque directement contraire aux lois et privilèges des Polonois, puisqu'il alloit à introduire l'élection d'un successeur pendant la vie d'un roy, ce qui ne s'esloit jamais pratiqué et approchait fort d'une succession presque héréditaire non libre, l'on découvre tous les jours des difficultés très-grandes pour le faire réussir.

Voilà, en peu de mots, Testât auquel estoientles affaires de toute l'Europe lorsque je commençay à prendre moy-mesme le gouvernement de mon royaume.

^ Charles-Gustave. (VoirI, 36a.)

* Charles XI. (Voir page <)3i.)

^ Jean-Casimir, élu roi après son frère Ladislas VII, en i648. Mort à Nevers, le ih décembre 1672.

* Ladislas-Sigisinond , né en lôgS, roi en i63a, mort le 39 mai 16/18.

* Louise-Marie de Gonzague de Clèves, mariée , en premières noces , à Ladislas-Sigismond , et eu secondes noces ( 1 6/i 9 ) , à son beau-

frère Jean-Casimir. Morte le 10 mai 1667.

^ Henri -Jules de Bourbon, d'abord duc d'Enghien, puis prince de Condé. (Voir I, /4a3.)

^ Anne de Bavière , seconde fille d'Edouard de Bavière, prince palatin, mariée «n i663 au duc d'Enghien- Morte ie a3 février 1753, à TAge de soixante et qui nie ans.

^ Anne de Gonzague, dite ia princene Palatine. (Voir 1, 17/1 el /i3«.)

FINANCES. ccw

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