A M. FEYDEAU DE BROU
INTENDANT A MONTAUIUN.
Sceaux, i5 septembre 1673.
Comme il paroist, par tout co qui se passe à Cologne, que les Holiandois, animés par la maison d'Autriche, ne veulent point de paix ^ il est nëoessaire que vous vous appliquiez plus que jamais à ce que le recouvrement des impositions ordinaires se fasse avec facilité et que vous donniez, s'il est possible, plus d'application aux affaires extraordinaires, afin qu'elles produisent les secours que Sa Majesté s'attend d'en retirer et ([ue cela serve, par €0 moyen, au soulagement des peuples; d'autant que, sans ce secours. Sa Majesté ne pourroit pas s'empescher d'augmenter considérablement les impositioifis pout* soutenir toutes les dépenses auxquelles elle est obligée.
Pour faire en cela ce qui est nécessaire au service de Sa Majesté, prenez ta- peine d'envoyer chercher et mesme de donner toutes les semaines des jours fixes à tous ceux qui sont chargés des recouvremens ordinaires et extraordinaires de la généralité de Montauban, pour vous informer soigneusement de Testât auquel ils sont, et nonnseulement leur donner ce qu'ils vous demanderont, mais mesme leur suggérer tous les expédiens faciles dont vous estes mieux instruit qu'eux-mesmes pour avancer leurs recouvremens et pour les porter le plus loin qu'il sera possible.
Vous devez aussy vous appliquer avec le mesme soin à empescher qu'ils ne fassent aucun accommodement indirect , en sorte que tout ce qu'ils tireront de leurs recouvremens vienne au profil du Roy. Je ne sçaurois assez vous recommander d'exécuter ponctuellement tout ce que je vous écris sur ce sujet, les avantages et la satisfaction du Roy, et le salut de l'Estat, pour ainsy dire, dépendant particulièrement de cette application que vous donnerez au détail de toutes les affaires qui doivent produire de l'argent.
Pour appliquer tout ce que je viens de vous dire en général, ayant fait venir le sieur Bouyn ^ pour sçavoir en quel estât sont ses recouvremens dans ladite généralité, j'ay appris que le pays de Rouergue, qui avoit fait une offre d'imposer i5o,ooo livres j)our la recherche des francs-fiefs,
* Malgré les efforts sincères tentés par la C'était la première coalition contre Louis \IV.
France dans un congrès qui s'était réuni à Co- — Le 1 5 octobre suivant, TEspagne déclara la
logne, pour obtenir la paix, trois traités d'al- guerre à la France.
iiance offensive avaient été signés, à la Haye , le * Prosper Bouyn , seigneur d'Angervilliers ,
3o août 1673, entre les États-généraux, TEm- maître de la Chambre aux deniers; célèbre
pereur , le roi d^Espagne et te duc de Lorraine. fmancier du temps. Mort le 1 8 juin 1 700.
sVsl ralenlv el n'en parle» |)lus, el que le Quercy, qui esloît dans la mesme disposition, s'est pareillement retiré; comme il est absolument nécessaire de terminer ces affaires, il faut que vous donniez plus de chaleur (|ue jamais aux conlraintes à faire pour ce recouvrement sur les particuliers taxés, afin que, estant pressés, ils obligent le pays à renouveler ses propositions.
Gomme ce pays-là est accoustumé à ne point payer sans contraintes par logement, je vous ay toujours dit qu'il falloit travailler à supprimer ces contraintes pour mettre en usage celles des huissiers seulement. MaiS' comme il faut, tant pour les rccouvremens ordinaires que pour les extraordinaires, que tout ce qui se fait aboutisse à les faire payer et à faire veiyr de l'argent au Roy, si vous trouvez que les contraintes par huissiers ne produisent pas cet effet, il faut, sans balancer, mettre en pratique les contraintes ])ar logement^ ; et surtout en cette occasion , et dans ce tempa^y plus qu'en tout autre, il faut accoustumer les peuples à payer prompte^ ment leurs impositions ordinaires, et ceux qui doivent porter les taxes à payer de mesme.
Dans le mesme temps (jue vous ferez contraindre, de cette sorte, les particuliers taxés de Rouergue, faites la mesme chose à l'égard du Queircy et ensuite à l'égard de toutes les autres élections de ladite généralité de Montauban pour les presser tous de s'accommoder.
A l'égard des nouveaux acquests des villes et communautés, il ne faut pas balancer à reculer leurs dettes pour une ou deux années pour donner moyen à celles qui sont taxées de payer. Enfin, vous devez considérer qne la conduite doit changer suivant les besoins de l'Estat; et d'autant plus que, pendant la paix, on a trop travaillé par tous moyens possibles an soulagement des peuples, d'autant plus ils doivent estre pressés pendant la guerre de fournir aux besoins de l'Estat, et vous devez aussy vous r^er sur ce pied-là.
(Bibl. de8 Inv. Ms. Corrupond&nce de M. Colbert, 1673, fo). 3i5.)
* Dans de nombreuses lettros, nnlérieiires dations étaient, on le voit, subordonnées â la et postérieures à celle-ci , Colberl s'élève contre difficulté du temps et des recouvrements. (Voir les contraintes par logement. Ses rewmman- pièces n*** aa/i et 27/1.)