‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 328 sur 411 · A M. D'ARGOUGES · texte numérisé non relu

A M. D'ARGOUGES

PREMIER PRÉSIDENT A RENNES

Sceaux, a a seplembre 1673.

Pour réponse à la lettre que vous avez pris la peine de m'écrira, il suffit de sçavoir que c'est vous qui présidez au pariement de Bretagne, pour estre bien persuadé que le papier timbré est bien estably et qae toutes les affaires du roy qui peuvent dépendre de vostre ministère vont le mesme train.

Sur tout ce que j'apprends , et par vos lettres et par celles du sieur -du Moulinet, de toutes les semences de sédition qui couvent^ et dont les étincelles commencent à paroistre dans la ville de Rennes , il est assex difficile de pouvoir bien juger, par toutes ces apparences, oij tout cci» pourra aboutir, parce qu'on ne peut pas connoistre jusqu'oïl la folie des peuples se peut porter lorsqu'elle n'est pas réprimée ainsy qu'elle devrait l'estre par la diligence et l'application des magistrats. Mais je vous puis assurer aussy que, comme cette folie viendroit très-mal à propos, il n'y en auroit peut-estre jamais eu de plus fortement réprimée par l'autorité et la puissance du roy que celle-là le seroit. Assurément une ville qui auroit fait une sédition dans un temps oii le Roy est à la teste de ses armées et travaille luy-mesme en personne à la gloire et au bien de l'Estat, il seroit difficile, dis^je, qu'une ville qui, par sa mauvaise conduite, se seroit opposée aux grands effets que la force et la vertu du Roy peuvent produire, reçust une punition assez grande pour sa faute et pour son crime. Comme cette punition commenceroit assurément par les magistrats qui n'auroient point fait leur devoir, parce que c'est à eux à empescfaer les effets de la folie des peuples, je ne doute pas que leur ayant bien fait connoistre, comme vous avez fait, leur devoir en des occasions de cette qualité, ils ne soyent excités, et par vostre exemple et par vos discours, à s'empescher, par leur conduite et leur fermeté, de tomber en d'aussy grands inconvéniens que ceux dont ils courent le risque, et je crois mesme que si vous leur faisiez voir l'article de celte lettre, peut-estre cela les animeroit *^.

' Voir pièce 11" 2^5. Rcnnc»^ ayt remédié aux bruits sëdilicux qui

' Les nouvelles reçues de Brpla[;ne par for- avoient commencé de paroisire en cette ville-

dinaire suivant ayant été meilleures, Golheit In. Je ne doute pas que les ordres qu^il a doD>

écrivit, le 99 septembre, à M. d\\rgou|;o8 : nés ne soyent ponctuellement exécutés, et qu*en

"Tay esté bien ayse d'apprendre, par vostre vostre particulier vous n> tenicx soigneuse-

lettre du go de ce mois, que le pariement do ment la main,connoi98ant, comme votis faites.

Pour le surplus des affaires, il ne me reste qu'à vous dire que vous sçavez bien qu'il est important de les avancer avec telle diligence que le Roy en puisse tirer les secours qu'il attend.

(Bibl. des Inv. Ms. Correspondance de M. Colbert, 1678, fol. Sag.)

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