A M. ROUILLÉ
IKTENDAIST A AIX.
Sceaux, s» septembre 1678.
J'ay reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le i s de ce mois sur le sujet du papier des formules et de quelques abus que vous avez trouvés aux commis qui travaillent au recouvrement des taxes des procureurs et notaires. Sur quoy je vous diray, avec la liberté que je dois, laimesme chose que je vous ay dite il y a quelques mois, sur l'ordonnance que vous donnastes pour suspendre l'arrest des monnoyes ^, qui est que les exemples que vous donnez en ce pays-là, de rendre des ordonnances pour suspendre l'exécution des édits et déclarations du roy, pourront laisser une impression qui tirera de fascheuses conséquences pour l'a* venir*
Permettez-moy de vous dire premièrement que le désordre de la cessation de la justice pour quelques jours ne pouvoit pas produire un fort grand mal, puisque tous les officiers de justice sont trop intéressés à ne la pas continuer trop longtemps et que le Roy ayant bien voulu souffrir ce mai dans toutes les justices du royaume lors de la taxe des procureurs et sergens. Sa Majesté ne s'en est pas mal trouvée. Tous les officiers des compagnies et des justices, qui avoient fort exagéré ce mal, et qui prétendoient sous main s'en servir pour em[)escher l'effet des taxes , lorsqu'ils oat vu que le Roy, par sa fermeté, n'y avoit pas grand égard, ont euxmesmes travaillé à le faire finir; et c'est ce qui vseroit certainement arrivé en Provence.
Je vous diray de plus qu'un peu de prévoyance auroit pu vous dispenser de la nécessité de donner cette ordonnance. H n'auroit fallu pour cela que vous informer quelques jours auparavant, des commis chargés de ce recouvrement, de Testât auquel estoit cette affaire, et leur donner toutes les facilités qui estoient nécessaires , tant pour trouver du papier que pour
conilneii il importe au service du roy de donner bien prendre de ma sanic ; elle est assez bonne dansées commenccmcns un exemple au public. à prcscnU. . ^ ( Corre$p. de M, Colbert , fol. 3/i 9.) Je vous suis fort obligé du soin que vous voul(.>z ' Voir pièce n" 95 1 .
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les marques qu'ils y doivent mettre, et peut-estre qu'en le faisant votas auriez évité de donner cette ordonnance-là ^
Sur ce que vous dites que le parlement ne pouvoit y apporter de remède, je vous puis assurer, comme estant bien certain de rintenlioD dn roy sur ces sortes de matières, que le parlement a fort bien fait de ny point toucher, parce que, assurément, il ne s'en seroit pas bien trouvé^el Sa Majesté n'auroit pas souiTert que le parlement eust suspendu rexécalidn de ses volontés , ce qu'elle souffre en vous.
Je vous diray encore que la crainte qu'il n'arrivast cjuelque bruit et quelque sédition en ce payvS-Ià ne doit jamais' estre une raison pour vous faire agir, et ne peut jamais estre une raison qui paisse estre alléguée eu Roy, d'autant que Sa Majesté est assurée de l'obéissance et du respect que ses peuples ont pour ses volontés , et que , estant justes et nécessaires pour le bien de l'Eslat comme elles le sont toutes, elle ne peut pas estre persuadée que ses peuples y résistent. C'est sur ce fondement que vous devez vous conduire en toutes choses.
A l'égard de l'arrest que vous demandez pour faire le procès au commis chargé du recouvrement des taxes des procureurs, notaires et sergens., je vous prie de bien examiner cette matière auparavant, ne pouvant pas. m'empescher de vous dire que vous allez un peu vite contre ce qui concerne le recouvrement des deniers du roy.
(Bibl. des Iriv. Ms. Corretpondance de M. Coibert, 1673 , foL Ss?.)