‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 342 sur 411 · GOUVERNEUR DE RRETAGINE, A RENNES · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE RRETAGINE, A RENNES

Saint-Germain, 10 décembre 1673.

J'espère que la mauvaise disposition dans laquelle vous avez trouvé tous les esprits des Estais tournera à vostre gloire et fera toujours mieux connoistre au Roy vostre industrie et le crédit que vous avez dans la province pour le succès de ce qui peut estre du bien de son service et en mesme temps luy estre plus agréable. Comme je me tiens plus obligé d'entrer avec vous un peu plus avant en matière et de vous faire connoistre en détail les sentimens qui sont nés et qui naissent tous les jours dans l'esprit de Sa Majesté, je crois vous devoir dire que tous les édits dont on se plaint en Bretagne ont esté et sont exécutés tous les jours dans le Languedoc et dans la Provence, mesme avec des circonstances qui sont

vemcmcntdti Guyenno. Il fui (jualre fois (en 1667, en 1670, en 168901 on i(>9i) ambassadeur à Rome. Mort lo ^1 seplonibre 1 (198.

* Équivalent du mot droit, comme il a été dit plus liaul, page Q09, note.

■lit

plus à charge à ces deux provinces qu'à celle de Bretagne, entre antres que ce sont les intendans, qui sont ])ersonnes étranjjères à Tégard de ces provinces, qui jugent tout ce qui provient de rexécution entière de ces édits. Cependant il n'a paru aucune chaleur ni difficulté dans tous les esprits des Estats du Languedoc, ni mesme dans ceux de Provence. Les premiers ont accordé tout d'une voix et par acclamation le don gratuit qui leur a esté demandé, sans aucune condition; et dans trois ou quatre jours. Sa Majesté recevra la mesme nouvelle de Provence.

Je ne doute point que la Bretagne ne fasse la mesme chose et au delà; mais je vous avoue que, souhaitant fort que cette province donne encore plus de marques que les autres d'un entier dévouement aux volontés de Sa Majesté, je suis un peu touché (Festre obligé de luy rendre compte de tant de mauvaises dispositions qui se trouvent dans les esprits. Comme je suis persuadé (|ue vous les remettrez dans d'autres sentimens, j'espère aussy avoir la satisfaction do porter à Sa Majesté de plus agréables nouvelles, d'autant plus que la Bretagne ayant toujours commencé à donner des manpies d'obéissance et de soumission entière, et mesme ayant commencé à accorder ses dons gratuits tout d'une voix et par une seule délibération, les députés de ces Estats ne voudront pas perdre le gré ([ue Sa Majesté leur srait d'une si bonne et si agréable constance, et vous, Monsieur, de leur avoir le premier inspiré ces sentimens.

Outre la différence (pie je viens de vous faire remarquer, je ne doute point que vous ne vous serviez avantageusement de tout ce que Sa Majesté a fait depuis les derniers Estats, et de ce qu'elle fait encore tous les jours pour proléger et augmenter le commerce de cette province en tenant toujours la Méditerranée libre et nette de tous corsaires, de puissantes escadres de ses vaisseaux à Cadix [)our soutenir le commerce de Saint-Maio et de toutes les autres villes de Bretagne pour escorter les vaisseaux dans leurs ports, d'autres escadres dans les isles de l'Amérique, pour y tenir les vaisseanx de Nantes en seureté et pour les convoyer dans leurs voyages et dans leurs retours, en un mot par une infinité d'autres dépenses que Sa Majesté fait pour attirer l'argent dans cette province, et (|ui s'écoule ensuite dans les autres de son rovaume.

Comme je vois que la recherche que l'on fait de l'usurpation des hantes justices fait plus de peine aux déj)utés de la noblesse que les autres affaires, je vous |)rie de bien examiner la ([uolité de cette recherche, s'il y en a jamais eu de plus juste et de plus légitime, et mesme si jamais le Roy peut autoriser une usurpation de» cette qualité. Je conviens qu'il n'est pas juste (pie tous ceux (pii ont le droit de haute justice bien estably soyent

.- fc . 'T

obligés (le rapporter les titres du fond de la [)roYÎiice à Rennes ; niais je suis persuadé que l'on peut facilement trouver des expédions pour les exempter de celte peine. Mais pour celles qui sont usurpées, en réduisant la preuve aux quarante années ^ ainsy qu'il est porté par Tarrest qui fut donné lors de l'accommodement des francs-fiefs, je ne suis pas persuadé que le Roy veuille jamais autoriser une usurpation de cette qualité.

Quanta la déclaration portée au parlement sur l'enregistrement des ordonnances, quand les termes en seront bien examinés, vous trouverez que ce ne sont que de mauvaises impressions dont les esprits se sont remplis sans aucun fondement, vu ([ue l'intention de Sa Majesté n'a pas esté d'empescher que le procureur-syndic des Kslats ne forme les oppositions et jie représente les intérests de la province; mais elle ne veut pas souflVir que fion procureur général ni le parlement mesgie ordonnent cette conununication pour éluder l'enrefjistrement do ses édits et ordonnances.

( nep{)it)(]; , Cijnvspoiulance administrativi' , 1, 533.)

Page 1