‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 353 sur 411 · A M. DE SÈVE · texte numérisé non relu

A M. DE SÈVE

INTENDAÎNT A BORDEAUX.

Versailles, 9 mars 167^.

J'ay esté bien ayse d'apprendre, par vostre lettre du 3& du mois passé, qu'il paroissoit un restablisseraent général du commerce de Bordeaux par l'arrivée de plus de soo vaisseaux dans la rivière, et que le fret de chaque tonneau estoit descendu de 45 et 5o livres à i5. Comme la cargaison de ce grand nombre de vaisseaux consommera un grand nombre de vins et autres denrées et marchandises , cela apportera en cette ville-là de l'argent et donnera moyen aux peuples de payer leurs impositions.

Le Roy veut que M. le mareschal d'Albret et vous fassiez rappeler promptement les députés de Bordeaux qui sont icy, d'autant qu'ils ne servent qu'à consommer les villes en frais sans aucune utilité et avantage pour elles. Sa Majesté a accordé la confirmation des privilèges de ladite ville et a déchargé les habitans de la recherche des francs-fiefs, moyennant la somme de 100,000 livres^.

A l'égard des arts et métiers, comme Sa Majesté a appris, par les lettres que vous m'avez écrites, que les jurats et principaux bourgeois voudroient bien que cette affaire fust accommodée promptement, elle m'a ordonné d'écrire à M. le mareschal d'Albret et à vous qju'elle a accordé à la ville la décharge de tout ce qui concerne cette affaire en payant 5o,ooo livres,

' Voir pièces n*** a5a , 3o6 el 3/io. ^ On a vu plus haut, pièce n** 376, que Col-

^ La Chambre de justice avait été dissoute lierl exigeait d'abord 1 30,000 livres, paréditdu 1 3 août 1669.

en sorte que, pour 5o,ooo écus, la ville sera quitte de tout. Comme vous sçavez que les jurais estoient presque convenus de donner âo,ooo ëcus pour les francs^ûefs, il se trouvera que, pour 10,000 écus davantage, elle sera quitte de tout; mais Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'elle ne veut point de négociations pour cela et qu'elle veut que la ville paye cette somme, ou elle donnera en mesme temps Tordre de faire exécution des rôles. Mesme, je vous puis dire que Sa Majesté sera bien ayse, pour les raisons que vous sçavez, que cette alTaire s'accommode. et quelle s'attend de l'entremise de M. le mareschal d'AlLret et de la vostre que vous les obligerez à donner promptement les 5o,ooo écus.

Je suis bien ayse d'apprendre que l'affaire des francs- fîefe s'avance et je vous prie d'y tenir soigneusement la main, n'y ayant rien de plus nécessaire que de conclure ces sortes d'affaires avec diligence. Faites-moy sçavoir si les traitans ne pourront pas faire une augmentation de forfait, suivant les mémoires que je vous ay cy-devant envoyés ^

On me donne avis de toutes parts que les vaisseaux eslrangers qui sont à Bordeaux et dans les autres ports du royaume, chargent beaucoup de bleds. Encore que l'abondance qu'il y a ne donne pas lieu d'en craindre aucune nécessité et qu'il soit avantageux que toutes les denrées s'enlèvent parce qu'elles y attirent l'argent et l'abondance, il est bon que vous observiez ce qui se passe en cela et que vous m'en donniez avis.

(Bibl. des Inv. Ms. Correspondance de M. Colbert, 167& , page i53. j

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