‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 369 sur 411 · A M. DE SÈVE · texte numérisé non relu

A M. DE SÈVE

INTENDANT A BORDEAUX

Sceiux, 6 juillet 1674.

Je vous diray pour réponse à vos lettres des âi et q/i du mois passé qu'une des premières choses que le Roy m'a demandées à son retour ^ a esté combien vous aviez dépensé, et quelles sommes vous aviez prises dans ses recettes, tant pour les fortifications que pour les milices qui se sont assemblées à Bayonne ; et comme je n'ay reçu de vous ni projet ni mémoire, je n'ay pu en rendre compte à Sa Majesté. C'est pourquoy il est trèsnécessaire que, aussytost que vous aurez reçu cette lettre, vous ne manquiez pas de m'envoyer un mémoire certain de tous les fonds que vous avez pris; et si vous ne pouvez pas m'envoyer un estât aussy certain de la dépense , eoDvoyez-m'en au moins un projet, afin que Sa Majesté en puisse estre informée ^.

Vous devez toujours observer, en toute occasion pareille, de ne pas

' Après avoir pris Dole le 6 jain, Louis XIV était reparti le 19 pour Fonlaioeblcau, laissant ao dac de La Feuillado le soin d^achever ia conqiiôlc de la Franciie-Comté.

* Au sujet de ce genre de dépenses. Colbert écrivait, le 39 juin précédent, à l'intendant de Moniauban :

«Je vous diray qu'il arrive dans les ËslaU certaines occasions qui autorisent de passer par-dessus les formes ordinaires ; mais il faut prendre garde de ne le faire que dans les cas d*une extrême nécessité. Ce qui se passe à présent en Guyenne est de cette nature; mais comme la navif^alion de ia floUe holiandoisc est assez contraire aux avis qu^on en avoil reçus et qu'il n'y a aucune apparence qu'elle puisse avoir un aussy grand dessein que ce-

luy de Bayonne, et mesme qu^elle a donné le tempA de mettre cette plaœ en estât d'en entreprendre le siège (la défense) quand mesme elle en aurait formé le dessein, il est néceasaire que vous soyei à présent fort retenn à dispoaer des deniers du roy pour aucune dépense, joint que la généralité où vous serves est un peu trap éloignée pour vous obliger à vous avancer autant que vous avex faiL Et comme par la route que celte flotte prend vous serez certainement averty de tout ee qu'elle aura dessein de faire , il est bon que vous vous retiriez dans ladite généralité et que vous vous appliquiez , comme à vostre principale fonction , à faciliter les recouvrcmens ordinaires et ex- Iraordinaires, en sorte que les deniers en viennent au trésor royal...» - Puis, le 1 7 août siii-

manquer de satisfaire Sa Majesté sur ce point. Elle m'a recommandé cependant de vous envoyer encore 3 0,000 livres pour pourvoir à la subsistance des milices et en mesme temps d'envoyer à Bayonne le sieur Deshoulières\ qui est un de ses plus habiles ingénieurs, pour commencer à travailler tout de bon à cette place , et la mettre en estât de ne plus rien craindre des ennemis. Ainsy, le Roy prenant soin à présent de vous envoyer des fonds, et Sa Majesté estant icy, vous devez observer de n'en plus prendre dans les recettes, sans ordre. Aussytost que vous serez délivré de la crainte présente, je vous prie de reprendre vostre première application pour les affaires de finances.

Les fermiers généraux des domaines m'ont mis entre les mains un billet signé de vous que je vous renvoyé ; sur quoy vous devez observer que la surséance ne peut s'estendre qu'aux affaires extraordinaires. Encore estil nécessaire que ce soit une suspension tacite et sans ordre par écrit. Mais, k l'égard des recouvremens ordinaires, dont les deniers des domaines sont les plus légitimes, il ne faut point les suspendre, encore moins donner un ordre par écrit pour cela, parce que les fermiers en tireroient un trop grand avantage.

Vous trouverez cy-joints les estats des domaines à adjuger dans la généralité de Bordeaux,, comme aussy les réponses aux mémoires que vous m'avez envoyés sur ce sujet. Il est nécessaire que vous les fassiez promptement publier, et que vous en adjugiez le plus grand nombre et avec la plus grande diligence qu'il vous sera possible.

(Bibl. des Inv. Ms. Corretpondanee de M, Colbert, 167& , page 506.)

vanl : « J^ay reçu Tesl^t que vous m^avei envoyé de la dë])ensc qui a este failc pour les grains et munitions de guerre que vous avez fait fournir pour Bayonne. Je ne raanqueray pas d*cn rendre compte au Roy et do prendre son ordre pour le remboursement au receveur gi^néral qui a fait les avances; mais puisqu^il y a en> core un magasin de bleds à Auch , auxquels ou n'a point louch(5, vous devez les faire reprendre par les marcliands qui les ont fournis.^ (Cortesp, de M. Colbert,p. 5 5 a e! 668.)

^ Ingcnicor des fortifications. Il était tmirv au service en iOào. Lieutenant du roi à Doulions ; chargea en 1 668 de faire construire la citadelle de Toumay. A la fin de 1669, Loirrois le fît passer dans le déparlement de Colberi. Auteur d'un Ditcoun sur la défense des places , qui a été attribué à Vauban. Mort en 1 698. (Voir Aperçu sur les fortjfieations ^ par le colonel Augoyat, I, 78.) — Mari de la célvbre madame Deshoulières.

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