‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 371 sur 411 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Versailles, 18 aoust 167/1.

Je vous avoue que j'ay esté surpris de voir aujourd'huy les deux ini primés joints à celle lettre que je vous envoyé; je ne puis pas ni'cni-

peschcr de vous dire, sur Tordonnance que vous avez donnée, que je ne sçais pas queb conseils vous suivez dans les fonctions de Tintendance de la généralité d*Alençon; mais assurément celuy qui vous conseille na pas envie de bien faire ^ Vous le jugerez facilement aussy bien que moy si vous considérez que , par vostre ordonnance , vous commettez les procureurs du roy des bailliages de ladite généralité pour estre les instigateurs des informations que vous voulez faire sur le fait de la taUle ; et ces mes*mes procureurs du roy obtiennent des monitoires^ pour parvenir à cette information. Jusqu'à présent, on n'avoit guère reconnu que les officiers des justices ordinaires fussent de bons instmmens pour travailler au reeoiivrement des deniers de Sa Majesté, et on avoit fort soigneosement ëlrité de leur en donner jamais aucune connoissance'; mais il faut que vous ayez des lumières particulières, puisque vous estes bien ayse de passer par leurs mains, et que vous faites mesme des ordonnances générales dont vous leur confiez l'exécution et dont assurément vous ne sçavez pas les conséquences.

Il scroit bon , et mesme très-nécessaire pour le service du roy, si vousiie les pouvez pas connoistre par vous-mesme , qu'au moins vous ne donnassiez pas de CCS sortes d'ordonnances sans consulter M. Hotman de Fontenay ^, ou moy; et peut-estre que nous réussirions mieux à vous donner des coeh seils plus conformes au service du roy que ceux de qui vous les prenez.

(Bibl. des Inv. Ms. Corretpondanee de M, Colbtrt, 167&, page 681.)

' La veille , Golbcrt avait ccril à son cousin : «Je trouve que vous me faites des réponses si lacooiqnes sur cette aflaire , que je comioeoce à croire quelque chose de ce que Ton dit icy, et dont on se plaint très-fort, qui est que vous avez l'ait cette infonnation, non-seulement par précipitation , mais mesme à la sollicitation pressante (Pun homme qui est auprès de vous. Vous devez m'ëclaircir promplement sur ce point, parce que le service du roy ne peut pas com(>atir (être compatible) avec la conduite d'un intendant qui se laisse emporter aux mouvenions d'aulruv...»

Il lui ocrivit encore le ah du même mois : «Je verra y les informations que vous nravoz envoyées, concernant le nomme Marrcau; mais souvenez -vous toujours que, quelque crime ({u'il ayt commis, \ous n^auriez pas deu faire ce (|ue vous avez fait , et vous aiunez deu commencer par m'en donner avis et en mesme temps au receveur général , afm qu^il pust le «hanger, ou au moins, s^il ne Tavoit pas fait,

vous auriez eu lieu d^estre persuadé qu^il connivoit ou parlicipoit à son crime; en ce cas, la punition anrott esté mieux fondée qu^dle ne Test À présent par la faute que vous avez (aile de ne connoistre la mauvaise conduite de cet homme qu'après luy avoir laissé continuer si longtemps. Vous devez observer que les commissaires départis qui sont dans les généralités doivent examiner avec soin la conduite de tous ceux qui sont employés au recouvrement des deniers du roy, en telle sorte qu'ils puissent de bonne heure découvrir les abus qui s'y commettent , afm d'y remédier d'abord , pour éviter d'eu venir à ces extrémités...» (Con-esp, de M. Colbert, pages 676 et 697.)

^ Voir page ao6, note.

-* La juridiction en matière de tailles appartenait, on se le rappelle, aux élus et à la Cour des aides.

' Hotman avait épousé Maqjucrilc Golbcrt, sœur de l'intendant d^Alenron, morte en 170/1, h VAf\Q de quatre-vingt-quatre ans.

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