II
ccvui ANNEXES.
\XI\. — A LOlilS XIV.
( D'nprôs iinff copie faite sur l'original *. )
Paris, 3 3 may 167&.
Je reçus hier, Sire, par le courrier que j'avois dépesché à Vostre Majesté, le billet dont elle a bien voulu m'honorer du 18 de ce mois. J'avoue que je m'estois imaginé qu'il ne falloit point interrompre Vostre Majesté dans l'appiication qu'elle donne si glorieusement à la plus importante conqueste qui ayt jamaLn esté faite; mais, puisqu'elle l'ordonne autrement, je ne manqueray pas d'obéir.
Tant plus j'appréhende la matière de l'imposition sur le papier et tant plus je la trouve dangereuse et délicate; il n'y a que le seul changement qui puisse faire balancer, et j'avoue que, s'il y avoit eu le moindre mouvement de sédition en aucun endroit du royaume, je n'en aurois jamais fait la proposition à Vostre Majesté; mais, quand je viens à considérer que fout est dans l'obéissance, le respect et la vénération que Vostre Majesté peut désirer; que sa volonté n'a d'autres bornes que celles de sa justice et de sa bonté, et d'ailleurs que, par cette imposition, on court risque de perdre l'une dos plus belles et des plus importantes manufactures du royaume '^, sans aucun avantage pour Vostre Majesté, d'autant que les formules iront aussy haut que cette imposition, j'estime ces raisons trop fortes pour ne point obliger Vostre Majesté à s'arrester à celle du changement; et ainsy mon foible sentiment seroit toujours de révoquer celte imposition et de maintenir les formules".
De toutes les propositions que j'avois faites à Vostre Majesté pour cultiver le crédit, qui consiste en l'opinion du public sur le bon estât de ses finances, je n'ay osé hasarder l'offre du remboursement des anciennes et nouvelles augmentations de gages et des rentes sur la ville au denier quinze, parce que j'aurois craint que cette offre n'eust pas produit l'effet pour lequel elle estoit faite ^
J'ay seulement fait rendre aux officiers de police qui ont donné à Vostre Majesté 9,5oo,ooo livres, t/io, 000 livres, qui ont esté distribuées, sçavoir :
86,000' aux mouleuiî, aydos à mouleurs et chargeurs de bois, qui ont payé i,3oo,ooo livres; 3 0,0 00 aux vendeurs et chargeurs de foins;
3,000 au nommé Lannoy, qui a tout négocié; 50,000 à tous les aulres ofFiriers, à proportion de leur payomonl.
i3'7,ooo livres ^
' Pièce citée dans l7«/rorfi/r<ion, p. ux. entendu de divei-s parliculiers, qu^il y a pins - Au sujet du projet d'impôt sur le papiei*, de trente imprimeries sur le point d'estre ferle lieutenant de police La Reynie avait écrit, mées ; qu'il y a desjà un grand nombre de coiole 1/1 avril 1676, à Colberl : pagnons imprimeurs congédifîs, et qu'il est «Je vous envoyé nn placet que le syndic dos d'une grande conséquence que vous donniez libraires et imprimeurs m'a remis pour vous incessamment vos ordres.,.'' (Depping, On^ <slre présent*'». Il me pjiroist, par ce que j'ay r^xp, admin, lîl, a/m.)
FINANCES. ccxLiii
J'ay fait rendre aux marchands merciers les 50,000 livres qu'ils avoient (loiintîes volonlairemenl à Voslre Majesté, et leur ay, outre cela, fait donner 6,000 livres. Je leur ay dit à tous que, Vostre Majesté estant assurée des fonds qui luy estoient nécessaires pour le payement de ses armées pendant cette campagne» elle m'avoit ordonné de leur faire rendre ces sommes pour leur marquer le gré qu'elle leur sçavoit du zèle et de la bonne volonté qu'ils luy avoient bit paroistre; j'y ay ajouté qu'ils dévoient faire des prières dans leurs communauiës pour remercier Dieu de leur avoir donné im si bon maistre , et pour la conservation de sa personne sacrée , et le succès de ses grands et glorieux desseins **. Je puis assurer Vostre Majesté que toute cette ville ne parle à présent que •de ses bontés, et que toutes les églises sont pleines de ces communautés qui composent assurément plus des trois quarts de la ville; et j'espère que cela produira un très-bon effet pour maintenir et pour augmenter le crédit.
Les fermes ont augmenté de 55o,ooo livres lors de la dernière publication, qui en fut faite samedy ; mais, comme elles ne sont point encore au prix que je désire et où je crois qu'elles peuvent estre portées, l'adjudication en a esté remise. Je continue toujours à cultiver cette grande affaire pour la porter au point nÂ^essaire pour le service de Sa Majesté '.
Sur l'ordre qui m'a esté donné par Sa Majesté de faire payer au trésorier rfe l'Extraordinaire 600,000 livres dans le courant de ce mois et de faire préparer deux millions de livres pour la (in, j'ay fait payer 700,000 livres audit 'r'ésorier, et je fais travailler incessamment au recouvrement du surplus ^
Je travaille à la ferme des salines de Salins, ainsy que mon fils me Ta écrit par ordre de Vostre Majesté*.
Je continue de cultiver toutes les affaires extraordinaires pour en tirer toujours le plus qu'il se pourra et les terminer.
Mon fils lira à Vostre Majesté un mémoire concernant Testât des ouvrages de l'^rsailles.
H présentera aussy à Vostre Majesté le plan de la maison qu'elle veut faire •^^iîtîr à Clagny*; j'en ay fait faire quatre avant que d'avoir pu le remettre en • €î3tfit qu'il est, j'espère que le mémoire que j'y ay joint expliquera clairement •* Voslre Majesté ce qu'il contient.
ï^our la diligence et la solidité, je supplie Vostre Majesté de s'en reposer sur
J*^nvoye à madame de Montespan^ un mosme plan et mémoire''. Jc^ ne puis répondre que par un respectueux silence aux bontés que Vostre " '^j^sté a pour mon fils.
Château que Louis XIV fit construire , d'à- leUres où il est question de cette construction. ^ les plans de Mansard, pour madame de * Françoise- A tliénaïs do Rochechouarl de
''^**lespan. H était situé sur les terrains que tra- Morleniart , nvc en 1 (>/i i , connue «Pahord sons
'^•'^^'^ aujourd'hui leboulevard de la Reine, AVer- le nom «le mademoiselle de Tonnay-(iharenl«'.
^*"<*«.— On trouvera plus loin et surlout dans la Mariée en i66.3 au marquis de Monicspnn, ^^^•on Beaux- Ar(x, BdtimfnU^ fite. plusieurs morte en 1707.
(x\uv ANNEXES.