AU MÊME
Yentilles, i6 joiilet 1677.
Je sçais bien qu'il seroit important qu'il y eust , dans la charge de procureur générai de la Cour des aydes de Rouen , un homme habile et de probité qui pust contribuer à redresser cette compagnie; mais je vous avoue qu'elle est dans une si mauvaise réputation que je doute mesme qu'un officier de cette qualité pust produire cet effet. Je vous prie pour cela de vous informer du sieur Bertout, et de me faire sçavoir si vous estimez qu'il soit tel qu'il le faudroit dans cette place; mais vous devez particulièrement vous appliquer à examiner avec soin la conduite de cette compa-
' L^ntendant ne se conforma pas aux ordres du ministre , et les fermiers du tabac se plaignirent qu^ii avait rendu, le a juillet, une ordonnance portant qu^il serait drené procèsveriiMil de Tétat des terres plantées en tabac par les habitants de Léry, du Vaudreuil et autres, avec défense aux fermiers d'arracher les tabacs jnsqu*à ce qn*il en eût été autrement ordonné. Là-dessus Golbert écrivait à Le Blanc le 3o juillet :
«Vous ne deviez point rendre celte ordonnance, parce qu'elle peut donner la hardiesse aux peuples de continuer et multiplier cette semence; et, au contraire, il faut faire quelque démonstration de vouloir arracher les tabacs qui sont plantés, pour faire au moins connoistre aux peuples qu*ib ne doivent pas continuer à ensemencer les terres de cette herbe , et afin * qu*ils soyent tellement avertis par cette démonstration que, s'ils continuent Tannée prochaine , Ton puisse sans diflicuUé les foire arracher... n
Malgré ces menaces, on n'en continua pas moins la culture du tabac; le A juin 1680, le ministre écrivait encore à Le Blanc :
«Le Roy apprenant qu'il y a quelques-unes de ses provinces dans lesquelles les peuples se sont adonnés à semer du tabac, ce qui pourroit estre préjudiciable au bien général de l'Ëstat , en ce que les peuples employeroient à cette culture les terres propres à porter du bled , et pourroient aussy diminuer considérablement les colonies françoisesqm sont establies dans les isles de l'Amérique où cette plante vient beaucoup meilleure et plus abondante, Sa Majesté m'ordonne de vous écrire qu'elle veut que vous vous informiez exactement si les peuples sèment cette plante dans l'estendue de la généralité de Rouen; en quelles élections et combien à peu près il y a d'arpens de (erre en chacune élection qui peuvent estre semés ; de quelle qualité sont les terres et quelle différence il y a du profit que les peuples peuvent tirer de cette herbe avec celuy qu'ils retircroient du bled et autres fruits dont ils avoient accoustumé de semer leurs terres auparavant que de les semer en tabac, yi ( Lettre* de M, Col- 6er(,fol. i93et35o.)
gnie, pour redresser, autant qu'il sera en vous, ce qu'elle fait bien souvent (rès-iual K
Faites-moy sçavoir ce que 1 on pourroit tirer de la création des charges de chevalier du guet et autres dont vous me parlez par vostre lettre du 1 3 (le ce mois ^.
Je vous prie de me faire sçavoir, de temps en temps, en que] estât sont les biens de la terre dans Testendue de vostre génëraiitë.
Le Roy m'ordonne de vous dire cjue Sa Majesté apprend de diverses provinces du royaume qu'il se passe toujours beaucoup d'abus dans l'imposition, la confection des r^les et la collecte de la taille, sçavoir que, on beaucoup de lieux, les seigneurs des paroisses prennent connoissauce des rôles de la taille et les font mesme faire quelquefois chez eux, qu'ils déchargent extraordinairement leurs fermiers et ceux pour lesquels ils ont quelque considération particulière; que les élus font aussy souvent la mesme chose, et mesme que les principaux habitans des paroisses trouvent presque toujours des moyens de faire diminuer considérablement leurs cotes au préjudice des pauvres^. Sa Majesté veut que vous donniez une application toute particulière à découvrir non-seulement ces désordres , mais mesme tous les autres de quelque nature qu'ils puissent estre,et que vous travailliez en mesme temps à les abolir entièrement. En cas que vous ayez besoin de quelques arrests du conseil pour cela, en me le faisant sçavoir, je ne manqueray pas de vous les envoyer.
(Bibl. Imp. MsK. S. G. F. 536o, UUresdêM. Colbert, U I , fol. 1B9.)
> Voir pièce 11" 387.
' On lit dans une lettre de Colhert au moine iiilcndanl, du t" août suivant:
rj'ay oxainint» le mémoire que vous m'avez «»nvoyé toucbaiil rcstablissemenl qui pourroit eslre fait à Rouen d\ui chevalier du guet et des ofliciers et archers nércssaires pour former imccompgnie qui serviroil à la seurt»lc publique, fil oiiipesthanl les désordres des vaga-
bonds et déliauchés qui courent la nuit. Comme cet establissement peut estre trè»-utile, il est nécessaire que vous en confériez avec M. le premier président au parlement de Rouen et que vous travailliez de vostre part à faire en sorte que le Roy en tire un secours de 100,000 livres...^ (lettres de M, Colbert, fol. iy5.)
^ C/est un des abus dont Coll)ort se préocrii{>e le plus dans ses lettres aux intendants.