‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 97 sur 411 · CHAPITRE premier · texte numérisé non relu

CHAPITRE premier

Considérations sur les finances. — Ressources comparées de TEspagne et de la France. Avantages proeorés a TEspagne par la découverte de rAmérique. — Mauvais état des finances de la France ; ses causes. — Insuffisance ou prévarications des surintendants; leur connivence avec les traitants. — Le président Bailleul et d'Avaux sont chargés de radnoinislration des finances. — D^Éinery leur succède avec le titre de surintendant. Principes de son administration. — Arrêt d*uiiian des parlements (16A8). — D'Emery est forcé de se retirer; il est remplacé par le maréchal deLa Meilleraye. — Banqueroute des traitants (iG'iS). — MM. d'Aligre et de Morangis, intendants des finances. — On rappelle d'Émery (i65o). — Le prt'sident de Maisons surintendant (i65o -1651 ). — M. de La Vieuville, qbi lui succWe, raeurl le 1" janvier i65i3.

C'est une maxime constante et reconnue généralement dans tous les Estats du monde que les finances en sont la plus importante et la plus essentielle partie. C'est une matière qui entre en toutes les affaires, soit qu'elles regardent la subsistance de TEstat en son dedans, soit qu'elles regardent son accroissement et sa puissance au dehors, par les difFérens effets qu'elle produit dans les esprits des peuples pour le dedans, et des princes et Estats estrangers pour le dehors.

' Voici récrit le plus considérahle de Col- ment mauvaise que , malgré tous nos soins 'et

hert que nous ayons trouvé. Nous avons cru le concours de personnes expérimentées, la

devoir le diviser en chapitres, précédés d'im lecture de quelques passages est restée incer-

somroaire. L'écriture de ces Mémoires, qui pa- taino. raÎMent n'avoir jamais été retouchés , est telle-

B est. presque certain que chaque E0tal,-àproporliaiJeM et de son estendue, est suffisamment pourra de moyens poy sJahmUsa son dedans , pourvu que ses moyens soyent bien et fidèlraient admiiois-^a très ; mais pour s aocroistre , il n'y a que les deux couronnes de Franisj»» et d'Espagne qui ayent paru jusqu'à présent en l'Europe avoir asse» force et assez d'abondance dans leurs finances pour entr^iendre guerres et des conquestes au dehors. . .< .m

Il est vray que la Hollande, par son industrie et son applicalioK<à commerce, et la Suède, par la stérilité de son terroir, le courage^ la voure de ses peuples et la hardiesse de ses deux derniers roys, ont sui au défaut de forces et de finances ; mais ce sont des exemples <jpd uniques, et qui, examinés et poursuivis jusque dans le fond, se trouvesoienC: fondés bien plus sur les assistances de la France et sur les gaerreê^^n deux premières couronnes de l'Europe , que sur leur industrie et sur aucune bonne qualité de leurs roys et de leurs peuples. .<.-)'•

Il est donc question d'examiner quels effets produisent dans les Estalr ou la disette ou l'abondance dans les finances. Nous n'avons dans noftoe royaume qu'un seul exemple d'abondance, qui est celuy des dernières aoh^ nées du règne de Henri IV; mais nous en avons une infinité de disett)det. de nécessité. Au contraire, dans celuy d'Espagne, nous voyons les- règnes' de Gharles-Quint, Philippe II, Philippe III et mesme Philippe IV, daAs une si prodigieuse abondance d'argent par la découverte des Indes, ^p^ toute l'Europe a vu cette maison d'un simple archiduc d'Autriche ^^ saM aucune considération dans le monde, monter, dans l'espace de soixaaie ou quatre-vingts ans, à la souveraineté de tous les Estats de Bourgognet^ d'Aragon , Castille , Portugal , Naples , Milan ; joindre à tous ces Estats la couronne d'Angleterre et d'Iriande, par le mariage de Philippe II taVttf Marie; rendre l'Empire presque héréditaire à ses princes; contester la pt^éér minence à la couronne de nos roys; mettre, par ses pratiques secrètctoet par ses armes , nostre royaume en un péril imminent de passer en BBudna estrangères, et enfin aspirer à l'empire de toute l'Europe, c'est-àndUm 4». tout le monde. . to.,t.<

Puisque, depuis la mort de Henri IV, nous n'avons que des exemple8:d6] disette et de nécessité dans nos finances, il sera bon d'examiner d'où. poni procéder que , depuis un si long temps , l'on n'a pu voir, sinon l'abondanoa^r au moins quelque aysance et quelque facilité, quelque chose de moins «pie la disette et la nécessité, quelque égalité de la dépense aux recettes. L'on ne peut attribuer ce désordre qu'à deux vices principaux : ou à l'establissement (le l'autorité qui régit cotto nature d'affaires, ou aux maximes qui servent

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