‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 98 sur 411 · - •. ; 'i il Ija · texte numérisé non relu

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à sa conduite, lesquels peuvent estre' vicieux en soy, et par consi^quont estrc le principe et la principale cause de tout ce désordre.

Nous voyons depuis un temps imméraorial , dans nostre royaume, l'administration souveraine des finances remise presque toujours entre les mains d'un seul, quelquefois de deux, et fort rarement d'un conseil composé de plusieurs; car, quoyque les ordonnances pour dépenses secrètes, pourremises et intéresls, et autres qui ne passoient point par les mains des trésoriers comptables, mesme les principales expéditions qui concernent les recettes, fussent autorisées par la signature du chancelier, néanmoins il n*est que trop constant que depuis longtemps les surintendans, par saecession de temps, avoient empiété une telle autorité que cette signature ne servoit presque jamais à examiner et résoudre, mais seulement à confirmer ce qui estoit examiné et résolu.

Cette forme, quoyque reconnue pour estre la meilleure en fait de gouvernement des peuples, la patronne de la monarchie sur toutes les autres formes^ estant autorisée par l'expérience de tout le monde, ne s'est pas trouvée, par la mesme expérience, la meilleure en matière de finances, puisque nous avons vu pendant les vingt premières années depuis la mort de Henri IV les surintendans, ou se gorger de biens, et à leur exemple tous les gens de finances, ou, s'ils estoient gens de bien, n'avoir pas assez de pénétration pour connoistre les abus , malversations , vols et dissipations qui se commettoient sous leur autorité et mesme sous leurs yeux, en sort« que l'Estat estoit toujours en nécessité. Il se trouve mesme que l'insuflisance des surintendans a esté presque toujours plus préjudiciable à l'Estat et aux peuples que leurs vols personnels, vu qu'il n'y a jamais eu de temps où les surintendans ayent paru plus gens de bien que depuis i6t8 jusqu'en i63o; et néanmoins, outre que tous les subalternes s'enrichissoient prodigieusement, il se trouva en i63o que, dans l'espace de ces douze années, l'on avoit aliéné pour 18 millions de livres de revenu en droits sur les tailles à prendre sur les peuples, en sorte que les tailles, ne se trouvant monter en 1618 qu'à 90 millions de livres, ou moins, se trouvoient à 38 millions en i63o. Cette prodigieuse surcharge des dépenses de l'Estat [s'étoit produite] outre diverses autres aliénations de rentes, augmentations de gages, et la création d'une infinité d'officiers de toute sorte.

Mais après ces vinjjt années expirées, le changement des qualités de Tesprit des personnes choisies pour remplir ce poste n'a pas changé le destin

' * Cesi-à-dire, sans doute, ressemblant, plus que toute autre forme à la monarchie.

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de TEstat; au contraire, Ton a coiùinQncé de voir les {dus pernicie maximes s'establir dans leurs esprits et dans leur conduite-.» «t cette force par succession de temps qu'elles ont passé pour indubitabl et mesme invariables sans faire courir risque à l'Estat» . % ii^^

Ces maximes ont esté : . . < «>^*,f..f ^

Que ce royaume ne pouvoit subsister que dans la oonfiu9iioii',<et 1b désordre; .f.y'i.

Que le secret des finances consistoît seulement à faire et débîre.« dwfîflï des gages et déshonneurs nouveaux aux anciens officiers » en créer;dAi|U)ii? veaux de toutes sortes et de toutes qualités, aliéner des droits, dcyy g99$(4 des rentes, les retrancher et les restablir; : .,...]

Faire payer des taxes sur toutes sortes de prétextes; • ..| .^

Augmenter les droits des fermes et les tailles, les aliéner, retrajochef, retirer et aliéner de nouveau; i^;

Consommer pour les dépenses de Tannée les recettes ordinaires et extriH ordinaires des deux suivantes ; . . •

Donner de prodigieuses remises, non-«eulement pour les affaires extmpfpdh naires, mais mesme pour le recouvrement des revenus ordinaires dont les remises et les intérests des avances consonunoient toujours plus de moitié;

•Donner moyen aux trésoriers de TEspargne, autres comptables, fermiers et traitans, de faire des gains prodigieux, soutenant que la grandeur ife l'Estat consistoit à avoir un petit nombre de personnes qui pussent foucDÎr des sommes prodigieuses et qui donnassent de Tétonnement à touSibs princes estrangers ;

Négliger les fermes et recettes générales , en quoy consistent les revenw ordinaires, pour s'appliquer activement aux affaires extraordinaires. ,,■

Et ces pernicieuses maximes estoient establies de sorte que les plus hihbiles et les plus éclairés dans le gouvernement de l'Estat estimoient qi^'i^ii une matière si délicate l'expérience d'une autre conduite estoit plus dangereuse que le mal mesme que l'on souffroit . ^ ,. .

Il ne faut pas s'étonner si les surintendans rég^oient leur couduilia, mr ces maximes, vu qu'ils y trouvoient deux avantages considérables ilfi premier, que dans cette confusion et ce désordre ils trouvoient. beai}c^iu> de facilité à s'enrichir et à faire des grâces considérables à leurs poK^m, À leurs amis et à toutes les personnes de la cour des bons office»: detr quelles ils avoient besoin pour se conserver au milieu de tous lesdâ^o»» dres; et le second , qu'ils estoient persuadés que .cette conduite rendoit leur ministère nécessaire, et que l'on ne pouvoit prendre la résolution de-; les changer.

En sorte qu'il ne faut presque pas s'étonner si restablisseiuent de Tau-

&«rité pour régir cette nature d'affaires si importantes et les maximes pour

^^^' conduite , estant vicieux , ont attiré tant de désordres et de confusion

cfue ceux que l'on a vus dans les derniers temps. Mais il estoit toutefois

impossible de se persuader l'excès auquel ils estoient parvenus.

L'on avoit vu, depuis la mort de Henri IV jusqu'à celle du marquis d* Ancre, quelques gens de finances et d'aft'aires profiter de la libéralité et fatilhé de la reyne Marie de Médicis et de ceux qu'elle avoit commis pour l&winde ses affaires, et mesme de quelques brouillons qui survinrent dans TEstat pendant ces temps^à.

L'on avoit bien vu, depuis la mort du marquis d'Ancre jusqu'à celle du connestable de Luynes, ces mesmes gens de finances et d'aff'aires profiter des* désordres de i'Estat et de la volonté en laquelle se trouvèrent ledit sieur de Luynes et ses frères de s'establir promptement dans une grande et prodigieuse fortune , comme celle qu'ils firent en si peu de temps.

L'on avoit bien vu , en l'espace de quatorze ou quinze années , les prodigieuses aliénations qui furent faites sur les deniers des tailles, lesquelles attirèrent, par leur excès, leur entière suppression, en i636 ;

Et enfin les désordres des quatre ou cinq surintendans diff'érens , depuis i63à jusqu'en i653, pendant lesquels les officiers de finances et gens d'affaires, par la trop grande facilité qui leur estoit donnée d'accumuler des biens immenses, faire des dépenses prodigieuses, entrer dans les plus illustres alliances du royaume, et en nécessitant, pour ainsy dire, les offi* ciers de robe et personnes plus qualifiées de faire les mesmes dépenses, corrompirent la chasteté de leurs mœurs et la frugalité dans laquelle jusqu'alors les officiers de justice avoient vécu, et les induisirent, par ces moyens presque insensibles , d'entrer en part dans leurs affaires et ensuite danli leurs désordres et leur protection.

• ''Mais ces désordres qui paroissqjpnt grands en leur temps, contre lesquels tout le royaume, tous les peuples et toutes les compagnies souveraines s'élevoient en toute occasion , et qui estoient devenus des lieux communs de -tontes les remontrances et de toutes les harangues publi(iues et privées, ont esté entièrement eff'acés par ceux qui les ont suivis. Ceux qui les avaient commis dans leur temps, et qui avoient passé pour les plus grands voleurs, sont devenus des gens de bien par l'excès des désordres, les prodigieuses fortunes et les dépenses immenses que la dernière administration des finances a fait voir.

Pour faire une description succincte et exacte de Testât auquel estoient les finances en ces derniers temps, et particulièrement lors de la mort

2a , FINANCES,

de feu M. le cardinal M azarin , estant nécessaire de bien connoistre le mai pour juger de l'exceHence et de l'art du médecin qui Ta guéry, il est bon de sçavoir :

Que, lors de la mort du feu Roy, l'administration des finances se trouva entre les mains du sieur BouthillierS qui fut disgracié par la Reyne mène régente, et les sieurs Le Bailleur^ et d'Avaux^ mis en sa place. Le premier se ' trouvant foible, et le second choisy pour la négociation de la paix, toute l'autorité des finances tomba entre les mains du sieur Parlicelli d'Emery*, intendant des finances, lequel fut fait ensuite contrôleur générai, «i^ êù ces deux qualités, gouverna les finances presque absolument; quoyque te sieur Le Bailleul signast toujours en (jualité de surintendant, jusqu'en l'année lôiy, que ledit sieur d'Ëmery fut fait surintendant des finances par la démission dudit sieur Le Bailleul , moyennant la conservation de la place de ministre et quelques avantages particuliers qui luy furent accordés et à sa famille.

Ledit sieur d'Eraery, quoyque d'ailleurs homme d'esprit et aimant l'Ëstat, se servit, plus qu'aucun autre de ses prédécesseurs, des maximes pernicieuses sur lesquelles la conduite des finances estoit establie.

Comme son ambition le portoit à désirer toutes choses, que depuis 1 643 jusqu'en i646 ou 16^7 il travailla toujours à parvenir à la surintendance, qu'ensuite il eut d'autres pensées que la mesme ambition luy suggéra, il ne crut pas pouvoir parvenir à toutes ses fins que par une complaisance pour ainsy dire aveugle pour fournir à toutes les dépenses qui estoient proposées.

En suivant les mauvaises maximes establies auparavant, il fit des traités pour le recouvrement des tailles, par lesquels il donna le quart de remise; et comme les payemens de ce qui revenoit au roy, ces grandes remises déduites, ne se faisoient qu'en dix-huit mois, il donna quinze pour cent par an pour luy en faire l'avance.

11 observoit la mesme chose pour les fermes, en sorte que, les revenus ordinaires estant diminués presque de la moitié par ces moyens , et sa complaisance et ses desseins ne luy permettant pas de s'opposer aux dépenses , il se trouva qu'en une année de dépenses il consommoit toujours la recette d'une année et demie, et ensuite les intérests et les remises augmentoient par le retard des deux années.

* Voir 1. 1, 196, note 1. linances (i643). Mort dans ie courant de

^ Nicolas Bailleul, marquis de CliAloau- rannoe t65a. Gontier. (I (>U\\i pmsident au paiioincnt, ^ Voir l. I, 3ii , nolo i.

(|uand il fut appelé à la surinteudaiiro des • Voirl.l, 156, note s.

IMPÔTS, MONMIES. 23

Cet estai, qui menaçoit d'une ruine certaine en cinq ou six années de iemp un homme qui auroit voulu le prévoir, Fobligeoit d'avoir recours aux affaires extraordinaires, qui ne consistoient qu'en des aliénations des revenus ordinaires, des créations d'offices nouveaux, des augmentations d'impositions, des taxes et toutes autres affaires de cette qualité, pour lesquelles il falloit en toute occasion avoir recours aux vérifications des compagnies souveraines. Les fortunes prodigieuses (|ue les gens d'affaires fai- * ijoienl par les grandes remises, intérests et autres voyes, et leurs dépenses immenses aigrissoient les Compagnies, aliénoient les esprits des peuples et leur donnoient, en toute occasion, des mouvemens de révolte et de sédition.

Les esprits estant en cette disposition, et le Surintendant ayant voulu, au commencement de l'année 16&8, profiter du renouvellement du droit annuel pour obliger les compagnies souveraines à vérifier des édits nouveaux et mesme à souffrir quelque retranchement de leurs gages, les Compagnies ayant résisté, et le Conseil du roy s'estant insensiblement engagé à le vouloir, cette contrariété produisit l'arrest du i3 may i6/i8 portant union des quatre compagnies souveraines. Et ensuite cette union ayant commencé les désordres, la Reyne et son Conseil estimèrent que pour ayder à les faire cesser il falloit chasser le Surintendant, ce qui fut exécuté le /(juillet de la mesme année i6/(8, et le mareschal de La Meillcrave mis en sa place.

Ce changement, la résolution prise d'establir une Chambre de justice, et les divers arrests du parlement ayant fait perdre en un instant tout crédit aux gens d'affaires, auxquels tous les revenus ordinaires et extraordinaires des années 16 &8, 16&9, t65o appartenoient pour le remboursement des avances qu'ils avoient faites , et ayant mesme fait cesser tous les recouvremens dans les provinces , ils se trouvèrent hors d'estat de pouvoir continuer leurs avances ordinaires pour les dépenses de TEstat, ce qui .attira la banqueroute universelle qui fut faite au mois d'aoust de la mesme année i648, par une révocation générale de tous les prests et de tous les traités pour le recouvrement des revenus ordinaires et extraordinaires. Et, par le calcul qui fut fait de toutes les dettes du roy après cette banqueroute, elles se trouvèrent monter à 170 millions de livres, ce qui est presque incroyable.

Le mareschal de La Meilleraye demeura surintendant des finances depuis le mois de juillet i648 jusqu'au mois d'avril 1 64(). S'estant retiré en Bretagne, l'autorité de cette charge fut déposée entre les mains de MM. d'Aligre *

' Voir l. I , ()8 , nol<' 1 .

et de Morangis^ en qualité de directeurs des. finances. Âamoîfi de.novembr^s^ de la mesme année» le sieur d'Émery ayant esté rappelé, il TexerçA^ iM-^ ^ lade d'une fièvre quarte dont il mourut au mois d'avril i&5o* Par, «a mort, cette charge fut donnée au président de Maisons.^, qui la^gardajiii* qu'au 5 septembre i65i » jour de la majorité du Roy, auqudl joiirA ;f]irt disgracié, et le sieur marquis de La Vieuville^ mis en sa place, qu'il-^xerga jusqu'à sa mort, qui arriva le i^ janvier i653. r h .,

Pendant tout ce temps, les désordres et les guerres civiles: dont L'Estat fut travaillé ne donnoient pas lieu à une administration ré^ée des fin Wfîit; joint que les fréquens changemens n'empeschoient pas la dissipatîoniot^ dinaire par le moyen des prests à i5 pour cent et des remisas des Mités, mais bien la consommation des revenus d'une année sur l'autre. En sqirte que le Roy estant rentré dans Paris ce mois d'octobre ifiSa, et son ttulo» rite se trouvant restablie au plus haut point qu'elle eust esté depuis pios de trente années, non-seulement Sa Majesté se trouva en possession de S0s revenus ordinaires, mais mesme estant e/itrée au parlement le dernier dé» cembre i65â , veille de la mort du sieur de lia Vieu ville, elle y fit vérifier en sa présence une infinité d'édits bursaux dont l'exécution devoit pro* duire de grandes sommes de deniers.

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