A M. DE BAAS
GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ÎLES D^AMÉRIQUE
(Minute aatograpbe.)
De . .. i3juin 1669.
Je VOUS avoue que je suis surpris que vous n'ayez écrit au Roy que peu de lignes, sans date, et à moy de mesme, et que j'aye esté obligé d'avoir recours à une ample lettre que vous écriviez au sieur Béchameil^ pour sçavoir ce qui se passe dans les isles de l'Amérique où vous estes. Sur quoy je ne puis pas m'empescher de vous dire que , vraysemblablement, c'estoit audit sieur Béchameil à avoir recours à moy pour sçavoir des nouvelles. J'espère que, par les premiers vaisseaux , je recevray de quoy satisfaire le Roy sur ce poifll.
* Louis de Bëchameii, secrétaire ordinaire pagnie des Indes occidentales. — Il demeurait du conseil d'État en la direction des finances, 4 Paris , rue de la Jussienne. était l'un des principaux directeurs de la rom-
COLONIES. /i55
Vous apprendrez les intentions de Sa Majesté par sa lettre, que j accompagne de ces lignes, à laquelle elle m'ordonne seulement d'ajouter quelle désire que vous assistiez toujours la compagnie et que vous teniez soigneusement la main à protéger son commerce, en sorte qu'il iuy soit avantageux et que les peuples la considèrent et obéissent à ses ordres ainsy qu'ils y sont obligés. Sa Majesté désire de plus que vous examiniez s'il ne seroit pas avantageux, jusqu'à ce que l'on puisse connoistre l'intention des Anglois sur la partie de l'isle de Saint-Christophe qui leur appartient, de ne la point cultiver, en sorte qu'il leur fust plus difficile de s'y venir habituer. Je crois qu'au moins , pour toutes les terres qui n'ont point esté achetées des Anglois, vous pouvez les faire abandonner sans difficulté; et à l'égard de celles qui ont esté achetées, le moins qu elles pourront estre cul-* tivées, ce sera assurément le mieux; surtout, donnez ordre que les achats faits des An^ois par les François soyent bien justifiés et qu'il n'y puisse avoir de difficulté sur le remboursement ^
Le Roy désire sçavoir vos sentimens sur les bonnes ou mauvaises qualités des gouverneurs des isles et des commis establis par la compagnie.
Je crois inutile de vous dire que, depuis que le Roy m'a pourvu de la charge de secrétaire d'Estat, Sa Majesté a voulu joindre dans mon département la Marine et toutes les Indes orientales et occidentales, d'autant que vous l'aurez assurément appris d'ailleurs.
( BU>1. Imp. Mfls. S. F. 3,0 1 a , Colb&rt et Seignelay , IV , cote i & , pitee i o. — Arch. de la Mar. Ordm du roi pour le$ compagnie* du Ind$$, 1669, foi i53.)