VICE-AMIRAL DE PONANT
(MiotitedeColbert.)
De . .. 1 3 juin 1669.
J'ay esté bien ayse d'apprendre par vostre lettre la diversité des temps que vous avez eus dans vostre route et vostre heureuse arrivée avec tous mes vaisseaux dans les isles de l'Amérique; et, comme le retardement que les Anglois de la Barbade continuent d'apporter à recevoir la partie de celle de Saint-Christophe qui leur doit estre restituée par le traité de Breda pourroit estre causé par l'envie de vous voir éloigné lorsque cette restitution se fera, je désire que vous ne retourniez point en deçà qu'elle ne soit faites
* Voir pièce n* sa. — ' Voir 11, Induotrio, pièce n* 67 et note.
Pour cet effet , je donne ordre au sieur Golbert de Terron de vous envoyer pour six mois de vivres, afin que vous puissiez demeurer pendant ce temps-là dans les mers de TAmérique* C'est pourquoy je désire qu'aussytost que vous aurez reçu cette lettre, vous establissiez avec le sieur de Baas des moyens seurs de vous donner de ses nouvelles aussytost que les Ang^ois se résoudront de reprendre la partie de Tisle de Saint-Christophe qoi leur appartient, afin que vous puissiez vous y rendre dans le mesme temps ou incontinent après, et ce pendant que vous exécutiez le contenu en vostre instruction pour la visite du golfe du Mexique et pour la reconnoissance de toutes les terres, isles, ports et rades de cette mer.
Je ne désapprouve pas que vous ayez fait défenses aux corsaires françois qui ont armé par les ordres du sieur d'Ogeron, gouverneur de la Tortue, de continuer leurs courses; mais il sera bon que vous confériez avec le sieur d'Ogeron sur ce point et que vous examiniez ensemble s'il est bon de continuer à donner ces permissions ou de les révoquer entièrement. Sur quoy vous devez observer que les Espagnols n'exécutant point l'article des traités qui donne la liberté entière du commerce à mes sujets dans tous les pays de leur obéissance, à l'égard de ceux qu'ils possèdent hors de l'Europe, et ne souffrant point qu'aucun de mes sujets aborde dans aucun de leurs ports, je ne suis pas obligé aussy de ma part à exécuter la paix es* tablie par lesdits traités dans l'estendue desdits pays, en sorte qu'il faut seulement que vous examiniez s'il convient au bien de mon service, et à l'avantage de mes sujets qui y sont establis, de permettre aux boucaniers et flibustiers de leur faire la guerre. Sur quoy je désire que vous m'écriviez vos sentimens.
(Bib]. Imp. Mss. S. F. 3,ois, Colbert et Seignelay , IV, cote i&, pièce lo. — Arch. de la Mar. Ordre» du roi pour lei compagniu deê Ipden, 1669, foi. 16&.)