‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 116 sur 258 · A M. DE BAAS · texte numérisé non relu

A M. DE BAAS

GOUVËBINEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL DES (lBS D*AMÉRIQ|}B.

(Minute autographe.)

SaioUvermain , 3t juiilel 1669.

Sa Majesté, n'ayant eu qu'une seule lettre de vous depuis vostre départ de France, et ayant à cœur, autant que vous le sçavez, les effets de vostre application dans les isles où elle vous a envoyé, m'a ordonné de demander à la compagnie des Indes occidentales toutes les lettres que vous avez écrites aux directeurs, afin de connoistre, au moins par ce moyen, loul ce

que vous avez fait en exécution des ordres et Instructions qu'elle vous a fait donner.

Par la lecture que j'ay faite à Sa Majesté de toutes ces lettres, elle a remarqué cinq ou six points assez importans sur lesquels elle m'a ordonné de vous faire sçavoir ses intentions :

Le premier, Tenvoy du sieur Du Lion^;

Le second, celuy de Bayancourt^;

Le troisième , le sentiment général que vous avez de tous les habitans des isles;

Le quatrième, celuy que vous avez du chevalier de Saint-Laurent';

Le cinquième, les ordonnances que vous avez données sur le fait du commerce ;

Et le sbième, vostre sentiment sur le mariage de la veuve de Marcari.

Sa Majesté m'ordonne de vous dire sur tous ces points :

Qu'à l'égard du premier, vous pouviez accommoder l'affaire sur les lieux, sans faire passer en France le sieur Du Lion, dont l'absence peut estre préjudiciable aux establissemens qu'il a faits en ce pays-là, d'autant plus qu'il a paru icy que sa femme avoit esté maltraitée, et que l'on ne sçait pas en quelle qualité ni pourquoy le sieur de Court s'est trouvé dans les isles.

Sa Majesté renvoyé ledit sieur Du Lion, après avoir fait accommoder son affaire par une autre voye que par celle des mareschaux de France.

Quoyque la faute de Bayancourt ayt paru assez grande , néannioins la peine de l'embarquement et du passage en France a semblé à Sa Majesté UD peu trop grande pour cette faute , et elle a résolu de le renvoyer de mesme, après toutefois luy avoir fait connoistre que, s'il manque à l'obéissance et au respect qu'il vous doit, elle le fera punir en telle sorte qu'il donnera l'exemple à tous les autres.

Sur le sentiment général que vous avez des habitans de toutes les isles, Sa Majesté veut que vous les considériez comme des peuples qui n'ont point encore senty l'autorité légitime, et, par conséquent, qu'il faut les y accoustumer avec douceur, d'autant plus que la principale fin doit estre

' Dès 1 658, Du Lion avait été investi proviaoïrement du gouvernement de la Guadeloupe; il en reçut définitivement les provisions le 5 novembre i66â , et gouverna cette lie jusqu'io i& juillet 1 677, époque de sa mort

' Hendelot de Bayancourt.

' Gouverneur de SaintrChristophe , de 1 666 » »^74, il fut, en 1670, confirmé dans cette

place par la compagnie, et reçut, la même année, une commission du roi. En 1689, il remplaça le gouverneur général pendant son absence, et lui fiit adjoint comme lieutenant Tannée suivante. Nommé gouverneur de la Martinique en février 1689, il ne put pas exercer ceUe change, car il mourut le 3 1 du mois suivant.

troduire aucune marchandise directement ou indirectement, en quelque sorte et quelque manière que ce soit.

(Bibl. Imp. M88. S. F. 3,oi3, Colbert et Seignâlay, IV.cote i&, pièce ii. — Aith. de la Mar. Ordreg du roi pour lu compagnies du Indu, «669 , fol. i63.)

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