INSTRUCTION POUR M. DE LA HAYE
LIEUTENANT GÉNÉRAL DANS LES INDES ORIENTALES
( Minate anlographe. )
Versailles, h décembre 1669.
Le sieur de La Haye est informé que Sa Majesté envoyé six bons vaisseaux de guerre, deux flustes, un magasin ou bospital dans ledit pays, et que la compagnie des Indes orientales establie en France y envoyé pareillement trois grands vaisseaux.
Sa Majesté fait fournir des vivres à son escadre pour deux ans et a fait le fonds pour dix-huit mois de solde, et son intention est qu elle demeure dans les Indes trois années entières dans le cours desquelles Sa Majesté a lieu d'espérer que, par la longue expérience qu'il s'est acquise dans le commandement de ses troupes, ses armées et les fortifications des places, sa modération, sa fermeté et sa bonne conduite, elle aura la satisfaction do voir réussir le dessein qu'elle s'est proposé de faire quelques establissemens considérables dans les Indes pour assurer le commerce de la compagnie qu'elle a establie dans son royaume.
Pour cet effet, le sieur de La Haye doit considérer que la fin seule et unique que Sa Majesté s'est proposée, en faisant une aussy grande dépense que celle de i'envoy d'une escadre de vaisseaux si considérable et pour un si long temps, est d'establirsi fortement et si puissamment la compagnie, qo'elle puisse se maintenir d'elle-mesme et s'accroistre et s'augmenter dans la suite des temps par ses propres forces.
Pour cet effet, il faut qu'il se propose d'agir en tout de concert, et mesme suivre les lumières et les ordres des directeurs de la compagnie qui sont dans les Indes, l'un deux, qui est le sieur Caron, ayant une connoissanco
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profonde , par une expérience de vingt-deux années qu*il a passées au service de la compagnie des Indes orientales de Hollande, de tout ce qui se peut et doit faire dans les Indes pour le plus grand avantage de la compagnie. Et Sa Majesté estime si nécessaire d'agir de concert avec les directeurs et mesme d'exécuter tout ce qu'ils jugeront à propos, que, quand mesme le sieur de La Haye connoistroit qu'ils feroient mal , après leur avoir représenté ses raisons, elle désire qu'il suive ponctuellement leurs sentimens : en quoy Sa Majesté laisse à sa prudence de reconnoistre s'il n'y auroit rien de contraire au bien de son service et à la seureté de ses troupes et de ses vaisseaux, encore qu'elle n'estime pas qu'il y ayt aucun lieu de crainte , l'un desdils directeurs estant François, et l'autre naturalisé et attaché au service qu'il doit à Sa Majesté par beaucoup de bienfaits.
Sa Majesté estime nécessaire d'expliquer audit sieur de La Haye les moyens particuliers par lesquels il peut parvenir à la fin principale cydessus déduite :
Le premier consiste à donner promptement ordre que toutes les armes, munitions, outils et autres choses nécessaires pour ce voyage qui ont esté ordonnées par Sa Majesté, soyent achetées et chargées sur les vaisseaux pour estre en estât de partir au commencement du mois de janvier prochain ;
Le second, à bien reconnoistre dans la route oit les vaisseaux de la compagnie pourroient faire quelque entrepost, toutes les nations qui font ces voyages ayant toujours estimé nécessaire d'avoir des lieux pour y demeurer dans les grands accidens et pour y prendre quelques rafraischissemens : par exemple les Anglois se sont establis en l'isle de Sainte-Hélène, et les Hollandois au cap de Bonne-Espérance. Et par tous les rapports et toutes les connoissances que l'on peut avoir de cette grande et longue navigation, et par l'exemple des Hollandois, qui se sont plus appliqués qu'aucune autre nation à la rendre facile et commode, on peut tenir pour constant que l'establissement du cap de Bonne-Espérance est le plus facile et le plus commode, et mesme qu'il est presque nécessaire.
M. de La Haye doit sçavoir de plus que l'ambassadeur du roy en Portugal a écrit depuis peu que , cet establissement estant absolument nécessaire, on pourroit le faire dans ladite isle de Sainte -Hélène, d'autant que ce seroit un passage commode pour toutes les deux Indes. Gomme les Portugais ont une longue expérience et très-grande connoissance de cette navigation, on doit facilement présupposer qu'ils sçavent l'establissement des Anglois dans ladite isle, et qu'il y en a deux ou plusieurs de ce nomlà, ou qu'elle est assez grande pour y souffrir deux establissemens. Il s'en
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infermera parliculièrement ; mais surtout il prendra garde que cette découverte ne le doit point retarder un moment dans son voyage en allant.
Mais, comme Testablissement du cap de Bonne-Espérance se trouvera peut-estre nécessaire dans la suite des temps, Sa Majesté veut qu'il le reeonnoisse avec soin et application, quil mouille au fort des Hollandois appelé Table Bay, et, sous prétexte de leur demander quelques rafraischissemens, le voye et le considère, ensemble Tentrée et la rade des vaisseaux, pour connoistre combien de vaisseaux et de quel port y peuvent entrer et demeurer, et de quels vents ils sont à couvert.
Il fera aussy en mesme temps reconnoistre le lieu appelé haye de Salrdanha, où les François ont esté autrefois establis, ensuite tous les autres lieux dudit cap oit Ton pourroit faire quelque establissement. En faire reconnoistre en sa présence les rades, les entrées , sorties et lieux de demeure des vaisseaux, la qualité du terrain , s'il y a de l'eau , du bois, s'il paroist de la pierre; et du tout, après l'avoir bien reconnu, en dresser des mémoires, mesme des plans fort exacts, pour en conférer ensuite avec les sieurs de Faye et Caron dans les Indes, lorsqu'il sera arrivé près d'eux.
En cas que les vaisseaux de la compagnie fassent route avec luy, il doit observer de les congédier, sans attendre un seul moment, dès lors qu'il sera parvenu audit cap, n'estant pas nécessaire qu'ils demeurent pendant le temps qu'il reconnoistra ce cap; et mesme les vaisseaux auront ordre de ne point toucher à l'isle Dauphine, estant nécessaire, pour le bien de la compagnie et pour la satisfaction de Sa Majesté, qu'ils fassent leur route droit dans les Indes avec la plus grande diligence qu'il sera possible.
Aussytost qu'il aura bien reconnu le cap de Bonne-Espérance, en quoy il consommera le moins de temps qu'il se pourra , il continuera sa route droit en l'isle Dauphine à la bayé de Saint-Augustin, où il y a apparence que le sieur de Mondevergue aura fait un establissement, suivant ses dernières lettres. Néanmoins, comme il apprendra, ou avant son départ, ou dans sa route, si ledit establissement sera fait, ou s'il sera demeuré au fort Dauphin, il dressera sa route vers le lieu où il apprendra qu'il sera, et, soit qu'il se trouve encore sur les lieux, ou qu'il ne s'y trouve plus et qu'il en soit party pour revenir en France, le sieur de La Haye rendra les ordres du Roy et se fera reconnoistre en sa qualité de lieutenant général do Sa Majesté dans ladite isle, et en mesme temps se fera rendre compte de toutes choses et donnera promptement ses ordres sur tout ce qu'il estimera devoir estre observé pour le bien , l'avantage et la conservation de cette colonie. Comme Sa Majesté se remet à sa prudence sur tout ce qu'il ^timera nécessaire de faire pour parvenir h la fin qu'elle s'est proposée
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dans son eslablissement, il suffit seulement de luy dire que son intention est de donner un eslablissement solide à une colonie divisée en deux ou trois endroits principaux de ladite isle, qui puisse, par la culture de la terre et par les accommodemens nécessaires à la vie, donner lieu à y envoyer tous les ans quelque nombre d'hommes pour ia fortifier, et mesme que le bon estât ou la commodité et l'abondance de cette colonie puissent devenir telles, en peu de temps, que les sujets de Sa Majesté y passent volontairement pour s'y habituer, et que, par succession de temps, à proportion de la force et du nombre d'hommes qui s'y trouvera. Sa Majesté puisse prendre ses avantages pour se rendre maistre de ladite isle, civiliser les naturels et les instruire à la foy catholique.
Sa Majesté désire de plus que cette colonie, estant establie dans les lieux les plus commodes, elle puisse servir à recevoir, en cas de nécessité, les vaisseaux de la compagnie des Indes orientales et leur donner des rafraischissemens, comme aussy pour un jour establir quelque commerce et faire quelque establissement dans l'Afrique. Pour parvenir à ces fins, il est certainement nécessaire que M, de La Haye reconnoisse exactement les lieux oii la colonie a esté établie, qu'il en voye les rades, les entrées, les sorties, les lieux où les vaisseaux peuvent demeurer; qu'il s'informe soigneusement de tous les autres endroits de l'isle oii ces commodités se pourront trouver plus grandes, qu'il donne ordre de les faire reconnoistre avec soin, qu'il observe de mesme le dedans de ladite isle, ia qualité de la terre, des eaux , des rivières , pour observer tous les avantages que l'on peut tirer des establissemens desjà faits, et pour bien connoistre ceux que l'on pourra faire plus avantageusement, au cas que la colonie s'augmente en nombre d'hommes.
Son application principale sera, dans le séjour qu'il fera dans Tisle, de bien reconnoistre toutes les causes de la misère que les François qui y ont passé ont soufferte , y apporter les remèdes les plus convenables , les exciter fortement au travail et à la culture de la terre ;
Establir une bonne police, prendre garde de les maintenir en paix et en union entre eux, et surtout de les tenir toujours dans l'exercice des armes.
A l'égard des naturels du pays, qui sont divisés en une infinité de petits commandans particuliers de chacune nation différente. Sa Majesté estime que, comme la fin principale doit estre de faire subsister les colonies des François qui sont establis dans le pays, il faut aussy que la paix ou ia guerre avec les gouverneurs ou les capitaines de ces nations différentes se fassent autant que la nécessité de cette subsistance le désirera; c'est-à-dire que, si
les François ne peuvent se garantir de la faim que par la guerre , il faut la faire, estant préférable de mourir mesme les armes à la main, que de faim et de oiiaère. Mais, si les François sont en estât de pouvoir subsister, il faat penser à en conserver et mesme h en augmenter le nombre ; et, pour cet effet, Sa Majesté estime qu'il faut faire paix avec les plus proches ou les plus puissans de ces gouverneurs, les assister ensuite dans leurs guerres contre les autres, prendre bien garde de ne leur point faire donner d'armes à feu, ni de leur montrer jamais les moyens de s'en servir, et, dans (oates les paix et les guerres particulières qui se feront, prendre toujours des avantages pour la subsistance et l'augmentation de la colonie, et cependant travailler à la culture de la terre, à augmenter et fortifier les habitans, chercher les moyens d'y avoir des femmes pour y establir des familles, jusqu'à ce que, les colonies estant plus nombreuses, elles puissent faire de plas grands efforts pour leur bien et pour l'avantage du service de Sa Majesté.
U observera de plus tout ce qui se pourra faire pour fortifier le fort Dauphin ou l'habitation de la baye de Saint-Augustin, au cas qu'elle soit restablie , et s'appliquera au poste qui pourra servir d'entrepost aux vaisseaux venant des Indes préférablement aux autres ; sur qnoy il doit sçavoir (pe le sieur Garon a écrit de Surate qu'il croyoit que la route du nord defisle Dauphine, c'est-à-dire entre l'isle et l'Afrique, seroit commode pour les vaisseaux. En ce cas, il y a apparence que la baye de Sainfr-Augnstm sera plus commode pour leur servir de retraite et d'entrepost que le fort Dauphin, sur quoy Sa Majesté se remet à la connoissance plus exacte qae le sieur de La Haye pourra prendre sur les lieux.
Mais, conune tout ce qui est à faire dans ladite isle n'est pas encore la principale fin de son envoy. Sa Majesté ne veut pas qu'il employé plus d'an mois ou six semaines de temps à y donner tous les ordres nécessaires; en qnoy mesme il pourra estre notablement soulagé par le sieur de Champmargou, qui a le pouvoir de Sa Majesté de commander dans l'isle en Tabsence du sieur de Mondevergue, et qui, par le long séjour qu'il y a fait, s'est acquis beaucoup de créance dans le pays. Elle désire qu'il remonte aussytost sur ses vaisseaux et s'en aiUe droit à Surate, où il trouvera les sieurs de Paye et Garon , directeurs de la compagnie des Indes orientales, ou l'un d'eux , avec lesquels, après leur avoir donné avis de son arrivée, il commencera de conférer sur tout ce qui est à faire pour tirer party de Tenvoy d'une escadre si considérable pour le bien et l'avantage de la compagnie. Et, encore que Sa Majesté s'en remette entièrement à ce qui sera avisé et résolu entre eux , elle estime toutefois nécessaire
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dans son establissement, il suffit seulement de luy dire que son intention est de donner un establissement solide à une colonie divisée en deux ou trois endroits principaux de ladite isie, qui puisse» par la culture de la terre et par les accommodemens nécessaires à la vie, donner lieu à y envoyer tous les ans quelque nombre d'hommes pour la fortifier, et mesme que le bon estât ou la commodité et l'abondance de cette colonie puissent devenir telles, en peu de temps, que les sujets de Sa Majesté y passent volontairement pour s'y habituer, et que, par succession de temps, à proportion de la force et du nombre d'hommes qui s'y trouvera, Sa Majesté puisse prendre ses avantages pour se rendre maistre de ladite isle, civiliser les naturels et les instruire à la foy catholique.
Sa Majesté désire de plus que cette colonie, estant establie dans les lieux les plus commodes, elle puisse servir à recevoir, en cas de nécessité, les vaisseaux de la compagnie des Indes orientales et leur donner des rafraischissemens, comme aussy pour un jour establir quelque commerce et faire quelque establissement dans l'Afrique. Pour parvenir à ces fins, il est certainement nécessaire que M. de La Haye reconnoisse exactement les lieux où la colonie a esté établie, qu'il en voye les rades, les entrées, les sorties, les lieux où les vaisseaux peuvent demeurer; qu'il s'informe soigneusement de tous les autres endroits de l'isle où ces commodités se pourront trouver plus grandes, qu'il donne ordre de les faire reconnoistre avec soin, qu'il observe de mesme le dedans de ladite isle, la qualité de la terre, des eaux , des rivières , pour observer tous les avantages que l'on peut tirer des establisçemens desjà faits, et pour bien connoistre ceux que l'on pourra faire plus avantageusement, au cas que la colonie s'augmente en nombre d'hommes.
Son application principale sera, dans le séjour qu'il fera dans l'isle, de bien reconnoistre toutes les causes de la misère que les François qui y ont passé ont soufferte , y apporter les remèdes les plus convenables , les exciter fortement au travail et à la culture de la terre ;
Establir une bonne police, prendre garde de les maintenir en paix et en union entre eux, et surtout de les tenir toujours dans l'exercice des armes.
A l'égard des naturels du pays, qui sont divisés en une infinité de petits commandans particuliers de chacune nation différente , Sa Majesté estime que , comme la fin principale doit estre de faire subsister les colonies des François qui sont establis dans le pays, il faut aussy que la paix ou la guerre avec les gouverneurs ou les capitaines de ces nations différentes se fassent autant que la nécessité de cette subsistance le désirera; c'est-à-dire que, si
les François ne peuvent se garantir de la faim que par la guerre, ii faut la faire, estant préférable de mourir mesme les armes à la main, que de bim et de misère. Mais, si les François sont en estât de pouvoir subsister, il font penser à en conserver et mesme h en augmenter le nombre ; et, pour cet effet , Sa Majesté estime qu'il faut faire paix avec les plus proches ou les plus pnissans de ces gouverneurs, les assister ensuite dans leurs guerres contre les autres, prendre bien garde de ne leur point faire donner d ar* mes à feu, ni de leur montrer jamais les moyens de s'en servir, et, dans tontes les paix et les guerres particulières qui se feront, prendre toujours des avantages pour la subsistance et l'augmentation de la colonie, et cependant travailler è la culture de la terre, à augmenter et fortifier les habitans, chercher les moyens d'y avoir des femmes pour y establir des familles, jusqu'à ce que, les colonies estant plus nombreuses, elles puissent faire de pins grands efforts pour leur bien et pour l'avantage du service de Sa
U observera de plus tout ce qui se pourra faire pour fortifier le fort Dauphin ou l'habitation de la baye de Saint-Augustin, au cas qu'elle soit re8td>lie , et s'appliquera au poste qui pourra servir d'entrepost aux vaisseaux venant des Indes préférablement aux autres ; sur quoy il doit sçavoir que le sieur Garon a écrit de Surate qu'il croyoit que la route du nord defisle Dauphine, c'est-a-dire entre i'isle et l'Afrique, seroit commode pour les vaisseaux. En ce cas, il y a apparence que la baye de Saintp-Au«* gustin sera plus commode pour leur servir de retraite et d'entrepost que le fort Dauphin, sur quoy Sa Majesté se remet à la connoissance plus exacte que le sieur de La Haye pourra prendre sur les lieux.
Mais, comme tout ce qui est à faire dans ladite isle n'est pas encore la princq>ale fin de son envoy, Sa Majesté ne veut pas qu'il employé plus dTon mois on six semaines de temps à y donner tous les ordres nécessaires; en quoy mesme il pourra estre notablement soulagé par le sieur de Champmargou, qui a le pouvoir de Sa Majesté de commander dans l'isle en Fabsence du sieur de Mondevergue, et qui, par le long séjour qu'il y a fait, s'est acquis beaucoup de créance dans le pays. Elle désire qu'il remonte aussytost sur ses vaisseaux et s'en aiUe droit à Surate, où il trouvera les sieurs de Faye et Garon , directeurs de la compagnie des Indes orientales, ou l'un d'eux , avec lesquels, après leur avoir donné avis de son arrivée, il commencera de conférer sur tout ce qui est à faire pour tirer party de Tenvoy d'une escadre si considérable pour le bien et l'avantage de la compagnie. Et, encore que Sa Majesté s'en remette entièrement à ce qui sera avisé et résolu entre eux, elle estime toutefois nécessaire III. -a*. 3o
d'informer M. de La Haye de tout ce qa elle croit devdr estre fait potir y parvenir.
Gomme cette escadre porte dans les Indes la première connoissance des armes et de la puissance de Sa Majesté, il est nécessaire qu'il s'applique à la faire paroistre, à en faire voir la beauté, la force, l'artillerie, les équipages en bon ordre, et à publier qu'elle n'est envoyée par Sa Majesté que pour reconnoistre les lieux et les rades pour une plus grande flotte qu'elle a résolu d'y envoyer dans peu, en assurant qu'elle a ordre d'iq)payer et de protéger le commerce de sa compagnie , et de ne donner aucun trouble à toutes les autres nations, estant important que les Indiens conçoivent une grande opinion de la justice et de la bonté de Sa Majesté, en mesme temps qu'ils connoistront sa puissance.
A l'égard des gouverneurs ou commandans des provinces aux pays où il abordera , il pourra leur envoyer faire compliment et en recevoûr, et.leur faire entendre les motifs que Sa Majesté a eus pour envoyer ladite escadre; et il pourra en mesme temps feire dire par quelqu'un de sa suite que Sa Majesté a résolu d'envoyer bientost une plus puissante flotte, qui portera des ambassadeurs et des présens pour le MôgoP. Sa Majesté se remet toutefois à ce qui sera estimé plus à propos par les directeurs.
Par les lettres du sieur Garon , il estime qu'il n'y a rien de plus important pour le bien «t l'avantage de la compagnie que de faire un establissement considérable dans l'isle de Geylan, qui produit la cannelle, et qui est à présent occupée par les HoUandois, qui, à l'ayde du roy du pays, en ont chassé les Portugais; mais comme les HoUandois n'occupent que la partie de l'ouest et du sud de l'isle, que le sieur Garon a commandé pour eux dans cette conqueste, et qu'il a conservé beaucoup d'habitude avec ledit roy, il estime que l'on peut facilement faire à l'est de l'isle un establissement qui seroit fort considérable et qui donneroit le commerce delà cannelle à la compagnie. L'autre establissement qui a toujours esté estimé nécessaire et fort avantageux est celuy de l'isle de Banca, située à lest de la grande isle Sumatra, qui pourroit devenir plus considérable et plus commode que celuy de Batavia , qui est la principale place des HoUandoLs dans les Indes, et qui donnéroii à la compagnie la facilité du connnerce
* Ce ne fut qu'en 1 678 que M. Baron , di- grand Mogol, pour lui faire pari de Pélablis»recteur général de la compagnie, aux Indes , ment de là compagnie des Indes ortenteks, qui alla eu ambassade chez le grand Mogol. Gepen • devait faire commerce dans ses États et loi Cédant le Registre des ordres du roi pour les com- mander sa proteclion , et la seconde , au roi de pagnies des Indes renferme deux lettres écrites Perse , pour le prier de favoriser la m^me amen juillet 1 669 par Louis XIV : la première an pagnic. ( Fol. 1 89 et 1 ho.)
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d« toutes les épîeeries de toutes les isles et royaumes de Tlnde, mesme de la Chine et du Japon.
C'est à former et fonder cet establissement que Sa Majesté désire que le sieur de La Haye donne toute son application et employé toute son industrie, et qu'il considère ce service comme le plus grand et le plus important qu'on gentilhomme puisse rendre à Sa Majesté , puisqu'il tend à establir sa puissance et son autorité dans un pays où jamais celle de ses prédécessears n a esté reconnue, et duquel on peut tirer toutes les marchandises qui font la richesse et la puissance des Estais qui y ont porté leur commerce.
Pour cet effet, Sa Majesté estime que les six vaisseaux qu'elle envoyé sont assez forts pour résister à toute puissance maritime qui voudroit s'opposer à son dessein , en quoy il doit seulement observer de le tenir secret pour empescher que par avance les ennemis ou jaloux de la gloire et de la paissance de Sa Majesté ne se préparent à le traverser. A l'égard des puissances par terre, les naturels ne sont pas assez forts pour l'empescher, d'autant plus que le sieur Caron a commencé quelque négociatien avec le roy de Geylan , lequel, estant extraordinairement maltraité par les HoUandois, sera bien ayse de recevoir dans l'estendue de son isle une antre nation qui le pourra protéger et mesme l'assister pour s'en vengera Us An^ois sont foibles, et les HoUandois, quoy que puissans, n'oseront osmriement empescher l'exécution des desseins de Sa Majesté. Mais il sera liiea nécessaire de se donner de garde des surprises de leur part. Gela sappoié, il sera nécessaire d'avoir mille bons hommes à pouvoir mettre pied à terre en cas de nécessité ; les équipages des vaisseaux en pourront tMBmir jusqu'au nombre de 600; et Sa Majesté veut mettre iloo hommes de bonsies troupes sur les vaisseaux pour servir, tant au travail pour fortifier les poètes qui seront occupés qu'à en former les garnisons.
Sa Majesté estime que, aussytost que le poste de l'isle de Geylan sera cboisy, M. de La Haye pourra retenir quelque temps les vaisseaux aux rades ou dans les retraites de ladite isle les plus voisines, faire débarquer fioo hommes, desquels il se servira, tant pour la garde que pour le fortifier; et là il pourra demeurer jusqu'à ce que, par le moyen des palissades et des ouvrages de terre, il ayt pu mettre le poste en estât de se défendre, et qu'il l'ayt rouny de tout ce qui luy sera nécessaire, tant pour la sufadatance de la garnison que pour le bien défendre ; et en mesme ieiB|ie eataUira pour y commander le meilleur officier qu'il pourra choisir, auquel il recommandera de suivre son exemple, tant pour la vigi-
* Cest ce qui arrÎYa d«ox ans plus tard. (Voir pièce n* 68, et notes.)
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lance que pour rap|jlication continuelle à la conservation et fortification de son poste.
En rnesme temps qu'il travaillera à l'establissement de ce poste, il prendra toutes les mesures et les lumières nécessaires pour restablissement de celuy de l'isle de Banca, observant toutefois de ne rien faire avec précipitation, estant nécessaire de rendre le premier bien assuré auparavant, que de penser au second; et mesme, auparavant que de prendre résolution sur celuy-cy , il faut qu'il fasse bien reconnoistre la qualité des terres, des eaux, des rivières, des entrées, sorties et lieuï de séjour des vaisseaux, pour connoistre parfaitement si cette isle en général pourra fournir quelques vivres ou marchandises à la compagnie, ou si elle est assez avantageusement située pour en pouvoir tirer d'ailleurs, particulièrement si les rades et entrées sont bonnes, et si les eaux douces y sont abondantes et salubres. Et si toutes ces nécessités s'accordent à la commodité de sa situation, le sieur de La Haye travaillera à y prendre un poste et le fortifier ainsy qu'il est cy-dessus dit pour l'isle de Ceylan.
Sa Majesté fait joindre à cette instruction Testât de toutes les marchandises, munitions de guerre et outils qu'elle fait charger sur les vaisseaux pour servir à fortifier et munir les forts ; et elle fera embarquer sur les autres vaisseaux la somme de^. . . pour estre employée, tant à la subsistance des équipages des vaisseaux qu'à celle des garnisons qui y seront mises, comme aussy à toutes les autres dépenses que le sieur de La Haye estimera à propos et nécessaire de faire pour le bien du service de Sa Majesté.
Il doit observer que les officiers qu'il establira pour commander dans les forts doivent estre extrêmement sages, modérés, appliqués à la garde exacte de leurs places et à y travailler continuellement pour les rendre plus fortes , et surtout qu'ils obéissent en toutes choses aux directeurs de la compagnie lorsqu'ils seront présens , à l'exception seulement de ce qui concerne la garde et seureté de leur place.
Sa Majesté veut de plus que ces directeurs donnent le mot toutes les fois et tout autant de temps qu'ils seront dans la place , en l'absence du sieur de La Haye, et que les commandans et officiers des troupes leur rendent les déférences que mérite la considération que Sa Majesté a pour eux , qu'ils voyent estre assez grande pour la porter à faire une dépense si considérable que celle de l'envoy d'une puissante escadre dans un pays si éloigné. Aussy connoist-elle clairement que les avantages que son royaume
' Le chiffre est laissé en blanc dans la minute et dans la copie.
eo recevra seroni proportionnés aux soins et à la dépense qu'elle fait pour maintenir et augmenter ladite compagnie. Mais comme celte dépense et ces soins seroient entièrement inutiles si les directeurs avoient quelque dégoust de la part des commandans dans les forts, Sa Majesté veut que "H. de La Haye s'applique principalement à establir l'intelligence et la déférence que les commandans doivent rendre aux directeurs, en telle sorte qu'ils soyent satisfaits et qu'ils ne puissent jamais avoir aucun dégoust; sur (|aoy il doit mesme considérer que, Sa Majesté leur ayant abandonné par l'édit de l'establisseroent de ladite compagnie tous les pays qui pourront estre occupés par ses armes du costé de l'Orient, dès lors qu'ils demanderont à Sa Majesté la remise desdites places entre leurs mains, elle ne pourra pas s'empescher de le fatre. C'est pourquoy les officiers les doivent considérer comme ayant peut-estre à leur obéir, si Sa Majesté prend la résolution de remettre lesdites places entre leurs mains.
Sa Majesté veut recevoir avis , par toutes les occasions qui se présenteront, tant par mer que par terre du costé du Levant, de tout ce que le sieur de La Haye fera en exécution de la présente instruction.
Elle estime qu'en six ou sept mois de temps il peut se rendre à Surate ; qu'en dix-huit mois il peut faire les establissemens cy-dessus marqués; et après avoir conféré avec les directeurs sur tout ce qui est à faire pour l'establissement d'un entrepost , leur avoir fait récit de tout ce qu'il aura reconnu, tant de l'isle Dauphine que du cap de Bonne-Espérance, et pris résolution sur ce sujet, il pourra s'en revenir en France avec l'escadre des vaisseaux , après avoir vu l'isle Dauphine, où il restera encore quelque temps s'il le juge à propos, et cependant renverra ladite escadre en France. Et en cas que lesdits sieurs de La Haye et directeurs ayent estimé nécessaire de former un establissement au cap de Bonne-Espérance, en donnant avis à Sa Majesté de tout ce qu'il estimera nécessaire pour le faire, elle luy enverra un autre escadre de vaisseaux pour l'aller prendre en l'isle Dauphine, le porter au cap pour travailler à cet establissement, et ensuite le rapporter en France, où il recevra des marques de sa bonté et de sa munificence, particulièrement s'il peut réussir à former ces trois establissemens.
Lorsqu'il retournera des Indes, s'il peut dans sa route faire voir son escadre sur les costes de Malabar, et à toutes les nations qui possèdent des tores et des places dans toute l'estendue du pays , depuis le cap de Gomorin jusqu'à l'Arabie, Sa Majesté croit qu'il sera fort avantageux à la réputation de ses armes, au bien et à l'avantage de la compagnie; en quoy toutefois elle se remet à la connoissance qu'il aura des moussons , à la nécessité
des vents et à la diligence qu'il doit observer dans ses routes, qui doit estre préfërable à ces considérations.
Elle désire qu'il observe une bonne et parfaite correspondance avec toutes les notions de l'Europe qui trafiquent dans les Indes.
Elle fait mettre es mains du sièui: de La Haye son ordonnance portant injonction à tous ses sujets de quitter le service des Estats et provinces estrangères pour se retirer sous son obéissance, afin qu'il la sème et la distribue par toutes les Indes et la rende publique autant qu'il se pourrs. El , comme Sa Majesté ne doute point que cette ordonnance ne produise l'effet qu'elle désire , il prendra soin de la faire bien exécuter, en fsôsant donner à ceux qui retourneront à son service les mesmes gages et appointemens qu'ils avoient au service des estrangers.
Nonobstant tout ce qui est cy-dessus dit des establissemens à faire, Sa Majesté se remet entièrement aux résolutions qui seront prises par le siear de La Haye et les directeurs sur la connoissance qu'ils auront prise sur les lieux.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9, Colbêrt 9t Smgitelay, IV, eote i& ,pièm 19. — Aréh. de ia Mar. Ordru eu roi pour 2m comfM^miaf dêi liuin J1669, Ci»!. 174.)