A M. PÉLISSIER
DIRECTEUR DE LA COMPAGNIE DES INDES OCCIDENTALES
(Copie portant : D$ la main de Colbert.)
Paris, 30 décembre 1670.
Je m'étonne que vous ne m'ayez point fait réponse par articles à Tinstruction que je vous ay donnée et à toutes mes lettres. Ne manquez pas de le faire aussytost que vous aurez reçu celle-cy.
La compagnie demeurant d'accord de l'exécution de tout ce que je iuy ordonne de la part du Roy , et de tout ce que je Iuy fais connoistre pour son bien et pour ses avantages, il est nécessaire que vous le suiviez dans tonte voslre conduite, estant bien assuré qu'elle vous donne ses ordres en conformité. 11 faut donc que vous fassiez connoistre au public, et en particulier à tous les habitans des isles, que l'intention de la compagnie n'est point de réserver à soy tout le commerce; au contraire, qu'elle donne ses permissions à tous les marchands qui y veulent envoyer des vaisseaux, qu'elle continuera toujours à faire la mesme chose , et qu'en mesme temps eUe y enverra aussy ses vaisseaux pour fournir les isles plus abondamment de tous leurs besoins, et qu'elle s'appliquera plus que jamais au commerce de Guinée pour y apporter toute la quantité de nègres qui sera nécessaire pour la culture desdites isles et le service des habitans.
Pour le surplus, n'admettez sous aucun prétexte aucun vaisseau ni commerce estranger, et ne souffrez point que l'on fasse aucune taxe dans les isles sur les marchandises qui viennent de France ; cela est tellement essentiel, et le Roy le veut si absolument, qu'il ne faut admettre aucune raison au contraire.
Je vous envoyé une copie de la lettre que Sa Majesté écrit à M. de Baàs, par laquelle vous verrez les intentions de Sa Majesté sur les principaux points qui regardent les isles.
J'ay donné les ordres à la compagnie et en mesme temps j'ay expédié une ordonnance que j'ay envoyée dans tous les ports pour y estre publiée et registrée, portant défenses de laisser sortir aucun vaisseau pour les isles s'il ne porte deux cavales ou deux vaches , ou deux asnesses. J'espère que cet ordre peuplera les isles de ces bestiaux, et, dans l'année prochaine, je feray la mesme chose pour les engagés.
Travaillez assiduement avec le sieur Fallu Du Ruau à faire des projets de règlemens pour la justice et police dans les isles, et appliquez-vous, pendant le tempsqne vous serez sur les lieux, à faire en sorte que les juges
mais je crois que, comme il peut y avoir de fréquentes occasions d'occuper ces barques au transport des marchandises d'une isle à l'autre, il est bien nécessaire que vous fassiez en sorte qu^ ces matelots gagnent leur vie, et que la compagnie ne soit chargée que de faire l'avance de leurs gages et de leur subsistance.
J'ay vu le mémoire que vous m'avez envoyé tant sur le prix des sucres, le commerce des nègres et bestiaux, que sur le passage des engagés aux isles; mais, comme j'ay mis des apostilles sur chacun des articles dont il est composé et que je vous en renvoyé cy-joint une copie, je n'ay qu'à vous recommander de vous y coirformer exactement.
Je suis bien ayse que le sieur Du Ruau s'applique à l'examen des comptes des commis de la compagnie; et, quoyque le désordre dans lequel ils vivoient autrefois puisse rendre cet examen plus long et plus difficile qu'il ne devroit estre , il importe beaucoup au bien et à l'avantage de la compagnie d'aplanir toutes les difficultés qui s'y peuvent rencontrer et de le presser de finir ces sortes d'affaires.
Les projets d'ordonnances générales auxquels vous travaillez avec M. de Baas en chaque isle estant de grande conséquence pour le repos, le soutien et l'augmentation de ceux qui y sont establis, il est bien nécessaire que vous continuiez ce travail avec soin et application, et que, aussytost que vous l'aurez achevé dans une isle, vous me l'envoyiez, afin que je puisse l'examiner et en rendre compte à Sa Majesté.
Je vous envoyé cy-joint les lettres patentes que vous m'avez demandées pour l'establissement d'un conseil souverain en l'isle de Saint-Christophe ^ lesquelles sont conformes à celles qui ont esté cy-devant expédiées pour la Martinique.
Je suis bien ayse d'apprendre qu'il se rencontre, dans les isles, delà terre propre à faire des formes pour le raffinage des sucres ; j'ay donné ordre à la compagnie d'y faire passer au plus tost les trois ou quatre potiers de terre que vous demandez, n'y ayant rien qui puisse contribuer davantage à mettre les sucres en valeur que les raffineries, et qui puisse procurer plus d'utilité aux habitans qui s'y appliquent.
(Arch. de la Mar. Ordres du roi pour les compagnies des Indes, 1670, foi. lâi.) * Ces lettres patentes sont du 1 7 décembre 1 670. ( Ordres du roi, fol. 1 63.)