‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 135 sur 258 · A M. PÉLISSIER · texte numérisé non relu

A M. PÉLISSIER

DIRECTEUR DE LA COMPAGNIE DES LNDES OCCIDENTALES

(Copie portant : Ik la main de Colbert. )

Paris, 30 décembre 1670.

Je m'étonne que vous ne m'ayez point fait réponse par article? à l'instruction que je vous ay donnée et à toutes mes lettres. Ne manquez pas de le faire aussytost que vous aurez reçu celle-cy.

La compagnie demeurant d'accord de l'exécution de tout ce que je luy ordonne de la part du Roy , et de tout ce que je luy fais connoistre pour son bien et pour ses avantages, il est nécessaire que vous le suiviez dans tonte voslre conduite, estant bien assuré qu'elle vous donne ses ordres en conformité. 11 faut donc que vous fassiez connoistre au public, et en particulier à tous les habitans des isles, que l'intention de la compagnie n'est point de réserver à soy tout le commerce; au contraire, qu'elle donne ses permissions à tous les marchands qui y veulent envoyer des vaisseaux, qu'elle continuera toujours à faire la mesme chose , et qu'en mesme temps elle y enverra aussy ses vaisseaux pour fournir les isles plus abondamment de tous leurs besoins, et qu'elle s'appliquera plus que jamais au commerce de Guinée pour y apporter toute la quantité de nègres qui sera nécessaire pour la culture desdites isles et le service des habitans.

Pour ie surplus, n'admettez sous aucun prétexte aucun vaisseau ni commerce estranger, et ne souffrez point que l'on fasse aucune taxe dans les isles sur les marchandises qui viennent de France ; cela est tellement essentiel, et le Roy le veut si absolument, qu'il ne faut admettre aucune raison au contraire.

Je vous envoyé une copie de la lettre que Sa Majesté écrit à M. de Baas, par laquelle vous verrez les intentions de Sa Majesté sur les principaux points qui regardent les isles.

J'ay donné les ordres à la compagnie et en mesme temps j'ay expédié une ordonnance que j'ay envoyée dans tous les ports pour y estre publiée et registrée, portant défenses de laisser sortir aucun vaisseau pour les isles s'il ne porte deux cavales ou deux vaches , ou deux asnesses. J'espère que cet ordre peuplera les isles de ces bestiaux, et, dans l'année prochaine, je feray la mesme chose pour les engagés.

Travaillez assiduement avec le sieur Fallu Du Ruau à faire des projets de règlemens pour la justice et police dans les isles, et appliquez-vous, pendant le lempsque vous serez sur les lieux, à faire en sorte que les juges

fassent bien leur devoir et rendent bien la justice et sans frais. Si vous avez besoin de quelque ordre pour cela, vous n'avez qu'à me le faire sçavoir.

Travaillez aussy à expédier promptement les vaisseaux de la compagnie, et soyez assuré qu'en la diligence consiste tout l'avantage qu'elle peut tirer de son commerce.

Pourvu que voslre voyage produise l'expulsion entière des estrangers, la liberté entière aux marchands françois et la suppression de toutes taxes sur les marchandises, et que vous travailliez à liquider tous les comptes de la compagnie et à bien establir la décharge et recharge des vaisseaux, je seray content. Il faut porter les juges, autant qu'il se pourra, à prononcer les peines et la confiscation contre les vaisseaux estrangers, parce qu'il faut faire en sorte que cela se fasse par le seul ordre de la justice, sans assistance des forces maritimes du roy, lesquelles Sa Majesté retirera pour employer ailleurs aussytost que cela sera bien estably.

Ne manquez pas, ainsy que je vous l'ay recommandé par ma lettre du âi juin dernier, de m'envoyer des graines de tous les fruits, herbages, fleurs, plantes et arbrisseaux qui se trouvent dans les isles et dont on n'a point connoissance icy.

Vous verrez, par les arrests du conseil que je vous envoyé, les nouvelles grâces que Sa Majesté a faites à ceux qui font le commerce dans les islcs de l'Amérique ^

(Ârch. de la Mar. Ordm du roi pour les compagnies dés bides, 1670, fol. iS^.)

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