‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 151 sur 258 · GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE

SaÎDl-Germain, 1" may 167s.

Je suis obligé de mettre la main à la plume pour vous dire que j'ay reçu depuis peu de jours un mémoire que M. de Baas vous avoit envoyé par son secrétaire, une lettre que vous avez écrite au sieur de Baas sur ce sujet, et sa réponse. Sur quoy je dois vous avertir que, nonobstant la confiance entière qu'il paroist dans cette lettre que vous avez en ma protection pour vous soutenir envers et contre tous, cette protection vous manquera entièrement si vous ne changez de conduite.

M. de Baas voas a tesmoigné de la considération et de l'amitié en vous envoyant le mémoire des plaintes que l'on faisoit contre vous; vous deviez l'avertir et iuy répondre; et, s'il y avoit quelque chose de véritable, vous en corriger. Au lieu de vous conduire de cette sorte , vous Iuy écrivez d'un s^ie le plus extraordinaire que j'aye jamais vu en un inférieur à son supé* rieur. Prenez-y garde, je vous donne cet avis qui sera peut-estre le dernier que vous recevrez de moy, si vous ne changez de conduite; et ne vous persuadez pas que vostre tesmoignage seul, quand vous le rendrez de vous* mesme, puisse prévaloir aux plaintes générales que l'on peut faire de vostre conduite et aux tesmoignages qui en seront rendus par tous ceux qui seront envoyés de là avec la confiance du Roy. Les grandes précautions que vous prenez dans toutes vos lettres contre . les sieurs Pélissier et Du Ruau, tout ce qui est porté par vos lettres qui n'explique que trop clairement qu'en vous doit résider toute la justice , la police et les armes de l'isle, et que vostre autorité de gouverneur doit en toutes choses estre supérieure à tout, fait connoistre assez que M. de Baas n'a pas eu tort en toutes choses, ainsy que vous vous efforcez tant à me le persuader. C'est à vous à mettre vostre esprit sur un autre pied qu'il n'a esté jusqu'à présent, laisser agir les officiers de justice et les conseils souverains dans î'estendue des pouvoirs que le Roy leur a donnés, suivre et exécuter ses ordres et ceux de vos supérieurs ; et ne vous flattez jamais de la vaine assurance que je croiray ce que vous m'écrirez au préjudice de tous les tesmoignages que tous les auti*es rendront de vostre conduite.

( Areh. de la Ifar. Ordm du ni potar {m compagnim dtt Indêt, 1679 , foi. 69.)

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