‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 155 sur 258 · A M. CARON · texte numérisé non relu

A M. CARON

DIRECTEUR DE LA COMPAGNIE DES INDES ORIENTALES

SainUGermain, 19 octobre 1G7U.

J'ay reçu toutes les lettres que vous m'avez écrites, les 7 février, 5 et 3o décembre 1671, 3 et 9 janvier dernier. La résolution que vous avez prise d'accompagner M. de La Haye dans l'establissement des postes qu'il avoit ordre de prendre dans les Indes est fort bonne ; et je ne doute pas que vous ne travailliez toujours avec la mesme application à tout ce qui peut estre avantageux au bien de la compagnie et à l'augmentation de son commerce. Et comme les autres directeurs qui sont dans les Indes tireront assurément beaucoup d'utilité de la grande expérience que vous vous estes

' Voir Marine, pièces ir 396, 3oo , 3oa et notes. — ' ija bataille de Soulliwood-Bay, du 7 juin.

acquise du commerce et de l'esiablissement des postes qu'il e»i nécessaire d'y occuper, il est bien important que vous leur communiquiez toutes vos pensées et toutes vos lumières sur ce sujet, et surtout que vous teniez la main, pendant le temps que vous demeurerez dans les Indes, à ce que les marchandises soyent mieux choisies que par le passé, et les assortimens mieux faits, en sorte que les ordres et mémoires qui sont envoyés par la chambre de Paris soyent ponctuellement exécutés, estant certain que ce commerce seroit entièrement ruiné si la compagnie n'estoit mieux senie qu'elle n'a esté jusqu'à présent *.

Gomme Sa Majesté ne désire rien plus fortement que de maintenir l'union entre les directeurs qui sont dans les Indes, et de les porter tous à concourir à une mesme fin, qui est l'establissement et l'augmentation da commerce de la compagnie, elle veut que, dans toutes les assemblées que vous tiendrez , vous vous expliquiez tous avec liberté de vos sentimens, et que les résolutions soyent prises à la pluralité des voix; mais elle désire que, en cas qu'il y eust quelque difficulté dans vos délibérations, vous vous conformiez aux sentimens de vos confrères quand mesme ils seroient contraires aux vostres.

A l'égard des comptes, comme toute la dépense qui a cy~ devant esté faite a passé par vos ordres, et qu'en cela, comme en toutes choses, vous avez grand intérest de faire connoistre l'exactitude et la ponctuahté que vous avez observées dans toute vostre conduite, il est nécessaire que vous fassiez en sorte que la compagnie soit satisfaite du bon estât que vous y aurez mis; et, pour cet effet, j'estime que vous devez tenir soigneusement la main à ce que tous les comptes qui seront rendus du maniement de ses deniers soyent vus, examinés et arrestés. Sa Majesté se promettant au surplus que vous servirez d'exemple en tous rencontres pour maintenir el

* Le même jour Cotbert écrivait à M. do La Haye :

«Sa Majesté a fort approuvé la modération avec laquelle vous avex souffert les emportemcns du sieur Blot et toutes les autres contrariétés que TOUS avez trouvées dans Texécution. Elle m^ordonne de vous expliquer que, par tous les rapports qui luy sont faits par les directeurs généraux des sentimens des directeurs et de tous les François qui sont dans les Indes, par Testât de toutes les marcliandises qui en viennent, leur mauvaise qualité et encore plus leur assortiment, qui est toujours très-défectueux, le prix qu^elles coustent dans les Indes , et tout ce qu'elle voit clairement de

la conduite qui s'y est tenue jusqu'à présent, le sieur Garon ne peut pas se disculper d un trop aveugle abandonnement au courtier Sanso», qui aura assurément causé des préjudices irréparables à la compagnie ; et ainsy, quoyqoe cela ne soit pas de vostre fait, cela doil néanmoins vous porter a donner plus de créance aux directeurs françois. Ce n'est pas que Sa Majesté ayt pris aucun soupçon de la fidélité ni du zèle du sieur Garon pour son service et pour le succès de cette entreprise; roais^llecroit que les François doivent estre plus crus qw luy sur ce qui regarde le succès de celte compagnie.'» {Ordr«M durm, fol. 9 3.)

fortifier l'union, qui est le moyen le plus assuré pour establir solidement le commerce.

( Areb. de !a Mar. Ordre» du roi pour le* compagnïM des Indes, 1679 , fol. ^'i.)

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