LOUIS XIV A M. DE BAAS
GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ÎLES D'AMÉRIQUE
Saint-Gennaiii , 9 avdl 1 676.
Après avoir vu et examiné toutes les dëpesches que vous avez écrites depuis sept ou huit mois, je suis bien ayse de vous faire sçavoir mes intentions sur tous les articles qui y sont contenus.
Pour cela vous devez estre premièrement informé que les HoUandois ojtt envoyé une escadre de huit vaisseaux ou frégates légères dans les Indes
^ Dans la lettre, déjà citée en note , adressée cun de vos domestiques ni persoone (jui vous
au comte de Frontenac, Golbert lui disait à ce approche s'en mesle, estant impossible qoe
sujet : les habitans puissent estre persuadés que vous
((Sa Majesté m'a ordonné de vous dire, avec garderez réalité de justice et de protedioo
le mesme secret, qu'encore qu'elle n'ayt point que vous devez, tant qu'ils verront quelques
ajouté foy à ce qui a esté dit icy qu'il se faisoit personnes qui auront des accès particuliers «a-
qùelque commerce et quelques achats de pel- près de vous qui s'en niesleront, . . 'n leteries en vostre nom , vous devez éviter qu'au-
occidentales, sous prétexte de Testablissement d'une nouvelle colonie dans la terre ferme de rÀmërique. Mais, comme j'ay beaucoup de sujets de croire qu'ils se servent de ce prétexte pour cacher le véritable dessein d'une entreprise sur mes isles, vous devez faire toutes les diligences qui pourront dépendre de vous pour estre averty de leur dessein, et ce pendant vous précautionner en tenant les habitans sous les armes et en estât de défense, en cas que les Hollandois voulussent y tenter une nouvelle descente. C'est en une occasion si importante au bien de mon service et à la conservation des isles dont je vous ay confié le commandement, que je m'attends bien de recevoir des marques de vostre valeur et de vostre bonne conduite, et surtout que la connoissance de tout ce qui se passa, il y a deux ans, en la descente que Ruyter fit dans les mesmes isles S vous donnera les moyens de prendre vos précautions de telle sorte que les ennemis n'y trouveront pas la mesme facilité qu'ils auroient trouvée, s'ils eussent eu assez de valeur et de bonne conduite pour l'exécution de leur dessein.
Encore que je sçacbe bien le mauvais estât de vostre santé et le besoin que vous avez de retourner en France, vous voyez bien qu'il n'est pas possible que je puisse vous accorder vostre congé pendant le reste de cette campagne, et jusqu'à ce que vous soyez assuré d^ la retraite des ennemis et qu'il n'y aura plus aucun de leurs vaisseaux dans toute l'Amérique qui puisse vous donner aucun ombrage; mais vous pouvez estre assuré que je vous enverray vostre congé dans le commencement de l'hyver prochain.
Je suis en doute si le vaisseau le Fart, que commande le marquis de Grancey, sera en estât de tenir la mer et de combattre; et en luy donnant le mesme avis de l'envoy de Tescadre ennemie, je luy ordonne de faire jusqu'à l'impossible pour le radoub de ce vaisseau et, en ce cas, de tenir ensemble tous les vaisseaux de son escadre pour observer la navigation des ennemis et se mettre en estât de les combattre et d'empescher toutes les entreprises qu'ils pourront faire sur les isles. Et en ce cas je luy donne ordre de retourner en France avec mon vaisseau le Hardy, après que le temps des ouragans sera passé, ne doutant pas que les ennemis ne se retirent en ce temps-là; mais, en cas que son vaisseau ne puisse pas estre mis en estât de tenir la mer et de combattre, je luy donne ordre de s'en revenir en France.
Je luy explique si clairement mes intentions sur le sujet de toutes les difficultés que vous dites, par vos lettres, qu'il a faites et de toutes les prétentions qu'il a eues, que je ne puis douter qu'il ne s'en désiste entière-
' Voir pièce ii" 79 et noie.
ment et qu'il ne vous obéisse , aux termes de mon règlement du & novembre 167&. Sur quoy, je dois vous dire que vous devez agir avec quelque eoncert avec luy sur tout ce qui concerne l'action de mes vaisseaux, ainsy qu'il est porté par ledit règlement et que je vous l'ay fait sçavoir en diverses occasions M mais, comme il est important pour le bien de mon service qu'il vous obéisse sans difficulté et sans se servir d'aucun terme de ce règlement pour ne pas le faire, je iuy ordonne précisément de vous obéir eo toutes choses^, remettant entièrement à vous d'en user ainsy qu'il est porté par ledit règlement.
Je feray partir, dans la fin du mois prochain, deux autres vaisseaux pour demeurer dans les isles en la place des deux que le marquis de Grancey ramènera après le temps des ouragans.
J'approuve ce que vous avez fait pour la distribution dans les isles des huit compagnies d'infanterie que je vous ay envoyées, et je vous envoyé cy-joint une copie de la liste des officiers qui les doivent commander, que je feray partir par les deux vaisseaux que j'ay résolu de vous envoyer à la fin du mois prochain.
Vous trouverez cy-joint une ordonnance portant défense aux capitaines commandant mes vaisseaux de lever aucun matelot ni soldat dans mes isles; il sera nécessaire que vous teniez soigneusement la main à son exécution.
( Arch. de ia Mor. Ordrti du roi pour Us compagnies dn Indet, 1676, fol. h.)