CHEF D ESCADRE
SaintrGermain, 9 avril 1676.
11 a esté impossible de s'empescher de rendre compte au Roy de tout le contenu en vos lettres, quoyque avec regret, sçacbant bien que Sa Majesté n'approuveroit point toutes les difficultés qui y sont contenues, d'autant plus qu'elle avoit bien prévu que le caractère de vostre esprit ne poarroit compatir avec le bien de son service dans les isles, et que [si elle vous a choisi] ce n'a esté que par l'assurance que je luy ay donnée que vous fermeriez l'œil ^ et que vous passeriez par-dessus toute sorte de difficultés pour aller au bien de son service. Mais il en est arrivé tout autrement parce
^ Voir pièce n" 79. seriez facile ;» Seignelay a corrigé de sa main :
* Voir ia pièce suivante. • ^que vous fermeriez rœil.'^
^ La première rédaction portait (tquo vous
que vous faites naistre des difficultés qu'il auroit esté impossible de pou* voir prévoir; c'est sur quoy Sa Majesté m'a dit de vous expliquer ses intentions ^ sur tous les points qu'elles contiennent.
Premièrement, vous prétendez que le pouvoir et toutes les fonctions d'amiral de France doivent estre establis dans les isles , et que vous les àeyez exercer et en jouir. Cette prétention est si nouvelle que jamais un vice-amiral, lieutenant général ni autre officier général ne l'a prétendu ni n'en a jouy, le pouvoir et les fonctions d'amiral estant renfermés en sa seule personne et ne se communiquant point à aucun de ses officiers infé* rieurs. Il n'y a que le seul commandement des vaisseaux que l'on vous confie et que Sa Majesté fait sans subordination, qui vous appartienne.
Vous n'avez aucun pouvoir, commandement ni inspection sur les troupes qui sont à terre, quand mesme elles seroient tirées des équipages des vaisseaux; vous n'avez aucun pouvoir sur les officiers de port, comme capitaines, pilotes et autres, ni sur les vaisseaux marchands qui arrivent dans les rades des isles, ni mesme de commettre pouvoir à aucun de ces officiers, le tout appartenant au lieutenant général dans les isles. Vous ne devez donner aucune commission pour armer en cours à ceux qui sont appelés dans les isles flibustiers et boucaniers; cela appartient au lieutenant général dans les isles.
En un mot, toutes vos prétentions sont si nouvelles et si extraordinaires qu'il estoit impossible de les pouvoir prévoir, et il suffit de vous dire que Sa Majesté ne veut rien innover dai^ les isles.
Sur le sujet des prises des vaisseaux estrangers qui veulent faire commerce dans les, isles. Sa Majesté est étonnée que vous puissiez former aucun doute sur ses passe-ports. Ainsy vous devez laisser naviguer avec ane entière liberté ceux qui en seront munis pendant le temps pour lequel les passe-ports auront esté expédiés; à l'égard des vaisseaux estrangers qui n'en auront point, il suffit qu'après les avoir pris vous les envoyiez dans les isles pour y estre jugés; et, si le conseil souverain juge contre les ordonnances de Sa Majesté, elle sçaura y apporter le remède qui sera nécessaire pour le bien de son service.
Sa Majesté est surprise que vous insistiez sur le fait du commerce, après des défenses aussy expresses que celles qu'elle a faites à tous les officiers d'en faire aucun, et elle croit que ces défenses regardent plulost les capitaines qui ont peu de naissance que vous; mais, en un mot, puisque vous avouez par vos lettres que vous en faites, elle vous le défend expressé-
* H y avait «ses voIonlés;n Seignelay a effacé et nm «tses inleiitions sur loua les points qu'elles cofilienoenf.'»
ment. Elle a fait desjà arrester et confisquer toutes les marchandises et les appointemens des sieurs de Larson, de La Glocheterie et chevalier de Beaujeu, qui en avoient fait contre ses défenses, et elle cassera tous les officiers qui en feront aucun.
Il ne me reste plus qu'à vous parler du commandement, sur lequel Sa Majesté s'est expliquée clairement par son règlement du U novembre 167/i. En cas de doute ou de difficulté, elle veut que vous luy en donniez avis; mais ce pendant elle veut que vous obéissiez , et que vous exécutiez les ordres qui vous seront donnés par ie sieur de Baas.
Je ne puis pas m'empescher de vous dire que vous empeschez tout le fruit de vos services par ces difficultés hors de propos et qui n'ont aucon fondement; faites-y réflexion et mettez-vous une fois l'esprit en estât de les surmonter et de faire toujours tout ce qui peut convenir au service du roy, sans vous y arrester.
Vous verrez, par l'avis que le Roy vous donne, que vous pouvez peutestre avoir une occasion avantageuse pour vous signaler; profitez-en bien, je vous prie, et soyez assuré que je prendray toujours beaucoup de parti vostre gloire, à vos avantages et à vostre satisfaction '.
Le Roy m'ordonne d'ajouter à ce mémoire qu'il ne veut point que vous preniez l'autorité de donner congé aux officiers et d'en establir d'autres en leur place, ni de donner aucune commission dont vous n'avez point le pouvoir.
Pour tous les autres articles de vos dépesches, comme ils concernent le dedans des isles et le commandement du sieur de Baas, Sa Majesté n'estime pas qu'il soit nécessaire de vous en faire aucune réponse, parce que vous n'en devez prendre aucune connoissance.
Sa Majesté ne trouve point qu'il convienne au bien de son service que vous ayez acheté une habitation dans les isles, et ainsy elle veut que vous vous en défassiez. . .
(Âreh. de la Mar. Ordres du roi pour Im eompagmn dm hdis, 1676, foi. 8.)
^ Voir la pièce précédente, dans laquelle le Roi prévient M. de Baas de la possibilité d'une nouvelle attaque de la part des Hollandais.