II. — MÉMOIRE SUR LES GALÈRES
(Minute autographe de Golbert.)
16 oetobre 1669.
Il faut que M. de La Guette envoyé un mémoire exact de tout ce quMl faut observer pour expédier les estais des galères du roy, tant pour cette année 1669 que pour Tannée prochaine 1 663.
Pour cet effet, il est nécessaire qu*il observe qu*en Tannée i636 le Roy défunt avoit treize galères en mer :
Pour la RéaU, le Roy donnoit pour toutes eboses par an . 3a,&oo livres. Et pour 90 soldaU, pour dix mois 8,6/10
Total d*an6 galère quioqiurame employée pour une galère et demie . h 1 ,o4o
Pour îa Régine, le Roy donnoit un tiers plus qu'aux galères
ordinaires 98,800
Et pour 80 soldats , pendant huit mois 3,68o
Total de la Régine 36,&8o
Ponr une galère quatrirame, dite la Patronne, par an 91,600
Pour 60 hommes de guerre, pendant huit mois 6,760
Total d'une galère ordinaire .... 97,360
renvoyé an sieur de La Guette copie dndit estât de i63&.
Par le projet d'eslat qui m*a esté donné par M. Ariste', lequel j'envoye pareillement audit sieur de La Guette, il paroisi que Tentretènement ordinaire de chacune galère monloit, par chacun an, avant que le Roy s^en fust réservé Téconomie ,
A la somme de 39,ooo livres.
Et ponr l'extraordinaire par mois , à 3,o&7
Suivant le mémoire qui est pareillement cy-joint.
Il est nécessaire que le sieur de La Guette examine bien sérieusement si, le Roy s'en réservant réeonomie, il y aura quelque chose de considérable à mesnager sur cette dépense ou non, et il bat que ce bon mesnage paroisse fort clairement, c'estrè-dire qu'il faut que Sa Majesté fasse le fonds pour Tannée prochaine sur le pied de 39,ooo livres pour chacune des huit galères qu elle peut avoir snr pied, non compris Texlraordinaire , quand elles iront à la mer, et que le sieur de La Guette fasse voir clairement qu'il n'en coustera pas tant au Roy, parce que, si la dépense estait égale on plus forte , il vaudroit beaucoup mieux remettre le soin de la dépense aux officiers, et que le sieur de La Guette prist soigneusement garde que les capitaines et autres officiers fissent Uen leur devoir, tant pour bien nourrir la chiourme, ainsy qu'ils en seroient obligés, que pour Tentretenir complètement , maintenir le corps de la galère et tout ce qui en dépend, estant certain qo'il vaudroit beaucoup mieux laisser Téconomie aux capitaines, qui seroient nommés par le Roy, soit pour toujours, soit pour une, deux ou trois années, ainsy qu'il plairoit à Sa Majesté , que de se chaiger d'une dépense excédant celle qui s'est faite de tout temps.
Pour composer Testât de Tannée prochaine, il faut voir le véritable nombre des forçats, en
' Ce mémoire est celui qui était joint à la lettre ' Commis de M. de Brienne, secrétaire d'Etat
) le même jour à de La Gnette. (Voir Ma- anx affaires étrangères. Hae, pièce n* 11.)
composer les huil galères (sçavoir : les quatre vieilles qui restent et les quatre neuves), estant nécessaire de presser eitraordinairement la construction des deux qui sont commencées et en mettre aussytost deux antres sur les ateliers , et mesme Sa Majesté veut que Ton en fasse bastir encore une autre à Marseille, afin qu^elle en puisse avoir promptement le nombre nécessaire pour mettre toute sa cbiourme.
Sur ce sujet, il me semble qu^il faut observer, à Tégard des vieilles galères qui restent en mer, que, ou il faut que les capitaines à qui elles appartiennent les commandent, si elles sont en eslit de naviguer, ou bien , si elles ne sont pas en cet estât et qu'il faille mettre la chiourme sur les galères neuves, celles-cy appartiendront au Roy, qui les pourra donner à tel capitaine et pour tel temps qu'il luy plaira.
Outre les soins que M. de La Guette aura pris pour sauver les chiourmes, les soldats, les arma, agrès et généralement tout ce qui peut estre sauvé d'une galère qui donne à terre, il faut encore envoyer quelques personnes capables pour les faire dépecer et en tirer le fer et le bois qui poum servir à quelque chose.
L'on ne doute point que les galères qui ont resté et les vaisseaux n'ayent fait leur devoir pour sauver les chiourmes, les soldats, l'artillerie et généralement tout ce qui a pu estre sauvé, et qne le tout ne soit à présent à Toulon '.
Dans Testât à faire pour l'année prochaine 1 663 , outre la dépense ordinaire des huit galères, montant à raison de 39,ooo livres chacune, â 956,ooo livres.
L'extraordinaire pendant six mois de six galères, à raison de 3,0/17 ^^i^^ par mois chacune, cy 1 09,699
Pour la dépense de l'hospital , à 1 9,000
Pour tous les officiera majore , ib seront réglés après que M. de La Guette aara répondu aux apostilles mises sur chacun article de Testât.
Outre cela, 'l faut encore mettre la dépense pour la construction de trois galères neuves, poor Tannée 1 663 , et les rendre prestes à mettre en mer.
Et, au cas qu'il y ayt à présent plus de forçats qu'il ne faut pour les huit galères que nous aurons en mer, il faut employer dans Testât la nourriture et entretènement des forçats qui excéderont ce nombre.
A Tégard des forçats qui seront envoyés pendant le coure de Tannée prochaine, on fera le fonds tant de la conduite que de leur nourriture par ordonnances séparées, en sorte qu'en expédiant Testât sur le pied qui est cy-dessus expliqué, il sera pourvu aussytost à tous les fonds nécesnires pour les galères pendant Tannée 1 663.
Aussytost que les quatre galères qui sont en mer seront arrivées à Toulon , il but les faire exactement visiter pour connoistre si elles sont encore assez bonnes pour pouvoir estre mises eo mer, parce que, si elles n'estoient point en assez bon estât pour cela, comme ii est néoeffaira d*en mettre huit à la mer au mois d'avril prochain, outre les deux corps de galère que Ton bastiti présent à Toulon et une autre qu'il faut faire bastir incessamment à Marsdlle , il seroit bon en oe cas de faire voir si le Grand-Duc ou la République de Gènes en auroit à vendre quelqu'une preste à mettre à la mer, pour en acheter une ou deux, pourvu qu'après les avoir visitées elles se trouvassent fort bonnes.
Sa Majesté veut que Ton achète ce que Ton se propose de longue main pour faire fondre des canons de coureier et autres, mesme des pierriera, au moins pour douze galères, en sorte que Ton ne soit pas obligé d'en louer, comme elle a regardé que Ton avoit fait pour les galères qm sont en mer.
( Arch. do la Mar. Mss. originaux, Colbert et Set^neiay» pièce sans nunéro.)
I Voir Marine, pièce n" 1 1 , page 18,87.
m.— LE DUC DE BEAUFORT A COLBERT'.
(Leltre autographe.)
A bord de Tamiral, 8 aoust t665.
Je me donne rhooneord^ëcrire au Roy ce qui s'est passe avec les galèresde Sardaigne , lesquelles , , s'estant échappées de nuit peur de saluer celles de France et mesme le pavillon amiral , loiûbèrent entre mes mains par la fine manœuvre que je fis, les voyant cachées le long de la coste de cette isie. Rien au monde n'est si ridicule que Tordre qu'elles ont d'Espagne de ne point saluer; aussy jamais vaisseaux n'avoient-ils trouvé moyen de les contraindre à cela que cette fois-cy, que je les ay mises en estât d'estre prises, quand elles auroient mesmc esté turques. A moins de cda, elles se seroient moquées de moy.
Je vous supplie de faire entendre à Sa Majesté les raisons qui m'ont obligé de changer le dessein de Tripoli; l'impossibilité que les pilotes et tous les officiers d'une voix ont trouvée d'y aller pour elles en cette saison-cy en est la plus forte, les ayant assemblés tous pour cet effet, et en cela la vérité e^t qu'ils ont eu tout à fait raison, puisque, si un vent d'ouest ou de nord-ouest les avoit prises au-dessous de Malle, il auroit do nécessité fallu courre jusqu'à Zante ou Géphalonie, et, puis après, comment revenir? De plus, la coste de Barbarie, en septembre, est une chose bien gaillarde; je la connois et n'ignore pas la navigation des galères; les pilotes ne m'en sçauroient faire accroire, comme ils font souvent à la plupart de leurs officiers, estant de vrais paresseux qui ne demandent qu'à finir une campagne et à retourner dans le port, et, à moins de sçavoir ce qui se peotetce qui ne se peut pas, ils vous font perdre de beaux rencontres. J'en aurois sans doute trouvé de bien favorables en Afrique, si j'avois eu le temps d'y pouvoir mener mes bastimens n rame. Pour cela , il faudroit estre à la fin de may, et non au 8 d'aoust.
Voicy la manière dont je me vais servir de l'armée de Sa Majesté jusqu'à la fin de septembre : je vais faire mes efforts pour montrer les vaisseaux et les dix galères devant Alger et y rester autant qu'il me sera possible, puis passer à la coste d'Espagne, y croiser sur les caps Palos et de Gâta. Cependant j'ay envoyé des ordres aux vaisseaux qui me doivent attendre au cap Palos, lesquels neltoyent toujours ces cxistes-là, de s'en venir devant Alger et d'en garder l'entrée; de celte mamère, nous allons l'incommoder infiniment. A la fin de septembre, j'y retournera y avec les ▼aisseaux de Sa Majesté joints ensemble et verray s'ils ne m'enverront rien dire. Et comme j'anray donné la chasse et la peur, tout au moins , à cette brigande ville, et que ceux de Tripoli et de Tunis ne craindront plus les galères de Malte et celles du Grand-Duc, qui sont en ce pays-là, qu'ils me croiront mesme en Ponant, je m'en iray à leurs croisières, où j'ay une grande espérance de réussir. De cette façon , j'employeray les vivres que nous avons à tourmenter Alger, Tunis et Tripoli et à visiter tout le Levant. J'enverray de temps en temps des vaisseaux sales se faire caléner, afin d'en avoir toujours de nets pour joindre ces corsaires. Il faut, s'il vous plaist, donner ordre que Ton ayt soin de iesdib'genter à Marseille. Si le malheur vouloit qu'il y eust de la peste, à Toulon cela se peut faire de mesme. Je voudrois bien avoir octobre, novembre et décembre, tous entiers, pour travailler en Levant sur Sapienza et Sparlivento. Pour cela, il me faudroit envoyer un mois de vivres, tout au moins , par les vaisseaux qui y vont se faire caréner et une fluste que j^y enverray exprès.
A moins du temps et d'une grande application , on ne peut réussir avec des coquins qui ne font qoe fuir devant vous. Je mets volontiers à la censure de tous ceux de nostre métier les choses que je propose. Si Sa Majesté désire qu'on fasse la guerre tout l'hyver en ces mers, qui est le seul moyen de réduire tous ces gens qui ne vivent que de pillage , je vous supplie qu'on presse la Thérèse. Elle me seroit bien utile pour le cours ; et pendant qu'on caréncroit ce beau et bon vaisseau-cy , je m'en Krriroisfort utilement, sans perdre aucun temps, estant de l'ordre, après un premier voyage à
' Voir Marine, pièce n" 53.
des navires neufe, de les caréner avec loisir. Ce n*est pas que ceiuy-cy, s'il estoii de besoin, oe s^en passast, ne faisant pas une gouUe d'eau , estant fort et bien lié, mais sale, il ne cbemineroit point.
Ceux d'Alger se sont résolus de sortir quand ils ont vu que juin et partie de juillet estoient passés sans qu'on eust rien entrepris à leurs costes et que le temps des galères paasoiL En gardant rentrée de leur ville , les cherchant sur leurs croisières et les y chassant les uns ou les autres, peotestre les y pourrons-nous rencontrer ; mais ma plus grande espérance est devers le Levant Si les affaires de Sa Majesté le permettent, je la supplie très-humblement d'agréer que j'y passe ces Inns' mois et de ne donner seulement que quinze jours au plus aux vaisseaux qui iront à terre se caréner pour se remettre à la voile. Je croirois mesme que ce seroitassesde doue aux petits navires. Lear limitant un temps, cela les hastera tout à fait. Ce sont des précautions utiles pour le service, et qui empescbent qu'on ne mange les vivres dans le port. Je prétends faire caréner les petits navires sans y retourner. Les quatre qui sont allés à Cadix seraient bien utiles pour faire le coun avec ces petites frégates que l'on a faites à Dunkerque. A leur place, nous enverrions, si Sa Majesté le trouvoit bon, l'Anna, U Dragm, le Céêor et U SakU-Augufti», très -propres à convoyer dans le Ponant.
La passion que j'ay au service me lait vous mander toutes les choses que je crois y pouvoir estre utiles. Je vous supplie de n'estre point importuné de mes longues lettres et de me eroîre entièrement à vous.
(Copiée sar l'origiDal commaniqué par M. Le Glercq , sous-direeteur aa ministère des Finances.)