‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 206 sur 258 · ÉTABLISSANT UN MUNITIONNAIRE GÉNÉRAL DE LA MARINE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSANT UN MUNITIONNAIRE GÉNÉRAL DE LA MARINE

Saint-Germain, k mars 1670.

Sa Majesté, ayant estime nécessaire pour le bien de son service de décharger les capitaines de ses vaisseaux du soin de faire les vivres de leurs équipages, et d'estabiir un munitionnaire générd pour les fournir, a voulu par la présente, qu'elle veut estre publiée dans tous les ports et attachée au grand mast de ses vaisseaux de guerre, faire connoistre aux capitaines et officiers commandant les équipages de ses vaisseaux, les conditions sous lesquelles elle a donné ladite fourniture an sieur Jacquier, en conséquence du traité qu'elle a fait avec luy.

1 . Le biscuit qui sera embarqué et distribué aux équipages sera fait de farine de froment épurée de son, et de pAte bien levée; le vin rouge couvert, franc de pourriture, pousse et aigreur, autre que ceux de l'isle de Ré, Poitou et Nantes, et vin vrillé de la Rochelle; le gruau ou ris, les pois, fèves ou fayols de* la dernière récolte; et les viandes et poissons des plus fraisches salaisons, sans pieds ni testes.

2. Sera donné chacun jour â chaque matelot ou soldat vingt onces de biscuit, poids de marc, et trais quarts de pinte de vin, mesure de Paris, abreuvé d'autant d'eau pour faire trois chopines de boissoo , qui serviront aux trois repas ; et , entre les repas , aux gens du quart , du breuvage composé d'eau et de vinaigre.

3. Sera donné, trois jours de la semaine, de la viande à disner; sçavoir, le dimanche et le jeudy, quatre onces pesant de lard cuit , et, le mardy, demy-livre de boeuf sdé ou les mesmes quatre enees de lard; et à souper, quatre onces de pois ou ris cuit; et les autres jours de la semaine, qui sant les lundy, mereredy, vendredy et samedy, six onces de morue pour le disner et six onces de ftves ou fayols à souper. Lesquelles viandes seront assaisonnées , pour chacun plat de sept personnes , •(avoir : la viande, d'une pinte de bouillon, dans lequel elle aura cuit pour en faire du potage; la morue, d'un demy-quart de pinte d'huile d'olive et un quart de vinaigre; et, à l'égard des pon, fèves ou fayols, ris ou gruau, sur la ration de cent hommes, d'une chopine d'huile d'olive, qui sera versée dans la chaudière sur le bouillon.

4. Sera donné aux oflBciers mariniers, sçavpir : au capitaine des matelots, pilote, maistre caoonnier et six canonnien principaux, contre-maistre, quartier- maistre, mairtre de dbaloupe, bosseman, maistre charpentier et charpentiera, calfateura, tonneliers, voiliers, armuriers, capitaine d'armes, sei^gens, caporaux et prévost, une ration et demie de biscuit, vin, viande, poiston et légumes; et en outre, à leur déjeuner, une sardine à chacun, ou un harang à deux avec un peu d'hidle on de beurre,, pour chacun plat de sept honunes. Et, à l'égard du vin, il leur sera dooné pur, sans estre trempé d'eau , laquelle leur sera donnée à part, dans un bidon.

5. Et à l'égard des armemens qui se feront dans les lieux où il ne croist point de vin, comme depuis Saint-Malo jusqu'à Dunkerque, le sieur Jacquier sera tenu de donner de la bière ou du âdra, sans mixtion, à raison de trois chopines pour homme.

6. En cas que Sa Majesté fasse équiper des vaisseaux pour passer le tropique, elle veut qu'il soit donné de l'eau-de-vie de France, et, au défaut, du vin de Ganarie, à proportion de la valeur, iinsy qu'il eet aocoustumé et suivant le règlement qui sera fait par l'intendant ou commissaire général de marine.

7. La distribution des viandes, poissons et légumes se fera par plat composé de sept rations poi^r ^ hommes, qui mangeront ensemble pendant tout le voyage.

8. Le sienr Jacquier fournira les alimeos convenables aux maUdes, aotant qoe la navigaCioD fe pourra permettre, et à cette fin fera embaT*quer' des viandes fraisches et rafraisfJiisHenneDB ordinaires sur les vaisseaux équipés pour servir d^hospital.

9. Fournira pareillement le vinaigre nécessaire pour Taspersion des vaisseaux.

10. Et au lieu des remèdes et médicamens poiu' panser et traiter les blessés et malades, qui estoient cy-devant fournis par les capitaines , ledit Jacquier donnera le fonds nécessaire pour estre employé en achats desdits médicamens, qui seront faits par les soins des intendans de marine, en ebaque port.

11. Le sienr Jacquier fournira anssy de Teau nécessaire pour les voyages; et, lorsqu*il sera nécessaire de renouveler d^eau et que les vaisseaux de Sa Majesté se trouveront en lien commode, les capitaines commandant lesdits vaisseaux luy feront fournir ou à ses commis, pour cet effet, les barques et chaloupes avec les matelots des équipages.

1 2. Sa Majesté veut que les fonds de cale, soutes au pain et autres lieux servaot ordinairemeDt a mettre les vivres, soyent laissés audit Jacquier ou ses couMnis.

13. La distribution des vivres sera faite chacun jour aux heures et en la manière aoooustomée, en présence de Técrivain que Sa Majesté tiendra sur chacun vaisseau et des officiers qui voudront y assister.

14. Sa Majesté défend très-expressément aux capitaines et autres offiôers de ses vaisseande troubler, ni molester directement, ni indirectement, le sieur Jacquier et ses commis estant sur leur bord, au fait et disUibution desdits vivres, leur enjoignant au contraire de leur donner toute Taslistance dont ils auront besoin , et de faire punir les officiers mariniers, matelots et soldats qui peurroient leur apporter quelque empeschement, à peine de cassatioik

15. Et d'autant qu'il est nécessaire, avant que d'embarquer les vivres, de sçavoir s'il y en a la quantité qu'il faut pour le temps que les vaisseaux auront à demeurer à la mer, à proportioB de leurs équipages, et s'ils sont des qualités mentionnées. Sa Majesté veut que k visite en soit&ite par les intendans on commissaires généraux de marine, ou par l'écrivain du vaisseau et ofikier major, qui seront par eux â ce commis et préposés.

Mande et ordonne Sa Majesté à M. le comte de Vermandois, amiral de France, et aux viceamiraux, lieutenans généraux, intendans et commissaires généraux, chefs d'escadres et antres olfiders de marine qu'il appartiendra, de tenir exactement la main ckacun en droit soy à rexécnlioB de la présente ordonnance, qu'elle veut estre affichée au pied du grand masi de chacan de soi vaisseaux de guerre, afin que personne n'en ignore ^

( Ârcb. de la Mar. Ordm du m pmtr Im mminê , 1670, foi 4S.)

' Pour assurer la pubUcaiion et rexécution de eette ordonnance elle fat envoyée dans tous les ports avec la lettre suivante :

(cAvant estimé important au bien de mon ser^ vioe de décharger les capitaines de mes vaisseaux de guerre du soin de faire les vivres , et de leur donner lieu par ce moyen de 8*appliquer uniquement à ce qui est de leurs véritables fonctions , je je vous fais cette lettre pour vous donner avis que j'ay chargé de ce mesme soin le sieur Jacquier, qui sVst obligé de fournir toutes les victuailles nécessaires aux équipages des vaisseaux que je feroy armer cy-après dans mes ports de Ponant et de Levant, etd*y tenir À cet effet des magasins pour y mettre ses provisions , suivant les clauses et conditions de son traité, dont vous trouverez une co>

pie cy-jointe, à Texéeution dnqud mon in est que vous teniez la main.

«Je vous envoyé aussy mon ordonnance, qoe vous ferez afficher au pied du grand mast de mes vaisseaux, afin que tous les officiers marinien, matelots et soldats connoissent la quantité et U qualité des vivres qui leur seront réguKèrsnMDt distribués par les commis dudil Jaeqoier, et aayairt persuadés du bon traitement qui leur sers fiât à cet égard; mon intention estant aussy que, pour donner moyen audit Jacquier de satisiaire au dauses de son traité, vous luy facflitiec Testablifsement de ses magasins au port de ... et foe vous luy donniez , et è ses commis et préposés, li protection qui peut dépendre de Tantortlè qoe je vous ay commise.» ( Oniimibi rot, fol. à3.)

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