DISCOURS PRELIMINAIRE
Le plus grand avantage que l*on puisse retirer de la oolleclion des manuscrits qui se trouvent dans les archives et dans les dépôts publics est moins d^y retrouver les dates et les détails des SDciens événements, que de parvenir à en connattre les motifs et les routes qui les ont conduits et préparés. C^est de là que Ton peut tirer les meilleurs principes de gouvernement et d^administration pour Tavenir. Mais si rien n^est plus utile que cette connaissance, rien n^est si rare et si difficile que de Tavoir juste et de pouvoir la puiser dans sa source. Une partie de ces motife se trouve cachée dans le cœur des princes et dea ministres, et quelquefois n^en sort jamais; Tautre ne se découvre qne longtemps après, et reste souvent ensevelie dans le secret des cabinets; peu de gens soat à portée de Ten tirer; et de ceux-là les uns manquent de temps, les autres de moyens, et le plus grand nombre d'intérêt pour les mettre au jour; le passé s'oublie, le présent s'échappe, et Tavenir touche trop faiblement pour engager à des recherches pénibles dont le mérite parait incertain ou éloigné. Les affaires, dit-on, ont changé de face; ce qui était bon alors ne vaut plus rien à présont; il faut vivre au jour le jour; un bon esprit vaut mieux que toutes les vieilles maximes. C'est là ce qui fonde en partie le peu de cas que l'on fait de la lecture des anciens manuscrits, on le peu de secours que l'on en tire.
Cependant , il est des principes supérieurs et des maximes capitales qui sont de tous les temps et de tons les gouvernements, que l'esprit seul n'apprend point, et dont il n'y a que l'étude jointe à la pratique et à une longue habitude dans le maniement des grandes affaires qui puissent &ire connaître Timportance. Cette étude est, pour ainsi dire, une expérience anticipée; die ne suffirait pas i on homme sans génie, mais elle aidera beaucoup celui qui joindra l'un à l'autre.
De tous les monuments où on la peut faire avec fruit, les dépêches des ministres sont les plus ^rs et les plus instructifs; et de tous les ministres des derniers temps, M. Golbert est celui dont les dépêches y fournissent le plus de matière, soit parce qu'il étaitnn de ceux qui avaient le cœur et l'esprit le plus remplis de ces grands principes, soit parce qu'il a été plus dans le cas d'en DEÔre usage, et que c'est sous son ministère qu'ils ont eu un plus grand succès.
M. Golbert avait commencé à être emjdoyé dans les affaires sous le cardinal de Masarin, dont il awtla confiance; et il entra dans le ministère â sa mort, d'abord en qualité de contrôleur général, ensuite en cdle de secrétaire d'État ayant le département de la marine (1669).
Ces deux places se servant mutuellement, il a fait de grandes choses dans l'une et dans l'autre. Il a trouvé les finances et la marine dans un grand désordre, particufièrement la marine; il l'a rétablie et pour ainsi dire créée en fort peu de temps ; et s'il y a versé abondamment les fonds de l'Etat, la marine les a bien rendus à l'État (comme il le dit lui-même) par l'augmentation du coouneree maritime, qui est une des plus grandes sources de la richesse, et par celle des droits du roi, qui en était la preuve et l'effet Aussi ne perdit-il jamais ces deux objets de vue; et, dans cet esprit, tout ce qui tendait à augmenter le commerce, à perfectionner les manu&ctures, à mettre les marchandises du cru du royaume en valeur et à le mettre en état de se passer de celles de l'étranger.
' Les iVinc^ «i» CtXbwi font partie d*an grand travail entrepris soos M. de Maurepas, par Pi> dansât de Mairobert , secrétaire du roi , et continué jasqa*à 1768. On en verra le Vlan à la suite du DfKOKT» préKmtiunre. 11 comprend dans son ensemble une série de grands in-folio, intitulée, fMhiiCi an âèipêthM et ordru du roi, et une série de petits volâmes intitulés, Principeê, qai en
sont la table 00 le sommaire. — Les Archives de la Marine ont ces deux séries, la Bibliothèqne Impériale possède seulement les sommaires. Eugène Sue en a publié plusieurs dans son Histain de la Marine. Nous ne donnons que celui qui correspond au ministère de Golbert (1669-1683), en complétant et corrigeant un manuscrit psr Tantre.
à établir l^oiili-e et à maintenir ia discipline, lai paraissait mériter la plus grande atlenlioD : cW ce que Ton voit régner dans toutes ses dépèches, qui contiennent des maximes du plus grand jugemenL
n fallait un e8|Mrit aussi supérieur que le sien pour les former, dans un temps oii la marine était pour ainsi dire au berceau , et où Texpérience n*en avait pu faire encore sentir toute Tutilité. EU» sont plus connues â présent, et Ton doit présumer qu'elles sont mieux suivies; mais Tapjdieatîoo dans l'exécution dépendra toujours des talents et du lèle de ceux qui seront à ia télé dâ ports, particulièrement des intendants.
11 fallait alors former les hommes en formant des règles; et, quoique les droonstanoes snenl changées à cet égard, on reconnaîtra avec plaisir dans toutes les dépèches de M. Gdbert cet esprit de citoyen et de législateur qui tendait toujoun au même but sans être détourné ni par les difficultés, ni par Timmensité de son objeL
Ce qu'il a écrit de sa main est inconcevable. Son style n'est ni fleuri , ni même fort correct; mais toutes ses expressions sont chargées de sens; il n'y en a aucunes d'inutiles; le courage, la bonté, l'amour du bien public s'y montrent partout; non-seulement il en était rempli, mais il l'inspirtit Personne ne savait mieux exciter l'émulation et le désir de bien faire, et l'une de ses principal» attentions était de démêler et d'employer les bons sujets, de les exciter par des éloges, de les eocourager par des récompenses, de les soutenir dans leurs fonctions, de contenir les autres par dei punitions et d'animer dans cet esprit toutes les différentes parties du service.
M. Golbert avait des vues très-étendues pour le bien de l'État, dont ia marine en eUe-méme n'était pas l'unique objet II la considérait non-seulement par rapport à l'augmentation de force et de puissance qu'elle pouvait donner au royaume , mais encore par rapport à Taugmentation du commerce tant intérieur qu'extérieur qu'dle devait y procurer, et qu'il regardait comme un des plus sûre moyens d'y apporter Tabondance.
Il s'était fait des principes sur presque toutes les parties du service; mais il ne s*y aasujettisBait cependant pas de façon qu'il n'y admit dans les occasions les réserves et les modifications que ks circonstances pouvaient exiger : c'est ce que l'on pourra voir au chapitre des daaaes, où il fot obligé dans des moments d'user de voies de rigueur pour la levée des matdots, et de sortir de l'ordre et des règles qu'il avait iui-^mème prescrites, et dans celui de la réception des nwrAandises, où le cas d'un besoin pressant, la faveur d'un fournisseur qui avait perdu sur un établissement nouveau , et diverses autres considérations , l'obligèrent â faire recevoir des munitions d'une qualité inférieure, qu'il aurait fait rebuter dans un temps ordinaire.
Ces sortes de cas sont fréquents dans une administration d'un aussi grand détail que celui delà marine : c'est ce qui avait fait penser è M. Golbert que , quelques bons r^ements qu'il pût iaire, il n'opérerait jamais rien d*utile et qu'il courrait risque même de faire manquer souvent leserrice, s'il exigeait de ceux qu'il mettait à la tête des ports ou des escadres une attache trop acropolease i la lettre des règlements et des instructions qu'il leur donnait, et s'il ne s'en remettait pas à lears lumières et à leur expérience de faire plier la règle plus ou moins , quand ils le jugeraient è propoi, en lui en rendant compte pour les choses majeures ; car il ne l'exigeait pas pour les petites parties.
Il consultait longtemps, avant d'entreprendre, les gens mêmes qu'il connaissait d'une capscilé bornée, lorsqu'il s'agissait d'un détail dont ils avaient la pratique, ou d'une entreprise qui devait passer par leura mains; il croyait dans ces cas-la devoir écouter leura avis, ne fût-ce que poor savoir s'ils entendaient bien son idée, et pour parer les inconvénients que leur manque d*inlelfigeBoe aurait pu causer. Mais, quand il avait une fois formé un bon plan, il ne se rebutait point par 1« difficultés qu'il trouvait dans l'exécution, persuadé qu'elles sont inséparables des ments de tous les grands établissements, et que le temps et une bonne conduite viennent j toujours à bout des choses que l'on croyait les plus difficiles.
11 avait soin d'expliquer ses intentions d'une façon daire et bien drconstandée, et ne oonnaisait point cette politique dangereuse des ordres ambigus qui s'interprètent suivant l'événement, et qui laissent aux ordonnateurs la gloire des heureux succès et la tiberlé de rejeter sur l'exécution le blâme des mauvais.
11 abandonnait volontiers à ceux qu'il mettait en œuvre le choix des moyens, et se Hchaît sou-
veot coatre des intendants ou des commandants qui le fatiguaient pour lui demander des ordres sur des minuties , et qui perdaient à attendre sa réponse un temps précieux pour agir.
Il voulait que, dans les occasions où la diligence est nécessaire (et elle Test presque toujours dans les opérations de marine), un homme en place sût vaincre les petites difficultés, et prendre sur lui les partis les plus convenables au service et à la situation des affaires, maxime bien importante, mais bien épineuse pour les subalternes, dont il avait soin de leur rendre la pratique aisée par la fermeté avec iaqudle il les soutenait. Il est vrai qu^il blâmait vivement ceux qui faisaient édiouer une entreprise par manque de volonté ou de vigilance.
Son caractère n'était pas cependant aussi dur qu'on Ta dépeint; il menaçait plus qu'il ne punissait, et , quand il se trouvait obligé de faire quelques exemples, il ne s'y déterminait qu'avec peine , et avait soin qu'ils ne tombassent que sur des sujets qu'aucune espèce de mérite ne recommandait
Son plus grand embarras dans les commencements vint du peu de ressources qu'il trouva dans lesdficierB tant d'épée que de plume, et sa plus grande attention fut de penser à en former : il n'y épaignait ni avis, ni instructions, ni récompenses; il y employait surtout ces manières polies et engageantes qui font sentir aux gens de mérite l'estime et le discernement que l'on fait d'eux : il encourageait leurs talents, faisait valoir leurs moindres succès; et il démêlait mieux que personne les traits de l'envie et de la cabale, dont les plus honnêtes gens savent le moins se défendre, et qui offusquent si souvent leurs bonnes qualités auprès des ministres.
Il écrivait poliment, mais rarement, aux officiers militaires, et uniquement lorsqu'ils étaient â la mer chargés en chef de quelque commandement; il les consultait alors sur des entreprises maritbnes et sur les faits de leur métier, mais jamais sur tout ce qui concernait des points de police OQ de discipline ; il les regardait comme des instruments plus ou moins tranchants, mais peu propres aux parties d'administration , et l'on ne voit aucune dépêche qui leur fût adressée sur ces matièn»4â.
C'était avec les intendants qu'il traitait tout ce qui avait rapport au service des ports et des arsenanx. Il formait avec eux le plan de tous les armements; ils étaient seuls chargés de l'exécution. Il ordonnait aux commandants des escadres de se concerter avec eux , et il faisait presque toujours passer par leur canal les ordres qu'il adressait aux officiers qui commandaient des vaisseaux â la mer.
CéCait cependant de bons intendants qu'il manquait le plus, et l'on peut dire que jusqu'au temps de MM. de Vauvré et Desclouseaux, qu'il forma et qu'il mit en place, il n'en eut point sur qui il pût foire un fond certain. M. Golbert de Terron , son parent, intendant à Rochefort, était celui de tous qu'il consultait le plus volontiers et dont il paraissait faire le plus de cas; il trouvait cependant qu'il lui manquait bien des parties; les antres Tembarrassaient plus qu'ils ne l'aidaient; il ne laissait pas de vouloir quils fussent considérés et autorisés dans leurs fonctions, et il soutenait souvent pour le grade ceux dont il faisait le moins de cas pour le caractère.
H évitait avec soin toute communication et tout conflit du service de terre avec celui de mer, et se dispensait autant qu'il pouvait d'employer les intendants de province pour les affaires de la marine, soit qu'il en eût reconnu l'inconvénient, soit que les circonstances de son ministère l'exigeassent ainsi. 11 en fit un point capital des instructions qu'il donna à son fils; et c'est un ,de ceux sur lesquels il insiste le plus et qu'il lui répète le plus souvent.
Telles sont en général les maximes que M. Golbert parait avoir suivies pendant le cours de son ministàre, et dont il s'est serri pour porter la marine à son plus haut degré de gloire. On a voulu y former des objections, et peut-être pourrait-il y en avoir quelques-unes de bonnes; on ne prétend point en faire id l'apologie ni la critique. Il embrassait beaucoup de parties, et, quoique le plus grand ministre de son temps, il a pu errer sur quelques points. Il avait les grands prinripes do service dans le cœur et dans la tête; mais il lui manquait la connaissance des détails, qui ne peut s'acquérir que par l'expérience et par une longue pratique. Il y suppléa par la force de son génie; et il faudrait lui être bien supérieur pour oser relever des défouts dans sa conduite, sans être bien sûr d'en avoir pénétré les motifs.
On est quelquefois frappé des petits inconvénients d'un parti , faute de connaître les grands
avantages qui en résultent et qui en sont sauvent inséparables. Cette discussion passerait les boraeB d^un extrait; on s^est contenté d'exposer la route qu'il a tenue et dont on s'est écarté depuis mr plusieurs points , sans doute par de bonnes raisons. C'est aux ministres en place i juger par les effets si ces changements ont été avantageux ou nuisibles au bien de la marine.
On se propose donc de recueillir de toutes les dépêches de Colbert , non les décisions particulières rdatives aux faits passagers et momentanés de son ministère, mais les principes mêmes de ces décisions, quand ils se sont trouvés clairement expliqués; et l'on ne citera les faits que quand ils seront nécessaires pour donner T intelligence ou la preuve de ces princpes. En un mot, c'est Tesprit de M. Colbert que l'on s'attachera à faire connaître dans ces extraits , et comme la partie de la marine est une de celles qui l'occupaient le plus, et que ce n'est que sur les dépêches de la marine que l'on a en occasion d'y travailler, on ne trouvera presque rien ici qui n'y ait rapport Cependant on n'a laissé échapper rien d'important de ce qui regarde les autres parties d'administration , et Ton y a joint, quand l'occasion s'en est présentée, quelques réflexions courtes sur ce que les droonstances ou la pratique ont fourni de nouvelles lumières et ont occasionné de changements depuis ce tempa-ià dans la marine.
PUR oininiL,
On a commencé par faire un extrait par dates et par matières des cinquante-six volumes in-lbl. qui sont au dépôt de la marine et qui contiennent tous les ordres du roi et tontes les dëpêdies de M. Colbert depuis 1669, qu'il fut nommé secrétaire d'État de la marine, jusqu'à sa mort, qui arriva en septembre i683 , et avant laquelle il avait fait associer son fils, le marquis de SâgBetay, à cette partie du ministère. On a mis à côté de chaque article l'année et la page du volume d'où il a été tiré, pour que l'on pût y avoir recours en cas d'éclaircissement. On a rangé ensuite tons ces extraits par ordre alphabétique de matières, pour que l'on pût y trouver plus facilement et comme dans un dictionnaire les articles que l'on voudrait chercher; et l'on a numéroté les pages de œ recueil en chiffres arabes.
Mais comme ces premiers extraits, quoique rangés d'abord par matières , exigeaient encore nn plus grand ordre, parce que , n'ayant pu éviter de les faire en premier lieu par années et par dates, les matières s'y trouvaient dans une sorte de confusion, et que ce qui regardait le commencement d'une matière se trouvait souvent porté à la fin , ou au milieu du même chapitre, on a refait im sommaire de ces mêmes extraits, qui est une espèce de table plus étendue, qui range non-seulement chaque matière en sa place , mais chaque partie des matières dans un ordre plus simple et plus naturd. On en a numéroté les pages en chiffres romains , et on l'a mis en forme d'abr^ en tête du grand recueil en marquant à côté de chaque artide, en chiffres arabes, les pages de ce recueil ou la matière est traitée plus en détail, en sorte que l'on peut remonter par gradation du sommaire au recueil d'extraits, et du recueil d'extraits aux volumes des dépêches qui en sont la source.
Au reste, cette division n'annonce point un traité complet sur chacune de ces matières, mais un extrait de ce qui est porté sur chacune dans les dépêches de M. Colbert , que l'on a rangé avec le plus d'ordre qu'il a été possible et qui suppose à ceux qui en voudront faire usage des connaissances antécédentes des premiers principes d'un service aussi étendu et aussi compliqué que celui de la marine.
On croit inutile d'observer que lorsqu'il est dit dans ces extraite que M. Colbert ordonnait, défendait, récompensait, punissait, cela doit toujours s'entendre au nom du Roi, à qui il était pré> sumé en avoir rendu compte. Il avait grand soin de ne jamais rien faire qu'en son nom; aacnii ministre n'a jamais porté la drconspection plus loin sur cet artide, et il voulait même qœ les dépêches des olBders généraux qui rendaient compte de leurs campagnes s'adressassent directement au Roi , et que les ordres qu'ils recevaient en réponse fussent signés de lui ; il faisait de même signer par le Roi la plupart des dépêches qu'il adressait aux intendants, pour peu qu'elles continssent des détails de quelque importance ; c'est ce qui fait que , dans chaque année , on trouve séparément un extrait des ordres du roi et un extrait des dépêches de M. Colbert sur les mêmes matières, tirés de deux différents volnmos. On les a séparés dans le grand recueil , mais on les a confondus
du» redirait sommaire, qui renvoie ^pilement par les chiârcs qui sont en mar^^e aux diiférenls artîdeB qoi traitent de la même matière.
SOMMAIRE DES EXTRAITS
Pour parvenir an rétabtissement de la marine, M. Goibert parait s'être fait d*abord nn plan de conduite qu^il suivit avec une constance et une diligence incroyables, et telles, qu'en deux ou trois ans ^ il mit la marine dans Tétat le plus florissant où elle ait jamais été en France.
Il commença :
1* Par faire amasser dUmmenses provisions de toute espèce de munitions, telles que bois, chanvres, fers, etc. et par rassembler et former des ouvriers de toutes sortes d^arts propres à la marine , qn*il chercha même à attirer des pays étrangers ;
a* Par faire bâtir des arsenaux, où ces munitions pussent être placées commodément , et par y établir an grand ordre pour leur conservation et pour leur emploi ;
3* Par faire construire dans tous les ports un grand nombre de vaisseaux, dont il avait fixé Tétat à 190 , savoir : ào à Rochefort, ko à Toulon , ko à Brest ;
&* Par former un grand corps d'officiers, matelots et autres gens de mer de toute espèce, ci par établir une bonne police et une exacte discipline parmi eux;
5* Par mettre en œuvre toutes ces différentes parties, en faisant faire de grands et fréquents armements, et en dirigeant toutes leurs opérations à la gloire de rÉtat et à l'avantage du com-
mcrv09
Voilà quelles furent, en général, ses principales vues, et voici, en détail, les maximes qu'il paratt avoir suivies pour les bien remplir. On les a divisées suivant le plan cinlessus, i peu près dans Tordre où Ton juge qu'elles ont dû se présenter à son espriL
Le preoiier mobile de toutes les grandes entreprises étant les fonds, on a cru devoir oommeneer par cet artide.
Li place de ooiitr61eur général qu'occupait M. Goibert lui fournissait à cet égard un avantage inexprimable , dont aucun de ses successeure n'a jamais joui au même degré, qui était celui nonsenlement de verser sans mesure, dans la marine, les fonds qu'il jugeait nécessaires à son rétablissement, mais de les y faire fournir à propos, et sans être jamais obligé de les attendre : ce qui en double l'utilité et le produit. On peut voir, dans les comptes de la marine et dans ceux du trésor royal, de combien ils excédaient ceux qui y ont été employés depuis , quoique l'argent fût alora beancoap plus bas» et» par conséquent, toutes les munitions, vivres et marchandises, A bien meillear marché*
Il est vrai qu'il avait une extrême attention sur l'emploi des fonds, et qu'il est le premier qui ait établi l'ordre et la rè^e dans les dépenses de la marine. On peut voir, sur cela , le mémoire en forme d'instruction qu'il adressa aux intendants, en 167&*, et qui est la base du xxi* livre de
' Ce mémoire est très-bon pour on intendant; mais il n'y a qae lai qni puisse juger sll en a bien rempli toutes les dispositioDS, qui sont trop étendaee pour qa*il en puisse rendre compte au ministre dans nn grand détail.
An reste, la partie des fonds est très-importante pour l'administration d*un port; elle demande qu'un intendant en sache bien les principes , qu*il ait beaucoup d'ordre et d'arrangement dans la tête , et qu'il sit, de pins, sous lui, un homme fidèle, assidu et versé dans cette partie, à la tète du bureau des fimds : sans quoi, il court risque de tomber souvent dans la confusion et de dépendre entièrement des nis du trésorier qui servent sous lui.
> L'auteur du mémoire commet id une grave erreur; c'est dix ou dôme ans qu'il (allait dire. (Note d'Eugène Sue.)
rordonnance de 1 689 , concernant la forme des pièces et acquiU nécessaires pour ia jostificalioB de la recette et dépense de la marine; mais il était persuadé que, quelques bons règlements qu^il pût faire, la grande économie dépendrait toujours de la probité, activité et intelligence de ceux qu*il mettrait â la tète des finances et du détail des ports.
Et dans cette opinion, après avoir formé des projets de dépense dans chaque port, et expliqué aux intendants de marine les plans de conduite qu*ils devaient tenir pour satisfaire aux divers besoins du service , il leur laissait une entière disposition des fonds qu'il envoyait dans leurs dépar> temenls, avec la liberté même d'en changer la destination dans des cas pressés et suivant les besoins du service', et il ne permettait pas aux trésoriers de se dispenser de leur obéir ni d'acquitter leurs ordonnances et de garder les fonds dans leurs caisses, sous prétexte que ces ordonnances n'étaient pas toujours conformes aux états de distribution envoyés delà cour'*.
Au reste , il mettait l'économie, non à dépenser peu (aucun ministre n'a jamais été si libéral des fonds du roi) , mais à dépenser à propos et avec ordre ; à ne rien laisser perdre par abus, et à semer pour recueillir, en formant des établissements coûteux dans les commencements, mais qui devaient rapporter de grands avantages ou épargner de grandes charges dans les suites.
Ce fut lui qui fit l'établissement des h deniers pour livre des invalides.
BÂTIMENTS ET POBTIPICITIONS.
En même temps que M. Golbert formait ce grand amas de munitions pour la marine, il pensait à les loger dans des arsenaux, où dles pussent être conservées avec ordre et facilité, pour l'usage que l'on en devait faire.
Il aimait à travailler en grand, et conunençait par former un plan général, commode et magnifique, de tous les bâtiments qui devaient composer un arsenal ; il le suivait ensuite dans la même vue et à mesure que les fonds le permettaient, et ne souffrait jamais que Ton s'en écartAt pour faire des morceaux détachés, quelque convenables qu'ils parussent, lorsqu'ils n'entraient pas dans le premier dessein , et qu'ils n'avaient point de rapport au tout ensemble.
* Le bien du serviee exige effeclivemeot que le ministre leur laisse une grande liberté dans l'administration des fonds, sans les assujettir à se conformer trop scrupuleusement aux états de distributioD. Ils ne doivent jamais les excéder; mais il faut qn*ils puissent en avancer on en reculer le payement, et donner la préférence à une partie sur Tautre; parce qu*étant plus à portée de juger des besoins pressants d*un port, et étant obligés d*aiUeurs de faire face souvent à plusieurs dépenses imprévues doot le ministre ne peut faire remettre les fonds en les ordonnant , ils s'exposeraient à faire manquer n service en bien des occasions, s'ils ne se tenaient un peu au large pour avoir toujours devant eux quelques fonds d*avance.
^ Lorsque les intendants sont exacts k se faire rendre compte de Tétat de la caisse du trésorier, il «A rare et presque impossible qu'il refuse de payer des ordonnances dont les fonds sont remis; mais il anive souvent quMl y a une très-grande distance entre les fonds faits k Paris et les fonds remis dans les ports. Par exemple, le ministre ayant fait un fonds de 100,000 livres pour uu armement, et le trésorier génénl. en ayant été payé au trésor royal en assignations sur les provinces, qu'il envoie pour comptant à soa commis dans le port, le ministre compte que les fonds sont faits, et le trésorier général a rempli sar cela ce qui était on lui. Mais il arrive souvent que ces assignations, données pour comptant, ne soot payées que deux mois , trois mois , et quelquefois six mois après avoir été présentées , et c'est dans ces eas-U qu'un commis du trésorier se trouve hors d'état de faire face k des dépenses dont le fonds Ini a éU réellement remis en papier, mais non en espèces; et, quand son crédit l'a soutenu pendant qaelqQe temps, il est impossible qu'il ne reste quelquefois en arrière pour de grosses parties. C'est ce qo'il est de la prudence d'un intendant de prévoir et d'examiner pour la décharge du trésorier, et pour en rendre compte au ministre; et c'est ce qui doit aussi l'engager k se tenir toujours fort au large sur les fonds, pour être en état de pourvoir aux dépenses journalières, qui ne peuvent se remettre, telles qne le prêt des soldats, ou aux dépenses imprévues, telles que celles d'un radoub ou d'un armement pressé. Su» cette précaution, le prêt aurait manqué plusieurs fois aux soldats, à Marseille, dans la dernière gaerre de 17 A3, les fonds faits pour cette partie k Versailles, et envoyés à temps dans le port, mais en assignations sur la Provence ou sur le Languedoc, n'ayant pu être acquittés en espèces que deux, trois, qwtr* et six mois «près leur échéance.
Il examina, sur ces principes, un pian envoyé par M. Amoui pour la construction de Tarsend de Toulon , et ses observations pourraient être utiles en pareil cas.
Sa première attention, en construisant des arsenaux, était de les mettre hors d'insulte et à couvert de tonte entreprise en temps de guerre.
D prenait soin de faire concerter les ouvrages des fortifications maritimes aVec les officiers de (erre qui commandaient dans la place, afin de ne point nuire à sa sûreté.
Il fit eonstmire à Rochefort une forme à Tanglaise et une salle d'armes qu'il estimait devoir contenir l'armement de 19 à i5,ooo hommes; un lazaret à Toulon; et il projetait un magasin d'entrepôt pour la marine à Bdie-Ue.
n faisait fiiire des marchés solides et bien cautionnés pour l'entreprise de ces bâtiments; mais , quand il voyait clairement que les entrepreneurs perdaient sur leurs marchés sans qu'il y eût de leur faute, il croyait non-seulement de la justice, mais de la bonne politique, loin de leur tenir rigaeur snr les payements, de leur procurer des dédommagements qui les tirassent de perte, pour ne point décrier les entreprises.
n désapprouvait les marchés en bloc, et sans un devis préalable de tous les ouvrages et des différents marchés qui devaient les composer *.
MUHITIOIIS R MAHCH&RDISSS.
Boiê, mât$, ehanvm, goudron», etc.
M. Golbert, ayant trouvé les magasins fort dégarnis au commencement de son ministère, songea d'abord à les fournir abondamment de toutes les espèces de munitions nécessaires à la marine. Hais une de ses principales attentions, et ce qu'il recommandait avec plus de soin aux intendants, était de n'employer, autant qu'il se pouvait, que celles du royaume, et de n'en tirer aucune de l'étranger qu'à l'extrémité, afin d'être en état de s'en passer en cas de guerre. Il les exhortait, par cette raison, à se priver même des matières premières qui viendraient de l'étranger, ou à faire fabriquer du moins dans le royaume toutes celles que l'on serait obligé d'en tirer, et à se servir toujours des goudrons, bois , mâts, ancres et chanvres du royaume, préférabiement à ceux du Nord.
Loin d'économiser sur la consommation des marchandises propres à la marine, il cherchait à en multiplier l'emploi, persuadé qu'on les cultiverait et perfectionnerait à mesure du débit que l'on en trouverait. Et pour augmenter l'abondance de ces munitions dans le royaume, et engager les particuliers à s'appliquer à les faire valoir, il faisait acheter par le roi tous les bois, chanvres et antres matières de même espèce qui pouvaient se trouver dans les provinces, et ne craignait pas de s'en sorchai^r, sauf à y perdre dans les commencements, en revendant le superflu aux paKicaUers.
n en tirait plusieurs avantages :
1*" Celui d'augmenter Ui drailation du commerce intérieur du royaume, par l'abondance de ces marchandises et par le débit qu'il leur procurait, ce qui engageait les particuliers à cultiver;
9* Celui d'augmenter la facilité du commerce extérieur et maritime , en procurant aux négociants des moyens aisés de faire construire des vaisseaux marchands dans les ports, où ils trouvaient pour cda tous les secours nécessaires, ce qui tendait à augmenter l'état de la marine et à former nn plus grand nombre de gens de mer.
Il faisait semer beaucoup de chanvre dans les provinces à blé , autant pour augmenter le chanvre qae pour diminuer la trop grande abondance de blé.
n se proposait d'avoir toujours dans les ports des magasins fournis pour l'armement de trente à qoarante Vaisseaux dans chacun.
H voulait que tous les marchés se fissent par adjudication, affiches et publications; il en prescrivait la forme et les moyens d'y éviter les abus. Il voulait , avec grande raison , qu'on divisât les
* 11 est à présumer que ces marchés, faits par un iutendant iD8t^uit^^ont été précédés d'un examen *n détail des difiërenlcff parties qui les composent, et qu'il est à portée d'en rendre compte. '
foaraitares, et que les marchés ae fineiit à courts termes, autaot que fidre se pourreit; ei il en explique les raisons fort en détail '.
Il était d'une grande fidélité dans les engagements qn^il prenait avec les mardunids, suKoot étrangers, et ne recevait plus d'offres au rabais, quelque avantagenaes qu'elles puaseni être, quand une fois il avait paasé un marché.
Il voulait que les marchands se chargeassent du transport des marchandises par mer, autant pour en dédiarger les vaisseaux du roi , que pour donner cet objet de fret de {dus aux négociants.
Il recommandait surtout que l'on ne chicanât pas les marchands mal à propos sur la réoepti(« de leurs founiitures, ce qui arrivait souvent par des motife d'envie , de jalousie, ou par intérêt d'association , et qui éloignait les marchands.
Il fixait le profit des commissionnaires, par économie, à un pour cent
Il faisait grand usage des foires, persuadé qu'elles procuraient l'abondance et «ugmentaient le commerce.
n faisait déchai^ de tous droits du roi les marchandises servant à la marine , et ne aooflnit sur cela aucune mauvaise chicane de la part des fermiers, à quoi la charge de contrôleur gâiéral lui donnait beaucoup de facilité.
Les bois étant la principale des munitions qui s'emploient dans la marine et celle qui exige le plus d'attention , on a cru en devoir faire ici un article à part.
Vinte et qualité.
M. Golbert commença par faire faire, sous divers prétextes, la visite de toutes les forêts voisines de la mer ou situées proche des rivières navigables, pour examiner cdles dans lesquelles on pourrait trouver des bois propres pour les constructions et radoubs des vaisseaux, la quantité qui en pourrait être tirée , la facilité ou difficulté de transport , tant par terre que par eau , et le prix où ils reviendraient au roi ; de même pour les mâts.
Il fit veiller à ce que les bois situés à deux lieues de la mer et à deux lieues des rivières ne fussent point coupés sans permission du roi et sans avoir été visités préalablement pour la marine, conformément aux ordonnances des eaux et forêts.
Il se faisait même informer si, dans la coupe des forêts, on observait de laisser dix baliveaux par arpent, et seiie dans les taillis, conformément aux dernières ordonnances;
Et si les fournisseurs des bois ne oonmiettaient point d'abus dans leur exploitation.
Il entrait dans les plus grands détails avec les commissaires qu'il chargeait de la visite des forêts, et leur mandait, dans ses instructions, que la marque la plus certaine de la bonté du cœur d'un arbre était d'avoir la tête vive et belle, et qu'il fallait surtout éviter de se servir des bots sur le retour.
Lieux d'où on leê tire»
Il ne croyait pas que l'on dût donner une entière exclusion aux mâts du royaume, quoiqu'il s'y trouvât des défauts, et il pensait qu'il fallait les mêler avec ceux du Nord, le roi gagnant beaucoup à s'en servir, quoiqu'ils revinssent presque au même prix.
Il trouvait les mâts du Nord venant par l'Elbe extrêmement pesants, et préférait ceux qui viennent de Norwége par Goltenbourg, ou de livonie par Riga et Dantxick.
Quant aux bois de construction , il était d'avis qu'on préférât toujours les bois du royauaie â
* On peut ajouter à ces raisons que , dans les cas extraordinaires et imprévus qui demanderaient rédaction , les entrepreneurs demandent à rendre des comptes de clerc à maître, à quoi ils sont reçus eommonément; auquel cas, la perte tombe sur le roi. Au lieu que, daus les cas de bénéfice impréTO, od ne leur fait jamais rapporter l'excédant du gain projeté, de façon que, dans les longs marchés, le désavantage est presque toujours du côté du roi.
ceux du Nord, non-eeuiemeDt pour Tavautage do royaume, mais parce qo^it les croyait meilleurs, il ae prétait cependant à en faire venir de rëtranger, pour ménager ceux de France, dont il voulait avoir toujours une grande provision en magasin.
Il faisait arrêter pour le roi tous les bois qui arrivaient dans les ports, en les payant à un prix raisonnable, et n*en permettait point la sortie du royaume, croyant plus convenable de les prendre tous pour le roi, même sans nécessité, que de les laisser passer â Tétranger, sauf à les vendre ensuite aux marchands français pour la construction de leurs vaisseaux *.
n regardait comme un grand avantage pour la marine de France et pour le commerce de tirer les bois do Canada, d'où il jugeait aussi facile d*en faire venir que de Kœnigsberg et de Riga.
Façon de les débiter.
Il envoyait des maîtres cbarpentiers de marine dans les forêts, pour suivre le débit des bois, et pour en examiner les prc^rtions, afin qu'il ne fât point envoyé de pièces inutiles dans les ports.
D faisait marquer toutes les pièces de bois coupées pour le roi, dans les forêts, d^une fleur de lis à chaque bout, pour empêcher les fraudes de la part des voitnriers.
n entrait dans le plus grand détail sur Texploitation et Téconomie des bois, et faisait observer, par les commissaires, que Ton ne sciât point de grosses pièces d'un gabarit convenable à de gros vaisseaux pour les employer à de petites frégates.
Quoiqu'il fût porté pour les prix faits, il en exceptait la fabrique des mâts, à cause de Timportauce de l'objet et des accidents qui en peuvent résulter pour les vaisseaux ; et il faisait établir un habile commissaire ou écrivain pour voir faire ces mâts à la journée, et pour qu'il n'y fût empbyé que dea arbres de bonne qualité.
Il faisait tenir la main à ce que les bois ne fussent coupés dans les forêts qu'à mesure qu'ils seraient demandés dans les ports, et qu'ils fussent voitures immédiatement après leur coupe 9 pour ne les point laisser trop longtemps exposés dans les forêts , où ils peuvent se gâter.
Il cherchait à assurer, à faciliter et rendre libres les chemins nécessaires pour l'extraction des bois des Pyrénées et autres, et à donner, pour cela, tonte assistance aux fournisseurs.
Il s'informait si les métayers et voitnriers n'apportaient point, par des difficultés mal fondées» du retardement au transport des bois.
0 prévenait les commissaires départis dans les provinces des difficultés que les mauvais chemins pourraient causer, afin qu'ils les fissent rétablir par les habitants des paroisses les plus prochaines.
Provinouy comm^atimi et arrangement.
11 fit de grands amas de bois dans tous les ports pendant la paix , et voulait en avoir toujours en provision dans un arsenal pour huit à dix ans, non-seidement pour la construction des vaisseaux du roi, mais pour en fournir aux marchands, et pour les exciter, par là, à bâtir et à augmenter la navigation et le commerce.
H recommandait l'ordre et l'arrangement des bois dans nn port, comme la chose du monde la plus importante , non-seulement pour leur conservation , mais pour la facilité de les tirer et de les choisir; ce qu'il regardait avec raison comme un objet de grande économie.
n exhortait les intendants ù profiter de l'exemple des Hollandais, qui rangent les bois de quatre à cinq cents vaisseaux dans un petit espace.
Jugeant que le bois le plus sec est ordinairement le meilleur, mais qu'étant négligé il se pourrit promptement, il proposait de prévenir cet inconvénient en mettant les bois â couvert sous des hangars ou sous des croûtes, et en les faisant empiler de façon qu'il y eût du jour entre chaque pièce, ou en les tenant dans l'eau sous la vase; et il consultait, sur ce sujet, les maîtres charpentiers et les officiers les plus entendus dans la construction^.
* Il lidlait avoir, pour cela, des fonds bien abondants à employer dans la marine, ce qui n'a jamais eu lieu depuis M. Colbert.
^ lies avis ne sont pas encorp rénnÎH sur le parti le plus avantageux h prendre pour la conservation des
U s'informait avec grande attention des meilleures précautions à prendre pour la cooservatim des mâts, et agitait lequel était le plus convenable de les mettre sous des hangars à sec on dans les fosses d*eau salée *.
ùmditiofu et obêervatiom iur Uê nuireA^.
U proposait deux moyens différents de faire exploiter les bois pour la construction :
1* Celui de faire marquer les bois, de les couper, débiter et voiturer sur le bord des rivières r aux frais du roi , en payant les journées de tous les ouvriers , et en observant deux choses : Tune de faire couper à tire et aire une certaine quantité de bois, et Tautre de vendre les souches, branchages, et généralement tous les bois qui ne pourraient servir à la marine;
a* Celui de vendre une certaine quantité de bois , tous les ans , à des marchands , à condition de rendre aussi sur le bord des rivières tout le bois nécessaire à la marine, marqué et équarri sur les proportions du charpentier envoyé dans les forêts, en observant de ne vendre aux marGhauds que ia quantité de bois nécessaire pour y trouver les pièces utiles aux vaisseaux, et de leur iaisBer le bénéâce des souches, branchages, bois blancs et autres, inutiles à la marine, pour les dédommager des frais des journées d'ouvriers et autres dépenses, qui ne seraient [dus à la cfaai^ du roi ^
Il envoyait le commissaire destiné à la visite des bois, avec le marchand chargé de la fournitare et un maître charpentier du port, dans la forêt où Texploitation devait être faite «pour dresser un procès-veri)al des bois propres à la marine, et pour que le marchand n'y pût commettre aucun abus, sous prétexte de sa fourniture.
Il excitait les marchands à acheter les forêts qui seraient à vendre en Provence ou en Dauphmé, et leur proposait de &ire marché avec eux , pour la fourniture des bois nécessaires à la marine, ayant reconnu, par expérience, que les achats des forêts aménagées aux frais du roi ne pouvaient jamais lui être avantageux.
Il ne voulait point que Ton obligeât les paroisses à fournir les charrois des bois à prix fiût pour la construction des vaisseaux du roi, et croyait que Ton ne devait se servir de ce moyen qu'a la dernière extrémité; il aimait mieux que Ton f!t des mardiés de gré à gré avec les paysans de la campagne, et qu'on les engageât à ce service pour le roi en les payant plus chèrement que ne font les particuliers.
Il fit décharger de tous droits les bois de construction pour les vaisseaux du roi , même ceux dont les voituriers pourraient avoir besoin pour composer les radeaux , en exceptant ceux des particuliers que les voituriers pourraient amener en même temps.
Les plus gros arbres ne coûtaient alors que 3 livres lo sous la pièce, eu Boui^gogne;
Les quilles, ao sous le pied;
Les baux, i3 sous le pied;
Et toutes les pièces carrées de deux à trois pouces, 5 livres i o sous à 3 livres la pièce.
Il avait grande attention de ne point faire couper, sans une grande nécessité , les bois d*omement des maisons des particuliers ni aucuns autres, contre leur gré, et sans être convenu auparavant des prix avec eux, de gré à gré ou devant l'intendant de la province, sur rapport d'experts.
COHSTRUCnOHS BT B1D0UB8.
La construction des vaisseaux est le plus étendu de tous les arts et celui qui demanderait les connaissances les plus compliquées de géométrie et de physique, jointes a une longue pratique et à
bois, entre les tenir sous Teau ou à Tair, mais empilés à jour et couverts, autant qa*il est possible, par des hangars ou par des croûtes. Toutes les observations faites avec grand soin pendant vingt ans, à Marseille, sont favorables au second parti. M.Duhamel, qui en a connaissance, travaille actuellement (17&7) à un ouvrage qui pourra procurer sur cela de nouvelles lumières.
* A regard des mâts, le sentiment de les tenir sous Teau et calés, pour que loan les couvre, a prévalu jusqu^à cette heure.
^ 11 jugeait le derniei* parti plus avantageux.
«ne expérience dont partie ne peut s'acquérir qu^â la mer et dans les campagnes de long cours. Quoique Ton y ait fait de grands progrès depuis son commencement, surtout dans ces derniers lemps, il s'en faut bien que Ton ait attemt à la perfection. Il était encore plus reculé du temps de M. Colbert; il en sentit le faible, et, pour le perfectionner, il travailla d'abord à former des constructeurs dans le royaume, en excitant l'émulation par des récompenses, et en établissant des prix pour ceux qui feraient les meilleurs vaisseaux.
n cherchait en même temps à attirer de l'étranger, à tout prix, les meilleurs ouvriers de chaque espèce, principalement des mattres charpentiers, et ne plaignait rien pour les engager à venir en France, marne avecieurs familles, afin d'y assurer davantage leur établissement et de les mettre i portée de former des élèves qui missent, dans la suite, le royaume en état, non-seulement de se passer d'eux, mais même de les surpasser dans leur art, persuadé que l'industrie française renchérirait toujours sur les inventions d'autrui.
Dans oette vue, il envoyait secrètement en Hollande et en Angleterre des gens intdligents et entendus pour s'informer des meilleures méthodes de construction , de l'ordre qui se tenait dans les magasins, et généralement de tout ce qui pouvait donner des lumières pour perfectionner la marine.
U recommandait surtout que l'on apprit des Hollandais l'économie et le débit des bois, qu'ils entendent bien mieux que nous.
Il voidait faire faire un rè^ement général sur les proportions des vaisseaux, et il consulta pour cela les plus habiles constructeurs et officiers de marine; mais il ne put y parvenir malgré tous ses soins, et il reconnut bientêt que l'art n'était pas encore assez avancé pour pouvoir l'astreindre â des règles fixes*.
0 ne laissa pas de donner de temps en temps, dans les ports, différents avis sur la construction , à mesure qu'il les jugeait bons, et qu'ils lui étaient sucrés par ceux qu'ils connaissait les plus habiles dans ce genre-là; on ne s'est pas attaché à les relever, l'art s'étant beaucoup perfectionné depuis.
n recommandait en général une grande diligence dans les constructions, sans qu'elle nuisit à la solidité; il faisait, pour cda, préparer le bois d'avance; et il ne croyait pas qu'un vaisseau dût être {dus de sept à huit mois en chantier^.
Il défendait tout accast^lage et tout changement dans les soutes et dans les logements *.
U souflrait avec peine les sculptures, et exigeait qu'elles fussent légères et qu'elles s'assujettissent à la construction sans occasionner de chai^gement ni de pesanteur sur l'avant et sur l'arrière du vaisseau.
Il donnait ordre de faire des modèles en carton et des plans , en coupes perpendiculaire et hori- «mlale, de chaque vaisseau que l'on faisait construire, et de les déposer an contrôle.
Il recommandait, pour la guerre de Hollande, des bâtiments à plates varangues, comme plus propres à échouer sur leurs côtes.
Il fit construire des caiches de dix à douze canons, contre les Saletins, qui n'en avaient pas alors de plus fortes ^
Il fit aussi construire des allèges et autres bâtiments de transport et de service; mais il voulait qu'ils fussent occupés et qu'ils regagnassent, par là , ce qu'ils coûtaient.
Il se pressait de faire faire campagne aux vaisseaux neufs, pour en connaître les qualités et pour en tirer des conséquences pour les constructions qu'il devait faire faire dans la suite.
* Ce règlement est peut être aussi difficile à faire juste qu'il Test de trouver la quadrature du cercle; et quoique i*on tende depuis longtemps à cette précision , et que Ton en soit beaucoup plus près aiijour- (Thoi qu'on ne Tétait alors, on en est encore bien loin , et il n'y a pas apparence que Ton y arrive sitôt Le plos grand tort des constructeurs est de croire trop légèrement avoir trouvé ces règles fixes, et d'adopter comme sûrs des principes qui ne te sont point et qui empêchent que l'on en cherche de meilleurs.
^ Cette maxime a été combattue depuis, et avec juste raison.
* Principe dont on ne s'écarte que trop souvent dans la pratique, et auquel on ne saurait trop tenir la main.
' On y a suppléé dans ces derniers temps par des cbebecs , qui valent mieux.
11 reoommaDdait que les vaisseaux d*un port fussent toujours bieo radoubés i leur amvée de la mer, pour être prêts à repartir d^on moment à l'autre; et se plaignait souvent des radool» mal faits, sur lesquds il recommandait la plus grande attention, n'approuvant pas cependant la pratique des Hollandais, qui préféraient de construire des vaisseaux neufs à en radouber de vieux, par Talxindance où ils étaient des matières premières.
Il proposait de faire goudronner tous les vaisseaux deux fois par an.
U donna ordre de faire brayer les vaisseaux qui revenaient des mers chaudes avant de ks faire entrer dans le bassin du Havre, pour les garantir des vers qu'ils pouvaient y apporter.
La police des constructions était toute dévolue aux intendants; il ne permettait pas même aox officiers du premier grade et a ceux qu'il jugeait les plus expérimentés d'en ordonner, mais seulement d'en dire leur avis, et il l'exigeait au retour de leurs campagnes.
Il recommandait aux intendants de faire élever le plus d'apprentis charpenliem qu'ils pourraient, et de les porter adroitement au mariage, vu que les enfants qui en proviennent sont presque toujoius du métier de leur père.
U ne voulait point qu'on prit des charpentiers de force pour les ouvrages du roi , pefsuadé qoe cela les éloignerait, et qu'il valait mieux les y attirer par de bons traitements.
Son projet était d'avoir toujours des bois en provision dans un arsenal pour la constrodîon de dix à vingt vaisseaux.
Il estimait qu'un vaisseau devait durer trente ans, et il trouvait qu on les condamnait trop légèrement*.
Il défendit les ouvrages a la journée, à l'exception des constructions'*.
Il voulait que les intendants et les officiers qui devaient monter un vaisseau assistasBent an radoub et à la carène, pour leur êter tout prétexte de [daintes dans les campagnes.
11 fit même établir des conférences sur la construction , et fit donner ordre aux officiers d'aansler à ces conférences , aux jours et heures marqués par les intendants.
Il fit défense d'échouer les vaisseaux du roi pour les radouber, pensant que rien n'en abr%eait plus la durée.
Il portait aussi une grande attention sur l'article des copeaux, plus importent qu'il ne parait d'abord, et faisait veiller soigneusement à ce qu'il ne s'en fit point mal à propos, et qu'on ne les consonunât point inutilement.
Il ne permettait pas que les constructeurs entretenus fissent des bâtiments pour leur compte propre.
Il favorisait la construction des marchands, et ne se plaignait pas quand elle reterdait celle do roi, parce qu'il en augurait l'augmentetion du commerce.
Il se proposait de faire bâtir un vaisseau devant le roi, en vingt-quatre heures, et donna, mr cela, différents ordres dans les porte, que l'on pourrait consulter en pareil cas.
Le projet du roi éteit d'entretenir dans les trois grands porte i ao vaisseaux du premier au cinquième rang.
Il admetteit volontiers à faire des épreuves des machines de nouvelle invention, entre antres pour les plongeurs.
n faisait prendre des modèles de toutes celles qui se trouvaient chez les étrangers, et n'hésitait
* Bien n'e«t si vrai que celte dernière observation de M. Goibert Mais que peut faire un intendaDt, en pareil cas? Prend ra-t-il sur lui d*aller contre Tavis des officiers, des charpentiers et d*aD eooseil de construction , qui sont toujours pour les partis les plus dispendieux et les plus sûrs, sans s'embarrawr de Téconomie? et risquera-t-il de voir retomber sur lui le reproche d*un vaisseau perdu peut-élrs par ane fausse manœuvre ou pour toute autre cause que celle d'un radoub f H faudrait, pour cela, qn'il pit beaucoup fonder sur ses connaissances particulières et sur la confiance de la justice du ministère.
^ Question qui a été souvent agitée depuis.
poiol d'acheter leura seerels fort cher , à condition qae le prix n'en serait payé qu'après qu'elles aaraieiit été éprouvées et trouvées conformes à la propoâtion qui aurait été faite.
H chercha à placer dans Tépée comme dans la plume des jeunes gens de bonnes familles, bien âevés, et qui eussent de Tambition, persuadé qu'on ne pourrait jamais avoir de gens habiles dans ia marine, à moins de les y avoir introduits de bonne heure.
il avait eu l'idée, très-utile au service, de confondre les deux corps de l'épée et de la plume, et de prendre les commissaires parmi les enseignes.
D voulait aussi introduire dans le service et faire officiers de vaisseau des officiers marchands habiles et de premier ordre, pour donner de l'émulation aux uns et de rinstruction aux autres.
Il s'informait particulièrement aux intendants du caractère, du mérite et des bonnes et mau* vaises qualités de tous les officiers de leur département; c'était principalement sur leur rapport qu'il i^lait Tavancement des officiers et la distribution des emplois de quelque importance dont il voulait les charger; mais il ne souffrait pas qu'on lui imposât sur leur compte, et marquait aux intendants qu'il était aussi dangereux d'en dire du bien trop légèrement que du mal par passion ou nos un examen suffisanL
n tâtait le caractère de ces officiers , et ne faisait nul cas de ceux qui avaient peu d'émulation ; il cherchait à inspirer l'esprit contraire et faisait grâce à quelques défauts en faveur des bonnes qualités.
0 recommandait surtout la bonne intelligence et l'union entre les officiers d'épée et de plume, et lear expliquait les bornes de leur autorité, ne jugeant rien de si contraire au service que les divisions.
n insistait principalement sur la subordination nécessaire dans toute espèce de service, et ne recevait pas volontiers des plaintes même bien fondées des inférieurs contre leurs supérieurs.
11 relevait avec soin le prix de toutes bonnes actions pour encourager les officiers, et les récompensait largement.
Il faisait considérer aux officiers qui se plaignaient de leur traitement combien il était plus avantageux, proportion gardée, que celui des officiers de terre du même grade.
Il rassurait avec douceur ceux d'entre les bons officiers qui se plaignaient des passe-droits qu'il était quelquefois obligé de faire dans les promotions.
Mais il ne sooffitut point de menaces de retraite, et tout officier qui demandait son congé, sous prétexte de mécontentement, l'avait sur-le-champ et sans retour.
Les grâces et les avancements étaient accordés alors bien plus aux actions qu'à l'ancienneté.
B se plaignait souvent do caprice et des mauvaises difficultés des officiers, et contenait Clément les vieux et les jeunes, mais par des voies bien différentes; il tolérait les uns, quoique incommodes, pour montrer le métier aux jeunes, et il modérait ia vivacité des autres, surtout des jeunes gens de qualité, qui croyaient devoir être avancés en grade à chaque campagne.
n avait pensé à attacher les officiers et les équipages aux vaisseaux, mais il était revenu de cette idée-là'.
11 se proposait de faire changer souvent les officiers ide département, persuadé qu'ib résideraient plus volontiers dans les ports lorsqu'ils seraient éloignés de leur province.
Il faisait rayer des registres tous les absents des revues, sans permettre qu'ils rentrassent dans le service.
Quoique la marine fût plus en vigueur et qu'il se fît beaucoup plus d'armenlents alors que dans les derniers temps, le nombre des officiers était beaucoup moindre; il ne montait en 1673 qu'à 367, dont 1 amiral, 9 vice-amiraux, a lieutenants généraux et 5 chefs d*escadre.
Il établit les compagnies des gardes de la marine, composées de tous gentilshommes âgés de seize ans.
* Avantageuse à certains égards, mais sujette d'aillenrs à plusieurs inconvénients.
Il ae proposait de faire réunir iea bieos de i^ordre de SaialrLaiare à la marine, pour procurer des récompenses aux officiers nobles de quatre degrés qui Tauraient mérité par leurs services.
n excita par menaces et promesses tous les officiers protestants à se faire catholiques, sans être parvenu, par là, à faire beaucoup de prosâytes; et, ne pouvant les convertir, il fit un règiemenl sur Pexercice extérieur de leur religion à la mer.
Il s'était proposé de ne mettre sur les galères que des chevaliers de Mdte , et qui ( à Malte. .
D fit rendre un règlement sur le service de Tinfanterie de terre embarquée sur les ^ qui la subordonne aux officiers du vaisseau où elle sera embarquée ;
Et une ordonnance pour que les sergents et soldats des compagnies entretenues servissent à tour de rôle, et ne fussent point choisis par les capitaines qui monteraient des vaisseaux, mais parles intendants ou commissaires des armements.
Il recommandait à Tiniendant de Brest de ne point laisser faire les sergents et caporaux par &veur, mais parla sede considération de la bravoure et du mérite, afin de relever le ocnir des troupes, et de leur faire espérer leur avancement
Il parait que c'était alors les intendants qui donnaient le congé aux soldats»
Il faisait employer les soldats comme journaliers dans les ports, autant pour épargner leur paye et pour leur faire trouver un ]dus grand profit, que pour les avoir plus sous la main et au fait do service de mer.
n ne faisait aucun état des soldats de terre pour servir sur mer.
li reprochait à M. de Seuil, intendant à Brest, que les recrues de soldats pour la marine revenaient au roi à plus de cent livres par an, et qu'ils ne devaient pas communément revenir â plos de trente.
Il approuve un chef d'escadre d'avoir fait demander au grand maître de Malte un déserteur qui s'était sauvé dans le port ; mais il le blâme d'avoir voulu faire visiter un vaisseau de livoonie dans ce poK, au préjudice de la franchise.
Il estimait que la plainte du major pouvait être reçue comme celle du capitaine dans une procédure contre un déserteur, et qu'elle suffisait pour fonder la procédure.
11 tenait pour maxime qu'un déserteur ne pouvait être condamné conune tel, s'il n'avait npi l'argent du roi.
La paye des soldats des gadères était alors de 6 livres à terre et de 7 livres 1 o sous i la mer.
On donnait, en 1677, ' ^ ^"^ P^^ j^^"'^ ^^ subsistance à chaque officier d'infanterie embar^ et 1 a sous par jour et le pain aux soldats de vaisseaux qui descendaient à terre.
L'ancien habillement coûtait a 9 livres \U sous, y compris l'épée et le baudrier.