‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 250 sur 258 · CLASSES · texte numérisé non relu

CLASSES

Offiàen marmieri et mateloU.

Il n'y avait aucun ordre pour l'enrôlement des matelots, pour leur dénombrement et pour la levée des officiers mariniers, avant M. Golbert; il forma la première idée des classes en 1670. La division était anciennement de quatre, et a été réduite à trois, à deux et à rien ; différentes considérations ont fait tomber cet arrangement, la diminution de l'espèce des matelots, l'augmentatioD du commerce, qui en consomme plus qu'il n'en employait alors, la considération de la dépense que coûtait au roi la demi-solde de la classe de service, et peut-être un peu moins d'ordre qu'il n'y en avait dans la ferveur de ce premier établissement*.

Le rôle des matelots était estimé alors à 36,ooo ; savoir : 1 s,ooo au département de Brest, au-

• Voyez un mémoire de Colbert sur celte malièpp. {Instructions à SeignOay, pièces n" kk et 46.)

tant à celui de Rochefort, et autant à celui de Toulon, sur quoi le roi complaît en employer par année 3 à /i,ooo dans chaque département, non compris les demi-soldes pour la classe de service.

il recommandait aux intendants de réprimer fortement les concussions des officiers qui prenaient de Targent des matelots pour les exempter du service, et qui leur revendaient par \k leur liberté, que le roi achetait fort cher par le payement de la solde et demi-solde des classes de service.

11 leur recommandait aussi d'avoir grande attention que les commissaires se conformassent au règlement des classes pour la levée des matelots, sans avoir égard à la faveur de ceux des terres des plus grands seigneurs qui voulaient les en exempter.

Il voulait que toutes les levées d'équipages se fissent de gré à gré, Taigent à la main, et il recommandait que Ton évitât d'employer la force pour obliger les habitants des côtes à s'engager pour matelots; il aimait mieux qu'on les y attirât par un bon traitement, par l'idée d'une paye régulière , moins forte que celle des marchands, mais plus forte que celle que l'on donnait d'ordinaire, et par des gratifications aux veuves des matelots morts en campagne.

Et il ne croyait punissables comme déserteurs que ceux qui avaient touché do l'.'irgent de leur solde.

H chargeait les consuls de retirer les officiers moriniers et matelots qui revenaient dans leurs échelles, de les renvoyer en France, et d'en prendre grand soin, pour qu'ils ne prissent pas parti avec les ennemis.

Il ne voulait point accorder d'amnistie aux officiers mariniers ou matelots déserteurs dans les pays étrangers; mais il les faisait assurer par les consuls qu'ils ne seraient point poursuivis s'ils revenaient de bonne volonté dans les ports du royaume'.

Et il faisait agir en même temps sourdement l'ambassadeur de France en Hollande, pour tâcher d'en retirer les Français, gens de mer et ouvriers qui s'y étaient réfugiés, en leur promettant la même paye qu*en Hollande; mais il punissait et faisait condamner aux galères tous ceux que l'on retirait â la mer des vaisseaux étrangers où on les trouvait engagés.

Il écrivait à M. de Pomponne, de la part du Roi , d'engager Madame Royale de permettre , dans le gouvernement de Nice, la levée des matelots français et autres dont on pourrait avoir besoin pour l'armement des vaisseaux du roi.

Il recommandait aux commandants des provinces de donner tonte protection aux commissaires pour la levée des matelots.

n voulait que les intendants et commissaires fussent les maîtres dans les ports de la formation des équipages, sans que les capitaines s'en mêlassent, et, quand on en envoyait de recrue pour les armements, que les capitaines les choisissent, un a un, à tour de râle, pour éviter que les derniers capitaines n'eussent que le rebul.

Les capitaines étaient chargés de répondre de la désertion à la mer et du libertinage des matelots qui leur avaient été donnés dans le port, et, en cas qu'il en manquât qu'il fallût remplacer, le Roi voulait qu'ib fussent levés aux dépens des capitaines.

II permettait le cabotage dans la classe de service, les armements prélevés ;

Et, lorsqu'il n'y avait point d'armements pressés pour le roi, il permettait aux matelots de la classe de service de s'embarquer sur les vaisseaux marchands ^.

Pour favoriser la construction, les armements, et la pêche de Terre-Neuve, il faisait exempter des classes les maîtres de vaisseaux et barques, et tous ceux qui en faisaient construire du port de

' Il fil pourtant accorder des amnistieB dans la suite.

^ L'établissement des classes a été sujet en tous temps à divers inconvénients auxquels il n'a jamais été bien remédié, tantôt par le défaut du nombre des inateiots de la classe de service, qui ne siiiBsaient pas pour les armements, tantôt par le défaut d'armements, qui laissait oisifs el dans la misère ceux que la classe de service empêchait de s'employer dans le commerce; sans compter ce qu'il en coûtait pour les demi-soldes de la classe de service. Aussi cet établissement a-t^il été toujours mal suivi , et Von s'est conduit, surtout dans les derniers temps, suivant les circonstances, sans avoir égard à l'ordre des classes, ce qui peut avoir occasionné quelques abus, mais moindres qu'on ne ]*a répanda dans le public, et où l'on ne peut guère remédier qu'en y faisant veiller autant qu'il est possible , et en mettant d'honn^les gens à la tète des classes.

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