III.-9* ' hC
cinquante à soixanlo tonneaux et au-dessus, à condition que les maUres prendraient avec eui de jeunes apprentis pour les former; il faisait exempter aussi les caplaneurs, saleurs, et auira ouvriers qui travaillaient à la pèche de la morue, en cas qu'ils ne servissent point à la manoeuvre pendant le voyage, et non autrement.
Il ne prétendait point empêcher que les matelots de Dunkerque s'engageassent pour soldats, même dans les troupes de terre, pourvu qu'ils ne fussent point de service actuellement dans ta marine*.
il voulait qu'on réglât la paye des officiers mariniers et matelots suivant leur mérite, et non mivant leur ancienneté ou leur grade.
Le port des hardcs des matelots devait être déduit sur leur solde.
Les vacations des commissaires en tournée pour la levée des matelots étaient r^lées à 19 livres par jour, y compris leurs appointements, et à moitié aux écrivains, sans entrer dans aucum autres frais.
Il donnait volontiers des à-compte aux femmes des matelots embarqués pour les voyages de long cours, et faisait payer la solde aux veuves des morts en campagne, jusqu'au jour du désarmement des vaisseaux.
Il avait fait délibérer, par les états de Languedoc, que les matelots de la classe de service ne seraient point employés dans les rôles d'imposition pour l'industrie.
Il voulait que l'on employât de préférence les matelots de la classe de service pour journaliers dans les arsenaux , tant pour l'épargne qui en résulterait, que pour qu'ils apprissent des métiers qui pourraient leur être utUes à la mer.
Il faisait augmenter à la taille, comme contrôleur général, les paroisses qui ne se prêtaient pas ù la levée des matelots et ne fournissaient pas leur contingent.
11 portait son attention jusqu'à se faire informer de la réputation des officiers mariniers servant sur les vaisseaux marchands, de leur capacité et de leur bravoure, et en faisait quelques-uns officiers sur les vaisseaux du roi, avec espérance d'avancement.
Malgré Tordre qu'il avait voulu établir lui-même dans les classes, il ne s'y assujettissait pas toujours dans les cas d'armements pressés, et faisait prendre quelquefois des matelots partout, degré ou de force, avec la plus grande sévérité, envoyant dans les maisons de ceux qui se cachaient, et faisant chasser de la ville les femmes et enfants de ceux qui ne se présentaient pas, a la résenc des étrangers et des matdots de rivière, particulièrement des Sabies-d'Olonne.
Il lui avait été proposé de distinguer les matdots des galères de ceux des vaisseaux, ce qui fnl jugé sujet à inconvénient, quoique cela pût avoir son avantage à bien des égards.
Il établit les demi-soldes en faveur des invalides; elles étaient réglées différemment, suivant leur état d'infirmité : à 4 livres 1 0 sous par mois pour ceux qui ne pouvaient pas gagner leor vie, et â 3 livres pour les autres. Elles passaient même aux veuves de matelots, pourvu qu'elles ne se remariassent pas.
Il contenait sévèrement les officiers d'amirauté qui voulaient entreprendre sur les fonrlioos des commissaires des classes.
U avait soin de faire former de bons pilotes, ce qu'il regardait comme un des artides les plus importants de la marine, et il faisait travailler à des tables exactes des marées sur toutes les côtes tant de France que d'Angleterre et autres pays étrangers.
Il était revenu d'une erreur où l'on avait été jusqu'alors, que les pilotes du Levant ne devaient naviguer que par la connaissance des côtes dans la Méditerranée, et non par les hauteurs.
Il mandait aux professeurs d'hydrographie de l'informer des progrès de leurs écoliers, sans s'embarrasser des chicanes que leur faisaient souvent les offidera de l'amirauté contre qui il les soutenait.
* Ce qui est particulier ponr Dunkerqne, tes ordonnances du roi défendant ces enrôlements dansi^ reste du royaume.
H prenait gi*and soi a de la conservation des chiourmes, et cherchait à les bonifier par tous les moyens possibles, en faisant acheter non-seulement des Turcs à la côte d'Italie, en Sicile, et à Malte, mais même des nègres du Gap^Vert, quMl estimait plus propres à ce travail que ceux de la o6te de Guinée, et en faisant des conditions avec des armateurs à qui il faisait prêter des vaisseaux du roi pour que les Turcs qa*ils prendraient soient remis aux galères.
Il rédaroait même, en Savoie, les Savoyards condamnés aux galères, qu^ii demandait, au nom du Roif qui fussent conduits à Marseille, suivant un ancien usage qui n'est plus suivi à présent par le roi de Sardaigne, mais qui a encore lieu quelquefois chez les Suisses.
JU8TICB, POLICE BT DISCIPLIHB.
Cette partie était entièrement dévolue aux intendants du temps de M. Golbert, et il les y soutenait avec la plus grande fermeté, non-seulement eux, mais les commissaires en sous-ordre, et jusqu'aux écrivains de vaisseau, sur lesquels il écrivait à M. TAmiral de tenir la main à ce qu'ils ne fussent point inquiétés dans l'exercice de leur charge à la mer, et d'informer les capitaines que c'était la volonté du Roi.
C'était les intendants et les commissaires des départements que M. Colbert chargeait d'observer la conduite des officiers qui y étaient employés, et de lui en rendre compte; c'était sur leur «vis qu'il les employait, les avançait, les récompensait ou les punissait suivant leur mérite.
Il mandait aux intendants que, sur le procès-verbal qu'ils dresseraient du peu de diligence des capitaines dans les armements, le Roi les interdirait sans retour; mais il leur recommandait en même temps de ne point mêler de passion dans le service, et de se prêter quelquefois aux petites fantaisies, même déraisonnables, des officiers du premier mérite.
C'était aussi les intendants qu'il chargeait d'employer les officiers qui restaient dans les ports, ftil voulait qu'ils fussent toujours occupés, tant à la garde des vaisseaux qu'aux autres fonctions de leur métier. Les officiers généraux recevaient souvent ordre du roi d'exécuter ceux de l'intendant en général sur la conduite qu'ils devaient tenir à la mer *.
Il voulait que les intendants contentassent les capitaines dans les choses justes; mais il leur manilait qu'après avoir rempli leur devoir à cet égard, ils envoyassent les noms de ceux qui feraient quelques mauvaises difficultés, et qu'il les ferait casser.
Loin d'autoriser les officiers dans les discussions qu'ils pouvaient avoir avec des commissaires, pour des faits de service, il blâmait souvent les intendants de prendre trop légèrement le paKi des officiers , de tolérer leur mauvaise conduite, et de ne pas soutenir asseï les écrivains contre les capitaines qui en voudraient faire leurs valets si l'on n'y tenait la main^.
U mandait aux intendants que leur fonction n'était pas de tout faire par eux-mêmes, mais de diriger le travail de ceux qui sont employés sous leurs ordres, et d'en répondre.
Il faisait arrêter par les intendants les capitaines de vaisseau qui s'étaient laissé prendre, et d'autres qui avaient simplement perdu leurs vaisseaux par naufngie, et les faisait mettre au conseil de guerre, établissant pour principe qu'il était du devoir d'un capitaine de laisser plutôt sauter son vaisseau que de se rendre.
Il envoya ordre à l'intendant de Rochefort de faire arrêter, par le major, le comte de Blenac et le comte de Sourdis, chefs d'escadre, qui avaient insulté des oonunissaires faisant les fonction&de leur emploi; et il en usa de même en plusieurs autres cas.
Il pensait qu'un commissaire agissant pour les affaires du roi ne pouvait jamais être condamné en son nom, et exhortait les commandants, dans les ports, à donner l'exemple de la bonne intel-
' Les intendants étaient plus autorisés alors qu'ils ne Tont été depuis à régler ces sortes de dispontions.
** Il 8*en Isot bien que les écrivains aient été également soutenus depuis dans leurs fonctions, que Ton a toujours tAcbé d'avilir, et que Ton a rendues par 1è presque inutiles au service.
72/i APPENDICE.
ligcnce fini devail régner dans le service, cl à ne se jamais joindre anx plaintes des ofliciers contre les intendants, qui ne pouvaient être agréables à Sa Majesté.
Il entendait que les intendants fixassent Theure et le jour des revues, et quUls en fissent seulement avertir le major quelques heures devant, poar qu^il allât prendre du commandant Tordre de faire assembler les troupes *.
Il envoya à M. de Vauvré, intendant de marine à Toulon, ordre d'obliger le lieutenant criroioei de cette sénéchaussée à aller demander pardon et faire des excuses à M. de Courcelles, gouverneur de Toulon, à qui ce lieutenant criminel avait manqué **.
Il lui défendait en même temps de lais«ier faire Texercice dans la place d'armes par des gardesmarines, au son du tambonr, et il lui enjoignait de ne le leur laisser faire ailleurs que dans farsenal.
11 consultait quelquefois des officiers d^épée sur des entreprises de mer; mais il ne les croyait point propres aux parties d'administration et de législation.
Il ne faisait pas grAce aux officiers du premier grade et de la plus grande répatation, qui vonlaienl se soustraire aux règles qu'jl avait établies pour la discipline du service, et il fut presque tenté de ne plus employer M. Du Qnesne, quoique le premier homme de mer qu'il y eut alors, parce qu'il avait peine à s'y soumettre*.
Il parait qu'en 1671 tous les capitaines et officiers d'un département étaient subordonnés ao capitaine du port, qui l'était à l'intendant.
Il était fort sévère avec les ofliciers sur les malversations et les pillages.
Il défendait tout commerce aux Iles de la part des capitaines. Il approuva M. de Demuio, intendant, d'en avoir fiait arrêter un qni avait rapporté deux cents barriques de sucre , et lui envoya les ordres pour les confisquer, lui enjoignant de plus de l'interdire et de ne lui rien faire payer de ses appointements.
Il faisait rouler les gardes-marines avec les officiers, lorsqu'il n'y avait pas suffisamment d'officiers pour le service.
En 1681, les officiers de marine étaient obligés d'assister à un ou deux exercices par jour, sur la construction , l'exercice du canon et l'hydrographie.
Il faisait armer des frégates remplies d'officiers, uniquement pour leur apprendre Teierdee de la manœuvre.
Il conseillait que l'on fît passer les commissaires d'un arsenal par tous les détails.
Il ne pensait pas que la qualité d'entrepreneur ou d'armateur pût jamais s'allier avec celle de contrôleur, ni d'aucune espèce d'officier employé au service.
Il recommandait de ne point laisser d'écrivains inutiles dans les ports, de les occuper et de suivre leur travail, mais de ne point s'attacher aussi à les examiner trop scrupuleusement, et de prendre garde de porter la sévérité à l'excès.
Il regardait comme le seul moyen d'avoir de bons ouvriers celui de les occuper beaucoup, pe^ suadé que par ce moyen, cher à la vérité dans les commencements, il arriverait de deux choses l'une, ou que les médiocres se feraient habiles, ou que les habiles viendraient où il y aurait à gagner ; tel homme tirant de son industrie de quoi faire un travail à un quart de moins qu'un autrp avec une paye plus forte.
* 11 est d'usage aujourd'hui que le commissaire aille la veille avertir lui-même le commandant, et le prier d'assembler les troupes; mais quelques commandants , entre autres M. de Saint^Maur, lieuteaint général , commandant à Rochefort « ayant prétendu que c était è lui de fixer l'heure et le jour, eu • été fort désapprouvé, ce droit appartenant à Tinlendant, pour plusieurs raisons tirées du service même.
Autrefois les revues étaient beaucoup plus fréquentes, et les jours ni l'heure n'en étaient point fixM, ce qui obligeait les ofliciers à une plus grande assiduité daus le port
** Ne pouvant donner cet ordre comme secrétaire d'Étal de la marine , il le donna peut-être comne ayant le département de la province.
* M. Du Qnesne, avec de grandes parties pour la mer, du côté de la valeur et de la manœuvre, patsait pour être d'une humeur difficile et intéressée , et il parait, par plusieurs lettres, que MM. Golbert et de Seignelay en pensaient de même.
Il avait reconnu qu'il y a des ouvrages que l*on ne peut faire qu'à la journée, comme les raccommodages, et il observait que ce n'était pas tant la quantité que la qualité des ouvriers qui fait faire beaucoup d'ouvrage.
Il aimait l'ordre en tout, et trouvait que rien ne faisait tant d*honneur et ne satisfaisait pins l'esprit que de voir un grand établissement comme celui d'un arseoal de marine bien en règle'.
Il recommandait l'extrême propreté dans les vaisseaux, comme très-importante pour leur durée , la saleté pouvant aussi beaucoup contribuer aux maladies.
Il avait pour maxime de faire ôter les mâts de beaupré et de misaine des vaisseaux dans le port, pour les garantir de tomber de l'avant.
Il ne souffrait aucune boutique ni petit bâtiment adossé contre les magasins de l'arsenal , dans la crainte du feu.
Il était fort attentif à réprimer les duels, et ne voulait point qu'on les dissimulât, attendu l'importance du fait; il expédia même un arrêt pour faire juger un duel par le conseil de guerre, au préjudice du sénéchal de Toulon, qui s'était déjà emparé du corps**.
It voulait être informé des diverses opinions des juges dans les conseils de guerre.
Il s'embarrassait peu des plaintes des consuls et des officiers de l'amirauté, ni même des juges ordinaires et des parlements, sur la juridiction qu'il avait fait attribuer aux intendants de marine, et il réprimait très-fortemeat toutes les entreprises -qui tendaient à la détruire*, mais il n'était pas moins attentif à empêcher que les habitants ne fussent vexés par les officiers.
Il nommait volontiers des commissaires pour juger les affaires de finances qui regardaient la marine, pour qu'dles ne traînassent point en longueur devant les juges ordinaires.
Il n'aimait point les discussions, surtout des inférieurs avec les supérieurs, à qui il donnait presque toujours raison; et il voulait que l'on secouât toutes les petites discussions et pointitleries de formalité , qu'il estimait fort contraires au service. Il n'admettait jamais de raison de résistance du contrêleur ou commissaire général à l'intendant, pour se soustraire à l'obâssaoce qu'ils lui devaient, même sous prétexte du bien du service **.
* Yoyex son instraction à M. de Matharel, allant intendant à TouIod {Marine, pièce u* i5o), les mémoires et règlements sur la police des arsenaux, el ses avis à M. Colbert de Terron. Yoyez aussi les divers ordres qu*il donna aux intendants sur le voyage du Roi dans les ports , oa sur celai qa'il y devait faire.
^ H a été recoona depuis que celte procédure devait être jugée par les parlements.
' La police des arsenaux et du service maritime est souvent exposée aux entreprises des juges ordinaires, lorsqu'elle n'est pas exercée par des intendants fermes et instruits des principes des règlements et ordonnances. Cette matière demanderait un traité particulier.
En général les intendants de marine ont deax sortes de juridiction : Tune de territoire, l'autre d'attribution.
Daoa l'arsenal et dans tons les magasins qui en dépendent, eu quelque lieu qu'ils soient situés, ils ont une juridiction de territoire , et tous les déiiu qui s'y commettent, de quelque nature qu'ils puissent être, même étrangers au service de la marine, sont de leur compétence.
Dans le reste de la ville et autres lieux, ils n'ont qu'une juridiction d'attribution pour tout ce qui regarde les personnes ou effets dépendant de la marine, agrès volés ou divertis, fournisseurs, receleurs, et généralement pour tout ce qui se trouve impliqué dans le fait du service maritime.
Il y a des cas compliqués, dont quelques-uns sont prévus par l'ordonnance, mais non pas tous; par eiemple, la querelle d'un bourgeois et d'un soldat de marine est dn ressort des juges ordinaires. L'ordonnance de 1689 en feit mention; mais si l'un deux, ou telle personne que ce puisse être s'était l'éfogiée sur des vaisseaux désarmés ou dans l'arsenal , la justice ordinaire ne pourrait y entrer de force el à main armée sans le consentement de l'intendant et sans lut avoir expliqué les motifs de sa descente, auquel cas l'intendant doit, de deux choses l'une : ou faire saisir et arrêter le coupable par le prévôt de la marine, et le remettre aux juges ordinaires , s'ils sont fondés à juger le délit; ou leur permettre lentrée dans l'arsenal, mais sans sergents ni recors, el en les fabant accompagner par les prévôts et archers de la marine , pour leur donner main-forte dans le cas où il en serait besoin.
* Il serait bien à souhaiter que l'on contint toujours les contrôleurs dans celte subordination , sans quoi ils troublent souvent le service sous prétexte d'y mettre la règle et dans la seule vue de rendre leurs fonctions plus importantes. Gomme les oidonnances n'ont pu prévoir tous les cas d'excepliou aux règles générales, et qu'il faut nécessairement qne ces règles plient en maintes occasions pour que le service se
li n^aimait point à employer ces ^ens qui faisaient naître ou qui découvraient partout des dilEcuités, sans trouver en même temps les moyens de les résoudre.
Il fit faire défense à tous ofliciers mariniers, matelots, etc. d^aller servir hors du royaume, nos peine des galères.
Il se proposait de faire mettre les enfants trouvés d'Aiz sur les vaisseaux et sur les galères*.
Il écrivait avec politesse, mais avec force, aux gouverneurs de province et comniaodsDls de terre, sur les objets qui regardaient son département, et ne ménageait point sur cela les gens de la plus grande faveur ^
Quelque exact qu'il fût sur Tobservation des ordonnances, il recevait cependant volontiers dm avis sur les modifications que Ton pouvait y apporter, et y avait égard quand elles étaient fondées.
L^article des saluts a fait de tout temps un objet important dans la marine , et y a occasioDoé de grandes discussions; il a été soutenu différemment, suivant les diverses circonstances ou Ton s'est trouvé.
On trouvera au chapitre fol. 788 (du graud recueil) la liste des différents règlements, mémoires et autres écrits sur cette matière, depuis le fameux différend arrivé en Angleterre entre k comte d'Estrades, ambassadeur de France, et celui d'Espagne, qui voulut lui di^uter la main.
En général, la France a toujours prétendu exiger le salut des antres nations à pavillon égal , e{ l'a souvent obtenu par la force; mais cette possession n'a jamais été bien constante, ni avouée des autres nations.
On s'est relâché cependant plusieurs fois du droit de se faire saluer à Cadix par les différents vaisseaux qui y abordaient, pour ne poiut troubler la liberté du commerce; mais on soutenait le» mêmes droits et les mêmes prétentions en sortant du port.
Les Anglais sout les seuls avec qui on soit convenu de ne se rien demander de part et d'autre. Ils portaient leurs prétentions plus loin , et prétendaient se faire saluer les premiers dans les mers qu'ils appelaient de leur domination, et qu'ils étendaient depuis le Nord jusqu'au cap Finisterre, et même jusqu'au cap Saint-Vincent, ce qui a toujours été conslamment refusé par la France, mais avec ordre cependant d'éviter les occasions et la rencontre des vaisseaux anglais, et de les combattre, s'ils voulaient y contraindre.
Par les règlements sur les saluts, le roi ordonne que ses vaisseaux salueront les premiers les places et principales forteresses des rois; qu'à l'égard des moindres Etals, ils se feront saluer le» premiers (à l'exception des villes de Nice et Villefranche, que le vice-amiral saluera le premier, et qui rendront coup pour coup , sans tirer à conséquence pour les places des autres Etats); que les pavillons d'amiral et de réale rendront le salut par un moindre nombre de coups, et les autres pavillons coup pour coup, mais de ne saluer aucune place sans être assuré que le salut sera rendu en cette forme.
Il fut donné ordre à un capitaine de vaisseau du roi armé en course de saluer tous les vaisseaux de guerre anglais qu'ils rencontrerait dans sa navigation , mais d'éviter surtout de porter aucune marque de commandement qui le lit connaître pour capitaine de vaisseau du roi ni d'entrer dans les ports d'Angleterre.
On peut voir la convention particulière qui fut fiiite avec le rot de Danemark , pour, les hooueurs à rendre au pavillon de France en Danemark.
fasse, il est plus à propos qu'elles plieut sous l'ordre de Tintendant , qui est à la tête du service, que sous celui d*un contrôleur qui doit être censé moins instruit, qui ne voit souvent qu'une partie desckose» et des motifs que i'iotendant ne doit pas toujours lui confier, et que la jalousie porte souvent à conlrsdip les ordres d'un supérieur lorsqu'il en trouve le plus léper prctcxl*".
* Gela n'a pas eu lieu.
* Voir Marine , piècp n" 3 3 9.
Il fol rendu, en 167Â , un règlement qui ordonne que les saluts dans une escadre seront rendus par le premier vaisseau seulement, et que Tétendard réal des galères sera salué séparément et après le pavillon amiral.
Le comte d'Estrées, lieutenant général de terre, montant un vaisseau, voulut en cette qualité refuser le salut par mer au pavillon du conlre^roiral, porté par M. Du Quesne; il en fut blâmé par M. Colbert, qui lui fit dire que ce grade ne lui donnait aucun caractère sur mer qui le dispensât d^étre subordonné à un simple capitaine de vaisseau , de même qu'un lieutenant général de marine le serait sur terre au dernier officier de terre.
HONIiEURS, RANG ET GOMIIANDBaBlIT.
Le duc de Beaufort, amiral de France, allant auxiliaire au siège de Candie, avec les vaisseaux du pape, eut ordre de ne porter que le second pavillon, qui est celui du pape, le premier étant celui deTÉgUse, et d'obéir au général de l'armée du pape, mais de prendre le rang sur toutes les autres nations en qualité de fils aine de TEglise, et de faire prendre le rang immédiatement après lui au général des galères de France, ensuite au duc de Navailles, général de Farmée de terre de France, et de se substituer l'un à l'autre le commandement en cas de mort, maladie ou autre empêchement.
Le Roi blâma à cette occasion le duc de Vivonne, général de ses galères, d'avoir voulu exiger de ceini du pape qu'il envoyât toutes ses galères au-devant de lui, même celle qui portait le crucifix, mais l'approuva d'avoir exigé la main en lui rendant visite.
Il fut convenu, en 167a , que M. le duc d'Yoric, comme grand amiral d'Angleterre, devait faire aiJMNner le grand étendard royal ou le pavillon d'union par tous les vaisseaux français ou anglais sur lesqueb il monterait; mais comme cette déférence était uniquement accordée à sa personne et non à sa charge , et qu'en 1678 c'était le prince Robert, son cousin, qui commandait tontes les armées navales d'Angleterre et de France, Sa Majesté insista sur ce qu'elle ne fût rendue qu à la personne de H. le duc d'York seule, et non à celui qui le représenterait, quoique dans la même charge.
Il y eut onlre cependant de se relâcher sur cela en faveur du prince Robert, en cas que ces difficultés ne pussent se surmonter.
Il fut décidé que , lorsqu'un détachement de galères serait joint aux vaisseaux, les vaisseaux auraient le commandement; mais lorsqu'une escadre de vaisseaux, commandée même par un lieutenant général, se joindrait à toutes les galères commandées par le général , le général des galères aurait alors le commandement.
Il fut aussi décidé que le major ou aide-major n'avait point droit de faire tirer le canon sur l'amiral, les saints devant être rendus par l'ordre de celui qui commande la garde, c'est-à-dire par le capitaine de port lorsqu'il est sur l'amiral, ou par son lieutenant.
En cas de rencontre ou de jonction de deux puissances unies, comme l'Angleterre et la France. M. Colbert voulait établir que le commandant de l'une des deux nations dont le nombre de vaisseaux serait supérieur, à pavillon égal , commanderait l'autre; mais les Anglais ayant peine à s'y soumettre dans la guerre de 1673, le Roi donna ordre à ses capitaines, qui allaient aux Iles, de ne point insister pour prétendre le commandement sur les Anglais dans le cas ci-dessus.
Il fut permis une fois, et sans conséquence, au duc de Vivonne, de porter le pavillon d'amiral ; à M. Du Quesne, celui de lieutenant général ; à M. de Preuilly, celui de chef d'escadre, sur une escadre composée seulement de huit vaisseaux, ces pavillons ne devant être arborés, pour l'ordinaire, qu'avec le nombre de vaisseaux convenable à leur dignité*.
Pour lever toutes difficultés sur le commandement entre les troupes de terre et de mer, le roi avait décidé que, lorsque les troupes de marine mettraient pied à terre , elles seraient commandées par des officiers de terre, et que, lorsque les troupes de terre s'embarqueraient sur les vaisseaux, elles seraient commandées par des officiers de marine.
* C'était une faveur pour M. de Vivonne, le pavillon amiral ne pouvant ètro arboré que sur une escadre f\» vingt vaisseaux, suivant rordonnance de 1670.
Il élablit i'école des canonaiers dans les poiis et le prix de la butte.
11 voulait que les commandants et intendants y assistassent de tempe en temps, et comptait fiier le nombre des entretenus a quatre ou cinq cents.
11 écoutait toutes les propositions qui tendaient À perfectionner rartillerie, et faisiit faire i ^épreuve de toutes celles qui promettaient d'augmenter la portée du canon, même celle des ixwlets creui à fusées , quoiqu'il n'en eût pas grande opinion , doutant qu'ils eussent aaseï de force pour percer les membres d'un vaisseau.
Il fit faire aussi celle des boulets d'artifice, des mortiers à grenades, et des canons coarts do volée '.
Il espérait rendre les canons de fer égaux en bonté à ceux de fonte et y faisait travailler.
Il blâmait avec raison la trop forte épreuve des canons, et pensait qu'une seconde épreare ne pouvait qu'énerver la pièce.
Il entrait avec les fournisseurs dans les plus grands détails sur la fabrique des canons, mais il ne recevait point leurs excuses sur l'inexécution de leurs marchés; il les renvoyait sur cela aox iotendants, à qui il mandait de les examiner à fond, et il n'en jugeait que par leurs avis.
Il était fort attentif aux épreuves et à la confection des poudres, et entrait sur cda dans les mêmes détails avec les fournisseurs^.
Il avertissait les intendants d'être en garde contre les fondeurs qui voulaient toujours employer des matières trop fines, et du cuivre de Suède de préférence à celui de Barbarie, parce qa'il leur causait moins de déchet.
Il regardait les ornements sur les canons comme plus embarrassants qu'utiles.
11 fit faire un règlement pour les canons de fonte qui devaient être donnes aux vaisseaux de chaque l'ang.
11 mandait que Ton se défiât de l'opposition des capitaines pour les canons de fer, dans l'idée d'en avoir de fonte.
Il ne comptait pas que les mousquetons dussent peser plus de huit à huit livres et demie.
Anciennement les capitaines de vaisseau étaient chargés de la fourniture des vivres pour les officiers et équipages de leurs vaisseaux, même de celle des troupes de terre qu'ils enibanpiaient pour différentes expéditions. La ration des soldats se payait au capitaine h sous 6 deniers, et ceiio des officiers ao sous; les équipages en souffraient, et M. Golbert, en ayant reconnu l'abus, établi! un munitionnaire général.
Mais il examinait avec autant d'attention le caractère que les conditions de ceux qui se proposaient pour entrepreneurs, et il préférait les plus honnêtes gens au bon marché.
* M. Colbert aurait désiré qu'on put faire usage de eelte espèce de canons , parce qu'ils étaient plos légers, et qu'avec moins de poudre ils portaient aussi loiu que les canons ordinaires; mais riDeonrénient de ne point faire sortir la volée des sabords araez avant pour sauver les inconvénienls du Teu , surtout dans les batteries basses , les fit proscrire. Cette proposition a été renouvelée dans la régence et rejetée par le» mêmes raisons prévues par M. Colbert
A l'égard des boulets creux à fusées, il ne parait pas que cette invention ail eu aucun succès, n» douto à cause de pareils inconvénients du feu où ils pouvaient exposer les vaiseaux mêmes qui s'en aervaiont.
D'ailleurs on a été depuis extrêmement réservé à admettre ces sortes d'inventions qui ne tendent qn à la destruction des hommes et dont les ennemis profitent également six mois après qu'elles sont trouvée».
*" La poudre alors, iwur être reçue, devait aller au cinquième degré de l'éprouvctte ; mai* réprcuic s'en fait à présent au mortier, et l'ordonnonce n'exige qu'il porte le boulet qu'à soixante toises, ce qoi ^ parait pas suffisant par nipport aux poudrns d<^s ennemis, qui portent beauroup pins loin.
Il aurait même souhaité que les capitaines et officiers eussent pu être nourris par un munitionnaire, pour éviter le luxe et Tembarras des tables, dont les inconvénients se faisaient sentir dès ce tempa-lè , et ont bien augmenté depuis.
Il prot^eait beaucoup les munitionnaires, surtout dans le commencement de leur établissement, où il trouva de grandes oppositions, et il les rassurait sur les plaintes qu*ils faisaient de la connivence entre les capitaines et les commissaires à leur préjudice ; mais il était exact, en même tempe, à leur faire faire le service; il les rendait responsables du retardement des armements qui arrivait par leur fait.
Il punissait sévèrement les officiers qui insultaient les commis des munitionnaires, et il voulait que le fond de cale fût à leur disposition pour les vivres, et non à celle des officiers pour leur commerce et commodités particulières, et que la police des vivres, même sur les vaisseaux, fût dévolue aax intendants ou commissaires des escadres.
Il ne voulait point qne Ton embarquât d*argent pour faire des vivres en pays étrangers, et préférait, dans les voyages de long cours, d*en envoyer de France, par convoi*.
Il voulait aussi que Von portât aux Iles le bœuf salé de France, préférablement à celui d*Irlande.
Il fit régler Tartide du bois à brûler, tel qu^il Test i présent, par Tordonnance de 1 689.
Il recommandait la qualité de Teau dans la confection du biscuit, et que les galettes fussent entières pour les ranger plus facilement.
Il ne voulait pas que Ton donnât plus de deux mois de vivres aux vaisseaux armés contra les Barbaresques , pour les rendre plus légère à la course.
Il fit défendre aux équipages de divertir aucune partie de leur ration, et leur fit ordonner de laisser à bord ce qu^ils ne pourraient consommer. H fit donner double ration â Taumônier et au chirui^en qui mangeaient à la table des offiden d'infanterie, recommandant toujoure aux capitaines de n'embarquer aucunes superfluités indécentes à des gens de guerre et nuisibles au service du vaisseau.
Il défendit aux capitaines d'exiger des rations en argent du mnnitionnaira, et au munitionnaire de leur en donner; d'enfoncer les futailles vides, et de les mettra en paquet ; de laisser établir des tavernes sur les vaisseaux; de faire peser la viande coite à la mer, ou de renvoyer des vivres jugés bons après la visite dn commissaire général ; de passer une ration, ni demi-ration aux mousses, qu'il prétendait être suffisamment nourris aux plais des matelote qu'ils servaient ^.
la ration, en 1673, était à peu près la même, pour la qualité, que celle d'à présent, et l'on abusait également de la macbc-mourre pour la nourriture des bestiaux , ce que M. Golbert réprimait sévèrement.
ABHBIIIRTS.
Armements en général.
Les forces maritimes du roi montaient, en 1678, à 190 vaisseaux de ligne: 19 du premier rang, 96 du deuxième, Ao du troisième, 96 du quatrième et 16 du cinquième.
M. Golbert voulait que ces vaisseaux fussent toujoura en état d'être armés, et servissent à tour de rAle% sans égard aux fantaisies des capitaines, qui voulaient toujours monter les vaisseaux neufs.
Il estimait important pour la gloire du Roi , et pour le bien du commerce, qu'il parût des vaisseaux du roi dans toutes les mers , en temps de paix comme en temps de guerre.
* Gela dépond des circonstances et serait abusif pour les rafraichissements des malades.
** 11 a été dérogé depuis, et ils ont une ration.
' De pareils ordres, qui sont plus de spéculation que de pratique, ne peuvent s'exécuter qu'autant que les fonds sont remis à temps et en quantité Riiffisante pour fournir aux dépenses qu'ils exigent; aussi n'ontiis jamais été suivis à la leltrr.
Il voulait accoutumer lea cajnlaines à tenir la mer eu hiver comme eu été, et faisait craîser M. Du Quesne pendant tout Thiver entre les caps Ouessant, Finisterre, et SaintrVincenL
Ce fut autant dans cette vue-là que pour assurer le commerce et encourager les marchands, que le comte d'Estrées, vice-amiral, eut ordre de tenir la mer pendant douze mois de suite.
Il se proposait de tenir toujour» a ia mer, en Ponant, une escadre de six vaisseaux armés à Brest ou à Rochefort, et lorsqu'elle rentrerait, d^en faire sortir une autre.
Il employait les voies les plus pressantes de récompense et de punition pour exciter les oiDciers à faire des actions d'éclat et cherchait à leur inspirer la chaleur et Télévation nécessaires pour se distinguer et pour faire briller la marine.
Il ne craignait pas de hasarder la perte des vaisseaux du roi pour augmenter leur gloire, et mandait au commandant de les risquer pour des occasions distinguées, et qu'en cas que révéoement ne fût pas heureui. Sa Majesté se consolerait de leur perte.
n avait fait un plan d'une chaîne de seize vaisseaux , distribués deux par deux en différents parages, depuis Calais jusqu'à Bayonne, pour la garde des côtes et pour l'escorte des vaisseaux mar^ chands.
Il donnait les éloges les plus flatteurs aux actions brillantes, et engageait le Roi à écrire laimême aux officiers qui les avaient faites, ce qu'il fît à M. Du Quesne, chef d'escadre, sur la victoire qu'il avait remportée contre les Hollandais.
Il accordait volontiers des gratifications à des capitaines, même marchands, pour les encourager dans les armements ou pour les récompenser des prises qu'ils avaient faites. Ces gralifications montaient souvent jusqu'à 9,000 écus et 1 9,000 livres, sommes considérables pour ce temps-là.
Il fit rendre une ordonnance du roi, qui promettait 3o,ooo livres de gratification pouraïwrder et enlever l'amiral d'Espagne, 90,000 livres pour le vioe^miral, i5,ooo livres pour le contreamiral, 10,000 livres pour tout autre vaisseau de guerre, 90, i5, 10 et 6,000 livres pour les brûler seulement.
Il faisait prêter des vaisseaux du roi aux armateurs particuliers , à condition que Sa Majesté entrerait pour un tiers dans les frais de l'armement, et que les prises seraient partagées, un tiers pour le roi, un tiers pour les armateurs et un tiers pour l'équipage; que les officiers seraient nommés par le roi, et le capitaine par les armateurs; ou suivant d'autres conditions portées par des coofarats particuliers d'affrètement, dont une des principales était de fournir pour les galères les Turcs qu'ib prendraient à la mer.
Il fut fait un règlement très-^mple, en 1681 , sur l'escorte à donner aux bâtiments du Levant.
Il faisait entrer le roi en part avec les compagnies de commerce pour donner une récompense aux armateurs qui prendraient des corsaires ennemis , à raison de 5oo livres pour chaque pièce de canon, outre le vaisseau et les droits du roi, dont il leur faisait remise.
Il recommandait particulièrement aux capitaines d'escorter et de protéger les vaisseaux ma^ chands, et de les exciter par un bon traitement et par la sûreté de l'escorte, à fortifier le commerce et à augmenter la navigation dans le royaume; et il leur fit défendre, par une ordooDaaci* du roi, d'abandonner les vaisseaux qu'ils avaient ordre d'escorter, sous peine de la vie, et aux capitaines de vaisseaui marchands de quitter leurs vaisseaux d'escorte, sous peine de 1,000 livr» d'amende.
Lorsque des capitaines étaient chargés d'escorter des convois, il leur recommandait de songer plutôt à les mettre en sûreté qu'à combattre les ennemis.
Il tenait pour maxime qu'il ne fallait jamais mettra des vaisseaux à la mer pour trois mois, parce que le temps s'y consomme en allées et retours, et qu'il fallait lâcher de les y tenir un an, à l'exemple des Anglais et des Hollandais *.
Il ne gênait point les commandants dans leurs opérations à la mer, et leur mandait que leur»
* Celte maxime est relative an temps et aux circonstances , cl a ses inconvénienU el ses avantages; il est vrai que les Anglais et les Hollandais la pratiquent plus que nous , peut-être parce qu'ils y sont plu» babi- Uiés. Ses inconvénients sont la consommation d'agrès et les maladies dans les équipages qu occaidoone un long séjour à la mer, surtout en hiver.
insIriictioiiB ne devaient servir qu'à leur faire connaître ia principale intention du Roi dans leur armement, oiais qu*il leur laissait la liberté d'agir, dans les rencontres, selon ce qu'ils estimeraient pins avantageux au bien de son service.
H regardait la lenteur et l'incertitude comme le pire de tous les inconvénients ; il aimait mieux que Ton risquât de prendre un mauvais parti que de trop hésiter pour en choisir un bon *.
U s'opposait fortement aux relâches et aux longs séjours dans les ports, surtout dans la rivière de Lisbonne, à quoi les meilleurs officiers étaient fort sujets, particulièrement M. Du Quesne, a qui il ne faisait pas , sur cela , plus de grâce qu'aux autres , malgré sa grande réputation.
11 ne permettait pas que les officiers, et surtout les commandants des vaisseaux, descendissent à terre pour aucune expédition militaire, à moins qu'ils ne fussent autorisés par des ordres exprès.
U recommandait aux capitaines de vaisseau et aux armateurs de ne pas recevoir si souvent les corsaires à composition, surtout lorsqu'ils se défendraient, et d'en couler bas quelques-uns pour intimider les autres.
11 fit combattre le scrupule des départs les vendredis.
Il voulait que les commandants d'escadre écrivissent fréquemment, et dans un grand détail, tout se qui se passait à la mer, et rendissent compte des talents de chaque capitaine , tant pour la manœuvre que pour le combat, et qu'ils observassent tout ce qu'il y avait de bon à prendre de la pratique des vaisseaux des autres nations qu'ils avaient occasion de visiter, particulièrement pour les brâlots.
Il prenait grand soin des blessés et des hôpitaux, et envoyait des médecins, des chirurgiens et apothicaires de Paris, pour des armements considérables.
Quelque faveur que le Roi accordât aux armateurs pour la course, il observait une justice sévère pour les prises, et en donnait mainlevée lorsqu'il n'y avait pas lieu de les juger bonnes, ne voulant pas, sous de faux prétextes, laisser établir l'esprit de piraterie parmi ses sujets.
11 regardait l'union entre les chefs comme de la plus grande importance pour le succès des opérations maritimes, où les divisions portaient toujours un grand préjudice.
U fut très-fâché de celle qui s'éleva entre le prince Robert, qui commandait la flotte anglaise, et le comte d'Estrées, vice-amiral de France.
Pour prévenir ces dirisions, il favorisait toujours le supérieur contre l'inférieur, même mieux fondé, et il sacrifia à cette politique M. de Martel à M. le comte d'Estrées.
U ne voulait pas qu'on laissât aux capitaines la liberté de changer leur vaisseau , ni leurs officiers, ni d'en prendre de surnuméraires.
Il fut mal secondé dans les commencements de son ministère par les intendants des quatre grands ports : Toulon , Marseille, Rochefort et Brest, et il leur en faisait souvent de vifs reproches, particulièrement à M. Amoul.
Il donnait quelquefois anx intendants des ordres très-pressés et très-difficiles à remplir; mais il leur donnait en même temps les fonds et le crédit nécessaires pour l'exécution , et ne souffi<ait point qu'ils y fussent traversa.
Ses ordres mêmes étaient souvent trop précipités, surtout quand ils venaient de la part de M. de Seignelay, et couraient quelquefois risque de mettre en péril les vaisseaux du roi , ce qui ne pouvait provenir que d'un défaut de connaissance de ce dernier dans les coraincncemenls de son association au ministère.
Il n'approuvait point que les intendants s'intéressassent dans les armements.
11 traitait noblement les affaires d'intérêt avec les puissances étrangères, en ce qui concernait le partage des prises, et plaçait l'économie dans le détail des marchés et des consommations journalières.
Il savait discerner et repousser mieux que personne les traits de jalousie et d'envie qui faisaient écrire contre les gens de mérite qui étaient en place cl en qui il connaissait des qualités principales, mêlées même de quelques défauts.
Ceci est relatif aux ciiTonslanco8 plii9 ou moins pressantes et aux inicndanls en qui M. Colbert avait plus ou moins de ronflancn.
Lorsque Tétat des foods ne permettait pas qu^on payât régniièrement les équipages, ii ainnil mieux faire acquitter ies anciennes dettes que de satisfaire au courant.
Il faisait venir des pilotes de Ponant en Provence, pour apprendre aux Provençaux à naviguer par la hauteur, méthode plus sâre que celle de la connaissance des terres qo^ils avaient employée jusqu^alors.
Il se faisait informer secrètement de tout ce qui regardait la marine des nations maritimes, et il envoyait pour cela des commissaires chei eux sous d'autres prétextes; ii donna en t6S3 une instruction très-ample à M. Desclouseaux, allant en Danemark , qm* peut servir de modèle en pareil cas.
Il était autrefois défendu aux capitaines, par une ordonnance chi roi, d*embarquer aucuns bestiaux sur ies vaisseaux sous peine de cassation*.
Il faisait éprouver volontiers les méthodes et inventions particulières, mais il voulait qu'oo les fît approuver et signer par les capitaines, pour leur ôler tout prétexte d'excuse.
Le Roi devant aller visiter ies côtes et ports du royaume, il donna des instructions amples et détaillées aux intendants, sur les préparatifs qu'il y avait à faire pour sa réception.
Police d'armemenU.
il exigeait une grande célérité dans les armements, tant des intendants que des offiden, pensant que le moindre retardement dans les expéditions maritimes peut faire manquer les opérab'oos les plus importantes; il voulait qu'une grosse escadre fût armée en quinxe jours ou un mois au plus, et ii se louait à cet égard du port de Toulon, hien plus que de celui de Brest^
Il se proposait de faire toujours mettre un commissaire et un ingénieur sur ies grandes escadres, tant pour être instruit de ce qui s'y passait, que pour lever les pbns des places, c5tes el rades où l'on aborderait.
Il trouvait que l'on donnait trop d'équipage aux vaisseaux français en temps de paix.
11 était ennemi des superfluités à la mer, et de l'embarras des bagages et des cages i ponles, et refusa une troisième flûte que lui demandait ie duc de Beaufort, amiral de France, pour la commodité de son escadre, prétendant que rien n'était si contraire au service de la marine qnede souffrir que les capitaines eussent tant de choses pour leur usage", et adoptant la maxime des Anglais et des Hollandais, qui pensaient que les capitaines devaient être traités comme les soldats et matdots.
Il ne permettait aux ofiiciers, passagers ou autres, d'emporter que quarante livres pesant poar leurs équipages et rafraîchissements.
Il voulait que, non-seulement les capitaines, mais les commandants des escadres et le vice-amiral même, assistassent à l'armement et au désarmement de leurs vaisseaux.
Les commissaires embarqués à la suite d'une escadre avaient ordre d'examiner, de compléter et de choisir les équipages; d'avoir soin qu'ils fussent bien nourris et bien payés ; de faire mention, dans leurs revues, des sujets bons, mauvais et médiocres; de visiter les armes et habits des soU
' A ré(fard du plus on du moins de bestiaux à embarquer, on ne peut tomber dans Texcès des deoi côtés sans porter préjudice à la santé des officiers , à celle des équipages , ou sans occasionner on mauvais air au fond de cale et de Tembarras un jour de combat; le mieux serait d*embarquer le moins de ces provisions, et de ies renouveler le plus souvent qu'il est possible , quand on se trouve à portée de le faire; mais cela ne se peut que par des convois qui ne sont pas toiqours sûrs d'arriver en temps de guerre, ou par un achat de vivres sur des côtes amies, lorsqu'ils n*y sont pas hors de prix, auquel cas il faut embarquer des fonds à proportion.
^ Cette maxime, importante pour toute espèce de service. Test inQniment davantage pour le service de mer ; mais elle ne va pas jusqu'à pouvoir forcer nature , ni à devoir faire partir des vaisseaux à demi armés et sans être munis de ce qui est essentiel pour leur sûreté, comme M. de Scigiielsy parait l'exiger en diverses occasions.
* Les défenses à ce sujet ont toujoui-s été renouvelées et mal suivies, et ce n'est que la prudence de» intendants dûment autorisés qui pciil bien régler celte police.
date, et d^en rendre compte; d^observer la qualité et distribution des vivres , cl de faire jeter à la mer ceux qui seraient gâtés ; d*exciter les officiers à faire faire souvent l'exercice aux soldats ; et de marquer combien de fois ils Tauraient fait; de presser les capitaines de sortir des rades et de n*y point entrer ni séjourner sans nécessité; en un root, d'examiner si tous les officiers faisaient leur devoir chacun dans leur état; de s'opposer aux consommations inutiles, surtout des câbles; de ne donner ni laisser prendre aucune connaissance aux capitaines du contenu dans les magasins; et, en cas que les capitaines ne se rendissent point aux remontrances que les commissaires avaient ordre de leur faire sur tous ces points, ces derniers avaient ordre d'en donner avis au secrétaire d^Ëtatde la marine*.
Il pensait que les capitaines voulaient toujours embarquer plus de monde et d'agrès qu'il ne leur en fallait pour Texécution des ordres dont ils étaient chargés, et que, si on les laissait faire, ib emporteraient le magasin général sur leur bord; il citait sur œk l'exemple des Anglais et des Hollandais, qui donnaient dans l'excès opposé^.
Il n'était point d'avis d'affecter à aucun vaisseau en particulier les has officiers entretenus, comme maître pilote, canonnier.
Il consultait les intendants sur le choix des vaisseaux et des officiers à qui l'on pouvait confier le commandement des escadres; et avait attention de mettre ensemble, autant qu'il se pouvait, des officiers qui se convinssent , préférant pourtant à cette convenance celle du service , quand il exigeait que l'on mit un lieutenant fort avec un capitaine faible.
Il obligea les capitaines de signer les inventaires des vivres et agrès qu'ils embarquaient, sous peine de cassation, et de se contenter de ceux de retour que les intendants leur donnaient, quand ils étaient encore de service, et ce, sans égard aux remontrances et difficultés des capitaines.
Il leur fit défendre de prendre à leur suite de petits bâtiments, qu'ils armaient des équipages de teurs vaisseaux, ce qui en diminuait la force.
Il autorisait les intendants à refuser aux capitaines ou commandants d'escadre, même aux offiders généraux dont il faisait le plus de cas et qui étaient à la tête de la marine (comme M. Du Quesne) , les demandes superflues et qu'il jugeait inutiles au service du roi % et il les blâmait souvent de trop de complaisance pour les officiers.
Il fit défendre aux capitaines et officiers de vaisseaux qui reviendraient caréner à Toulon, de quitter leur bord et de mettre pied à terre.
Il voulait que les commissaires embarqués et les intendants des porta rendissent compte de la conduite des capitaines par rapport à la propreté de leur navire et â la distribution des vivres, re* gardant ces deux points comme capitaux pour la conservation des équipages.
Il voulait que les capitaines observassent les qualités de leurs vaisseaux et en rendissent compte à leur retour.
Il fit armer, en 1681 , une escadre à Brest, commandée par le chevalier de Tourville, unique-
* On a été peu en usage, depuis ce temps-là, de eonsolter des intendants ou commiaMires géoéraax sur cette partie, et CDCore moins de s*en rapporter à leurs avis, quoique, lorsqu'ils sont capables d'en donner de bons, ils soient moins suspects de partialité à cet égard.
^ Les mêmes prétentions se renouvelleut journellement dans les armements, et donnent fieu à des àïtcnseions fréquentes entre les capitaines qui arment et les ofSciers du port qui font Tarmement Les rè^ements intervenus depuis , tant sur la quantité que sur la qualité des agrès , n'ont pu eueore y remédier,. Il n'y a que la capacité d*un intendant autorisé par la confiance des ministres qui puisse y mettre ordre; mais il faut, pour cela, quil soit au fait du service comme rofficter même, sans quoi il court risque de faire manquer des opérations importantes en refusant des demandes justes, et d'en voir retomber la iaote sur lui , quoiqu'il n*y ait souvent rien à lui reprocher. C'est ce qui rend les intendants et les oflSeiers de port si timides et si prodigues en cette partie, et qui cause tant de dépense au roi, en pure perte.
* Quelque supériorité de mérite que M. Colbert eùl reconnue alors en M. Du Quesne pour le service de mer, il le connaissait également pour homme extrêmement inquiet, diiTiciie.et avantageux, et il autorisait les intendants à ne point céder à tous ses caprices, et à lui refuser les choses qu'il désirait avec le plus de vivacité quand ils ne les jugeaient pas nécessaires au bien du service. Ce n>8t que par là que Ton pent êtaMir une sage économie dans la marine, mais il faut, pour cela , qu'elle soit dirigée par un homme instniit, sans quoi il risque de tout perdre en voulant trop ménager.
l'M APPENDICE.
ment pour rinslruction des officiers, el pour Texercice des manœuvres (>l des évolutions maritimes.
Il observait de ne point mêler rinfanterie de terre avec celle des vaisseaux.
Gumr» de HoUande*
La première gaerre maritime que la France eut à soutenir sous le ministère de M. Gdbert, fut contre la Hollande. La France étant unie alors avec TAngleterre , il semble qu*il aurait àù y y avoir une grande supériorité dans les flottes des deux nations sar celle de Hollande; cependsnl, soit à cause de la nouveauté de la marine et du peu d^expérience qa*avaient alors les officiers des vaisseaux , soit à cause de la rareté des matelots el des soldats, on ne laissa pas de trouver pliB de résistance que Ton n*avait cru de la part des Hollandais.
M. Golbert commença par envoyer en Angleterre un des meilleurs commissaires de maioe (M. de Vauvré) pour y prendre les mesures avec Tamirauté pour Téquipement, approvisionoement et relâche des vaisseaux du roi dans la Manche^ et pour y régler tout ce qui regardait la jonction , action , saluts et police des escadres des deux puissances réunies.
On se proposait alors de ne pas donner plus de six semaines de vivres aux vaisseaux armés afin de les rendre plus légers, ce qui fut trouvé dans la suite sujet à inconvénient, de sorte que Tod doubla et tripla le tempe de Tapprovisionnement les années suivantes.
Le Roi donna pouvoir dans cette guerre au duc d'York , et au premier officier de Tannée anglaise en son absence, de commander Tarmée de France, qui était sous les ordres du comte d*Eiitrées, vice-amiral, et qui n'était qu'auxiliaire.
Sur les deux partis proposés au roi d'Angleterre : d'armer en commun une grosse escadre où la France fournirait le tiers, ou de diviser l'étendue des mers, de sorte que les Anglais occapasseol celles qui sont entre l'Angleterre et la Hollande, et les Français celles qui sont depuis la Manche jusqu'au Détroit, on s'arrêta au dernier.
I^ France tint une escadre commandée par le chevalier de Château-Renault, pour croiser entre les caps Saint-Vincent et de Finisterre;
Une autre de vaisseaux et galères, commandée par le marquis de Martel , pour croiser dans la Méditerranée, tant contre les Hollandais que contre les Barbaresques, depuis Smyme jusqu'au Détroit, et pour escorter les marchands français;
Et une autre, commandée par M. le marquis d'Apremont, pour protéger le commerce des Français aux Iles.
On prit de grandes précautions pour faire garder toutes les côtes de Normandie, Bretagne, Saintonge, et particulièrement la rade de Brest; sur l'avis que l'on eut que les Hollandais devaient y faire des descentes, M. Golbert écrivit à tous les commandants des provinces le long de cescdtei de se tenir sur leurs gardes.
On fit garder particulièrement l'entrée de la Manche et celle du Détroit par des escadres qae l'on tenait dans ces parages pour empêcher les Hollandais d'y entrer et de pénétrer dans la Méditerranée.
On établit des croisières de vaisseaux à l'entrée de la rivière de Bordeaux et sur la côte de B»-, caye, pour en chasser les corsaires et pour donner escorte aux bâtiments do Bayonne.
Une des principales attentions qu'eut M. Golbert fut d'envoyer des vaisseaux pour garder la pèche de Terre-Neuve, où les Hollandais faisaient des prises continuelles (il fit entrer le oooh merce dans cette dépense);
Et de tenir une escadre â Gadix au temps de l'arrivée des galions, pour prendre les vaitsesai hollandais qui iraient retirer leur contingent.
Il fit fermer les ports de France et ne permit la sortie des vaisseaux marchands qu'à ceux qui seraient assez forts de canons et d'équipage pour se défendre contre les corsaires hollandais «on qui seraient escortés par des vaisseaux marchands armés en guerre, ou qui contribueraient aax . frais d'une escorte donnée par le roi à raison de tant par tonneau.
On fut longtemps inquiet pour les descentes que les Hollandais pourraient faire sur les côtes de France, principalement a Brest el à Rochefort, et M. Golbert écrivit sur cela à M. le doc de
Ghaulnes et au marquis de Gadagne d^assembler les milices et de prendra toufes les précautions possibles pour leur sûreté. Les Hollandais ne flrent qu^uue tentative sans fruit sur Belle-Ile.
M. Golbert prenait toutes les précautions possibles pour être informé, par la voie de Dunkerqiîe et par ses intelligences dans le pays, des forces et des démarches des Hollandais, et pour en faire passer les nouvelles par des bâtiments marchands que les consuls avaient ordre d^armer dans les ports étrangers et d*envoyer aux commandants des escadres françaises qui étaient à la mer.
11 se proposait de faire enlever des vaisseaui hollandais jasque dans la rade de Livoume et de Smyme, et voulait qu'on risquât tout pour anéantir le commerce des Hollandais en Levant, et pour le faire passer entre les mains des Français; mais il observait cependant de ne les point faire attaquer dans les ports, môles, et sous les forteresses des princes étrangers.
Il n'hésita pas à donner des ordres pour faire attaquer neuf vaisseaux hollandais par six français de même force, se confiant sur la bonté et la valeur des chefs et des équipages français.
U masquait volontiers ses entreprises, et fit semblant d'expédier pour le Levant l'escadre de M. de Vivonne, qu'il destinait pour Cadix.
La flotte hollandaise était composée alors de cinquante-cinq vaisseaux, commandés par Ruyter, un des premiers hommes de mer qu'il y ait jamais eu ; M. Du Quesne était le meilleur officier que la France eût à lui opposer, et ce dernier eut l'avantage en plusieurs rencontres.
Le Roi n'était point satisfait quand ses vaisseaux sortaient d'un combat avec les Hollandais a aYantage égal et sans une perle considérable de la part de ses ennemis.
Pendant la guerre de Hollande, les commandants des escadres eurent ordre de donner la même protection aux Anglais qu'aux Français.
En 167/t, les Aurais commençant à se détacher des intérêts de la France et ne voulant point armer cette année-là, et les Espagnols s'étant joints aux HoUandais, on fut obligé de se réduire à une guerre défensive et à la garde des cdtes, et M. Golbert consulta séparément plusieurs officiers généraux et intendants sur les partis à prendre pour cette campagne, ne jugeant pas pouvoir tenir tête, avec trente ou quarante vaisseaux , aux Hollandais seuls, qui en avaient soixante et douze.
M. Golbert munissait les commandants d'escadres d'instructions extrêmement détaillées, et terminait toujours par les kisser maîtres d'y changer, suivant les rirconstances, ce qu'ils croiraient le plus convenable, leur recommandant toutefois de s'en éloigner le moins qu'ils pourraient.
Guerre d'Angleterre.
Prévoyant, en 1678 , une guerre avec les Au^is, M. Golbert songea moins à balancer leurs forces, qu'il sentait être bien supérieures à la mer, qu'à ruiner leur commerce, qui était alors très-étendu en Levant et beaucoup plus considérable que celui des Français; et il tourna, pour cet effet, toutes ses idées du cêté de la course et de la manière la plus avantageuse de la faire; il regardait comme un objet principal , dans cette guerre, d'avoir toujours une escadre légère armée à Dunkerque.
Il fil armer des vaisseaux exprès pour reconnaître la Manche; et, pour qu'ils le fissent secrètement, il leur fit donner d'autres destinations apparentes.
On a toujours eu de grands ménagements pour les Anglais, lorsque l'on n'était point en guerre avec eux, et les vaisseaux français avaient ordre de visiter tous les vaisseaux étrangers, hors les anglais.
Quelques égards cependant que l'on eût pour eux, on ne faisait pas difficulté d'empêcher leurs vaisseaux d'entrer dans les ports des Barbaresques avec qui l'on était en guerre; et l'on n'en vivait pas moins bien avec eux; on leur rendait même les matelots de leur nation embarqués sur les vaisseaux du roi , et on leur demandait la même chose.
Guerre d'Etpagne,
M. Golbert prévit, même après la paix faite avec l'Espagne en 1678, que la guerre se renouvellerait incessamment, et donna en cooséquenc.e une ample instruction à M. Cabaret , capitaine de vaisseau, allant aux Indes occidentales, pour s'informer de la manière dont on y pourrait miner le commerce d'Espagne.
Il fil aUaquer, quoique en temps de paix, les armadilles espagnoles daos \e golfe du Mexique, sous les forteresses mêmes des Espagnols, sur le fondement de ce qu^ils prétendaient eax-méoies qu^il n^y avait jamais de paix dans ce pays-là.
Quoique les hostilités par mer eussent lien entre la France et TEspagne, on laissait la liberté aux petites barques et aux petits bâtiments de commerce de faire leur trafic d*un port à Taulre.
Stége de Meuine,
Cette guerre, comme beaucoup d'autres, fut entreprise plus par vanité que par raison d'État; on voulut principalement faire une diversion aux forces des Espagnols, pour les empêcher de sr réunir aux Anglais.
Les Messinois furent secouras dans leur révolte, non-seulement d*hommes, mais de vivres en abondance , et d'une forte escadre de vaisseaux et de galères.
On agita si on laisserait hiverner les galères de France à Messine, mais ce parti fut jugé de trop de dépense et sujet à trop d'inconvénients, les galères ne pouvant subsister longtemps sans le secours d'une grande ville de commerce, comme Marseille.
On usa d'artifice à la fin de cette guerre , lorsque des raisons obligèrent d'abandonner Messine, et on la livra avec peu de ménagement au ressentiment des Espagnols *.
Guêtre de Gènes,
Le Roi était extrêmement jaloux en ce temp»-là des saluts et du point d'honneur; et, sur le refus que les Génois avaient fait de saluer l'étendard de la Patronne ou de laisser visiter leurs vaisseaux par ceux de Sa Majesté, M. Du Quesne eut ordre d'arrêter tous les vaisseaux génois, de canonner Gênes et toutes les nuisons des nobles situées le long de la Rivière de Gênes, et de combattre et enlever tous les bêtiments génois qu'il rencontrerait à la mer.
Le Roi ayant résolu le bombardement de Gênes dès le mois de mai 1 683 , M. Golbert mandait i M. de Vauvré, intendant de la marine à Toulon, qu'il n'y avait jamais eu d'affaires dans la marine que le Roi eût si à cœur que celle-là , et que ce serait une grande satisfaction pour Sa Majesté de voir l'insolence des Génois punie, comme l'avait été celle des Algériens. Il lui recommanda dès lors de prendre toutes les mesures nécessaires pour cet effet.
Peu de temps après (le 6 septembre 1 683 ) , M. Colbert mourut, et M. le marquis de Seignelay, son fils , lui succéda dans le département de la marine. Ce projet flattait trop son goût pour qo'il ne le suivit pas avec ardeur, comme on le verra par la suite.
Guerre du Nord.
En i683 , le Roi envoya une escadre de vingt-cinq vaisseaux en Danemark, pour agir contre la Suède. H ne paraît pas qu'elle y ait fait de grands mouvements. Le roi de Danemark désirant qu'elle hivernât à Copenhague, le pour et contre fut discuté amplement et le Roi s'y opposa parles raisons expliquées à 1 arlide du grand recueil.
Guerre avec les Barbareequee.
La guerre contre les Uarbaresques est une de celles qui occupèrent le plus M. Colbert danssoa ministère. Le commerce du Levant s'y trouvait intéressé , et même celui des Iles pour les retours; c'est ce qui l'engagea à y porler la plus grande attention.
Il se proposait deux moyens pour contenir les Barbaresques : l'un , de faire masquer leurs ports, et d'y brûler Icura vaisseaux ^ sans entrer avec eux dans aucun accommodement qui ne fût trèsavantageux à Sa Majesté;
L'autre, de leur faire la guerre à outrance à la mer, surtout aux corsaires de Salé et de Tripoli, qui ne peuvent être contenus que par la crainte, et pour cela, d'armer contre eux des bâtiments
* Il fallait que la roison d'Etat fût bien forte pour user d'artifice avec les Messinois, et pour abandooDer une nation dont on avait recherché 1.1 confiance et avec laquelle on avait pris des engagements, nooseulement dans la vue de les secourir pour faire une simple diversion , mais même dans celle de les acqoénr et dp les melirr aous sa domination, ce qui parail par toutes les démarches et les expéditions antérinîw.
trè»-lëgers , équipés d'ai^irons', el des galères qui fussent toujours en état pour cet usage à Mai^seille; de les espaimer tous les deux mois, ne pouvant espérer que par ce moyen de joindre les Barbaresques à la mer.
11. croyait très-inutile de traiter avec une de ces nations barbaresques, si Ton ne réduisait les autres en même temps, parce qu^elIes prendraient le pavillon de cdle avec laquelle on serait en paix. Il était persuadé qu'il n^y avait qu'une conduite très-fière qui pût leur imposer, et il se proposait, pour la soutenir, d'avoir toujours quinie à vingt vaisseaux dans la Méditerranée , jusqu'à ce qu'ils fussent réduits.
Il désavoua M. de La Barre , capitaine de vaisseau, d'un traité bizarre qu'il avait fait avec le roi de Maroc
Il faisait arrêter tous les bâtiments étrangers trafiquant dans la Méditerranée, et entrant on sortant des ports des Barbaresques avec qui la France était en guerre**, et faisait attaquer les corsaires barbaresques dans les ports mêmes de la domination du Grand Seigneur, à l'exception de ceux d'Alexandrie et de Smyme; il prenait cependant des mesures avec la Porte pour prévenir les inddenls qui en pourraient naître, et usait de beaucoup de ménagement avec cette puissance".
Il se faisait informer secrètement des fonds, des mouillages et des fortifications de leurs différents ports.
Il regardait comme très-important pour le commerce de Marseille de ne point rompre trop légèrement avec les Barbaresques, surtout avec ceux d'Alger, où il n'y a qu'à perdre, parce qu^ils ne font que la course, et point de coDunerce, et qu'il n'y a point de reprises à faire sur eux*^.
Les affaires se brouillant de plus en plus avec Alger, le Roi en résolut le bombardement en i68a. Quelque réussite qu'eût cette expédition, elle coûta beaucoup plus qu'elle ne rapporta à la France. Sa plus grande utilité fut d'imposer pour quelque temps aux Barbaresques; on pensa même en perdre tout le fruit, pour l'avoir voulu pousser trop loin; et Ton fut obligé, sur la fin, de faire la paix à des conditions moins avantageuses que celles que l'on eût obtenues d'abord, si l'on eût su profiter de la première terreur du bombardement , et que l'on n'eût pas donné le temps aux Algériens de connaître leurs forces '.
M. Du Quesne eut ordre de tenter, après le bombardement, une entreprise sur Bougie.
11 n'approuvait pas que l'on permit à aucun esclave chrétien de se sauver à la nage sur les vaisseaux français à la côte d'Afrique et aux échelles du levant, jugeant que cette manœuvre pouvait
* Il a été reconnu qu*îl est presque impossible aux bâtiments français d'approcher de la légèreté des Barbaresques, surtout pour les galiotes à rames el antres petits bAtiments, parce que celte légèreté provient do grand nombre d'hommes qu*ils y mettent proportioonément an bâtiment, el de leur peu de chargement en vivres et agrès, ce qni ne peut convenir aux nations d'Europe.
^ Les ordres donnés à cet égard paraissent un peu trop généraux pour pouvoir être exécutés à la lettre. Le roi pouvait bien faire visiter les vaisseau des nations étrangères qui allaient el|ez les Barbaresques, et empêcher que Ton y portât des munitions de guerre; mais il ne pouvait pas troubler le commerce de ces nations avec les Barbaresques sans leur déclarer la guerre.
" On a toujours évité d*en venir avec la Porte à une nipture ouverte, qui ne pouvait être que fort désavantageuse au commerce de France en Levant.
** M. Golbert pensait, par rapport aux Barbaresques, qu'il fallait seulement tâcher de les contenir eC de les intimider, pour qu'ils respectassent les pavillons Â-ançais; mais, en même temps, il croyait que Ton devait dissimuler bien de petites infractions inévitables par le génie el la constitution de ces nations mêmes, avec qni il estimait qu'il ne fallait jamais rompre que dans des cas très-graves et d'une absolue nécessité, parce qu'il y avait toujours plus è perdre qu'à gagner pour le commerce à ces ruptures; il est vrai que, lorsqu'Û était obligé d'en venir là, il se proposait de leur faire tout le mal possible, el de tâcher que la guerre fût vive et courte. En général , on ne peut guère compter sur la foi des traités avec les Barbaresques, et ce n'est que par la vue des forces maritimes du roi, et par l'idée qu'on leur en donne, qu'on peut s'en garantir l'exécution.
* La guerre avec les Algériens avait été fort brillanle dans les commencements; mais elle devint plus difficile dans la suite et plus ruineuse pour le commerce. Les Algériens s'accoutumèrent aux bombes, connurent leurs forces el s'en prévalurent; si Ton eut profité des premiers moments de terreur que la nouveauté des bombes leur avait causée, peut-être eùt-on obtenu des conditions plus favorables que celles où l'on fut obligé de se relâcher dans la suite.
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occasionner des ruptures désavanUffeuses au commerce, tant avec les BatJMiresques qu'avec b Porte.
ArmemenU de» Indet orientales.
Le Roi se proposa d'envoyer en 1669, ^"^ Indes orientales , une escadre dedouxe vaisseaux de /io à 5o pièces de canon , et non plus forts, pour quHls pussent entrer dans les rivières, et M. Colbert, quoique ennemi du faste et des superfluifaés à la mer, recommmda qu*ib fussent bien ornés et bien tenus, pour donner dans ce pays-là une grande idée de la puissance du roi.
li avait grande attention de faire partir à temps la flotte des Indes, pour ne point perdre la saison des moussons, et sacrifiait même à cette diligence le doublage des vaisseaux qu'il croyait c4>nvenable d'ailleurs, et le complet des équipages qu'il n'estimait pas abaoloment nécessaire pour cette navigation , cinq ou six cents hommes lui paraissant suffisants alors pour soutenir dans ca pays-là le commerce des Français contre les Hollandais.
Il faisait embarquer sur c«s escadres pour un an de vivres secs, et pour plus de temps de vin et d'eau-de-vie , et faisait donner un an de solde aux équipages en s'engageant de faire payer le fut plus aux femmes , veuves ou aux enfants.
11 ne croyait point que ces sortes de voyages, qu'il sentait bien avoir une sorte d'utilité pour les officiers qui les faisaient, leur dussent servir de prétexte pour demander d'être avancés de préfé- . rence dans les promotions.
Armements de V Amérique.
Son principal objet dans l'envoi des escadres aux Iles de l'Amérique, était d'en éloigner les étrangers qui voulaient s'emparer de ce commerce * .
L'entreprise sur Corrassol (Curaçao) ayant échoué avec perte de sept vaisseaux, il prescrivit au comte d'Ëstrées la manière d'en rendre compte.
Il recommandait une extrême intelligence entre les commandants qui allaient aux lies et les gouverneurs desdites lies; mais il ne voulait point qu'ils eussent aucune juridiction Tua sur Taotre, ni qu'en aucun cas les gouverneurs des lies pussent commander aux vaisseaux.
Il était d'une extrême sévérité pour empêcher que les vaisseaux du roi qui étaient aux lies n'y portassent et n'en rapportassent des marchandises à fret, voulant laisser ce conunerce en entier aux marchands, et le regardant comme nuisible d'ailleurs à la navigation des vaisseaux de guerre que cela rendait trop pesants.
Défente de» côtes.
Le Roi se proposait d'avoir toujours en mer, même en temps de paix, une escadre de six vaisseaux, qui croisassent depuis le Détroit jusqu'au Gonquet, et une autre à Dunkerque de six vaisi forts pour échouer dans les marées basses.
11 parait qu'en 167Ù , les intendants de marine faisaient toutes les procédures des prises où le roi avait intérêt; mais il y a été dérogé depuis, et même à l'ordonnance de 1698, et la procédure a été renvoyée aux officiers de l'amirauté^.
Le Roi faisait donner alors caution à tous les armateurs qui voulaient armer en oourse, pourèliY en état de répondre aux alliés de toutes les prises que ces armateurs pourraient faire mal à propos et contre les lègles. «
' Voir rinstruetion donnée au comte d'Ëstrées sur la conduite qu'U doit tenir aux lies de rAmériqoe pour reprendre Gayenne, attaquer Tabago, Surinam , Garaçao, les rivières de Gambie , Sérione (Siarra- Leone) et le Cap-Vert, fortifier la Martinique et autres colonies françaises, et troubler le eomuierce des Espagnols au Mexique.
^ Ce qui a été fait sans doute pour augmenter la confiance du public dans les armements, raaisqoi est sujet k inconvénients en temps de guerre.
11 éiatii défendu à tous capitaines de laisser aucune de leui's prises dans iespays étrangers, sans absolue nécessité.
Les Hollandais ayant fait leur paix avec TAngleterre, et étant encore en guerre avec la France, se masquaient du pavillon anglais pour rétablir leur commerce. Le Roi fit sentir au roi d*Angleterre combien cette conduite était contraire aux intérêts de rAngleterre même, et en fit confisquer plusieurs, malgré la prétendue i*éclamation des Anglais, étant évident que c'étaient des Hollandais.
M. Colbert refusa à un capitaine de vaisseau turc [d'Alger] la permission de vendre en France les marchandises d'un vaisseau qu'il avait pris sur les Anglais, sur le fondement que le Roi n'avait jamais demandé retraite dans le port d'Alger pour les prises faites par les armateurs français sur les Turcs [de Tripoli et de Salé] avec qui il était en guerre' ; mais il lui fit offrir tous les secours dont il pourrait avoir besoin, l'intention du Roi étant de tenir les traités faits avec Alger; mais qu'ils ne peuvent pas prétendre qu'il leur soit jamais permis de vendre dans les ports de France les prises qu'ils auraient faites sur les princes chrétiens avec qui Sa Majesté est en paix.
En 1681 , le Roi fit réclamer des Turcs que des armateurs français avaient fait échouer sur la cAte de Portugal, et que le roi de Portugal voulait retenir «^ son profit.
C'est la partie où M. Colbert donnait le plus d'attention, comme à une des principales ressources de l'État; et il ne regardait presque la marine que comme un moyen de l'étendre et de le protéger.
Ses principes étaient :
1* De ne point tirer de l'étranger les marchandises que la France pouvait fournir de son cru, et de se passer des autres autant qu'il serait possible, ou de ne les tirer que par échange pour éviter de faire sortir l'aident du royaume ;
a* D'envoyer au dehors tout le superflu des nôtres, et de mettre les étrangers dans le goât et dans la nécessité môme de les tirer de France pour y faire rentrer des fonds;
3* D'établir pour cet effet beaucoup de manufactures, et d'employer tous les moyens possibles pour les faire valoir.
Non par des privilèges souvent nuisibles au commerce en général, qu'il croyait ne pouvoir laisser trop libre;
Mais parla diminution des droits d'entrée sur les matières premières que les vaisseaux français y apportaient, et par l'augmentation des droits sur celles qui venaient par les vaisseaux étrangers;
Par ia facilité , liberté et sûreté des chemins de terre et de mer ;
Par les fonds mêmes du roi qu'il y employait avec profusion, ne se souciant pas qu'il y perdit dans les commencements , en vue des grands avantages qu'il en espérait par la suite;
Par la perfection des fabriques, qu'il cherchait à porter au plus haut degré, et où il voulait surpasser ou égaler du moins les fabriques étrangères; et en général par la protection qu'il donnait au commerce, tant en France que dans les pays étrangers, établissant même des agents dans les cours de l'Europe, aux fi^is du roi, uniquement pour solliciter les affaires des marchands.
Il favorisait extrêmement les compagnies de commerce; il cherchait à les concilier et à les unir entre elles, pour qu'elles se servissent mutuellement; il leur était loute crainte de hasarder leur principal , et faisait souvent charger le roi de ia perte qu'elles pourraient faire sur leur mise en cas qu'il y en eût, leur assurant quelquefois cinq pour cent d'intérêt dans les six premières années de leur établissement; mais il ne leur accordait ces avantages que dans les commencements , et pout* engager un commerce où il comptait semer pour recueillir; car, lorsqu'il était une Ibis établi, non-
' Cette matière a été bien agitée depuis ce temps-lè et n*a peut-être pas encore été bien éclaircie; il «té rendu plusieurs règlements qui se contredisent, parce qu'ils sont Tondes sur des différents motifs qui envisagent tous le bien de TEtat, mais par des vues opposées. Celui de 1711 est un des plus étendus , «t il y « été dérogé depuis en plusieurs articles.
seulement il leur retranchait leurs privil^es, mais il ne croyait plus les. [compagnies nik'essaires ' et utiles, et souhaitait que le commerce qu*elles faisaient seules se répartit sûr tons les sujets du roi, et retint entre les mains de tous les négociants en général.
11 regardait les Hollandais comme les plus habiles négociants et les plus dangereux pour le commerce de la France, et il cherchait à ruiner autant qu*il pouvait leur commerce, ou du moins a diminuer les grands profits qu^ils y faisaient à notre préjudice.
11 exhortait les négociants à ne se servir que de correspondants français dans les pays étrangers, et à préférer même, pour cette fonction, les naturels du pays aux Hollandais.
Il voyait sans peine établir en Hollande des droits sur l'entrée des marchandises de France, persuadé que ces droits seraient plus onéreux qu'utiles au commerce des Hollandais, parce qa'ils diminueraient le profit de leur négoce sur le transport de ces marchandises à Tétranger.
Il voulait, sur toutes choses, éviter de passer par l'entremise des Hollandais pour les marchandises de France que Ton pouvait porter à l'étranger ou en tirer, et c'était principalement dans cette vue qu'il avait fait établir la compagnie du Nord.
Il protégeait singulièrement le commerce du Levant centre les corsaires barbaresques et finsait son affaire propre d'obtenir la restitution des pillages qu'ils faisaient sur les marchands français; c'est dans cette vue qu'il faisait armer et croiser un si grand nombre d'escadres en Levant
Il regardait le fret des bâtiments et le transport des marchandises comme un objet également intéressant pour le commerce et pour la marine, et il le favorisait par toutes sortes de moyens.
Il voulait que Ton attirât le commerce des étrangers dans le royaume par des traitements hnh rables, et il prenait soin, dans cette vue, qu'on ne les inquiétât pas trop par des visites fréquentes de douanes.
Il ne connaissait point de meilleur moyen d'établir un conunerce et de détruire celui des autres nations que de donner les marchandises meilleures et à meilleur prix, persuadé qu'on rebuterait par là ceux qui en étaient ci-devant en possession , et qu'on gagnerait au double dans la suite ce que l'on risquerait de perdre dans les commencements.
11 conférait avec les principaux négociants sur les intérêts du commerce maritime et sur les demandes que Ton pouvait faire aux puissances étrangères pour le soutenir et l'étendre, et il cherchait à y faire entrer de gros négociants de Lyon et de Paris, en les y engageant par leurs intérêts propres et par les expressions les plus obligeantes.
U savait pourtant distinguer dans leura avis ce qui était dicté par leur intérêt particulier, ou par l'intérêt général du commerce; et, pereuadé que leurs idées ne s'étendaient jamais plus loin qae leur fortune, il jugeait leurs opinions par des vues supérieures et savait en profiter sans s'y assujettir.
Il mettait tout en usage pour s'opposer aux ventes simulées , et pour découvrir les bâtiments masqués qui faisaient le commerre sous la bannière de France , persuadé qu'indépendamment du préjudice que le commerce des Français en recevait, cette fraude était la principale occasion des fréquentes infractions aux traités de la partderi Barbaresques*.
' Il faisait accorder des gratifications par le roi à tous ceux qui faisaient construira des vaisseaai, à proportion de leur port.
U préférait souvent, dans les armements, le service du commerce à celui du roi, et n'était jamais plus content que quand on lui mandait que l'on ne pouvait former les équipages des vaisseaux du roi, attendu le grand nombre de matelots quHl y avait d'employés sur les marchands, parce qu'il- en concluait l'augmentation du commerce.
MANUFACTUBIS.
M. Golbert était perauadé qu'une des choses qui pouvaient le plus contribuer au hien du
' Voir rinstruction donnée à M. lo comte de La Yaugoyon , ambassadeur en Espagne, sur le commercp des Français en Espagne et aux Indes, la plus étendue et la plus détaillée qu*il y ait dans tous ces registres, et qui mérite d'être lue en entier. — Cette instruction se trouve aux Archives de la Marine, ExfM. conc. U comm, 1669-1683, fol. ti^k.
royaume et a celui de la marine en parliGulier, était l'établissement de manufactures qui missent la France en état de se passer de celles de Tétranger, de consommer pour ses besoins toutes les ma> tières premières qui s'y trouvent, de n'employer celles de l'étranger qu'au défaut des nôtres, et de reporter même à l'étranger tant le superflu de nos matières premières que celles que nous serions obligés de tirer d'eux, après les avoir fabriquéf*s dans nos manufactures, au moyen de quoi DOUA y gagnerions la main-d'œuvre et l'emploi d'un grand nombre d'ouvriers.
Dana cet esprit, il travailla à en établir de toutes espèces dans le royaume, particulièrement de celles qui pouvaient être les plus utiles à la marine.
Il fit établir :
Celle des armes, en Forec;
Cefle du goudron , en Médoc et Provence ^ ;
Celle desélamines, à Reims;
Celle des forges de canons, en Nivernais et en Bourgogne;
Celle des boulets , ancres et crics , en Dauphiné et à Brest ;
Celle des fils de laiton et d'acier, en «Bourgogne;
Celle des toiles , à Rocbefort;
Des mines de fer et de cuivre, en Daupbiné.
£t il voulait faire fouiller des mines de plomb et d'étain en Terre-Neuve.
Il contribuait aux premiers frais et faisait venir à tout prix des ouvriers babiles ^es pays étrangers pour perfectionner ces établissements en France.
Et il donnait souvent des gratiGcations aux entrepreneurs, même à ceux qui n'avaient pas réussi , pour les encourager à se procurer dans la suite un meilleur succès.
Il ne regardait cependant ces manufactures que comme un moyen de former des ouvriers et d'établir la pratique des arts utiles au royaume; mais, dès qu'il était parvenue ce point-là, il diminuait leurs privilèges, et abandonnait ce commerce au public et à l'industrie des ouvriers.
COLORIES.
De» coloniet en général.
M. Colbert s'occupait beaucoup des colonies, et regardait comme important de les fortifier de forts et de troupes, et de mettre à la tête des commandants et des intendants qui eussent du talent et qui fussent capables de bien prendre leur parti dans les cas douteux.
Il ne plaignait point les premiers frais d'établissement , persuadé que l'État les regagnerait amplement dans la suite par l'augmentation du commerce.
11 croyait plus convenable d'envoyer en Amérique une escadre fixe qui y demeuré! trois ans, avec un bon commissaire pour pourvoir sur les lieux à ses besoins, que d'y envoyer tous les ans des vaisseaux qui coûtaient beaucoup au roi et perdraient un temps considérable en voyages*.
11 faisait (âte une rude guerre aux flibustiers, qui portaient dans ce temps-là un grand préjudice au commerce ^
Canada.
Il se proposait de peupler le Canada, non-seulement d'ouvriers de toute espèce, mais d'habitants qui s'y établissent, et y fit passer, pour cet efiet, des filles et des garçons au-dessous de trente ans (plus de filles que de garçons) , à qui l'on donna des terres à cultiver.
* Ce parti , qni peut avoir ses avantages , est sujet à bien des inconvénients , qui ont apparemment empêché qu'il n*«it été suivi depuis. Cette navigation, d^ailleurs, forme des matelots au roi, et les retours fréquents conservent leur santé et diminuent la crainte qu'ils auraient de ces voyages pour un plus long temps \
** Il sut aussi en tirer de grands services en maintes occasions.
' Les manuscrits portent : Daupbiné. laisser les vaisseaux plus d'un an dans les mers
* Colbert avait lui-même renonce dès 1678 à des Iles. — Voir Cotem'e» , pièce n" 69, page f>66.
Le commerce y avait ëtë ci-^levant fait par des compagnies; il ie fil rendre libre.
U comptait en tirer des bois de construction , y faire construire des forges, y établir une marioe et y faire bâtir des vaisseaux tous les ans; il comptait aussi y établir des manufactures, entre autres de potasse, espèce de terre propre aux teinturiers, et y faire fouiller des mines de pSonh €t d'étain.
lUi de V Amérique,
On ne peut rien voir de mieux sur cette matière que instruction que M. Golbert donna lu comte de Blenac, envoyé gouverneur et lieutenant général aux îles de TÂmérique.
Mais il lui recommanda quelque temps après de ne point prendre le même rang de iieatenant général sur mer que sur terre, de nVn point porter le pavillon , de n*y prétendre aucun oommaDdement, et de se tenir subordonné an comte d^Estrées, vice-amiral, même pour ce qui regarde la terre'»
PORTS, RADBS BT HAVRBS.
En 1669, la ville de Toulon était chargée du curage du port, et il la menaça de lui ôler ses octrois, si elle n*y faisait travailler.
Ma» il sentait dès ce temps-là Tinconvénient des vers dans la darse neuve, et cfaercbul les moyens de Ten préserver.
Il avait fort à cœur rétablissement du port de Dunkerque, dont il sentait toute rimpertance.
En 1680 , il projeta de faire faire à Port-Vendres un port qui pât contenir toutes les galèraet quelques vaisseaux de Ao à 5o canons.
CARTES BT PLANS.
M. Golbert se proposait de faire lever secrètement 'des plans de tous les ports, côtes el nàa, nour-seulement du royaume, mais de tous les lieux où les escadres françaises abordaient, et d'embarquer pour cet effet un ingénieur habile sur chaque escadre.
On peut voir les instructions qu^il avait données sur cela à M. Amoul , intendant à Toulon ;aai sieurs Pennes, ingénieur; Gogolin et Ghevalier, capitaines de vaisseau; au sieur Pasquaine, ingénieur, et au sieur de Gorabes, envoyé ingénieur aux lies de TAmérique.
(Arch. de la Mar. Mas. — Bibl. Imp. Maa. S. F. 1 i,3a5. — Eugène Sue, Hi$toirt de la marine y I, 988 à 3Ao.)
' Voir CoUmios, pièce n° 96.