III
A ROCHEPORT.
(Letlrcoriginde.)
Paris, i3 avril 1678.
Mon fils, je suis bien ayse de vous avertir, par toutes mes lettres, de ce que je trouve que, vous avez oublié, afin que, par la connoissance que vous avez des inconvéniens qui en peuvent arriver pour le service du roy, vous soyez fortement excité à avoir plus d'application que vous n en avez eu par le passé.
Vous avez oublié de donner au Roy la lettre de M. de Terron sur la demande qu'il faisoit d'une place au Conseil. Considérez de quelle nature est cet oubly. Vous avez voulu luy faire plaisir, vous luy avez donné avis de ce qu'il falloit faire, il vous a envoyé une lettre au Roy pour luy demander cette grâce selon vostre avis, et vous avez gardé cette lettre quinze jours sans la rendre ^
Vous avez oublié d'envoyer h Dunkerque Testât de l'armement des barques longues et presque toutes les expéditions concernant l'armement des vaisseaux. EnGn je vous puis dire avec vérité que je ne reçois aucune lettre des ports que je ne voye que vous avez oublié quelque chose de conséquence^. Assurément il n'y aura que cette application que vous aurez à ne rien oublier qui vous fera prendre du plaisir à faire ma charge, et qui vous donnera de l'estime dans l'esprit du Roy et de la considération dans le monde. Sur toutes choses, je vous prie de commencer cette application par le lieu où vous estes, et prenez garde de n'en point revenir que vous ne sçachiez tout ce que vous y pourrez apprendre et tout ce qui est contenu dans vostre instruction.
L'ambassadeur d'Angleterre écrit que la flotte ang^oise sera assuréoient en mer le 1 5 du mois, c'estr^*dire après-demain; je crois que cela pourra bien retarder encore sept ou huit jours, mais c'est tout au plus; je veux croire que les vaisseaux de Rochefort seront à présent partis.
^ Le 8 du mois suivant, rien n^était encore jesté pour cet establissement, qu^il y a osé sa
décidé pour Golbert de Terron, car dans une santé. Il pourroit luy demander une place dans
lettre de Golbert à Seig;nelay on lit à ce su- le Conseil pour luy servir de retraite honnestc
jet : pour le peu de temps qu'il a enc4>re à vivre.?»
« Proposer au Roy de iuy donner quelque ré- ( Cote 1 8 , pièce 8 .) compense, luy remontrant quHI y a vingl^trois ' Trois jours auparavant, il lui avait d^jà
ans qu^il le sert, qu'il n'y avoit aucun com- écrit : «Il n'y a pas de jour que je ne m^aper-
menccmentde marine , qu'il a eu l'avantage de çoive de trois ou quatre choses capitales que
travailler h l'exécution des ordres de Sa Ma- vous avei oubliées. .. t) (Cote 18, pièce 9.)
La flotte hollandoise sera composée de 80 vaisseaux et sera en mer assurément le 3 o de ce mois.
J'attends avec impatience des nouvelles de voslre arrivée.
(Bibl. Inip. M86. S. F. 3,oia, Colbert et Seignday, V,-colc 18, pièce 3. )
( Minute autographe. )
Saint-Germain, th avril 1678.
Vous avez encore oublié de choisir un commissaire général de marine pour melire sur l'escadre de M. le Vice-Amiral.
\\ faut Y mettre Vauvré, Desclouzeaux ou Saussigny.
Besclouzeaux n*aimant point à quitter le port, vous devez examiner et TOUS informer de sa vie et de ses mœurs.
Saussigny y pourroitbien servir; sa religion doit luy donner l'exclusion à tons les grands emplois de marine , joint qu'il sera peut estre nécessaire en Angleterre pour y prendre soin de tous les besoins de l'armée.
Le sieur de Vauvré seroit plus propre, mais il faut voir si M. de Terron n'en a point besoin pour son soulagement.
11 faut de plus un commissaire ordinaire sur l'escadre du chevalier de Château-Renault.
Vous devez aussy faire un travail particulier avec M. de Terron et les principaux officiers de marine de tout ce qui concerne la garde-costes, laquelle il faut establir, soit en nombre, soit en qualité, en sorte que le commerce puisse estre libre dans toute l'estendue des mers, depuis Andaye jusqu'à Dunkerque, quelque guerre que le Roy puisse entreprendre à l'avenir.
Il faut faire un pareil travail pour l'escadre du détroit et pour celle des isles d'Amérique.
Il faut de mesme que vous vous appliquiez fort à bien connoistre Testât de la salle d'armes, de quelle qualité sont les armes qui y sont, si leurs défectuosités peuvent estre raccommodées ou non, observer qu'il faut les rendre toutes égales et autant qu'il se pourra d'un mesme calibre, et enfin il faut se mettre dans l'esprit de faire la plus belle salle d'armes qu'il y ayl au monde et y réussir dans peu de temps.
Observez que je n'ay point du tout entendu parler que les gardes de manne destinés pour commander les barques longues de Dunkerque soyent
partis, ni passés par icy, ni arrivés. Il faut qu'il y ayt encore en cela quelque oubly qui sera fort préjudiciable au service du roy.
( Bibl. Imp. M88. S. F. 3,oi a , Colbert et Seignêlay , V, cote 1 8 , piioe h.)
Saint-Germain, i6 avril 1673.
Mon fils, je reçus hier au soir tous vos mémoires datés du lo de ce mois, avec les nouvelles de vostre arrivée en bonne santé à Rochefort.
Vous avez oublié que tous vos mémoires dévoient estre lus au Roy, parce que vraysemblablement vous ne les auriez point précipités ainsy que vous avez fait; mais c'est un défaut contre lequel je me récrie si souvent et depuis si longtemps, sans aucun fruit, que je n'ose presque espérer de vous en corriger^. Mettez-vous bien dans l'esprit que vous ne pouvez jamais faire rien de bien , ni qui puisse estre agréable au Roy, qu'en prenant résolution de vous enfermer dans vostre cabinet, et travaillez avec plaisir et avec réflexion lorsque vous avez à rendre compte au Roy de ce que vous faites pour son service. Quand vous estes ainsy enfermé, il faut penser à bien ranger et vos dépesches et vos mémoires , prendre garde que chaque chose soit dans son rang, les relire, les corriger et les réformer à l'égard des matières et h l'égard du style. Si vous ne travaillez de cette sorte, il est impossible que vous puissiez jamais rien faire de bien.
Au surplus, j'ay lu au Roy tous vos mémoires, et Sa Majesté a trouvé que vous luy rendiez assez bon compte de tout; mais prenez bien garde de ne pas faire comme vous avez fait dans tous vos. autres voyages, dans lesquels vos premiers mémoires estoient toujours assez amples parce que vous sortiez d'auprès de moy, et puis tout d'un coup cela dégénéroit ou à ne plus écrire ou à me dire toujours que vous n'aviez pas assez de temps. Toute la campagne passée et tous vos voyages se sont passés de cette sorte. J'espère que, dans celuy-cy, cela ne sera point de mesme.
Sa Majesté espère que vous aurez à présent pourvu à tout ce qui manquoit à ses vaisseaux et que vous les aurez fait partir.
Il me semble que l'on auroit pu prévoir que le vaisseau k Maure ne pourroit estre sitost en estât de naviguer, et y substituer un autre à sa place; mais il y a apparence que vous avez fait travailler jour et nuit pour le mettre promptement en mer, afin qu'il puisse au moins joindre les autres
' Voir pièce n* «7.
A SEIGNELAY. iOI
laisseaux auparavant qu'ils partent de Brest. C'est à vous h faire Timposâblc pour persuader au Roy que vostre présence en un lieu change Testât des choses. Vous avez suffisamment de quoy remplacer les officiers qui manquent par les officiers en second.
A f égard des soldats , vous avez bien fait de prendre tous les expédiens
portés en vostre mémoire , et c'est en cela particulièrement que vous avez
pu faire paroistre au Roy les efforts de vostre application. J'espère que,
par le premier ordinaire , Sa Majesté apprendra que vous vous serez donné
tant d'application et tant de mouvement qu'enfin vous avez remply le
nombre de soldats qui sont nécessaires; mais l'embarras auquel nous
sommes à présent sur ce sujet nous doit obliger d'autant plus à chercher
tous les expédiens imaginables pour nous en faire à l'avenir. A quoy il n'y
a point d'antres expédiens que d'establir en Ponant ce qui se pratique en
Levant, et ce qui heureusement a réussy en formant les équipages de i & ou
1 5 vaisseaux qui y ont esté armés cette année. Vous voyez bien que si nous
pouvions seulement nous assurer du nombre de soldats nécessaire pour
armer lo vaisseaux à Rochefort et autant en Bretagne, nous serions hors
de tout embarras. Vous devez faire un travail particulier et appliqué avec
M. de Terron pour chercher les expédiens de faire cet establissement.
A l'égard des matelots, quoy que, par la table que vous m'avez envoyée, il vous en manque encore i^iai, Sa Majesté ne doute point qu'ils ne soyent arrivés depuis. Vous devez examiner sur ce point avec M. de Terron les expédiens qui peuvent estre pratiqués pour rendre plus seur à l'axenir l'enrôlement des matelots. Vous devez de plus examiner, tant avec ledit sieur de Terron qu'avec les meilleurs officiers de marine, s'il ne seroit pas à propos d'augmenter le nombre des matelots jusqu'aux trois quarts, pour diminuer d'autant l'embarras des soldats.
Il faut rayer de la liste des officiers de marine ceux qui ne se présenteront point.
Examinez bien Testât auquel est la santé de M. de Terron , et voyez si quelqu'un des commissaires qui sont auprès de luy est en estât de le soulager dans ses maladies ^
* «M. de Terron eut encore avant-hier un toux qui lui dure depuis longtemps. 11 «i la
jruid aœès de fièvre , rëpoodail Seignelay goutte aux mains et aux coudes , et les méde-
^œlqnes jours après. Il est à présent fort in- cins qui le voyent ont fort mauvaise opinion de
' d^on grand rhume; j*ay bien peur la fluxion qu*il a, qui luy embarrasse fort la
fi'îl ne mil pas longtemps en estât de servir poitrine. G^est une santé entièrement ruinée, et
éaaêeeport..yf je ne crois pas qn^on puisse compter sur la
Etj par un aatre courrier : continuation de son service. t» (CoWert et Set^
»M. de Terron est fort incommodé d'une ff^elay, pièce 66.) — Voir pièce n* i a et noie.
Le Roy a approuvé la proposition que vous faites de retenir la fluste fc Coche pour servir d'hospital, et d'en donner une autre de âoo tonneaux à M. le Vice-Amiral. Vous pouvez l'exécuter pourvu que vous en puissiez fournir une audit sieur Vice-Amiral.
Sa Majesté veut que vous fassiez donner toutes les assistances dont un vaisseau de la compagnie des Indes orientales, qui a relasché à la Rochelle, pourra avoir besoin, et que vous luy fassiez fournir, des magasins de Sa Majesté, les masts et tout ce que les officiers qui le commandent ou ceux qui agissent pour la compagnie vous demanderont.
Sa Majesté veut, de plus, que vous fassiez partir, à quelque prix que ce soit, le sieur de Beauregard^ J'ay écrit amplement sur ce sujet à M. de Terron par les précédons ordinaires.
Le Roy partira d'icy le premier jour de may et mettra quinze jours à aller d'icy à Tournay, où vous le pourrez joindre; en sorte qu'il n'y a rien qui vous puisse empescher de bien faire tout ce qui est contenu dans voslre instruction.
Je ne vous dis rien des escadres du détroit et garde-costes, parce que vous sçavez qu'elles sont encore plus pressées pour ainsy dire que la grande escadre.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9 , Colbertet Seignelay, V, cote 18, pièce 5. — Ârch. de la Mar. Mss. originaux, CoU>9rt 9t Seiffneiay, pièce s3.)
(Minute autographe.)
SaintrGeruuiin , a 1 avril 1673.
Mon fils, j'ay reçu par l'ordinaire vostre lettre du i3^, et par vostrc
' Quelques jours après, Seigneiay répondait h son père :
nBcauregard est un homme dont je ne crois pas que vous ayez satisfaction ; il ne fait aucune diligence pour son départ, et c^est le plus petit génie qu'on puisse dire. 11 semble qu'il ayt à équiper une flotte, et il trouve des difficultés à tout. Cependant je viens encore de luy parler pour le presser de partir. . . n
' Dans sa lettre du 1 3 , Seignelay rendait compte à Colberl de Pemploi de ses journées.
Il avait visité la forge aux ancres, la corderie, présidé aux épreuves des canons et des poudres, et réuni les principaux capitaines pour discuter un règlement sur la construction des vaisseaux.
11 avait vu aussi mater un vaisseau au moyen d'un ponton à Tanglaiso, «ce qui , disait-il, est d'une grande utilité , puisque en deux ou trois heures on fait l'ouvrage où l'on rcsloil irob joui-s.»
laquais celle du 1 7 ^ Je n'ay pas encore rendu compte au Roy de Tune ni
de l'autre, parce que je n'ay reçu ia première qu*avant-hier en allant à
Paris, et la seconde qu'hier matin; et, comme Sa Majesté prit médecine,
j'ay esté obligé de remettre à ce matin pour luy lire vos dépesches et ce
mémoire.
Je dois vous dire par avance qu'il me semble que je trouve dans tout ce qae vous m'avez écrit et envoyé un peu plus d'application que vous n'avez eu jusqu'à présent, et vous pouvez croire combien ces apparences, quelque légères qu'elles soyent, me donnent de satisfaction, et, s'il y a quelque chose qui vous doive exciter à l'augmenter toujours de plus en plus, c'est Testât auquel vous vous trouvez à présent.
La flotte de Hollande est assurément en mer, divisée en trois escadres, suivant les avis que je vous ay envoyés. Vous verrez, par l'extrait de la lettre de l'ambassadeur d'Angleterre , que tous les vaisseaux de la flotte angloise sont ou au bas de la Tamise ou à Portsmouth et que M. le prince Robert^ est à présent sur son vaisseau. Cependant les vaisseaux du Roy n'ont point encore leur équipage complet, ni en matelots, ni en soldats, ne sont pas mesme encore garnis et sont divisés en cinq ou six lieux difi'érens, en telle sorte qu'il peut arriver facilement que les Hollandois, forts en mer autant qu'ils le sont, battent une partie de la flotte angloise au bas de la Tamise ou aux Dunes. Ils peuvent mesme mettre huit ou dix vaisseaux de travers à l'entrée de la Tamise, empescher que tous les vaisseaux ne des* cendent, ensuite entrer dans la rivière de Ghatam , fermer le port de Portsmouth avec un autre nombre de vaisseaux, et estre, par ce moyen, maistres de la mer pendant toute la campagne. Pour peu de réflexion que vous y fasâez, vous verrez que tout cela peut arriver et que si les vaisseaux du Roy avoient esté en mer au 1 5 de ce mois, ils auroient pu entrer dans la Hanche avant le so, se joindre aux vaisseaux anglois qui sont à Portsmouth, et par ce moyeu changer toute la fortune de la campagne.
Ces connoissances et cette expérience vous doivent exciter plus fortement que toute autre chose à celte application que je vous demande depuis si
Je vous avoue que je suis surpris qu'il vous manque un si grand nombre
* Il édÎTait dans cette lettre : vous assure est que je ne partiray point d^icy
«le eoDlioaeray à exécuter les articles de que je ne Taye entièrement exécutée.
mm înstmedon ; mais, comme je vous enver- «Je continneray à travailler avec applica-
lay par looa les ordinaires ce que j^auray fait tion. Je ne fais pas autre chose, et je travaille
en exéculioo desdits articles, il ne sera pas né- . depuis six heures du matin jusqu'à onxe heures
i d'en iâire des copies, et je les retrou- du soir.»
venj à mon retour auprès de vous. Ce que je * Ou Rupert, suivant les documents anglais.
lOA INSTRUCTIONS
de matelots, vu qu'il n'y a rien qui vous ayt empesché d'en avoir mesme un plus grand nombre que celuy qui est nécessaire, et qu'il est incroyable qu'un pays comme celuy où vous estes, et toutes les costes des provinces voisines , ne puissent produire avec facilité les équipages de 1 6 ou s o vaisseaux. Je veux croire que la maladie de M. de Terron et la langueur où il a esté cet hyver y a beaucoup contribué; mais je veux espérer que les expédiées que vous avez pris y auront remédié. Le principal consiste à prendre des mesures si justes et si seures que vous ne retombiez jamais en cette difficulté. Pour cela il faut, non-seulement faire l'enrôlement général, mais mesme estre assuré que tout ce qu'il y a de gens de mer dans le pays abonné ^ et dans les isles sont toujours prests à monter sur les vaisseaux du roy toutes les fois qu'il sera nécessaire pour le service. S'ils n'y satisfont et que vous en soyez assuré, le Roy révoquera l'abonnement sans aucun retardement. Vous sçavez la facilité qui est à présent establie en Provence; en Bretagne, elle est encore assez grande, mais il faut travailler à maintenir et perfectionner cet establissement. Il reste encore le pays où vous estes, il faut s'en assurer; ensuite, il faudra travailler à la Normandie, Picardie et pays reconquis.
A l'égard des soldats, vous sçavez la facilité que le sieur Matharel a eue en Provence. Vous avez vu tous les mémoires que je luy ay envoyés pour cela; vous connoissez l'embarras où vous estes à présent. J'ay encore envoyé à M. de Terron un mémoire sur ce mesme sujet par le dernier ordinaire. Appliquez-vous à mettre en pratique le contenu en ces mémoires, et à vous assurer, par ce moyen , du nombre de soldats dont vous aurez besoin dans tous les armemens. Quand vous en aurez fait l'establissement pour l'arsenal de Kochefort, il faudra travailler pour le faire de mesme en Bretagne. Vous en connoissez assez la conséquence par la peine et l'inquiétude que vous devez avoir à présent, pour estre persuadé que vous y ferez tout ce que vous pourrez.
Pour le présent armement, il ne faut pas que vous attendiez aucun secours de deçà , n'estant pas possible de vous en donner. Il faut donc que vous mettiez le plus grand nombre que vous pourrez sur les vaisseaux, et que, après avoir tiré des provinces et de tous les lieux où vous avez écrit, le plus de soldats que vous pourrez, vous taschiez de suppléer par les matelots le nombre qui vous en manquera et que vous fassiez partir les vaisseaux sans un seul moment de retardement. En cas que vous soyez pressé et que vous ne le puissiez autrement, il faut oster tout ce qu'il y aura sur
* Cesl à-dire, comme on Fa vu plus haut, roisses du Brouage qui, en retour de celle pièce n" 3t , page 9/1, ies trente-quatre p«- grâce, devaient fournir des matelot».
les taisseaux de Tescadre du chevalier de Château -Renault et des gardecostes, et mettre le tout sur ceux de la grande escadre pour la faire partir* (Test à quoy ^ous devez donner toute vostre application, et, quand ces vaisseaux seront partis, vous travaillerez aux autres. Surtout ne partez point de Rochefort avant que toutes les escadres ne soyent en estât de partir, et <{ae vous n'y ayez achevé tout ce que vous y devez faire pour le service du roy. Quand vous n'arriveriez icy que le 7 ou 8 du mois prochain, il suffira. Il faudra que vous vous en reveniez en grande diligence, partie en poste, et partie en relais de carrosses que les intendans vous fourniront
Vous pouvez sans difficulté expédier la commission de commissaire géoéral à la suite de Tannée au sieur de Vauvré , mais vous devez observer qu'il vaudroit mieux qu'il servist comme commissaire ordinaire , parce que , si nous faisons tant de commissaires généraux, les dépenses des appointemen8 augmenteront, et nous aurons peine ensuite à les faire servir, parce que dans l'ordre ordinaire et naturel un commissaire général doit ordonner et estre le premier dans les lieux où il se trouve. Vous sçavez que nos six armemens : Toulon , Marseille , Rochefort , Brest , le Havre , Dunkerque, sont remplis; le sieur de Vauvré ne pourra donc occuper. aucun de ces postes. Il faudra que ce commissaire général serve en second, il ne pourra pas servir sous un autre commissaire général. Il n'y aura que le seul lieu de Rochefort sous M. de Terron ; mais il ne seroit pas juste de luy donner un caractère au-dessus de celuy du sieur Desclouzeaux. Vous voyez la suite de tous ces embarras que je vous explique en détail pour servir toujours à vostre instruction.
Pour tenniner, il faudroit mettre Vauvré sur l'escadre pour y servir comme commissaire ordinaire avec 4oo livres d'appointement par mois pendant le temps qu'il y servira, et 3 00 livres d'appointement quand il servira h terre sous les ordres de M. de Terron. Je me remets néanmoins 1 vous de le faire commissaire général si vous le jugez à propos.
11 faut surtout penser à tous les sujets que nous avons dans la marine pourremplacer M. de Terron, qui serabientost hors d'estat de servir, par ses indispositions continuelles.
Je m'étonne que vous me demandiez l'instruction du chevalier de Château-Renault; il me semble que vous pourriez la faire et me l'envoyer pour la corriger.
Tay reçu , avec vostre lettre du 1 3, Testât des équipages et celuy de l'épreuve des canons, écrits de vostre main, et deux tables des ancres et cordages destinés aux vaisseaux , écrits de la main de Bellucheau. A l'égard de ceux qui sont écrits de vostre main , je vous prie de bien observer qu'il
ne doit jamais rien sortir de vostre main qui ne soit parfait, et sur quoy il ne paroisse clairement que vous ayez fait réflexion. Il faut aussy que vous preniez garde que Bellucheau ne consomme point le temps inutilement, ce qui luy arrive très-souvent.
Avec vostre lettre du 17 de ce mois, j'ay reçu un mémoire des soldats, une table de mesme, un autre contenant lestât des vaisseaux de la grande escadre, un cahier des questions et réponses du conseil des constructions, un estât des matelots et une table des mesmes matelots» le tout écrit de vostre main ; un mémoire pour le marquis de Grancey et une table des vivres fournis aux vaisseaux, ces deux derniers mémoires de la main de Bellucheau.
Vostre application me paroist assez grande par tous ces mémoires, et j'ay lieu d'espérer que vous prendrez plus de plaisir à l'avenir que par le passé à faire ma charge, et qu'avec mes fortes et pressantes instructions vous vous rendrez capable de bien servir le Roy. C'est à vous à vous exciter toujours à bien faire.
II est nécessaire que vous vous appliquiez avec soin à bien connoistre la différence des vaisseaux construits en Levant et de ceux bastis en Ponant, d'autant que, s'il se trouvoit une différence fort considérable, comme j'en suis persuadé, il faudroit s'appliquer à faire bastir plus de navires en Levant qu'en Ponant.
Le travail que vous avez fait dans le conseil de construction me semble bon, mais vous auriez pu le remettre, et travailler uniquement à mettre les vaisseaux en mer. 11 est du bon sens et du jugement d'un homme de régler toutes les parties de son travail suivant la nécessité et l'importance.
Par ce que j'ay écrit de ma main au bas de la table des soldats, vous verrez qu'en réduisant les soldats au quart il ne vous faut plus que 335 hommes pour la grande escadre, et j'espère que ceux qui vous viendront de M. le mareschal d'Albret, de M. de La Gravaille, M. de Blenacet d'autres endroits, vous en fourniront ce nombre; mais il faut trouver /loo matelots plus que vous n'aurez. Vous pouvez faire continuer partout les levées pour l'escadre du chevalier de Château-Renault et pour les garde-costes, mais il faut faire partir par préférence la grande escadre. Appliquez-vous avec un grand soin à l'exécution ponctuelle de ce que je vous écris.
11 faut faire travailler incessamment pendant cet esté la corderie et la forge aux ancres. Pour cet effet, il faut que vous fassiez un mémoire de la dépense qu'il y aura à faire pour ceia.
Ënvoyez-moy les échantillons du fer de Nivernois , bon et mauvais.
Faites-moy sçavoir aussy si les ancres de Nivernois qui doivent cslrc
arrivées à Rochefort auront esté trouvées bonnes ou non. La niesmc chose des masts d'Auvergne.
Depuis ce mémoire écrit, j'ay lu au Roy toutes vos dépesches. Sa Majesté a approuvé tout ce que je vous ay écrit. 11 faut vous appliquer à faire en sorte que le service de Sa Majesté se fasse et que les vaisseaux partent. J'espère que vous sortirez de ce mauvais pas à vostre satisfaction et à vostre honneur. Si vous trouvez quelque capitaine qui se signale , soit pour estre trop difficile dans son armement, soit pour retarder la sortie, soit pour n'eslre pas régulier à l'exécution des ordres que vous luy donnerez, vous pouvez estre assuré que le Roy en fera un exemple sur le rapport que vous luy ferez.
Je garderay le mémoire que vous m'avez envoyé sur les constructions. Il pourra vous servir à l'avenir pour faire corriger les défauts qui y ont esté faits jusqu'à présent.
Je fais partir en poste le sieur Patoulet pour vous aller trouver ; vous pouvez sans difficulté licencier le sieur Esbaupin , puisque vous ne luy donnez pas assez d'action pour son employ.
Je nay point encore nouvelles que les gardes de la marine soyent arrivés â Dunkerque.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9, Cofbert et Séîgnt^, V, cote 18, piéee 6.)
(Lettre originale.)
Paris, %h avril 1673.
Mon iiLs, je vous écriray par cet ordinaire fort succinctement, n'ayant reçu aucune lettre de vous par le dernier ordinaire ^ Je crois que le cour-
* Le même jour, Seignelay écrivait à Col-
eJe fais réponse à vos leUres des 1 & , 16 et
« 1 de ce mois , que j^ay reçues par le retour du
eoorrier que je vous avois envoyé. Je suis bien
iascbé que vous ayez Irouvé que j^'ay oublié
fceaocoup de choses que je devois faire avant
moa départ Je lascberay de me souvenir mieux
de ce qwi^ dois faira à Paveniret de m'appli-
quer davantage à uc rien omettre, ce que je
faaebe de commencer dès iq où je vous assure
que je ne perds pas un seul moment de temps ; et il est bien nécessaire que je m*applique, car j*ay trouvé cet armement-cy fort reculé; et je puis dire qu'il estoit nécessaire d*y envoyer quelqu'un qui réparast, par son application , la négligence qu^on a eue cet hyver. Je n'espère pas y réussir dans le temps que je souhaiterois, mais je tascheray de ne rien oublier des expëdiens dont on peut se servir pour s'assurer du nombre de soldats et de matelots nécessaire, tt J'ay examiné avec M. de Terron la disposi-
rier que vous m'avez envoyé en est la cause; mais il auroii toujours esté bon que vous m'eussiez écrit un mot, le Roy me demandant fort souvent si je n'ay point reçu de vos nouvelles.
Il faut que vous vous appliquiez à luy faire connoistre et à le fortement persuader que vous avez beaucoup de chaleur et toute l'application nécessaire pour tout ce qui regarde le bien de son service, et il faut absolument que, pour vous distinguer et vous rendre digne des bonnes grftces de Sa Majesté, vous avanciez, par vostre application, l'expérience qu'un âge plus avancé pourroit vous donner, n'y ayant que l'application seule qui puisse vous faire proâter de mes instructions et vous rendre capable de faire une charge aussy belle que la mienne, en laquelle vous avez esté admis pour en faire les fonctions dans un ftge qui n'a point d'exemple. Vous devez, par vostre travail et vostre application, vous rendre digne de mériter par vous-mesme une grâce que le Roy vous a faite si singulière, et luy faire connoistre qu'au moins il ne s'est point trompé en l'opinion qu'il a pu concevoir de vous, ou en l'espérance qu'il en a eue par moy.
Pour cela, il faut vous appliquer à bien connoistre tous les défauts qui se rencontrent en l'exécution de tous les ordres qu'il donne pour tout ce qui concerne sa marine, et à chercher avec soin les expédiens pour y remédier.
Il est très-certain que les indispositions de M. de Terron apportent de grandes difficultés et de grands retardemens au service, et, pour vous dire le vray, je trouve que le service se fait d'une autre façon en Levant qu'en Ponant. Il est vray que la mer de Levant est beaucoup plus commode que celle de Ponant; mais, outre cette commodité que ia nature donne, il est encore certain que les establissemens généraux des classes, des soldats et des armemens sont beaucoup mieux. faits et mieux exécutés. Je vous avoue que je suis surpris que, depuis cinq ou six ans, je n'aye pu obtenir que l'enrôlement général des matelots et des gens de mer ayt esté fait ainsy qu'il l'a esté dans toutes les autres provinces.
11 faut que vous vous fassiez une affaire. d'honneur et un effet de vostre application de faire achever ce travail, et, par ce moyen, de rendre les équipages plus seurs et plus prompts à l'avenir que par le passé. Vous en voyez bien la nécessité, puisque en vérité c'est une chose honteuse qu'il
lion qii*on pourroit donner à ce porl-cy, en de meilleure que de distribuer tout le soin du
sorte que les affaires du roy allassent mieux et port entre les sieurs de Vauvré et Desdou-
qu'il eust des gens qui pussent le soula(jer pen- seaux. . .» {Colberi et Seignelay, pièce 68.) —
danl les maladies. Nous n'en avons pas trouvé Voir pièces n"" 33 , 3^i et notes.
mau(^uasl encore plus de 5oo matelots, lorsque vous avez depeschë votre dernier courrier '.
Il faut que vous appliquiez à ce travail un commissaire particulier avec des officiers choisis, qui vous en rendent compte et à M. de Terron, mais il faut que vous puissiez adresser vos ordres à ce commissaire et à ces officiers.
A regard des soldats, vous sçavez tout ce que je puis vous dire sur ce sujet. C'est encore une matière que vous trouverez informe. Donnez-vous la satisfaction à vous-*mesme, et faites voir un effet de vostre esprit et de vostre application , en faisant réussir cet establissement.
Je vous envoyé les dernières lettres du sieur Matharel, pour vous faire voir les facilités qu'il trouve tous les jours pour tout ce qui concerne nostrcf marine, et je vous avoue qu'il me satisfait extrêmement.
Pajouteray que vous devez exécuter avec un gvand soin tous les points de vostre instruction et ne vous point presser de revenir que vous n'ayez vu tous les vaisseaux à la voile ^, préparé les vaisseaux des autres escadres à partir, et que vous n'ayez mesme pris trois ou quatre jours de temps après pour examiner avec soin tous les points de vostre instruction et particu- \ièrement ce qui concerne les équipages et les soldats.
Le Roy partira toujours le premier du mois prochain, mais il sera jusqu'à la fin du mois dans les places de Flandre qui sont sous son obéissance, en sorte qu'il n'y a rien qui vous doive presser.
Pay écrit à tous les intendans pour vous donner des relais.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oi9 , CoOmi et Stigrndaïf, V« eote i8 , pièce 7.)
* Void comment Seignelay, dans sa leUre ^ 9& avril expUqnait ce manque cThommea :
«Les commiaaaires vont dans toutes les maisens des matdols et y laissent de Targent quand is n*j sont point; ceux qu'ils trouvent, ils les enrayent i Rochefort. Desdouieaux leur donne an billet, quand ils sont arrivés à Rochefort, pour aller servir à bord de tel vaisseau , et en ehai)^ en mesme temps le rôle qu'il tient de Féquip^de chaque vaisseau. Mais, comme il arrive lonvent que le matelot se contente d'estre Tcna à Rochefort et qu'il s'en retourne dans ssn pays , que , de plus , les capitaines se donnent la liberté de Jear donner congé, c'est de là que Weof rificertitade, premièrement dans les rôles da commissaire départy à la levée des matelots qui marque souvent des malelols chez qui il a
laissé de l'argent , qui sont allés en voyage et qui ne peuvent revenir; ensuite dans ceux du corn» missaire Desclouseaux , qui employé tous les matelots qui se présentent, quoyqu'ily en ayt plusieurs qui ne vont pas â bord , mais qui s'en retournent chef eux ; il ne faut donc pas se contenter de ce qui est sur les rôles des commissaires. « (Colbert et Smgrmiayy pièce 68.)
* Dans la lettre dtée plus haut, Seignelay répondait :
«J'ay satisfait à présent tous les points de mon instruction , et je serois en estât de partir dans deux jours s*il n'estoit pas nécessaire que j'attendisse le départ des vaissoanx...»
Cette lettre était accompagnée d'un mémoire sur l'état de l'armement des vaisseaux de Rochefort ( pièce 69 du manuscrit).
(Minute an
Pam, 16 may 1673.
Mon fils, je vous envoyé de bonnes nouvelles que je viens dç recevoir de la jonction des vaisseaux de Rochefort à ceux de Brest, et de leur entrée dans la Manche ^ Il est Irès-important et très-nécessaire que vous vous rendiez le plus diligemment que vous pourrez auprès du Roy, pour luy donner cette bonne nouvelle, et je ne doute point que, dans un jour ou deux, nous ne recevions celle de l'arrivée de toute Tescadre à Portsmouth. Dieu veuille que tous les vaisseaux anglois y soyent arrivés !
Examinez bien toutes les lettres que je vous envoyé , et ne manquez pas de faire réponse à tous le$ points qu elles contiennent et de donner tous les ordres qui seront nécessaires. Dieu veuille que vous continuiez à faire comme vous avez fait ce matin, et, quoyque je ne l'attende guère, je prendray un grand plaisir d'estre trompé.
En faisant réponse à toutes ces lettres, renvoyez-moy les lettres avec les réponses, afin que je prenne garde que vous n'ayez rien oublié. A l'avenir, j'observeray de vous envoyer les lettres, mais j'en retiendray les extraits.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9 , CoUmi et Seignelay, V, cote 18 , pièce 9.)
^ Le A du môme mois, Seignelay avait écrit àColbert:
R J'*arrive du bord des vaisseaux , où j^ay passé la nuit pour les faire mettre à la voile ; j'ay esté de bord en bord pour faire appareiller devant moy, et il falloit cela pour les résoudre à pai^ tir; enfin ils le sont , Dieu mercy ! par un vent d^est-nord-est 1res -favorable, et tous leurs équipages sont complets de matelots et de soldais.
«M. de Terron alla hier A la Rochelle; il se porte mieux. Je luy ay communiqué voslre dernière lettre, et je croîs qu^il ne sera pas difficile de s'assurer icy d'un bon nombre de soldats pour les armemens prochains, sans avoir la peine que nous avons eue en celuy-cy. Et
puisque , en trois semaines , j'ay trouvé le moyen de faire i,5oo soldats, qnoyqu'on me dist, lorsque j^arrivay, qu'on n'en feroit pas 600 dans toute la province, à cause de la grande quantité qui avoit esté levée, il est a croire que quand on prendra do plus loin ses mesures, et qu'on y aura de Tapplication, on y réussira facilement; j'ay mesme encore découvert sur les fins des facilités plus grandes que je ne le pensois , et j'espère que Tannée prochaine nous éviterons tous ces embarras.
«Je vous reuvoye vostre courrier pour vous apprendre le départ de la flotte, et pour faire préparer des relais sur mon chemin. Je partiray demain sans faute, à trois heures du matin. V ( HiiL de la mar. franc, E. Sue , llf , t o.)
A SËIGNELAY. 111
(Minute autographe.)
Paris, 17 may 1673, 8 heures du soir.
Mon fils, je vous envoyé les avis que j'ay reçus ce matin de Dunkerque par un courrier eiqprès. Vous verrez assez de quelle importance ils sont, puisque, si Fescadre du Roy n'est point encore arrivée à Portsmouth et que tout ou partie des vaisseaux anglois soyent encore dans la Tamise, les HoUandois trouveront les forces des rois toutes divisées et se mettront en estât, peut-esire, d'en empescher la jonction pendant toute la campagne; et nous courrons risque mesme que, s'ils sont assez hardis pour entrer dans le canal, trouvant tous les vaisseaux divisés, ils ne soyent en estât de les combattre avec beaucoup d'avantages; mais, comme ce seroit en cette occasion le plus grand malheur qui pust arriver, ce seroit aussy un grand bonheur si le roy d'Angleterre, avec le vent d'est et nord -est qui a soufflé, avoit fait entrer dans le canal tous les vaisseaux qui ont esté armés dans la Tamise et à Ghatam, et que tons ces vaisseaux et ceux du Roy se trouvassent arrivés en mesme temps h Portsmouth, ce qui seroit la mesme chose que l'année dernière. C'est l'incertitude de l'un ou l'autre de ces deux accidens qui nous doit tenir toujours beaucoup en peine; et, comme ces accidens roulent sur vos soins, vous devez vous donner du mouvement et de l'inquiétude pour en apprendre le succès.
11 est nécessaire que vous vous rendiez en toute diligence auprès du Roy pour informer Sa Majesté de tout ce que vous avez appris par les dépesches; et, avant que d'approcher du lieu ou vous trouverez Sa Majesté, ne manquez pas de travailler à faire tous vos extraits.
Vous vistes de quelle sorte je vous fis, hier, expédier tout ce que vous aviez à faire. Si vous vous appliquez à suivre cette maxime, vous ferez bien ma charge et avec facilité. Si, au contraire, vous suivez ce que vous avez Mcoustumé, vous serez toujours incapable de le faire. Je ne seray jamais content de vous et vous serez toujours accablé d'affaires, parce que, dès lors que vous ne les expédiez point ou que vous les expédiez trop lentement, elles s'entassent et s'accumulent les unes sur les autres, en sorte qu'elles vous accablent. 11 faut donc que vous vous résolviez à répondre à toutes les dépesches aussy tost qu'elles sont arrivées, et, si vous prenez une fois cette résolution et que vous l'exécutiez, vous aurez du temps pour estudier, pour faire vostre cour et pour vos divertissemens. IVe manquez pas d'exécuter promptemcnt le contenu aux mémoires (|uc
je vous ay fait prendre et de m'en envoyer l'éclaircissement. Examinez donc toutes les dépesches qui vous disent les ordres qui sont à donner, prenez-en l'ordre du Roy et satisfaites-y aussytost.
M. le Vice-Amiral demande des caches. Vous sçavez que le Roy l'avoit résolu; vous voyez bien que, s'il en manque, vous avez eu tort de ne point faire expédier l'ordre que Sa Majesté en avoit donné; examinez par quels moyens vous pourrez luy faire donner le nombre qui luy manque.
Tenez l'agenda des fonds parfait.
Réformez avec soin la liste, tant des vaisseaux que de tous les officiers.
Je retiens les extraits des lettres que je vous envoyé, afin que je puisse connoistre si vous aurez fait réponse à tous les points qu'elles contiennent. Renvoyez-moy promptement les extraits de toutes ceUes que je vous ay laissées, avec les réponses à cachet volant, afin que je les puisse voir.
Examinez avec soin si les officiers servant dans tous les ports ont esté payés de tous leurs appointemens, mois par mois, suivant les extraits des revues.
J'attendray avec impatience des nouvelles de vostre arrivée auprès du Roy.
(Bibl. Imp. M88. S. F. 3,oi9, Colbert et Srigtuhy^V, cote 18, pièce 10.)
( Lettre originale. )
Paris, 19 may 1673.
Mon fils, j'espère que vous arriverez aujourd'huy auprès du Roy; et comme vous trouverez Sa Majesté en inquiétude sur son armée navale, vous pourrez la soulager par les nouvelles que voqs luy donnerez de l'entrée de M. le Vice-Amiral dans la Manche avec un vent assez frais pour croire qu'en vingt-quatre heures il aura pu se rendre à Portsmouth. Mais je vous avoue que je suis fort en peine de ne pas encore avoir appris son arrivée, et encore plus si les vaisseaux anglois seront sortis de la Tamise avant l'arrivée des Hollandois.
Il y a lieu de croire qu'ils n'en sont pas sortis, puisque toutes les nouvelles portent que tous les Hollandois sont à l'entrée de la Tamise, n'y ayant pas d'apparence qu'ils y fussent demeurés si les Anglois en estoient sortis. C'est à vous h présent à raisonner continuellement, et à examiner les cartes marines pour juger de tout ce qui peut arriver; ce doit estre là une de vos applications.
]e ne vous sçaurois assez recommander d'en avoir plus que Tannée pusie. Vous voyez que je vous écris tous les jours ^ ; ne manquez pas de faire Wmesme cbose. Surtout il est nécessaire que je sçache, par vos lettres, tous les lieux où le Roy sera, jour par jour, afin que je puisse dater mes expéditions. Pensez aussy qu'il ne faut pas laisser passer un seul ordinaire sans écrire dans tous les ports, et tenir la correspondance régulière avec les iniendans et commissaires généraux de marine et des galères.
Je vous envoyé les lettres du sieur Arnoul, auxquelles il faut que vous fassiez réponse. Examinez soigneusement tous les ordres et instructions qu'il faut donner à toutes les escadres et vaisseaux qui sont en mer; voyez ceux que vous avez donnés et ceux que vous avez omis, et ne manquez pas de satisfaire à tout. Vous sçavez ce que je vous fis faire le jour de vostre départ; il faut que vous suiviez cette méthode.
Prenez bien garde de décharger avec soin l'agenda des fonds, et envoyezmoy le mémoire de tous les articles que vous y employerez, afin que je voye si vous n'en oubliez aucun.
Faites venir les extraits de revues des officiers, et vérifiez bien pour quels mois vous avez expédié les estats et pour quels vous ne les avez point expédiés, et expédiez-les diligemment.
Enfin, mon fils, relisez avec soin toutes vos instructions et tous vos mémoires^ et donnez-vous toute l'application nécessaire pour plaire au Roy; el, comme jamais roy n'a eu tant d'application, pensez bien que vous ne ponvez Juy plaire et le bien servir que par vostre application.
(Bibi. Imp. Mss. S. F. S.oia, Colbertet SâgneUty, V, cote 18, pièce 11.)
( Minute autographe.)
Paris, aomay 1673.
Mon fils, je viens de recevoir vostre lettre du 18, à dix heures du soir, far le retour du courrier que je vous avois envoyé. Je suis bien ayse que
^ Aoan Scignelay ëtai(-il inquiet quaod un leUres et mémoires de marine, Golbert lui arrivait sans nouvelles de son père : avait dëjà recommandé de mettre à part ceux
«Je n'ay pas reçu de vos lettres par le dernier qui renfermaient des points utiles à son instruc-
«dbaire , lui écrivait-il le 9 0 du moins préeé- tion , de bien les examiner tous , pour en rendre
(feot, et j'en suis fort en peine, ne sçachant pas compte au Roi, en ayant soin que son style fût
li vous estes content de mon travail ou non.?) bon, sa diction bonne et ses termes propres.
{CÊ&ertet Seignelay, pièce 66.) (Cote i,pièce 88.) ' Le 8 du même mois, en lui envoyant des
lu INSTRUCTIONS
vous soyez en estai de joindre le Roy le lendemain de bonne heure; mais j'aurois esté encore plus satisfait si vous aviez commencé à faire les extraits des lettres dont vous avez à rendre compte h Sa Majesté, dès Luzarches, et que vous eussiez continué de travailler une heure au disner et autant au souper des deux jours suivans. Vous jugez bien que, de commencer la veille que vous devez arriver, à dix heures du soir, c'est assurément trop tard, et cest toujours faire son travail avec la précipitation ordinaire et non avec le temps nécessaire pour bien faire.
H y a longtemps que je vous dis qu'il ne faut plus de protestations de vous appliquer; il me faut des effets qui me persuaderont davantage que vos paroles.
J'attends les premiers effets de vostre application.
A l'égard de vostre assiduité auprès du Roy, il le faut assurément; mais la principale assiduité que Sa Majesté demande de vous, c'est vostre travail, parce que c'est ce qui regarde son service. Pourvu que vous soyez appliqué et que vous ne remettiez jamais une affaire du jour au lende* main , vous aurez le temps qui vous sera nécessaire pour satisfaire à tout.
Je m'attends de recevoir, demain ou après-demain , vos réponses à toutes les lettres et mémoires que vous avez emportés d'icy.
Je vous envoyé quelques mémoires concernant ma charge, sur lesquels vous écrirez les ordres du Roy. Vous trouverez aussy cy-jointes diverses dépesches de marine dont vous rendrez compte au Roy, et ensuite, après avoir pris les ordres de Sa Majesté, vous ferez les réponses.
Gomme la plus importante affaire que nous ayons à présent dans la marine est la jonction des flottes des rois, il n'y a rien à quoy vous deviez vous appliquer davantage, et tesmoigner plus d'inquiétude de Testai auquel sont les armées navales à présent.
Vous avez en vos mains les lettres de M. le Vice-Amiral et du sieur de Seuil, qui portent, sçavoir : la première, qu'il estoit sous voile, et la seconde, qu'il estoit party avec un vent frais, et qu'il devoit estre, le i4 ou le i5, à Portsmouth. Je vous envoyé la lettre du sieur de Seuil, que je viens de recevoir, en date du 17, qui confirme la mesme chose; je vous envoyé aussy la lettre de l'ambassadeur d'Angleterre, avec la réponse que je luy ay faite. Vous verrez, par les traités de la campagne dernière et de celle-cy, que, si les Anglois avoient exécuté la clause qui porte : quen cas de venU cmtraires kJloUe d'A^igUterre iroit jusquà Brest, pour rencontrer lajlotte de France, les flottes seroient réunies à présent. Mais le retardement de mettre leurs vaisseaux en mer, de la part des Anglois, a causé cet inconvénient.
Ne manquez pas de lire au Roy le dernier traité fait avec Spraag, et tûtes bien remarquer à Sa Majesté que tout a esté ponctuellement exécuté, et que mesme c'est une espèce de miracle que, les vents du nord, est et Bord-est ayant toujours sou£9é , M. le Vice-Amiral n'ayt pas laissé de trouver ao moment favorable pour entrer dans la Manche.
Il est nécessaire que vous envoyiez à mon frère, ambassadeur en Angleterre, des extraits des deux lettres de M. le Vice-Amiral et de M. de Seuil qoe je vous ay envoyées. Pour la dernière de M. de Seuil, que je vous en'=vojre, j'en ay joint un extrait à ma lettre.
Vous trouverez cy-jointes les lettres de marine que j'ay reçues aujoui^ d'huy; vous observerez que vous serez accablé, en moins de rien, si vous n'expédiez les réponses à mesure que vous recevez les lettres.
(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,oi9, CoWertet Smgriêlay, V, cote 18, pièce 19.)