‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 58 sur 258 · A TOULON · texte numérisé non relu

A TOULON

( Lettre autographe. )

Versailles, 9 & octobre 1676.

Mon fils, vous voyez qu'après avoir dépesché un courrier avec la grande et ample dëpesche qu'il vous a portée, je ne néglige pas de vous écrire, et vous jugerez assez facilement par là, si vous n'en aviez point un million d'autres preuves , combien vostre intruction et vostre avancement m'est cher et important. J'espère qu'avec l'application que vous y donnez à présent et celle que j'y donneray toujours, cela ira mieux à l'avenir, et que vous prendrez peut-estre quelque plaisir à me soulager et à vous avancer en mesme temps en vous attachant et vous appliquant continuellement à hien exécuter ce que je vous dis en tant de manières différentes.

Je ne sçaurois assez vous recommander la régularité et l'exactitude aux choses que vous négligez parce que vous ne les croyez pas de conséquence, quoyqu'elles le soyent en effet et que toute la suite des grandes affaires en dépende, c'est-à-dire de mettre plus de temps à vostre écriture. Je vous en ay dit les raisons, qui sont fortes et qui ne peuvent estre contredites. Quand vous écrivez vite, vostre esprit n'a pas le temps de faire réflexion, et c'est vostre main qui le conduit et non pas luy qui conduit vostre main. Croyezmoy, mon fils, il n'y a rien pour vous de plus grande conséquence.

Vous ne devez jamais négliger vostre signature dans toutes les expéditions, et c'est ce qui vous arrive presque toujours, en sorte que c'est plutost le seing d'un notaire de village ou d'un procureur que celuy d'un secrétaire d'Estati.

Vous devez encore prendre garde à bien conserver vos papiers, particulièrement les importans, que vous devez garder sous vostre clef, comme tous les traités et les mémoires que j'ay fait faire et que je fais faire encore tous les jours pour vous, que je trouve à présent roulés dans un bureau et estant dans la dernière saleté quoyque ce soit la quintescence de l'esprit des plus habiles gens du royaume;

Vos portefeuilles^;

Les arrests, par cotes et par dates;

^ Voir pièce 6&, page 190. de travailler à tenir toujours vos portefeuilles

* Colbert lai avait déjà fait à ce sujet la re- dans Tordre que Ton y a mis et d'y ajouter con-

commandation suivante : tinuellement tous les mémoires que je vous en-

'^11 n\ a rien qui vous soit si nécessaire que voye et qui vous viennent d'ailleurs concernant

Toas les traités, les livres, les instructions et tout ce qui concerne les foodemenset les maximes des prises, que vous devez sçavoir parfaitement.

Prendre soin que tous vos mémoires et lettres soyent bien cotés.

Qu'il n'y en ayt aucun qui s'échappe que vous ne voyiez, que vous n'exaffliiiiez, et que vous ne donniez vos ordres sur ce qu'il contient. Pour cela, eiaminez bien tout ce que j'ay fait sur tout ce qui est contenu dans la èéf esche que je vous ay envoyée , et vous verrez qu'aucun ne s'est échappé qne ne l'aye vu , examiné et donné mes ordres et ne les aye fait exécuter.

Qu'il ne passe jamais aucun papier par vos mains, ni aucune lettre, sans les voir, les examiner et donner vostre résolution , et sans demander ce que vous ne sçaurez pas parfaitement.

Je vous prie de croire, mon (ils, que ce que je vous écris est de la dernière conséquence pour vous, et que vous devez vous appliquer à l'exécuter ponctuellement par préférence à toutes choses.

Je fais mon compliment à M. et M*"" d'Oppède , par les lettres cy-jointes , sur la naissance de leur fils. Envoyez-leur ma lettre, et, en passant à Aix, tenez-le au baptesme, en mon nom, avec la dame qu'elle nommera pour marraine.

Pendant le temps que vous estes en Provence, l'esprit de curiosité et de vouloir apprendre vous devroit porter h sçavoir parfaitement la forme du gouvernement de cette province : les Estats, l'assemblée des communautés, les officiers qui les composent, le nombre et la qualité des officiers royaux, leur conduite, les intrigues et les factions de la province, tout ce qui concerne les impositions et généralement tout ce qui concerne le dedans de cette province; et peut-estre qu'une journée de plus ne seroit pas mal employée à vous informer de toutes ces choses.

( Bib). Imp. Mss. S. F. 3,oi a , Colbert et Seignàlay, VI , cote ai, pièce 1 1 . )

( Minute et réponse autographes. ) Toulon , 9 3 octobre 1 67 6. Paris , a 8 octobre.

Je vous fais réponse aujourd'huy J'ay reçu vostre paquet venu par

à la lettre que je reçus hier de l'ordinaire, en date du 19, et ce roos, du 1 3 de ce mois, quoyque matin, à mon lever, parle laquais

kl mesnes matières , voyant clairement par le vous ay envoyés que vous n'avez pas lus on le nénmre que voos avez fait, encore qu'il soit faisant.» ^, qa'it y a beaucoup de mémoires que je

l'ordinaire ne parte pas , parce que je pars ce matin pour aller aux isles d'Hyères, Bregançon, Saint- Tropez, Antibes et aux isles de Sainte-Marguerite. Je vous ay desjà informé, par ma précédente lettre, de ce voyage, qui, estant long et par des chemins fort fascheux, retardera un peu mon retour. Je le feray avec plus de diligence que personne, et j'ay pris mes mesures pour cela.

Si j'avois eu plus de temps à demeurer à Marseille et icy, j'aurois encore trouvé de quoy m'employer utilement, mais la nécessité qu'il y a de me rendre à Paris dans les premiers jours du mois prochain ^ ne me permet pas de retarder mon retour.

que vous m'avez envoyé, vostre paquet du 9 3.

J'ay travaillé trois heures ce matin à voir tout et examiner tous les estats et mémoires qui composoient ces deux dépesches, et à apostiller le tout à mon ordinaire.

Ce que je puis vous dire , en général, c'est qu'il y a beaucoup de travail qui fait voir une bonne application; mais vous manquez au principe, qui est de vous donner plus de tempspourbienpenser à vos dépesches, les relire, les corriger, et enfin de faire en cela ce que tout homme de bon sens, et qui a l'avantage d'approcher et de servir son roy et son maistre, fait à qudque âge qu'il soit, c'est-à-dire, polir ses discours quand il doit parler, et ses dépesches quand il doit écrire, et les mettre dans la plus grande perfection qu'il est possible pour que ses discours et ses dépesches servent à luy concilier l'estime et les bonnes grâces de son maistre^.

C'est là, mon fils, la fin, l'objet que vous devez toujours avoir, et, en un mot , la somme de tout.

Il faut que vous sçachiez que bien faire et bien rendre compte de tout, c'est la perfection ; mal faire et mal rendre compte, c'est l'abisme. Mais d'un homme qui feroit bien et qn ne rendroit pas bon compte ou d'ui autre qui feroit mal et qui rendroi bon compte, celuy-cy se sauve

* Pour les couches de la marquise de Seignelay. — * Voir pièces n"' 97 et 35.

A SEI6NELAY.

Taj tasché de satisfaire à tout ce ({ui estoit porté par mon instruction, et je puis vous dire qu'il ne s*est pas passé un seul jour depuis qae je suis en Provence que je ne mesois levé à cinq heures du matin , et que je n*ay pas employé un quart (fbeore à autre cbose qu'à tra- Tailler, à donner les ordres nécessaires et satisfaire à tout ce que je devois faire icy. Je souhaite avec passion que vous en soyez satisfait et que vous jugiez que j'ay bien employé mon temps et que mon voyage a esté utile.

Je n'ay de ma vie tant travaillé, et je me suis fait une application prinopale d'approfondir toutes choses et de me corriger en cela du défaut doot vous m'avez si souvent averty.

ie l'aurois fait encore davantage et je vous aurois encore plus satisfait si le temps me l'avoit permis; mais

roit plutost que l'autre; en sorte, mon fils, qu'il n'y a rien qui vous importe davantage que cette application à vos dépesches que je vous demande.

Et pour commencer, je vous prie de demeurer plutost un jour tout entier dans une ville ou un village de Yostre route pour faire un mémoire exact de tout ce que vous aurez fait, le bien ranger selon les matières et dans l'ordre naturel que les choses se font, le relire, le corriger et le rendre tel qu'il vous satisfasse premièrement et puis qu'il satisfasse le Roy.

Je vois bien le travail que vous avez fait, et j'en suis très-satisfait.

Vous auriez pu demeurer encore sept ou huit jours en Provence. Ce voyage vous aura esté d'une trèsgrande utilité, et j'espère qu'il servira beaucoup à vous rendre maistre de vostre travail et à m'en soulager.

Tout cecy est très-bon.

Il faut travailler beaucoup pour se rendre le travail facile, et, quand vous vous appliquerez à bien faire ce que vous avez à faire, vous verrez que vous vous jouerez de vosti*e travail.

Je vois clairement que vous avez bien plus approfondy les matières

j'ay trouvé à Marseille et icy beaucoup plus de choses à faire que je ne croyois , et il a fallu expédier le tout avec une diligence qui ne m'a pourtant pas empesché d'entrer dans tous les détails.

Sur ce que vous m'écrivez de la lettre que je vous écrivis de Lyon, par laquelle je ne vous mandois point le détail de l'épreuve des canons de fonte, je vous diray que j'arrivay à Lyon à neuf heures du matin, que je fus sur le lieu d'épreuve jusqu'à trois heures, et que, comme la visite de toutes les pièces est fort longue, qu'il faut longtemps pour les charger, et que j'estimois nécessaire de partir ce jour mesme de Lyon pour avancer mon voyage, je ne pus voir le dernier coup et je laissay le commissaire Duclos pour en dresser le procès-verbal. Ainsy je ne pus vous rendre un compte aussy particulier, n'ayant pas eu d'ailleurs chez M. l'Archevesque de Lyon le temps ni la commodité de vous écrire une grande lettre.

que vous n'aviez accoustumé de le faire.

Je m'étonne que des vérités telles que celles que je vous dis ne vous persuadent pas, et que vous alliez rechercher dans voslre esprit des raisons contre ce que je vous ay dit. Croyez-moy, mon fils, une fois :

appliquez-vous toujours à bien entendre ce que je vous dis, et à l'exécuter ponctuellement et promptement; vous vous en trouverez bien. Et, quand je vous avertis de n'avoir pas fait une chose, appliquez^vous seulement à bien comprendre la raison pour laquelle je vous en avertis, et à en profiter dans une autre occasion.

Vous estes party de Versailles le 6 , et je n'ay reçu que le 3 1 vostre lettre du 1 3 , excepté le billet que vous m'avez écrit de Lyon. Cependant le Roy, qui est exact au point que vous sçavez, n'a jamais manqué un seul jour à me demander si j'avois reçu de vos nouvelles.

Croyez-vous, de bonne foy, que cela soit bon? Il falloit traiter comme de la chose capitale de vostre voyage comme en effet elle l'est, demeurer h Lyon trois ou quatre jours davantage, rendre compte de la lec^ ture des ordinaires, de vos instructions et de tout ce que vous aviez fait pour l'épreuve.

Depuis cela , j'ay taschë de vous persuader que je me suis un peu corrigé du défaut, dont vous me parlez encore, de prendre les choses par la superficie. Je souhaite d'y avoir réussy.

Je suis bien fasché que vous vous persuadiez si promptement que je nauray fait aucune réflexion à ce qui est porté par mon instruction.

Je n'ay pas oublié un seul article; et la première chose que je fais quand je me mets le matin au travail, est de la lire, de marquer à costé ce que j'ay exécuté le jour précédent et de voir ce qui me reste à faire.

J ay lu les lettres de marine que vous avez écrites dans les ports. J'ay m et examiné les lettres de Marseille et de Toulon que vous m'avez renvoyées , et j'ay trouvé que j'avois satisfait par avance à tous les points qui y estoient contenus.

Comme il est aujourd'huy le aS , que la poste ne partira d'Aix qu'après-demain, a5, et qu'elle est huit jours entiers à aller d'Aix à Paris, j'ay estimé h propos de vous

Il falloit aussy écrire d'Avignon , et y demeurer pour cela un jour davantage.

Vous me pouviez espargner tout ce discours , et vous l'auriez fait en jMe disant que vous l'observerez une autre fois; mais c'est ma destinée d'avoir plus à combattre le revestement que la substance de vos lettres.

Ce style n'est pas bon.

Celuy-cy encore moins.

Il ne suffit pas de la lire; il falloit faire voir par des dépesches de Lyon et d'Avignon que vous le faisiez.

Bon.

envoyer un courrier exprès, afin que

vous eussiez ma dépesche avant le

départ du Roy pour Villers-Cotte-

rets, et que vous puissiez rendre

compte à Sa Majesté de Testât au- Je vous ay écrit que le Roy n al-

quel sont les affaires de ce port. loit pas à Villers-Gotterets.

(BibL Imp. Mes. S. F. 3oi9 , Coîbertet Seignelay, YI, cote ai, pièce lo. )

(Lettre autographe.)

Marseille, 97 octobre 1676.

La nécessité où le voyage du Roy à Villers-Cotterets me mettoit d'estre à Paris le 9 ou le 3 du mois prochain , et l'envie que j'avois d'achever avant mon départ de cette province tout ce que j'avois à y faire pour le service du roy, tant pour la marine que pour les fortifications, m'ont fait faire une diligence extraordinaire dans le voyage d'Antibes et des isles, duquel je suis de retour de cette nuit '.

Je partis de Toulon, suivant ce que je vous manday vendredy dernier 2 3 , à trois heures du soir, après avoir mis ordre à tout ce qui regardoit les affaires de ce port, et j'allay aux isles d'Hyères le soir; je les visitay le lendemain matin , suivant le mémoire que vous en trouverez cy-joint; et de là je fus visiter Bregançon; je fus ensuite à Saint-Tropez, d'où je passay aux isles de Sainte-Marguerite et à Antibes. J'ay fort exactement visité ces places, et vous trouverez cy-joint le mémoire de Testât auquel elles sont à présent '', de ce qui reste à faire pour Tentière perfection de celles auxquelles on travaille , de ce qu'il faut faire pour remettre en bon estât celles qui sont achevées , et des dépenses qui y ont esté faites les trois dernières années.

Je partis d'Antibes avant-hier au soir la nuit, et, nonobstant les mauvais chemins et les rivières débordées qui m'ont fait attendre longtemps, je suis arrivé icy à deux heures après minuit; je crois que c'est la plus grande diligence qu'on puisse faire ^

Comme je ne m'estois point couché depuis mon départ de Toulon, ayant toujours marché jour et nuit**, je me suis reposé ce matin; je recommence à présent mon travail, afin que vous receviez d'icy encore une lettre qui vous fasse connoistre comme je me suis appliqué en cette pro-

vince à tout ce que j ay cru nécessaire au service du roy et à tout ce que vous m'avez recommandé *.

Je reçus hier soir, en chemin, par les courriers que vous m'avez envoyés , vos lettres des 17, 19 et ââ de ce mois; je les ay toutes lues avec attention, et je les relis encore à présent pour faire une réponse exacte à tous les articles qui y sont contenus ^ et premièrement:

LeUre du 17. — Il estoit difficile que vous reçussiez de mes lettres avant celles que je vous ay écrites d'icy, n'ayant fait que passer à Lyon , où je ne pus pas voir achever l'épreuve des canons de M. Emery, ainsy que je vous Tay cy-devant écrit; et pour Avignon, j'y arrivay à une heure après minuit, et en partis à cinq heures du matin , parce cpie je croyois que ce que je pouvois faire de mieux estoit de me rendre icy où je devois travailler, et que ce que je pouyois vous écrire d'Avignon ne valoit pas la peine de m'y arrester*.

J'espère que toutes les dépesches et mémoires que vous aurez à présent reçus vous auront persuadé que j'ay souvent relu ce qui estoit contenu daas mon instruction, et que j'ay tasché de n'oublier aucun des points^.

Puisque le voyage de Villers-Cotterets est rompu , je demeureray quelques jours davantage dans cette province ^, et je travailleray jusqu'aprèsdemain à vous faire une bonne dépesche que je vous enverray par un courrier exprès.

Le plan de mon retour est de m'en aller samedy visiter la Tour-de-Bouc ^ jwur avoir achevé la visite de toutes les places de Provence, et d'aller coucher à Aix, d'où je partiray pour aller coucher le i^jour de novembre à Montélimar; de Montéiimar j'iray coucher à Vienne, où je verray et examineray tout ce qui regarde les manufactures du Dauphiné; de là je m'en iray à Roanne avec toute la diligence possible, où je m'embarqueray jusqu'à Nevers, d'où j'iray visiter toutes les manufactures de Nivemois, et, ensuite, je me rendray où sera le Roy, en sorte que, suivant mon compte, je seray à Paris le 5 du mois prochain ou le 7 au plus tard ^.

J'espère que vous trouverez, par les mémoires cy-joints sur les affaires des bois de Bourgogne , qu'il n'estoit pas nécessaire que je fusse sur les lieux pour connoistre et sçavoir bien exactement tout ce qui regarde cette affaire. J'ay travaillé avec le sieur Dalliez et le commissaire Saint-Georges, et comme les fourneaux de Drambon ^ ne sont point en feu , qu'il n'y a presque point de canons audit lieu, et que j'ay donné ordre au sieur Besche d'estre

' Fort construit en 1 Gùh , dans Vi\e de ce * Aujourd'hui canton de Pontailler, arron-

Qom, sur les côtes de la Méditerranée, pour dissement de Dijon (Oôle-d'Or). '{•'•fondre le mouillage des Martif^nes.

à Lyon à mon passage , il n'estoit pas nécessaire que je fusse à Draoïbon. Vous verrez par lesdits mémoires cy-j oints tous les différens marchés qui ont esté faits pour les achats de bois, les quantités de pièces de hois qui ont esté voiturées à Toulon , ce qui en reste sur les lieux et ce qui reste d'arbres à exploiter dans les forests; les marchés qui ont esté faits pour Téquarrissage et la voiture desdits bois, et les ordres qui sont à donner à présent sur ce sujet*.

J'ay reçu aujourd'huy le billet que vous m'avez écrit par le sieur Le Gras; je Tay remis à demain pour travailler avec luy, et je vous rendray compte de ce que j'auray fait^.

J'ay lu et examiné avec application le mémoire qui estoit joint à vostre lettre, portant pour titre : Desseins que mon Jils doit toujours avoir dansVesprii pour le service du roy dans la Méditerranée^ . Il n'y a assurément rien de si beau ni de si utile que ce qui est contenu dans ce mémoire'', et je me feray une application continuelle pour le faire réussir. Je feray transcrire ce mémoire dans mes registres et j'en feray un pareil pour le Ponant à mon retour, ainsy que vous me l'ordonnez, n'ayant pas à présent le temps de faire ce mémoire '.

Sur ce sujet, je vous envoyé la réponse que j'ay reçue du sieur Compans, à qui j'avois envoyé un courrier exprès pour donner avis à M. de Centurion de mon voyage d'Antibes. Vous verrez, par ladite lettre, les raisons qui ont empesché ledit sieur Centurion d'y venir, et je recevray à mon retour les ordres du roy pour ce qui regarde cette affaire "*.

Vous verrez aussy, par les lettres du sieur Compans , que les HoUandois sont partis de Naples; il est arrivé aujourd'huy un patron icy qui assure les avoir rencontrés au large de la Corse, faisant route pour le Ponant, au nombre de quatorze vaisseaux de guerre, et qu'ils estoient suivis de plusieurs autres bastimensi.

Lettre duig. — Vous me reprochez par cette lettre de ne pas vous avoir écrit; je n'ay assurément perdu aucune occasion de le faire, et je vous ay fait réponse sur cet article au commencement de cette lettre ".

J'ay lu le mémoire qui vous a esté adressé sur les abus qui se commettent à Toulon. Il vient d'un secrétaire que le sieur Arnoul a chassé et dont j'ay reconnu l'écriture^; mais, quoyque cette part soit suspecte, il ne faut pas laisser de pénétrer si ce qui est porté par ce mémoire est véritable, et mesme, si je l'estime nécessaire ainsy, je retourneray pour cela faire un tour à Toulon et ne me contenteray pas de travailler icy avec le sieur Ar-

' Nous n'avons pas trouvé ce mémoire. — ' Il est à ia Bibliothèque Impériale ; Mss. S. F. 3,0 1 a , CoWert et Seignelay, VI , cote a i , pièce 1 8 .

Doal,à qui j*ay donne l'ordre de venir avec plusieurs papiers que je dois examiner avec luy avanl mon départ, et dont je vous rendray compte.

J avois desjà esté d'avis , dans mon mémoire que je vous ay envoyé sur ce qui regarde les officiers du port de Toulon , de changer le garde-magasin et le contrôleur. J'ay aussy retranché dans Testât que je vous ay envoyé plusieurs écrivains provençaux. Il faudra peu à peu se défaire du reste, estant très-certain qu'il en peut arriver des abus considérables.

Sur ce qui regarde le sieur Arnoul, par tout ce que j'ay vu et les informations que j'ay faites, je le crois fidèle, et il m'a paru fort appliqué; mais il est vrai que j'ay esté fort surpris de trouver la dame de Ru chez luy, et que comme je sçavois par le bruit du monde que cette femme est fort dangereuse , cela m'a obligé de m'informer particulièrement de son histoire, et de ce qui l'avoit menée à Toulon. Je crois qu'il n'est pas hors de propos que je vous rende compte en deux mots de ce que j'en ay appris.

La dame de Ru, ayant connu le sieur Arnoul père aux bains de Digne, vint loger chez luy à Marseille, et s'y trouva establie à sa mort, avec un empire si absolu sur l'esprit de la dame Arnoul qu'elle y demeura depuis comme la maistresse de la maison. Le sieur Arnoul vint ensuite à Marseille , et elle joignit à ses artifices ordinaires pour le gagner des services ou apparens ou véritables.

La veuve Arnoul vouloit épouser à toute force le chevalier de La Bretesche, qui faisoit l'amoureux d'elle depuis longtemps; la dame de Ru, confidente de cette belle passion, en avertit le sieur Arnoul, le fait cacher dans la chambre de sa mère , et luy fait entendre les mesures qu'elle prenoit avec ledit sieur de Là Bretesche pour luy donner tout son bien avant le mariage. Cette affaire éclata fort et l'on prit pour la rompre des mesures qui réussirent et qui donnèrent lieu à la dame de Ru de faire entendre ao sieur Arnoul que , puisque sa mère vouloit absolument se marier, le medleur party qu'il y eust à prendre estoit de faire en sorte qu'en se mariant elle luy donnast tout son bien et ne se réservast qu'une pension. Elle propose pour cela son fils, jeune homme de vingt-sept ans, qui commençoit desjà à plaire à la vieille Arnoul. Arnoul donne dans le panneau; le mariage se fait aux conditions proposées par la dame de Ru, et, pour affermir cette belle alliance, elle trouve moyen d'engager le sieur Arnoul par reconnoissance à luy donner sa sœur pour son second fils. Le contrat de ce second mariage est signé , et l'on n'attend que l'âge de la petite, qui n'a que dix ans, pour l'achever entièrement. Cependant la dame Arnoul, malcontente de son mary, s'est retirée dans un couvent à Lyon et a laissé madame de Ru fi Toulon, sous le prétexte d'avoir soin de sa fille.

Voilà la ridicule histoire de la dame de Ru, sur laquelle je parleray fortement au sieur Arnoul , et luy expliqueray en deux mots qu'il est impossible qu'il puisse demeurer dans son employ, qu'il ne se défasse de cette femme. Il seroit fascheux que cela le mist hors d'estat de servir; il m'a fort contenté dans le voyage que j'ay fait à Toulon, et se rendra assurément capable de bien servir le Roy à l'avenir °.

J'ay parlé de ce qui est écrit cy-dessus au sieur Arnoul aussy fortement que je devois sur une matière aussy importante. Il m'a fait voir les engagemens qu'il a avec cette femme, dont le détail seroit trop long; mais en un mot il est vray qu'elle s'est rendue maistresse d'une partie des affaires de sa famille , et pour cela il demande le temps de s'en défaire de sorte qu'elle ne puisse luy faire de mal. Je luy ay dit d'y travailler promptement, et il m'a promis qu'il le feroit^.

Je vous envoyé la réponse au mémoire d'avis qui vous a esté donné sur ce qui se passe à Toulon^; je crois que le changement du garde-magasin, du contrôleur, et des Provençaux qui servent dans le magasin, coupera la racine de tous ces abus^.

Je n'ay pas encore interdit le contrôleur Leroy, et je me trouve assez embarrassé. H faut mettre quelqu'un à sa place, et son confrère La Reynarde est peut estre moins fripon que luy, mais n'est guère plus capable de servir. Je voudrois fort avoir quelqu'un pour y commettre , et je ne vois personne à qui confier cet employ. Cependant, je donneray ordre à La Reynarde , qui entre en fonctions l'année prochaine , de servir à la place dudit Leroy.

Il n'y a rien de plus important au service du roy que de mettre quelqu'un à la place de ces deux hommes. Je n'ay encore pu sçavoir conJ)ien ils ont financé pour leurs charges, parce qu'ils le cachent avec soin : il sera bien aysé de trouver à Paris leurs quittances de finances et d'ordonner par arrest qu'ils les rapporteront au cas que le Roy ayt pris la résolution de rembourser ces officiers.

Je ne manqueray pas, suivant ce que vous m'écrivez par vostre lettre, de

^ Le iendemaio , Seignelay écrivait encore à Golbert à ce sujet :

«Pay fait sçavoir à mon père d^où vient ce mémoire, et je iuy ay desjà répondu sur une partie de ce qu^il contient; il trouvera encore cy-joint le mesme mémoire apostille de ma main. J^ay parié fortement au sieur Arnoul. Je luy ay bien fait connoistre combien il devoit cstre en f[arde contre luy-mosme sur lontos

les choses auxquelles il manque ordinairement et sur la fidélité. Après luy avoir bien assuré que je n^avois aucun soupçon contre luy, je luy ay fait tomber dans la conversation une partie de ce qui estoit contenu dans le mémoire qui m'a esté envoyé; je luy ay fait une leçon sur ce sujet; il a de bonnes intentions, et je cmis qn*il profitera bien de ce que jo luy ay dit.'»

faire, avant mon retour à Paris, une ample relation de tout mon voyage ^ et pour cela je transcriray mon instruction sur la moitié du papier et mettray à costé ce que j ay fait en exécution; comme les mémoires amples que je vous ay envoyés d'icy et de Toulon répondent à une partie de ce qui y est contenu, je m'attends, dans le compte que je rendray au Roy, de ranger lesdits mémoires en ordre et de faire voir succinctement à Sa Majesté que j'ay amplement satisfait à tous les articles de ladite instruction *>.

Lettre du sa. — Par cette lettre, vous me faites sçavoir que le Roy et vous avez esté satisfaits des dépesches que je vous ay envoyées; vous pouvez aysément juger quelle joye cela m'a donnée , et combien cela m'excitera à mieux faire encore à l'avenir "i.

Vous m'excitez, par vostre exemple et par la diligence avec laquelle vous avez fait réponse aux lettres de M. de Vivonne et à toutes celles qui avoient esté envoyées de Messine, à faire la mesme chose à l'avenir et à terminer aussy promptement les affaires que j'auray. Je suivray ce modèle autant qa'il me sera possible, et profiteray de vos excitations et des avis que vous me donnez encore mieux que je n'ay fait par le passé "<.

Sur ce que vous m'écrivez au sujet de mes dépesches que vous avez trouvées confuses, et où j'ay meslé les matières, je m'appliqueray premièrement encore davantage à bien écrire à l'avenir; mais permettez-moy de vous dire que je commence toujours par bien écrire , mais que quand j'écris longtemps ma main est lasse , et que j'ay peine à bien former mes lettres ; j'y prendray garde de plus près à l'avenir.

Pour la confusion, il est vray que j'avois meslé les matières, mais j'avois cm bien faire et vous rendre un compte plus exact en venant écrire jour par jour dans mon cabinet ce que j'avois fait pendant la journée. Je changeray cet ordre à l'avenir, et diviseray les matières ainsy que je l'observe dans les mémoires que je vous envoyé par le présent courrier.

J'ay fait un mémoire de tout ce qui estoit contenu dans toutes vos dépesches que j'ay à exécuter; vous trouverez cy-joint ledit mémoire apostille^, avec la réponse à tous les articles; c'est l'ordre que vous m'avez ordonné d'observer dans vostre lettre.

Réponse aux apostilles mises sur mes lettres des i ai et i5 octobre.

Toutes les apostilles par lesquelles vous me donnez quelques ordres soDt contenues dans le mémoire cy-joint, et je ne fais réponse icy qu'à celles sur lesquelles il n'y a point d'éclaircissemens à prendre.

' Nous pubUons aux Annexeg^ pièce Xlf , la * Gemémoirc se trouve enefTetdaoslcSuppI.

r«Wtkm complète de ce voyago. Franc. 3,o i a , VI , cote a i , pièce 1 5.

Je conviens qu'il faut retrancher les officiers des arsenaux qui ne sont pas absolument nécessaires; mais je ne crois pas qu'il y en ayt d'inutiles dans l'arsenal des galères, et, pour celuy des vaisseaux à Toulon, vous aurez vu, par les mémoires que je vous ay envoyés, que j'en ay retranché beaucoup qui estoient inutiles; j'ay encore, depuis, retranché ceux de l'hospital de Saint-Mandrier.

Je rassembleray tous les mémoires des fortifications pour en rendre compte au Roy, à mon retour.

Vous me demandez par qui j'ay fait examiner le prix des ouvrages de maçonnerie qui se font à Marseille : c'est par Lambert S que j'avois mené avec moy et qui s'en est assez bien acquitté; j'espère qu'il se rendra capable de Temploy auquel vous le destinez.

Je dois m'informer encore plus particulièrement aujourd'huy de ce qui regarde les maisons abattues auprès du fort Saint-Jean; on continue à les abattre, et toutes celles marquées sur le plan le seront incessamment.

Je vous ay rendu compte par mes lettres de Toulon des épreuves de canons de Bourgogne , que j'ay fait faire en ma présence, et vous aurez vu le succès des épreuves par les procès-verbaux que je vous ay envoyés.

Je m'informeray aujourd'huy de celuy à qui ont esté remises les 3 00,0 00 livres de fonds pour l'extraordinaire qui doivent passer à Messine; je n'avois pas encore appris que ce fonds eust esté ordonné; j'auray soin de le faire embarquer sur le bord du chevalier de Ch&teau- Renault.

J'ay fait venir, depuis cette lettre écrite, un nommé Prépant, à qui sont ordinairement adressés les ordres pour la remise des fonds de l'extraordinaire de la guerre qui sont envoyés à Messine; il ma assuré n'avoir point reçu d'ordres. J'ay aussy envoyé au commissaire Lenfant pour sçavoir s'ils ne luy ont pas esté adressés, et si ce fonds est prest à estre embarqué.

Sur ce que vous me recommandez de me tenir en garde contre les flatteries des Provençaux, permettez-moy de vous dire que mon travail assidu m'empesche d'avoir aucun autre commerce avec eux que celuy de les voir un moment le matin, lorsque je vais disner, et que, d'ailleurs, je ne puis estre susceptible d'autre chose que de rendre mon voyage bien utile au service du roy, et par là de vous satisfaire ; c'est là mon solide bien , et le reste ne mérite aucune réflexion.

Je rapporteray avec moy les plans exacts des arsenaux de Marseille et de Toulon, avec des mémoires de ce qu'il y aura à faire l'année prochaine,

* Voir pitke n" 58 , pa|;c i Tx).

eu égard à la nécessité du service, afin que vous régliez la dépense qu'il y aura à faire pour cela. .

Jay exécuté vos ordres pour Tadjudication des marchandises au rabais, pour ce qui regarde Toulon, et j'aurois fait la mesme chose pour les galères, mais il n y avoit que vingt-cinq jours que Brodart avoit achevé les publications, et je crus qu'il ne falloit pas recommencer cela si souvent; c'est ce qui m'a obligé de tenir la conduite que j'ay observée pour dimi-* nuer le prix des marchandises qui se fournissent aux galères.

Je feray, une autre fois, mon profit de ce que vous m'écrivez au sujet du sieur de Bonrepos que j'ay mené dans mon carrosse, et je ne retomberay plus , à l'avenir, dans une faute pareille.

J'ay parlé fortement aux munitionnaires sur toutes les remarques qui ont esté faites par M. d'Oppède, tant au sujet des vivres que pour les vins de Languedoc, fromages de Sardaigne, chairs salées et autres denrées, et cela sera exactement observé à l'avenir; j'ay fait entendre la mesme chose aux intendans, afin qu'ils tiennent la main à ce que pareille chose n'arrive plus.

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