III. - a
de cette vigfne, ii est, da costë du jardin, tout revestu de bas-rdiefis antiques très-beaux, et, dans ies chambres de la maison sont le Marsyas, le Ganymède, les Lutteurs, rÉmonleur et la Venus, qui sont cinq figures admirables; il y a encore dans ce palais plusieurs colonnes de marbbe et de porphyre, qui sont la plupart diminuées par le bas. De là, j*ay esté à la Santa-Trinità de' Monti, où j'ay vu deux tableaux, une Descente de croix de Dani^ de VolterreS peinte à fresque, et un NoU me tangere de Jules Romain, peint à fresque.
Du vendredy, lo avril. — ^J*ay esté ce matin à la vigne Aldobrandine, où j'ay vu la plas ancienne peinture du monde , qui est une peinture h fresque qu*on croit avoir plus de dixhuit cents ans *. Elle est très-bien dessinée et très-bien faite; on Va conservée sur une muraille avec une armoire de bois qtii la couvre; c'est la représentation d'un mariage, où Ton remarque les cérémonies quon faisoit dans ce temps-là. J'ay vu encore dans celte vigne Aldobrandine un bas-relief de deux athlètes avec les gantelets qu'on appeloit anciennement cestes, ce qu'on ne voit que là. J'ay esté au Noviciat des Jésuites, qui est une très-petite église, mais fort agréable et d'une ûgure qui piaist;dle est incrustée de marbre; les colonnes sont de jaspe et les pilastres de marbre blanc; c'est du dessin du Bemin. De cette église, j'ay esté à celle des Quatre-Fontaines'; elle est du dessin de Borromini^, qui estoit un architecte qui se piquoit de faire des choses particulières el bizarres. Cette église est un petit d6me en ovde porté par quatre trompes qui sont trèslarges, en sorte que, entre les deux piastres qui les portent, il y a l'espace d'une niche dont l'imposte est la mesme que celle des grands arcs; au-dessous des niches sont quatre portes : l'une qui va h une petite chapelle qui est sous un petit dôme rond tout doré , oii il y a un tableau de Romain; par l'autre porte on va à la sacristie; par une autre on va h l'escalier qui conduit à l'église basse, et, par l'autre, à une chapelle entre les deux pilastres qui portent la voûte, dont .les flancs sont deux portions d'ovale dans lesquelles sont deux autels, couronnés par-dessus la corniche de deiu frontons qui toni^ nent comme l'ovale. Le fond oii est le grand autel et l'entrée vis-à-vis sont deux portions de cercle couronnées de frontons. Sur la corniche d'oii naist le dôme, est une grande couronne ducale dont les fleurons servent de balustre. Il y a dans cette égiise seize colonnes dont les chapiteaux sont composés si bizarrement que ies vohites retournent en dedans au lieu de retourner en dehors : les feuilles ne sont ni d'olive, ni d'acanthe, mais de palme; les autres, au-dessous de l'abaque, sont de grenade à la place d'œuf. Cependant, quoyque cette ég^se soit très-bizarrement bastie, elle surprend et plaist d'abord. Le compartiment de la voûte est composé de croix, d'octogones et d'hexagones irréguliers. Il y a deux tableaux de M. Mignard ^ : l'un est à fresque sur la porte dans un petit ovale, et l'autre est à huile au grand autel.
De cette église , j'ay esté à la fontaine de Moïse ^, que Sixte-Quint a fait faire : il y a trois gi*andes bouches d'eau avec quantité de petits jets d'eau. Après avoir vu cette fontaine , j'ay esté à Sainte-Suzanne, une maison de religieuses, et, de là, à la Madona délia Viitoria, aux Carmes déchaussés, oii est une sainte Thérèse de Bemin et une des plus belles gloires qu'il y ayt, placée à main droite en entrant. A cette église, il y a
* Daniele Ricciarelii , dit DamW cfo Fo^terre, * François Borromim, né en 1699, mort né en i5o9, mort en i566. en 1680.
* Celle fresque a été seulement découverte ' Pierre Mignard, né à Troyes en 1610, en 1 606 , dans les décombres d'une maison an- mort en 1 696. -^ Il demeura à Rome de t6.36 lique sur le mont Esquilin. à i656.
* Aujourd'hui San-Carlo, " Ou fontaine àeVAcquafeUce,
VOYAGE EN ITALIE. ' â/i3
im tableau d un sainl François et d ane Vierge du Dominiquiu. De là , je suis allé aux thermes de Dioclëtien , où sont ies Chartreux ; j'y ay vu quantité de restes de bains aneiens, le costë d'un cirque, plusieurs voûtes tout entières, entre autres celle d un grand saloD qui sert présentement de grande croix h Téglise', soutenue de huit colounes de granit entre lesquelles sont trois grands arcs de chaque codté. Quant à rentablement qui sert d'imposte, il est assez orné, et il y a à la corniche des denticules et des modiiions. 11 faut mesme remarquer qu'il y a quatre modiUons sur chaque colonne et qu'une rose répond justement sur la rose du chapiteau , au lieu de modillon ; aucune de ces colonnes ne diminue par le bas; les quatre chapiteaux antiques qui restent sont d ordre corinthien , et les quatre qui ont esté refaits sont composites.
Du $amedy, ii avril. — Le samedy, 1 1 avril, j'ay esté à la vigne Ludovisi, où j'ay vu une grande quantité de statues anciennes, entre autres un Mercure, en une galerie entrant à droite , un Apollon , une Vénus ; la Concorde , deux figures appuyées l'une sur l'autre ; une figure d'un homme qui se tue et qui tient de son autre main une femme qui se meurt, qui, apparemment, s'est tuée devant luy : on croit que c'est la figure d'Aria et de Pœtns ; un buste d'Annibal de Car th âge ; un Enlèvement de Proserpine par le Bemin , quelques tableaux de reste de ce qu'il y a voit dans cette vigne, les plus beaux ayant esté enlevés et estant à Naples depuis longtemps. Il y a encore mie statue d'uu soldat moiu-ant, qui est une des plus belles figures de Rome; on y montre encore les os d'un homme qui ont esté entièrement pétrifiés. Il y a dans le jardin de ladite vigne un petit logement dont les plafonds sont peints à fresque du Guerchin, dans lequel on fait voir un lit trèsriche qn on prétend valoir 100,000 écus. Il y a encore dans le jardin une statue de Satyre qui est très-estimée.
Du dimanche, lù avril, — Je n'ay rien vu aujourd'huy que la canonisation de cinq saints qui a esté faite dans Saint-Pierre de Rome, le dimanche 12 avril. Toute l'église .de Saint-Pierre esloit parée et tendue de damas cramoisy avec un grand galon d'or d'un pied de large, posé de deux en deux pieds. On ne voyoit presque rien dans le corps de eeite grande église qui ne fnst couvert de cette tapisserie; toutes les corniches de l'église et le tour du grand dôme estoient éclairés de flambeaux de cire blanche, mis assez près les uns des autres ; autour et derrière le grand autel , il y avoit une grande en^oeinte faite exprès pour cette cérémonie. Dans cette enceinte, derrière l'autel, estoit dressé le trosne du pape, et tout autour, comme en un amphithéasti'e, estoient placées en rond quatre grandes marches de degi*és , sur la première desquelles estoient les cardinaux , les évesques au second , mais beaucoup plus éloignés du trosne. Les ambassadeurs estoient à costé du pape , h droite et à gauche , avec les neveux du pape et le oonnestable. Tout cet espace et cette enceinte qui estoient autour de l'autel estoient éclaira d'un nombre infiny de flambeaux, chaque évesque et monsignor, lorsqu'ils ont esté placés, en tenant un. Les cardinaux sont venus en habits pontificaux , leur mitre blanche en teste, les évesques de mesme, avec cette différence que celle des cardinaux est de moire blanche et celle des évesques de toile. Après que le pape a esté placé en son trosne, revestu d'ime chape blanche brodée d'or, sa mitre de mesme , les cardinaux ayant aussy pris leur place, on est venu faire les suppliques au pape pour la canonisation des saints. Ces suppliques se font par l'ambassadeur du prince ou roy et un cardinal du pays dont le saint est natif. Le cardinal Porto-Carrero * seul a fait la supplique pour le roy d'Espagne , l'am-
' * Celle ^se est celle de Sania-Maria degli Garrero, doyen de Téglise de Tolède, cardinal
\nfj^ en 1669, primat dTspagne en 1677. Vice-
^ Louis- Emmanuel -Ferdinandex Porto- roi de Sicile, ambassadeur à Rome, deux fois
2/iA ANNEXES DES INSTRUCTIONS.
bassadeur de ce royaume n'assistant jamais aux cérémonies ; le cardinal OUdboni' avec Tambassadeur de Venise sont venus faire les suppliques pour les Vénitiens. Le cardinal patron conduit et vient prendre h leur siège ceux qui doivent faire les suppliques, et les conduit jusqu'au trosne du pape : ils y viennent trois fois. Les deux premières suppliques s'appellent simples, à chacune desquelles il y a une petite harangue de la part des supplians, après laquelle le pape va faire une prière et répondre à la harangue. A la dernière des trois, qu'on appelle sti^pliqmssime , après que le pape a fait une troisième prière, il accorde la canonisation , fait répondre encore par un monsignor, et, cela fait, on chante les litanies des saints, dans lesquelles on met ceux qui viennent d'estre canonisés. Lorsque ces litanies ont esté chantées, on est venu présenter au pape les présens des saints, qui sont : un très-gros cierge peint, deux grands pains, dont il y a un doré et l'autre argenté , et deux cages , Tune dorée et l'autre argentée , dans lesquelles il y a des colombes blanches. Les présens sont conduits par les cardinaux et portés par des religieux de l'ordre du saint qui vient d'estre canonisé. Cette cérémonie ayant esté achevée, le pape s'est levé de son trosne et est venu sur la droite de l'autel sur une chaire qui luy avoitesté préparée; en cet endroit on l'a habillé des habits sacerdotaux pour dire la messe, après quoy, estant venu à l'autel assisté du cardinal Azolini\ qui luy servoit de diacre, et l'abbé de Bourleraont', de sous-diacre, il a commencé la messe et s'en est retourné asseoir sur son trosne. Ce pendant la grande première messe s'est continuée en musique, le cardinal Azolini célébrant, et, lorsque la consécration a esté faite, le cardinal et l'abbé de Bouriemont se levant et tout le reste des ecdésiastiques qui environnoient l'autel, ils ont esté porter la communion au pape, qui a pris l'hostie è l'ordinaire , mais qui suce le sang du calice avec un canule d'or. Après la communion du pape, le cardinal Azolini est revenu finir la messe au grand autel , et la cérémonie s'est terminée. Du lundy, i3 avril, — J'ay esté aujourd'huy au Panthéon , qui estoit autrefois le temple de tous les dieux et qu'on appelle aujourd'huy l'église de la Rotonde; c'est un des morceaux les plus entiei*s qui nous restent de l'antiquité, et, bien que j'eusse desjà vu cette église en passant, j'y suis retourné pour la voir avec plus d'exactitude. C'est an bastiment assez grand qui ne prend jour que par un large trou qui est au*haut de la voûte, qui ne s'est démentie depuis un si grand nombre d'années en aucun endroit; la hauteur de cette voûte est égale à son diamètre*; elle se soutient par son propre poids, ses costés ne reposant pas sur les vifs des colonnes qui sont autour du bastiment. J'ay remarqué encore plusieurs choses extraordinaires , entre autres que l'arc qui est sur la porte est plus que de demy-cercle, que les bases des colonnes et des pilasti*es ont une plinthe trop petite, d'un tiers plus qu'il ne faut; qu'il y a des pilastres qui ont neuf cannelures; qu'il y a huit frontons ronds qui sont les seuls de cette forme qui se voyent dans l'antique; qu'au portique les colonnes latérales sont plus grosses que les médianes; que les modiilons de la corniche en dehors ne tombent point sur les roses des chapiteaux. Ce temple a esté autrefois fondé par Marcus Agrippa^ en l'honneur de Vénus et de Mars,
irouveroeur d'Espagne. Mort à Madrid le lA i65/i. La reine de Suède, dont il dirigea les
septembre 1709, à Tàge de soixante et qua- affaires, l'institua son héritier univers^ ; il
torze ans. mourut bientôt après, le 8 juin 1689.
' Pierre Ottoboni, né en 1610. Cardinal ' Voir II, U6g,
en 1 65 3, il fut élu pape le 6 octobre 1689, * Le diamètre de cette voûte est de riiigtrfitx
et prit le nom à^ Alexandre Vlll, Mort le 1" février 1691. ' Gendre d'Auguste. Il éleva ce temple ^ Decio Azolini, né en 16a 3. Cardinal en vingt-six ans avant Tère vulgaire.
VOYAGE EN ITALIE. 2/i5
eosoite de quoy on le dédia à tous les dieux; quelques-uns des grands archilectes ou peintres qui sont morts à Rome ont voulu y estre enterrés, comme Raphaël, Annibal Garrache et plusieurs autres. Les portes de cette église sont les anciennes portes de bronze qui y estoient. Autrefois il y avoit en haut des poutres de mesme matière, qui estoient excessivement grandes; le pape Urbain VIII les fit ester pour faire le baldaquin qui est à Saint-Pierre et quelques canons qui sont dans le chasteau Saint-Ange. Les Romains ne manquèrent pas de trouver cela estrange et de faire dire à Pasquin que ee que les barbares n'avoient osé entreprendre, les Barbarins Tavoient fait.
Du Panthéon , j'ay esté voir la colonne Anlonine et la Trajane. La Trajane est au pied de fa petite montagne qui mène h Monte-Cavallo ; elle est enfoncée en terre de huit pieds qu'on a creusé tout autour pour laisser voir la base et tout le bas de cette colonne. D y a dans son piédestal une porte qui conduit k un degré à vis par lequel on monte josqu'en haut. Après la mort de Trajàn , on y mit ses cendres dans une urne d*or. Le de^ a 1 85 marches. Le dehors de la colonne est environné de bas-reliefs qui sont en ligne spirale jusqu'au sommet, et qui représentent la vie de Trajan, ses conquestes et Ms exploits, entre autres les guerres d'Arménie et ce qu'il fit contre les Parthes. La colonne d'Antonin est au milieu du Champ-de-Mars d'autrefois , maintenant appelé Piazza Cdotma, Sa hauteur est de 86 pieds; elle a lo/i degrés et 56 petites fenestres : ses basreliefs du dehors sont presque tous consumés par le feu et ont esté réparés par Sixte- Qoint, qai dédia cette colonne à saint Paul , comme la Trajane à saint Pierre , ayant fait mettre la statue de bronze de chacun de ces saints sur le haut de chacune de ces colonnes.
Du mardy, là axjril. — J'ay esté aujourd'huy revoir ce que je n'avois pas vu du Capitole; c'est une butte de terre assez haute, sur laquelle on monte par un grand nombre de degrés; on voit d'abord deux grands piédestaux de marbre, sur lesquels sont deux tropliées d'armes érigés autrefois en l'honneur de Marins après la défaite des Gimbres; aonlessas et derrière ces trophées sont deux statues de marbre d'hommes dont chacun tient un cheval échappé; ces statues et ces chevaux n'ont rien de remarquable que leur grandeur. Après les avoir passés, et monté tous tes degrés, on entre dans un terrain carré assez grand : il est basty de trois costés. La première face do basliment qu'on toit vis-à-vis des degrés par lesquels on est monté est le palais où l'on rend la justice; 3 est assez bien basty, et l'on y monte par un escalier à deux rampes qui sont au dehors du bastiment. Au-dessous et au milieu de ces deux rampes, qui sont ornées d'une babstrade de marbre blanc, dans l'enfoncement dune grande niche, est une très-belle fontaine où est la statue de la ville de Rome et les autres du Nil et du Tibre dont je viens, de parler'. Les deux costés de ce bastiment sont accompagnés de deux grandes ailes qoi sont aussy longues que l'est la place ééle terrain, bien qu'il se trouve au haut du Ca[»tole; l'aile qui est à la gauche du lieu où l'on rend la justice est le palais des Conserratears de Rome : on y voit dedans plusieurs statues anciennes; une teste colossale de maiiyre de l'empereur Commode; le tombeau d'Alexandre Sévère et de sa mère Mammea; k mesure antique dite eongtus ' ; plusieurs figures bas-relief de Marc-Aurèle triomphant des Daces; les statues de Marins, de Jules César, d'Auguste; un grand Hercule de bronze doré; un autre Hercule enfant fait de pierre de touche; l'ancienne louve d'airain aflaitant Remua et Romulus qui estoit à la place des Comtes; une teste de bronze de Bnxtos, premier consul; une petite figure d'airain d'un berger qui se tire une épine du pied; et j'ay va aussy contre ime muraille les restes dune grande table de marbre où
' Voir page 933. — ' Mesure pour les liquides conlciiant six seliers.
sont gravés tous les Doms des consuls,. dictateurs et censeurs romains jusqu'au temps d'Auguste. Dans le palais où Ton rend la justice je n'ay rien vu de remarquable que les statues de quelques papes et quelques bustes anciens, entre les autres ceux de Cicéron, de Socrate, d'Homère et de plusieurs personnes illustres. Quant à l'autre aile du bastiment qui est à droite du palais où Ion rend la justice et vis-à-vis de celle où est le palais des Conscrvateut^, je n'y ay rien vu qui mérite une remarque. On y montre une figure toute rompue, qui est la statue de Marforio ou Mariforio *. De ce mesme costé du Capitole est ime église ^ bastie sur une hauteur considérable qui fait partie du Capitole, et à laquelle on monte par 108 degrés. G'estoit autrefois le temple de Jupiter Feretrius. Pour la place qui est au-dessous du Capitole, au milieu de laquelle est le Marc-Aurèle. c'estoit autrefois le lieu de l'anci^fi asile ouvert par Romulus.