mort à Naples, en i656. Mort en
* Luigi Rodrigiiez, de Messine, appelé à * lA-MarineUa.
Naples Luize SicUiano, Mort empoisonne par ^ Construit en 1283 par Charles T' d'An-
Belisario Gorenrio en i63o. jou , frère de saint Louis.
la8édi&>n de Masaniello; dont la maison se voit encore sur ladite place, la Viguerie, m sont les tribunaux et les prisons de la justice de Naples, et quantité d'autres bastimens et de rues étroites et embarrassées. Le second quartier n'est pas de mesme : toutes saroea sont larges et presque toutes tirées au cordeau , particulièrement celle de Tolède , qoi traTerse la ville. Dans ce second quartier est Tarsenal^ le Château-Neuf et le palais (|iii se joignent Tun à Tautre par des galeries couvertes, et quantité de belles églises, eomme sont les Jésuites, les Dominicains, les Théatins, Sania- Maria la Nvova, TArèevesdié et plusieurs autres. Le troisième quartier de la ville, appelé ViUorNuova, est ceby où sont contenus le caslel ielf Ovo sur la mer, Pizzo^Fakone, que les Espagûols ontaussy fortifié depuis la révolte et où ils ont basty le logement des gens de guerre, et aa-dessus les Chartreux que Ton appelle autrement Saint-Martin, et le dbasteau Saint-Elme , où je fus au sortir des Chartreux. Le quatrième et dernier quartier est celuy qoe Ton appdie Pausilippe, qui s'estend à la mer depuis le bas de Pkzo-Falcone et dadiasteau deW Ovo jusqu'à la montagne percée qu'on appelle la grotte Pouzzoles; diDs ce quatrième quartier sont contenus plusieurs bastimens considérables d'églises et de palais. Pour le chasteau Saint-Elme, c'est un grand carré de loo toises de long et 60 de large fortifié de tenailles et de saiUans aux deux grands costés, le tout taillé dans le roc vif, à la hauteur de plas de 8 toises et de 10 dans quelques endroits; les trois costés qui regardent la ville sont tout à fait inaccessibles, et celuy seul par lequel il se joint à la montagne, dont il occupe le plus haut, est l'endroit le plus foible, puisqu'on y peut descendre et travailler dans le fossé sans estre vu d'aucun endroit de la place.
Du veadredy, aâ avril — Je suis party ce s 4 avril de Naples pour m'en aller à la montagne de la Somma ou autrement le mont Vésuve, qui fait la crainte continuelle des pays voisins de Naples, qui est éloignée de quatre milles du pied de cette montagne dont la hauteur est aussy de quatre milles de rampe, que l'on fait pourtant à cheval psqak ]a hauteur d'un demy-mille qu'il faut monter à pied, quoyque avec beaucoup de difficulté à cause de sa roideur et des cendres dont le sommet de cette montagne est ONirert, qui en rendent l'accès tout h fait pénible. Parmy ces cendres, il se voit quantité de pierres bruslées qui n'ont presque point de pesanteur, qui ont esté âancées du fond de la fournaise qui s'embrase h tout moment dans ses entrailles. La montagne, sur le haut de laquelle on voit un grand bassin rond, creux (on appdle cela un cratère) à {domb de plus de Ao à 5o toises et de plus de 3 00 de diamètre, qui contient dans «a milieu une autre petite montagne d'environ 1 00 toises de diamètre, percée au sommet de deux larges trous qui vomissent une fumée épaisse et soufrée, et font de temps en temps rejaillir des monceaux de pierres et de cendres avec un bruit quelquefois qwovantable, et c'est ce qui arrive tous les jours; car lorsque les veines de cette montagne se sont remplies de cette matière combustible et qu'elles viennent à se .d^ager «nsy qu'il est desjà arrivé plusieurs fois, comme du temps de Pline, du temps de Béliaire, sous l'empereur Justinien, et en dernier lieu, en Tannée lôSa ^ ; alors toute celte grande estenduë du haut de la montagne parut enilanunëe jusqu'aux nues, et regorgea por-desBus des flammes qui crevèrent le terrain de la montagne en plusieurs endroits et consumèrent toute la campagne voisine et mesme séchèrent jusqu'à 8 milles du bord, répandant d'un costé et d'autre des vapears subtiles et mortelles qui détruisirent tOQt et qui passèrent autrefois jusqu'à Pouzzoles, où Pline fi.1l étouffé, coairoe le raconte
' Seigneiay r4>nfond avec rëruption du 16 décembre i63i.
le jeune Piioe son neveu ^ ce qui a donne Heu à cette inscription que les Espagnols ont eu soin de faire graver sur le marbre au pied de la montagne, en ces termes ^
Posteri , posteri ,
Vestra res agitur.
Dies'facem prsfert diei; nudius percDdino.
Adveriite.
Vides ab satu soiis, ni fabulatur Historia,
Apsil Vesevus ,
Immani semper dade hœsitantium r
Ne posthac incertos occupet, moneo.
Uterum gerit monshic,
Bitumine, alumine, ferco, sulphure, anro, argento,
Nilro, aquarum fontibus gravera;
Serius, odus ignescet, pelagoque influente parict:
Sed ante parlurit;
Concutitur concullique solum.
Fumigat , coruscat, flammigerat ,
Quatit aerem ,
Horrendum immugit, boat, tonat, arcet finibus accolas.
Emigra dum licet;
Jamjam enitilur, erumpit, mixtum igne.lacum evomit,
Prœdpiti ruit ille lapsu , seramquc fugam praevertit.
Si corripit, actum est, periisti.
Anno sal. MDGXXXI, Kal. Jan.
Philippe IV, rege,
Emmanude Fonseca et Zunica , comité montis Regii
Pro rege,
(Repetita superiorum temporum calamitate, subsidiisquecumuiatis,
Huroanius, quo munificentius.)
Formidatus servavit , spretus oppressit incauios et avidos
Quibus )ar, et supeÛex vita potior.
Tum tu , si sapis , audi damantem lapidera.
Sperne larem, sperne sarcinulas, mora nulia luge.
Antonio Suares Messia, marcbione vici,
Prœfecto viarum.
Du gamedy, 3 5 avn'L — Je suis pnrty ce matin pour m'en retourner h Rome où je suis arrivé le 99.
JOURNAL DU VOYAGE , DEPUIS LE SECOND JOUR DE HAY QU'ON EST PARTY DE ROME POUR FLORENCE JUSQU'AU l3 DUDIT MOIS QU'ON EST ARRIVA. A VENISE, CONTENANT CE QUI S'EST PASSE À FLORENCE , BOLOGNE , MODÈNE ET FERRARE.
Je suis party en poste de Rome le samedy, a de may, à trois heures après midy, et ay esté coucher à MonteGascone , d où je suis venu coucher le dimanche 3 à Sienne.
Je suis arrivé le lundy, li du mesme mois , à Florence. Un moment après mon arrivée, j'ay rendu à M. Tabbé Strozzi les lettres que j*avois pour luy ; il a trouvé h propos
' Livre VF, ao. pendio istonco degV incendi del numte VnvàOf
'^ Nous rectifions plusieurs inexactitudes de de Ant. Bulifoii. ( Bibl. de TArsenai, n" sh- Seignelay, d'après le texte publié dans le Com- h 1 8/i.)
qa^oD domuot dans ie moment des Donvdles de mon arrivée à M. le Grand-Duc; ce qui ayant este fait , S. A. a envoyé M. Tabbé Marochelli , secrétaire d'Estat , avec deux de ses carrosses, pour me conduire au logis qui ma esté destiné, qui est la maison du mesme abbé Marochelli , où je suis servy par les officiers de M. le Grand-Duc. Cependant, conune f ay cm qu'il estoit de la bienséance de demander à luy faire la révérence avant de jxneodre possession de mon logement, j'ay esté ce mesme soir au palais, où jay esté Teça par M. le Grand-j)uc.
Du marijf, S may. — J'ay employé la matinée de cette journée à voir une partie des dioses qu'il y a è voir à Florence. J'ay esté sur les sept heures du matin à Saint-Laufent, où j'ay entendu messe; c'est une des principales églises de Florence; elle n'a rien de considérable, ni pour l'architecture, qui est médiocre, ni pour les omemens; ainsy 0 Djr a à voir qu'une chapdle, du dessin de Michel- Ange, qui est au costé gauche de ïmUày dans laquelle on met en dépost les corps des ducs de Florence, jusqu'à ce que la chapelle qui est destinée pour leur sépulture soit achevée. Il y a dans celle-cy quatorze tombeaux des princes ou des princesses de cette maison. Celte chapelle est faite en dôme , à six faces; il y a neuf très-belles figures de Michel-Ange qui en font tout l'ornement, ny ayant ni tableau considérable, ni dorure. Ces figures ont des réputations particulières. Quatre représentent l'Aurore, le Jour, le Crépuscule et la Nuit; deux autres représentent, l'une les Soucis ou le Soin, et l'autre la Vigilance, pour faire entendre que ces princes pendant leur vie ont pensé h tout moment du jour et de la nuit avec soin et vigâaace à leur Estai. D y a encore dans cette chapelle trois autres figures : l'une de saint Cosme et l'autre de saint Damien, et une Vierge au milieu. De cette chapelle, j'ay esté dans la sacristie, et j'ay remarqué en passant le tombeau du grand Cosme de Médicis, qui est enterré vis-à-vis du grand autel de l'église. Ce fut le premier de cette maison qui commença à avoir du crédit dans Florence, non pas comme prince, mais comme àtoyen; il mourut en 1&6/1 ; qui est à mon avis la marque la plus ancienne d'élévation qa*il y ayt dans cette maison. Je n'ay rien vu de remarquable dans la sacristie qu'un petit enfant de marbre qu'ils montrent comme une fort belle slalue. Le sculpteur qui l'a Ute se nommoit Silvestro Septimiano. De la sacristie, je suis passé à la chapelle où doivent estre les tombeaux des grands-ducs, qui tient au derrière du chœur de l'église SaÎDl-Laureot. Cette chapelle est faite en dôme assez élevé; elle a huit faces, dont l'autel et la porte en font deux; elle est du dessin du prince de cette maison qui se nommoit ioû Giovanni de Médicis; ainsy je ne l'estime pas autant pour le dessin du bastiment comme pour la matière qu'on employé aux omemens du dedans : aucun marbre ordilaire n'y oitre, tout doit estre incrusté de jaspe le plus précieux de toutes les façons; les pSastres ont des chapiteaux de cuivre doré, et à la base de chacun sont les armes des WUesqui sont dans les Estais du Grand-Duc; elles sont blasonnées par du jaspe ou de Tagate qui répond à la couleur de leurs blasons, et le nom des villes est écrit en lettres de mesmes pierres ou avec du lapis : on dit qu'on est quelquefois quatre mois à faire «ne de ces lettres, dont la moindre couste Ao écus. Les cartouches qui sont autour de ces armes sont ornés de lapis, de nacre et de plusieurs sortes de pierres différentes, qoi toutes jointes ensemble font un très-bel effet. Tout le dôme de cette chapelle est impiffait; il doit estre à compartimens carrés entre lesquels il y aura des roses et des pilules. Ce qui peut faire le mieux juger de la magnificence de tout l'ouvrage est un tabeau entier d'un des ducs qui est achevé , tous les autres n'estant encore que peu tancés. Il n'y a place que pour six , si bien que, lorsque celuy-cy sera mort, toute la diapdle sera remplie. Les tombeaux qui y sont desjà sont au nombre de cinq, sçavoir :
celuy de Cosme, premier duc; de François, deuxième duc; de Ferdinand, troinème duc; de Cosme IP, quatrième duc; de Ferdinand II*, cinquième duc, qui est le denûer mort. Sous cette chapelle , il y en a une autre souterraine qui luy sert de fondement J ay este ensuite voir le lieu où Ton travaille le jaspe et Tagate qu on employé à la chapelle dont je viens de parler. L'on m*y a fait voir une teste entière d'une des figuns qui doivent estre sur un des tombeaux des ducs; elle sera six fois plus grande que nature. Le visage est formé d'un jaspe qui ressemble à de la chair, et la barbe, la bouche et les yeux sont d'un autre qui représente ces parties au naturel.
De cet endroit, j'ay esté à la bibliothèque, qui est dans un cloistre qui joint Yé^vae Saint-Laurent; on y monte par un degré qui n'a pas esté achevé, qui est du dessin de Michel-Ange Buonarotti, comme aussy la galerie où sont les livres; la grande rampe de ce degré est accompagnée de chaque costé d'une petite rampe qui n'est séparée de la grande que par une balustrade. Il y a dans la galerie où sont les livres hk bancs de chaque costé avec leurs pupitres. 11 y a 3,ooo volumes, parmy lesquels il y en a un grand nombre de manuscrits; ils sont tous attachés avec des chaisnes de fer, cette bibliothèque estant ouverte à tout le monde quatre heures du jour.
De la bibliothèque, j'ay esté au Dôme, qui est une grande église, mais entièrement gothique. Il y a en entrant h main gauche un campanile, qui est un très-bel ouvrage du dessin de Giotto : c'est une tour carrée, fort haute, qui ne tient en rien à l'église; die est bastie de marbre blanc, noir et rouge; toutes les fenestres sont si bien plac^ et les ouvertures hautes de ce clocher, à l'endroit où sont les cloches, si proprement travaillées qu'elles le font estimer une des raretés d'Italie. Je suis monté ensuite sur le dôme, d'où j'ay découvert tout Florence, qui est bastie en rond autour de cette église entre des collines très-agréables.
Du Dôme je suis revenu chez moy, d'où, après avoir disné et avoir attendu l'heure de l'audience de madame la Grande-Duchesse \ j'ay esté au palais, où j'ay eu l'honneur de la voii\ Je luy ay rendu la lettre de la main du Roy et la vostre; elle m'a reçu trèshonnestement. Ensuite de quoy j'ay esté voir madame la grande duchesse la douairière \ où j'ay vu aussy le jeune prince son fils ', frère de M. le Grand-Duc. Elle m'a reçu aussy très-civilement.
Du mereredy, 6 may, — J'ay esté voir ce matin la forteresse qu'on nomme SaintJean, où est le grand arsenal des armes de M. le Grand-Duc. Cette forteresse est composée de cinq bastions, et, bien qu'elle ne soit pas aussy élevée que la forteresse qui est jointe au palais Pitti, elle ne laisse pas de commander à la ville. H y a au milieu de la courtine par laquelle on entre et où est la porte , une grande tour ronde faite en forme de cavalier, qui commande le reste ; il y a dans cette place cinq magasins d'armes fort propres et fort bien tenus , par-dessus lesquels il y en a encore un sixième plus grand que les autres qui n'est que pour l'artillerie. Il y a de fort beaux canons, et l'on en montre un, entre les autres , qui n'est fait que pour l'ornement : il pèse â7,5oo livres et porte 1 ao livres de balle; on en fait voir encore un autre qui se démonta et qui est fait avec des anneaux de fer qui s'enchftssent les uns dans les autres.
^ Marguerite -Louise d'Orléans, nièce de ^ François-Marie de Médicis, né en i66o,
Louis XIII. créé cardinal en i686. Il rendit son chapeau
* Julie-Victoire de La Rovère avait été ma- en 1 709 , et épousa la même année Eléonore
riée le a6 septembre i633 au grand -duc de Gonzague , fille du duc de Guastalla. Mort
Ferdinand de Médicis IL Morte le 6 mars le 3 février 1711. 1 696 , h rage de soixante et douze ans.
De la forteresse Saint-Jean , j ay esté voir la galerie da Grand-Duc. J ay commence par visiter les boutiques des ouvriers dont la plupart travaillent en jaspe de rapport; il y a trente-trois boutiques en tout; ion m'y a montré des tables qu'on a travaillées durant dix ou douze ans , à ce qu'on dit. On me fit voir aussy de petites statues de jaspe qui ne se font qu'en sept ou huit ans. On ma fait voir quelques tables de ces sortes d'ouvrages qu'on estime i,5oo écus. J'ay vu encore dans ces boutiques de la menuiserie fort proprement travaillée, entre antres choses une couronne rie fleurs si bien faites, que les feuilles ne sont guère plus épaisses que les naturelles De ces boutiques , je suis passé dans la première galerie du Grand-Duc , y en ayant deux pareilles et de mesme longueur, basties chacune sur la mesme rue , l'une sur la droite et Taatre sur la gauche, estant jointes par le bout de cette rue qui fait en cet endroit un cnl-de-sac. Dans la première galerie, je vis quantité de statues et de bustes anciens; les plos beaux sont : un buste de Cicéron , un Laocoon du Bambinello ^ et im Narcisse. De celte première galerie, je suis entré dans une chambre où j'ay vu une très-belle figure d'an Hermaphrodite, un bas-relief de marbre qui représente un bain de Diane, qui est d un sculpteur nommé Moscino , et un buste de Brutus , commencé par Michel-Ange , et qu'il a laissé imparfait après. De cette chambre, j'ay esté dans trois cabinets qui sont les ans en suite des autres , tous remplis d'aimes anciennes et de plusieurs armes à la tarque, qu'on dit avoir esté prises sur les Turcs par les Florentins; il y en a quelquesunes assez belles: des hamois brodés, des étriers d'argent, des sabres enrichis avec des turquoises. Ce qu'on montre pourtant de plus remarquable dans ces cabinets est une pierre d'aimant qui tire 6/i Uvres de poids. De ces cabinets d'armes, je suis passé daos la seconde galerie, où je n'ay rien vu de fort remarquable pour les statues ni pour les bustes. Dans le milieu, il y a un grand cabinet fait en dôme, qui a huit faces, à chanine desquelles on voit ou de très-beaux tableaux ou des cabinets de jaspe; il y a dans le milieu une table de jaspe de rapport très-belle. Pour toutes les peintures du cabinet, elles sont du Corrége, de Paul Véronèse, du Titien ou de Raphaël. Il y a encore un tableau d'oiseaux de mosaïque qui est assez bien fait. De tous les cabinets qu'on montre là-dedans, celuy qui est dans l'enfoncement de la face vis-à-vis de la porte est le plus beau; tons les diapiteaux des pilastres ou des colonnes qui le composent sont faits avec à» peries, ou des émeraudes, ou d'autres pierres de couleur; il y en a mesme de fort grosses qui y sont enchâssées d'un costé et d'autre. Ce mesme cabinet est remply d'un paod nombre de bas-reliefs faits sur plusieurs pierres fines; il y a, entre tous les autres, (m petit buste de la grandeur d'un écu blanc, fait d'une seule turquoise, et plusieurs autres dont le nombre est si grand qu'on ne sçauroit les remarquer. J'ay esté de ce cabineC, qui est au milieu de la seconde galerie, dans une autre chambre, où je n'ay vu nen de remarquable qu'une statue d'un Hercule qui combat un centaure. De celle-là, fay esté dans une autre où j'ay vu l'autel qui doit estre à la chapelle où sont les tombeaux des grands-ducs. Cet autel est magnifique , fait de jaspe de toutes les couleurs , de lapis, de calcédoines, de nacre, et d'un très-beau dessin. Le tabernacle est joint à fauld et est de mesmes pierres. Après avoir esté dans cette dernière chambre, je suis deseenda à la garde-robe du Grand-Duc, où l'on m'a montré quantité d'argenterie et de vaisselle d'or et d'argent. D'où je suis passé dans une très-grande salle où l'on donne k bal , où s'assembloit autrefois la République, bu vieux palais , je suis sorty dans la grande place et ay remarqué cette tour bastie
' Bambinello, ou plutôt Baccio Bandinelli, né en 1687, mort on iSSq.
en Tair sur les créneaux du vieux palais et qui n'a aucun fondement. J'ay aussy vu du mesme lieu la galerie et la communication qu'il y a de ce vieux pdais au palais Pitti, et, de là, à la forteresse qui est au-dessus, si bien que, par le moyen de cette communication, les grands-ducs peuvent aller sans estime vus d'un bout de la ville à l'autre, cette petite galerie qui traverse l'Amo joignant le vieux palais au nouveau.
De ce lieu-là, j'ay esté aux Cordelier8\ où j'ay vu le tombeau de Micbel-Ange. Les Artd* y sont représentés en deuil, et l'on voit au-dessus son buste, qui a esté fait par luy-mesme; il mourut en i56/i.
Il y a dans la mesme église une Résurrection de Lazare qui est un assez beau tableau, et une chapelle fondée par une famille de Florence, qui est d'un dessin assez hiesa entendu ; elle est peinte à fresque par un peintre qui réussit assez bien en ce genre de peinture; il est vivant et s'appelle Volterrano\ Après avoir employé toute ma journée de cette sorte, j'ay esté prendre congé de madame la Duchesse et de M. le Grand-Duc, qui m'ont dit , etc. ..{ste).
A Bologne, ce samedy soir, g tnay, — Je partis avant-hier matin de Florence , 7 may, après y avoir demeuré deux jours , et j'arrivay à Bologne hier au soir, 8 may, d'où je prétends partir demain dimanche, 10 de ce mois.
J'ay employé cette journée entière de séjour que j'ay fait à Bologne à voir une partie des couvons de cette ville, qui est ce qu'il y a de plus remarquable et de plus beau. J'ay esté ce matin à celuy de Servi. De là j'ay esté à l'église Saint-Barthélémy, qui est assez belle, peinte à fresque par CoIonna\ J'ay esté ensuite au couvent de Saint-François, qui est encore très-beau : les principaux religieux ont non-seulement des chambres trèspropres pour cellules , mais ils en ont encore quatre ou cinq qui font un fort joly appartement; ils en ont mesme un d'esté et un autre d'hyver, un agréable jardin et une bonne cave, et c'est ainsy que ces bons pères se mortifient. J'ay remarqué de plus dans ce couvent un degré très-bien entendu. Après qu'on a monté la première rampe et qu'on est sur le premier palier, on voit une longue galerie au bout de laquelle il y a une perspective qui fait un très-bel effet. Après avoir visité ce couvent , j'ay esté voir deux tours carrées de briques, qui sont basties dans une des places de Bologne; l'une est extrêmement haute, et l'autre, qui l'est moitié moins, est aussy penchante que celle de Pise. De cette place, j'ay esté voir dans l'église des religieuses du Corpus Domini le corps d'une religieuse^ qu'on montre comme une chose miraculeuse : il y a i5o ans qu'dle est morte, cependant son corps est tout entier et n'a presque rien de changé que la peau de la moitié du visage, qui est un peu noircie.
De là, j'ay esté à San-Miehek in Bosco, qui est un couvent de rdigieux du mont Olivet hors la ville de Bologne, environ un demy-miile. Il est situé sur une petite cdline qui domine la ville ; il est très-grand et très-bien basty ; dans le premier doistre en entrant, il y a beaucoup de peintures à fresque de Louis Carrache \ Dans tout le reste du cloistre il n'y a pas de peintures remarquables ni de choses particulières , que la grandeur du couvent, la beauté de ses cloistres, de sesbastimens et de sa vue, qui est trèsagréable, découvrant toute la ville de Bologne et toute la campagne voisine, qui est trèsbelle.
^ Cette église est aussi appelée 5afito-Ooce. ^ Michel- Ange Colonna.
* La Peintare, la Sculpture et rArchitec- ^ Catherine Vigri, née à Florence et morte
ture. en i465.
' Franœschini il VoUerrano, né en 161 1, * Ludovico Carracd, né en i555, mort en
mort en 1689. 1619.
De Modine, ce lundy, ii may. — Je partis hier, lo de may , de Bologne, et je sais anrivë à Hodène le soir da mesme jour. Je n'eas que le loisir de rendre vos lettres h madame la duchesse de Modène ', qui m^avoit desjà fait l*honDeur de m*envoyer prendre à Bologne dans deux de ses carrosses.
Ce matin, 1 1 de ce mois, j'ay este entendre la messe h une chapelle que madame h Duchesse fait bastir, qui est assez bdle et d'une bonne architecture, sans qu'il y ayt pourtant rien de remarquable. Elle porte le nom de Nostre-Dame-Saint-Georges. De là, fay esté à Saint-Augustin, qui est la principale ëglise de cette ville, qui n'a rien de grand ni qui mérite d'estre rapporté. Il y a mesme bien des choses h dire qui sont contre le bon goust de larchitecture. De cette église, j'ay esté voir un théastre pour des machines qui a esté fait par le mesme ouvrier qui a fait celuy du palais des Tuilenes*
Ensuite de quoy estant venu disner, j'ay eu cette après-disnée audience de madame h duchesse de Modène la douairière et de M. le cardinal d'Est*, auquel j'ay rendu les lettres de Sa Majesté et les vostres, et puis j'ay fait la révérence à un fils du prince François '.
Après mes complimens faits, j'ay esté voir l'appartement de M. le cardinal d'Est, qui est très-beau et remply de très-belles peintures anciennes : il y en a six grandes chambres tontes remplies jusqu'aux plafonds qui en sont garnis, dans les compartimens de menuiserie qui les composent. Dans la première chambre en entrant à gauche , on voit deux grands tableaux qui en occupent toute la place : l'un représente une Noce de Cana etfantre une Cène, l'un de Paul Véronèse et l'autre du Titien. D y a dans le fond de cette mesme chambre un des plus beaux tableaux du monde qui est du Corr^e ; il représente une Nuit et une Nativité de Jésus-Christ : tout le plancher de cette chambre « est remply de tableaux du Tintoret et du Guide. Dans la secx)nde chambre, il y a une Nativité du Titien, une Adoration des rois, une Noce de Cana, de Paul Véronèse. De cette seconde chambre on entre dans trois autres dans lesquelles on voit plusieurs tableaux de bons maistres, comme du Garrache, de Jules Romain et de beaucoup d'autres; comme dans l'une on voit les quatre Saisons du Garrache, dans une autre un faèlean d'une Vierge du Pérugin *, et dans l'autre un tableau du dessin de Raphaël et peint par le GarofaloV Dans la troisième chambre en droite ligne, il y a un très-beau et on très-grand tableau de Paul Véronèse qui représente Jésus-Christ qu'on va crucifier et qui porte sa croix. Dans la cinquième chambre , il y a une très-belle tapisserie et deux tableaux qui représentent deux Vénus, l'une est du Titien et l'autre du Garradie. Pay vu dans la sixième chambre une Vénus du Guide , qudques tableaux du Titien et du Gorrége; mais sur tous les autres tableaux on m'a fait voir un Christ qaon appelle deUa Moneta, parce qu'il tient une pièce d'or qui a la figure de César, et qui représente Jésus quand il dit qu'il falloit rendre à César ce qui est à C&ar et à
* Laure Martinom, nièce da cardinal Maario, avait été mariée en i655 â Alphonse ni lY, doc de Modène. Morte le 19 juillet i$8^. — Son mari étant mort en 1669, à Ti^ de TÎngl-hait ans, elle eat la régence du ^hé pour son fils François d'Est II, né en 1660, mort le 6 septembre 1696.
^ Benauld d''Est , grand-oncle de François If. n><Mrl, 46i.)
^ Renanld d^Est, duc de Modène, fils du dac François I*', né en i655. Cardinal en 1686, il rendit son chapeau en 1695, et succéda à son neveu François d*£st IL Mort lo ao octobre 1787.
* Pietro Vanucci , dit U Pérugm , né en 1 A/i 6 , mort en i5a/i.
' Benvenuto Ti«o, dit le Garofah, né en 1/181, mort en 1569.
Dieu ce qui est à Dieu ; ce tableau est du Titien et est un des pins beaux qui se puissent voir.
Après avoir vu tous ces tableaux, j'ay esté ce soir voir la forteresse on la citadelle, qui est composée de quatre bastions réguliers attachés an corps de la place et un bastion détaché qui couvre la courtine au milieu de laqudle est la porte. De là je suis venu prendre congé de madame la duchesse de Modène; j'espère, s'il plaist à Dieu, après demain matin arriver à Venise , après avoir arresté deux heures è Ferrare.
A Venise, ce merfireiy soir, i3 may. — Je suis arrivé en cette ville aujoord'hny a midy et j'ay eS|té descendre chez M. l'ambassadeur, auquel j'ay rendu les lettres du Roy et la vostre. Cependapt , comine je ne puis encore vous rien dire de cette ville , je ne par> Jeray que de la marche que j'ay suivie de Modène icy. Je partis hier matin 19 de ce mois de Modène, dans les carrosses de madame la Duchesse, qui m'ont mené jusqu'à JPerfare, où j'arrivay h trois heures après midy; je me suis promené deux heures dans la ville , qui est très-belle ; elle a esté ostée aux ducs de Modène et est passée sous la domination du pape, il y a environ soixante ans. Le duc y possède encore environ /i 0,000 livres de rente et les restes du vieux palais de ses ancestres. La ville est assex bien fortifiée; elle est environnée de quatorze bastions; il y a outre cela une forteresse ou une citadelle tout joignant la place, qui est composée de cinq et qui est très^r^lière; il y a garnison du pape, comme dans la ville de Modène.
Je suis arrivé aujourd'huy à Venise , m'estant mis sur le P6 , sur lequel j'ay navigué toute la nuit. ,